[Lutecium-group] RE : article à ne pas manquer....

Natalia Milopolsky-Costiou namicost at yahoo.fr
Thu May 15 15:40:04 GMT 2008


Oui, en effet, je l’ai lu il y a une semaine
 
   
  J’y reconnais aussitôt le style de JAM, qui est un brillant intellectuel, mais dont l’allusion « ethnologique » de l’affaire me laisse perplexe. Je parlerai plutôt non pas de l’absence de l’inconscient du monstre en question mais de la-dite culpabilité (immense !) de la victime, qui a dû me semble-t-il payer ainsi pour le malheur de sa mère et dont la « substitution » appairât donc comme un sacrifice presque spirituel. Pensez-vous que cette horrible affaire soit vraiment « propre » à la société autrichienne ou quelconque ? Beaucoup des gens « ignorants » seront choques à apprendre le nombre des cas semblables qui ne se dévoilent jamais (si ce n’est dans nos cabinets et encore
) et qui sont évidemment largement moins médiatisés. C’est à cela que la chose me fait penser cette semaine, dans l’empathie pour toutes ces vies sacrifiées en cachette

   
  Cordialement,
  Natalia

Violaine Clement <violaine.clement at co-perolles.ch> a écrit :
  lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium.
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Le Point


08/05/2008 N°1860 Le Point

Interview Jacques-Alain Miller
Un psy analyse l'affaire Fritzl

Propos recueillis par Christophe Labbé et Olivia Recasens



© DOC.LKA/US PRESS/SIPA


Le psychanalyste Jacques-Alain Miller examine pour Le Point le fait 
divers qui secoue l’Autriche, où l’on découvre comment Josef Fritzl, 
73 ans, a séquestré sa fille pendant vingt-quatre ans et lui a fait 
sept enfants. Pour Miller, ce qui sort de l’ordinaire, ce n’est pas 
l’inceste, c’est « la régularité invariable d’un acte immonde ». 
Interview.


Le Point : Qu’est-ce qui peut conduire un individu à un tel degré de 
perversion ?

Jacques-Alain Miller : Une bonne éducation, à l’ancienne, de hautes 
vertus morales... Je m’explique. Par quels traits Das Inzest-Monster, 
comme l’appellent les Autrichiens, restera- t-il dans les annales 
cliniques et policières ? Vous pensez bien qu’il ne le devra pas au 
seul fait de l’inceste, pratique fort répandue, ni non plus au nombre 
de ses victimes. S’il est exceptionnel, c’est par la ténacité, la 
constance, l’endurance. Ce qui sort de l’ordinaire, c’est la 
régularité invariable d’un acte immonde, la méthode, la minutie et 
l’esprit de sérieux investis dans l’accomplissement solitaire d’un 
forfait unique s’étendant sur un quart de siècle. Pas une erreur, pas 
un faux pas, pas un acte manqué. Total quality. Ce sont là autant de 
qualités éminentes traditionnellement attribuées au caractère 
germanique. Mises au service de la science et de l’industrie, elles 
ont fait la réputation des pays de langue allemande. D’ailleurs, 
c’était un ingénieur en électricité, et il disait à sa femme qu’il 
descendait dans sa cave pour dessiner des plans de machines.

Si Gilles de Rais en France, Erzsebeth Bathory en Hongrie, grands 
féodaux des XVe et XVIe siècles, restent dans les mémoires, c’est au 
contraire pour le désordre de leur conduite, leurs viols et 
assassinats innombrables. L’Autrichien, petit notable provincial, lui 
aussi est un tyran, mais purement domestique. Il mène une existence 
parfaitement « popote », mais dédoublée. Il est fidèle à sa fille 
Elizabeth, unique objet de sa jouissance, dont il fait en quelque 
sorte une seconde épouse. Il lui donne sept enfants, le même nombre 
qu’à son épouse légitime. Il semble que l’on ne puisse lui reprocher 
ni avortement ni contraception : c’est un bon catholique. Il opère 
dans la plus grande discrétion, sa conduite n’est l’occasion d’aucun 
scandale, d’autant que cette seconde famille, il la fait vivre sous 
terre, dans des cagibis aveugles où l’on ne peut se tenir debout, à la 
Louis XI.

Ce n’est tout de même pas son éducation qui peut expliquer sa conduite !

