[Lutecium-group] La rentrée musique et psychanalyse
Jean-françois Doucet
jeanfd at ulrik.uio.no
Mon Sep 3 09:20:05 GMT 2007
Je vois passer votre texte sur la musique qui me laisse un peu perplexe, à
la limite de le commenter et de me taire. Et puis je me dis que peut-être
mon vécu des questions que votre texte pose peut intéresser certains bien
que j'aie fait sans doute allusion à cette expérience musicale
antérieurement.
Effectivement, les livres que j' ai lus sur la psychanalyse de la musique
sont peu nombreux sans doute parce que la musique est peu vue sous cet
angle.
A tort ? à raison ?
Tout d' abord, j' ai trouvé amusant " psychanalyse de la musique " en ce
qu'il permet de voir un peu plus clair parmi les musiciens qu'il m' a été
donné de rencontrer. On le sent confusément, choisir un instrument ou une
place en musique n' est pas livré au hasard et il existe bien une
correspondance entre les instrumentistes ( les types de personnes) qu' on
rencontre et les concepts psychanalytiques les plus communs : oral, anal,
narcissique etc
et " psychanalyse de la musique " permet d' affirmer un trompetiste
proutant dans sa trompette comme "anal" ou un pianiste se regardant dans
le miroir de son piano comme narcissique.
Mais audelà de cette " psychanalyse de salon", que peut-on dire de
psychanalyse et musique ?
Le hasard a voulu que flûtiste, non seulement je me suis intéressé à l'
oralité du choix de cet instrument mais ai joué il y a bien des années
avec un quatuor ou plutôt quintette puisque le cinquième instrument était
un ordinateur. Puisque la combinaison "instruments " + "ordinateur " ne se
faisait pas à l'époque, j ai été amené à me poser la question de savoir si
l'on jouait encore de la musique lorsqu' on programmait des sons sur un
ordinateur. Le rapport au corps dont vous parlez de l' instrumentiste à
son instrument se posait comme vous le faites de manière insistante. Mais
ce n' est pas le corps et son rapport aux sons produits qui attirait mon
attention mais la notion de temps si spécifique de la musique : un temps
vécu par l' instrumentiste passant au temps physique de l ordinateur
mettait en évidence les effets du temps que l'on peut constater.
Lorsque vous posez la question de l' ordre symbolique et de la notation
musicale, vous limitez en fait la notion musicale à notre conception
occidentale où la musique est notée alors que des traditions indiennes par
exemple avec leurs "ragas" échappent à notre défilement linéaire des sons
pour proposer une structure comme entité de construction des morceaux de
musique.
Nous avons donc d' un coté le temps vécu par l' instrumentiste et de l'
autre le temps physique des machines à traiter le son de telle sorte que
la musique déborde à mon avis largement le temps de la parole propre à la
psychanalyse.
Maintenant la psychanalyse parlant de "structure" a-t-elle ce point commun
avec les structures musicales proposées par certaines formes de musique
non notées ?
Point commun donc entre musique et psychanalyse par l' entremise de sons
et de la parole mais domaines bien distincts à mon avis : c' est un peu
comme l' art graphique assimilé par le Bauhaus à une langue : c' est un
peu tiré par les cheveux pour des raisons évidentes de commodité : si l'
on pouvait faire rentrer la musique au bercail de notre logocentrisme,
comme le Bauhaus a essayé d' inclure les formes dans un système analogue à
une langue, tout deviendrait plus simple ! Mais pas forcément plus exact !
Bien cordialement
Jean-francois Doucet
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Chers amis,
> Je viens de recevoir une invitation au séminaire dont le thème me paraît
> fort intéressant.
> J'ai déjà observé le lien entre les capacités analytiques et certains
> dons linguistiques de mes patients qui (ces dons) à leur tour ont, comme
> nous le savons, un rapport souvent direct avec la ouïe musicale.
> Nombreux cas cliniques en sont la preuve... tout comme du contraire!
> Voici l'introduction du séminaire organisé par ALI. Je pressens que
> Bruno en particulier en aura son mot à dire ;))
>
> La musique et la psychanalyse ont-elles à apprendre l'une de l'autre ?
> La musique et la psychanalyse ont-elles à apprendre l'une de l'autre ?
> Peu d'auteurs semblent s'y être risqués. Aussi bien du côté des
> musiciens que des psychanalystes. Surtout si nous en excluons le
> lyrique, le chant, où souvent l'aspect narratif, plus propice à
> l'analyse, et la nature humaine de l'instrument vient à masquer aisément
> la dimension proprement musicale.
