[Lutecium-group] Démarche qualité dans les institutions sanitaires, sociales et médico-sociales
lise.demailly at ifresi.univ-lille1.fr
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Mon Feb 25 15:21:43 GMT 2008
Bonjour à tous
Catherine,
Je suis heureuse de tomber sur votre texte, qui rencontre largement
mes dernières préoccupations. Un ouvrage de moi, "Politiques de la
relation , approche sociologique des professions et activités
relationnelles " paraîtra en mai et un chapitre aborde la question de
l'évaluation. Je me retrouve bien dans une série de choses que vous
écrivez , et je retrouve bien aussi ce que les professionnels ont
pu me dire.
Néanmoins , comme il me semble qu'il faut être très rigoureux sur ce
sujet, politiquement sensibles , et pour ne tomber sous le coup de
l'avertissement de yann Leroux , je me permets de vous faire part
d'un certain nombre de remarques critiques
1° Vous distinguez nettement taches techniques et taches
relationnelles et vous pensez que les démarches qualités et les
procédures sont bonne s pour les taches techniques. ( début de votre
texte)
Ma longue expérience de patiente en hôpital l'année dernière m'a
montré que la distinction n'est pas très fiable.
Remettre en route une boite à perfusion qui se met en rideau et
hurle de manière récidivante en pleine nuit est une tache autant
relationnelle que technique. D'autres part, la mise en route de
l'objet technique requiert des savoirs d'expérience et la jeune
infirmière qui n'a que ses procédures et qu'elle répète en vain dans
le '"bon ordre" cale devant la résistance de l'objet technique.
2 La distinction travail réel /travail prescrit n'est pas inventée
par Dejours , ni propre aux tâches relationnelles. Elle a été mise en
évidence depuis longtemps par les sociologues du travail à propos du
travail en usine. C'est le non respect de certaines prescriptions
qui rend possible la production (Tersacc, Clot, Linhart)
3- Je ne suis pas sure que le pragmatisme soit à l'origine du
mouvement actuel des démarches qualités en France . En revanche l'OST
(Organisation Scientifique du Travail) me paraît faire partie des
sources historiques.
4- Vous me paraissez décrire les institutions et les professionnels
du soin de manière un peu angélique. Vous savez bien que la
maltraitance existe dans certaines institutions.
Peut être à cause du manque de personnel. Mais on a donc (nous les
citoyens et contribuables et futurs éventuels patients ou résidents)
interet à ce que ce manque soit évalué.
Il y a d'autre part des usagers qui n'osent pas parler, se plaindre,
demander, négocier ….Mes premières confrontations avec le personnel
soignant ont parfois été rudes , même si c'étaient des gens de grande
qualité humaine, mais ils ont eu parfois besoin que je leur rappelle
que j'étais une malade et non une maladie.Et j'étais entourée. Mais
quid du patient qui ne sait pas faire cela, et qui est seul ?
Des psychologues m'ont aussi décrit des équipes qui ne marchaient pas
du tout, qu'ils cherchaient à fuir… Des lieux routiniers. Des maisons
de retraite où la seule chose qui compte est l'argent gagné sur les
pensionnaires…etc….
Il me semble que l'évaluation entendue au sens de : regarder ce
qu'on fait, dans l'ensemble de ses aspects, dimensions et
conséquences, et y compris en s'informant (ce qui ne veut pas die
prendre pour argent comptant ) de la perception subjective de
usagers, peut être une bonne chose.
5- Peut il exister une manière intelligente d'évaluer le travail
relationnel? Il me semble qu'i faut aussi travailler cette question,
proposer…? La réponse ne peut pas être seulement qu'il est inévaluable.
Pourquoi pas ?
L'évaluation n'est bien sur pas objective. Elle ne peut pas passer
essentiellement par la mesure et la procédure ( encore qu'une petite
mesure de temps en temps , ça ne fait pas de mal pour réfléchir.
Savez vous par exemple que le nombre des hospitalisation d'office
augmente régulièrement depuis dix ans dans notre pays ?). Elle ne
peut se passer d'une auto-évaluation et d'une réflexion libre (mais
le regard extérieur pour provoquer et questionner a son utilité) .
Elle est éthique et politique
Grand merci d'avoir mis ce texte en discussion.
Lise Demailly
Sociologue
Psychanalyste
Le 24 févr. 2008 à 15:36, Yann Leroux a écrit :
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Catherine Grandjean a écrit :
>> Au sein de ces institutions, la mise en place de la démarche
>> qualité est une
>> nouvelle attaque de la relation clinique.
>>
> Mouis, bof
> Nous avons aussi des positions que nous ne maintenons que par
> idéologie.
>
>
>
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