On a appris qu’il fut élevé sans père par une mère qui tous les jours 
le battait comme plâtre. Le fait n’a pas dû rester sans conséquences. 
On peut toujours dire qu’il voulait se venger de l’objet féminin et se 
prémunir contre ses caprices... Mais on serait bien en peine d’en 
déduire son vice : d’autres issues étaient possibles. En 1967, au 
moment de la naissance d’Elizabeth, son quatrième enfant, il fut 
arrêté pour un viol ; il en aurait commis d’autres. Tout se passe 
comme s’il avait décidé de se ranger, et de s’en tenir à une bigamie 
incestueuse. On ne lui connaît que quelques escapades sexuelles en 
Thaïlande, avec des copains, notables de la ville. Il en revenait 
bronzé, en pleine forme, auprès de sa petite famille, qui, elle, ne 
voyait jamais le soleil.

Etait-il une sorte de Dr Jekyll-Mr Hyde ?

C’était à la fois un Père sévère, le Père de la loi, dont la rigueur 
implacable étonnait ceux qui le voyaient régir sa famille du dessus 
et, avec sa famille du dessous, un Père jouisseur, hors la loi. Dans 
ces deux rôles, à un certain niveau, il fut irréprochable : songez 
qu’il assura sans faillir un instant la subsistance de tous les siens. 
En même temps, c’était sans doute un escroc : de ses opérations 
immobilières il ne reste que des dettes considérables. C’est l’Etat 
qui devra payer les années de psychothérapie et rééducation qui seront 
nécessaires à la famille du dessous. Le montant en aurait d’ores et 
déjà été évalué à 1 million d’euros.

La culture patriarcale, l’empreinte catholique, la religion du « 
chacun chez soi », qui marquent l’Autriche, ont-elles pu jouer un rôle ?

Certains de ces traits valent pour la Sicile. Or on imagine mal une 
telle histoire à Syracuse ou Trapani : là, les gens qui vivent entre 
quatre murs sans sortir sont plutôt des mafieux pourchassés par les 
carabiniers.

Mais est-ce un hasard si, après « l’affaire Kampusch », ce fait divers 
éclate en Autriche ?

Le cas Fritzl après l’affaire Kampusch, cela fait sens, 
nécessairement. Tandis que les Etats-Unis sont la terre bénie des 
serial killers, l’Autriche prend rang avec la Belgique pour les 
pervers casaniers à souterrain, si je puis dire. Le cas présent se 
distingue par son atmosphère d’obéissance aveugle. Non pas seulement 
celle de sa femme : Fritzl louait des chambres dans sa maison, une 
centaine de locataires y défilèrent au cours du temps, il leur disait 
de ne pas descendre dans son bunker, et aucun ne songea à enfreindre 
cette interdiction. On déplore volontiers les infractions faites de 
nos jours au respect de la vie privée : c’est un reproche que l’on ne 
fera pas aux Autrichiens. A la Ybbstrasse, tout était en ordre, la 
façade pimpante, le réfrigérateur souterrain bien garni, les vêtements 
bien lavés et repassés. On regardait la télévision en famille. Le 
bunker ? C’était un abri antiatomique familial, édifié à l’aide de 
subventions officielles. Un grand crime populaire, c’est toujours un 
fait social total, pour reprendre l’expression de Marcel Mauss : c’est 
un microcosme de la société, elle s’y reflète tout entière. Fritzl : 
criminel peut-être, mais Korrekt avant tout. En règle. Pas de 
trébuchement. Pas d’inconscient. Pas de sentiment de culpabilité.

Au regard de l’histoire passée, peut-on parler d’un peuple qui « 
refoule » sans cesse, refusant de regarder la réalité en face ?

C’est ce que disent les Anglais. Ils voient en Fritzl un symbole de 
l’Autriche. C’est aussi l’idée du romancier Josef Haslinger. La maison 
natale de Hitler est à une heure et demie d’Amstetten par la route, 
Mauthausen plus proche encore. Le chancelier annonce une grande 
campagne internationale de relations publiques pour améliorer l’image 
de l’Autriche. Des esprits pratiques lui demandent plutôt des sous 
pour les services sociaux. Un dessin du Times de Londres montre 
l’Autriche allongée sur un divan ; derrière, Sigmund Freud. On peut 
rappeler que le pays a pris soin d’éradiquer la psychanalyse, ou peu 
s’en faut. L’avocat plaidera l’aliénation mentale. Au vu de l’extrême 
maîtrise de soi dans le crime et la durée du délit, l’irresponsabilité 
ne va pas de soi.

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