> Ce peu de rencontre est somme toute étonnant. Car à voir une partition,
> sans même être musicien, il paraît évident qu'on a affaire à l'ordre
> symbolique. Les Grecs anciens ne s'y étaient pas trompés, eux qui
> associaient la musique aux mathématiques.
> La phrase musicale est en effet constituée d'éléments discrets, les
> notes, organisée de façon différentielle. Cette organisation, comme
> celle d'une langue, obéit elle-même à des règles syntaxiques, harmonie,
> rythme, composition, etc... Nous serions donc dans l'ordre du
> signifiant. Ne parle-t-on pas d'ailleurs d'interprétation ? Les
> instrumentistes jouant, lisant, à sa façon ce que d'autres ont écrit...
> Un langage musical donc.
> Une objection apparaît pourtant. C'est un langage sans traduction.
> Traduction au sens ordinaire, celle du français vers l'anglais, de
> l'anglais vers l'allemand, etc... En effet, nul lexique. C'est-à-dire
> nulle collection des diverses combinaisons possibles des éléments
> discrets, des notes, en des entités stabilisées. Autrement dit aucun
> dictionnaire. Ou si l'on préfère nul trésor des signifiants. Qu'en
> serait-il le alors de l'Autre, dans ce cadre, comme le lieu de ce trésor
> ? Doit-on en conclure que cette assimilation de la musique au symbolique
> est une erreur ?
> Il est vrai que pour chacun, l'écoute de la musique est avant tout un
> plaisir, voire une jouissance, générateurs d'affects et de
> représentations. Ce qui la situerait bien plutôt du côté de l'objet. Et
> les représentations évoquées du côté du fantasme, d'autant qu'elles
> apparaissent propres à chacun. de l'objet, c'est aussi parler de la
> pulsion qui y serait en jeu. Celle invocante avancée par Lacan y
> serait-elle appropriée ? Le ton, la modulation, la mélodie d'un objet
> primitif s'y profilent.
> En ce sens, des hypothèses variées et nombreuses ont pu être avancées :
> voix de la mère, bruits divers de la vie intra-utérine, bruits du corps
> propre du sujet... (Cf. les diverses bases théoriques à toutes
> musicothérapies).
> Il s'y ajouterait les effets corporels directs visés par certaines
> musiques, modernes, (violence des basses par exemple), ou sacrés,
> (derviches, etc..). Avec ce qui s'inscrit dans la diachronie d'une
> répétition. Celle-ci étant en jeu dans l'affect même et les
> représentations associées.
> Alors la musique serait-elle, en effet, du côté de l'imaginaire et de
> l'objet ? On pourrait le croire.
> Mais quelques arguments viennent entamer une pareille croyance.
> Certains compositeurs paraissent bien penser directement en musique et
> ne font que la transcrire directement sur le papier. N'est-ce pas
> l'indice, au moins pour eux, qu'il puisse y avoir des représentants de
> la représentation ? Et qu'à défaut d'universelle, il puisse y avoir une
> langue personnelle ?
> Par ailleurs, si pour chacun des auditeurs, l'affect éprouvé lui est
> propre, la représentation évoquée lui est singulière, il apparaît qu'il
> puisse les partager avec d'autres (cf. les sorties de concert ou les
> rave-parties). Ce qui rapproche la musique de la plupart des arts
> (peinture, sculpture, danse, etc...). Signifiants, représentants seconds
> et partagés des représentations singulières.
> Mais ce qui reste spécifique à la musique, c'est qu'à défaut d'un
> dictionnaire répertoriant les diverses combinaisons de ses éléments, il
> existe bel et bien une grammaire réglant leur organisation diachronique,
> le solfège. Et par là, elle est bien de l'ordre symbolique.
> Alors, peut-être, pourrait-on penser à quelques oeuvres littéraires
> modernes où les auteurs gardent la structure syntaxique avec ce qu'elle
> peut induire, mais retirent aux signifiants leur sens, en en inventant
> d'autres, absolument inconnus, hors sens. Un exemple en pourrait être le
> "Finnegans Wake" de Joyce, ou d'autres plus radicaux... Le texte
> apparaît alors comme une matrice, une matrice signifiante où chacun y
> met les signifiants, les significations, qu'il désire, mais induit et
> encadré qu'il est par cette matrice. Faut-il concevoir la musique ainsi,
> comme une matrice signifiante ?
> Au total, la formule de Lacan : "l'inconscient est structuré comme un
> langage" est-elle applicable à la musique ? Si oui, ce qui semblerait,
> au vu de l'importance d'éléments comme l'objet, la répétition, la
> représentation, etc..., quelle proximité peut-on en déduire avec
> l'inconscient lui-même ?
>
>
> Je vous souhaite à toutes et à tous une rentrée féconde et bien
> structurée,
> Natalia
>
>
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