[Lutecium-group] [SPAM]Re: [SPAM]Re:Demanded'aideconcernantl'enseignement deLacan
Liliane Fainsilber
Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr
Fri May 2 05:41:05 GMT 2008
Chère Catherine, je suis un peu froissée que vous me preniez pour une
lacanienne un peu demeurée : -) mais si j'essaie de me justifier, je
trouverais pour ma défense un argument qui me semble de poids. il me semble
que très peu d'analystes se sont risqués comme je l'ai tenté d'expliciter et
de donner quelques extensions à ce que Lacan avait appelé, dans cette rude
approche du réel qui se fonde sur l'inexistence du rapport sexuel, le
"Sinthome-il" d'une femme et le "Sinthome-elle" d'un homme témoignant des
deux façons de rater ce rapport sexuel mais aussi d'y remédier.
Cette approche je l'ai faite il y a quelques années et notamment dans mon
livre "La place des femmes dans la psychanalyse". C'est paru chez
L'Harmattan je pense en 2000, et j'aurais du mettre en sous-titre "nouvelles
approches de la sexualité féminine" puisque j'y abordais, mais en prenant
appui sur le texte freudiens (tout en en marquant les limites), les
dernières élaborations de Lacan avec les formules de la sexuation, et ces
deux si poétiques nominations de Lacan : "Une femme couleur d'homme" et
"Un homme couleur de femme". Dois-je vous avouer que pour moi, le Lacan que
j'aime est celui du Lacan poète, plutôt que le Lacan topologue. Mais bon j'y
prends quand même des petits trucs quand par la magie du transfert, j'y pige
quelque chose, pas toujours.
Il se trouve qu'hier j'ai été obligée d'aller aux urgences de l'hôpital pour
un petit malaise. Et en discutant avec les infirmières qui s'occupaient de
moi, alors que j'étais branchée sur plein d'appareils, je leur ai dit que
j'avais été médecin, dans le temps, mais que j'avais tout oublié. Elles
m'ont dit que c'était vraiment rare qu'un médecin reconnaisse qu'il ne sait
pas et elles étaient tout étonnées que je puisse le dire. Nous nous en
sommes amusées, en racontant quelques petites méchancetés sur leur compte.
Ceci étant dit, j'ai été bien contente que les médecins s'occupent bien de
moi, malgré leurs petits défauts. Leur grand savoir nous est bien utile.
Pour les analystes aussi, mais il rencontre vite ses limites et nous incite
à quelque modestie.
Cette modestie nous est bien nécessaire concernant les dernières
élaborations de Lacan, je ne pense pas qu'il y en ait beaucoup à avoir "tout
compris". Donc si je suis restée un peu demeurée, j'ai bien peur de ne pas
être la seule. Amicalement. Liliane.
Catherine, j'apprécie votre rude façon d'aborder les questions. Elle me
stimule toujours beaucoup.
----- Original Message -----
From: "Catherine Grandjean" <catherine-grandjean at cegetel.net>
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
<lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Thursday, May 01, 2008 8:09 PM
Subject: Re: [Lutecium-group] [SPAM]Re:
[SPAM]Re:Demanded'aideconcernantl'enseignement deLacan
lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium.
---
Bonjour Liliane,
> oui je trouve en effet que cette discussion n'est pas le moins du monde
inutile en tant qu'elle nous permet de préciser un peu plus nos points de
vue et à ce propos je pensais à ce petit rêve que racontait Freud, dans
l'Interprétation des rêves, un rêve que j'adore, il a pour titre "Le rêve
d'une agoraphobique". Il me semble que là sont très lisibles les effets
d'une interprétation juste. On en a, tout à la fois, l'approche imaginaire
qui reste au niveau de la signification, je dirais la signification bateau,
le chapeau est le symbole de l'organe génital mâle, et son approche
symbolique, hautement symbolique, avec cette équivoque signifiante si riche
en foisonnement de significations "se mettre sous la coiffe de quelqu'un" Il
n'y pas d'équivalents de cette expression en français. "se faire chapeauter"
ne rend pas les mêmes effets du côté de la demande de protection, "se mettre
sous l'égide de" irait peut-être mieux. Quoiqu'il en soit on voit
égalemement se dessiner les effets réels de cette interprétation de Freud.
Ce n'est pas d'effets réels dont il était question, mais du Réel lacanien.
Qu'en est-il de ce Réel dans l'exemple que vous donnez là ?
Pour ce qui me concerne, je n'ai jamais compris justement quelle place vous
faisiez à ce Réel dans votre clinique. Et je vous ai donc toujours ressentie
comme une lacanienne "1ère époque", une lacanienne très attachée au
Nom-du-Père, comme le sont d'ailleurs bons nombres de lacaniens. Et
effectivement, la filiation avec Freud, dans ce cas là, n'est pas
problématique.
Mais je pense aussi qu'il y a une rupture dans cette filiation dès lors
qu'on se réfère à une clinique qui tient compte de la jouissance, du réel,
et que la référence à Freud devient moins limpide, moins évidente : cette
clinique là a pris quelques distances avec le père fondateur.
Et j'ai souvent constaté qu'il est très très difficile pour ces deux
approches de se comprendre.
Bonne soirée,
Catherine
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