Dir. Artistique:

Anne Bérélowitch

tél: 01 46 02 39 41

 

Fenêtres

 

Conception et mise en scène: Anne BÉRÉLOWITCH

Création musicale et interprétation: Alain LÉVY

Collaboration artistique: Véronique LESERGENT

Création lumière: Delphine PAREL

Avec:

Fabienne CERRACCHIO

Jean-François CLAIR

Véronique LESERGENT

François MERGEAY

Josée SABATHIÉ

et, en alternance,

Salvatore DE LUCA et Bruno PONCHARAL

 

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant, qu'une fenêtre éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie ...

Charles Baudelaire, « Les fenêtres »

in Spleen de Paris



Synopsis...

 

Que se passe-t-il lorsque nous refermons la porte de nos appartements, et nous retrouvons seuls, livrés à nous-mêmes, au calme ou au vertige de la solitude ?

C'est ce que ce spectacle propose d'explorer, en croisant les trajectoires de six personnages, qui, sans le savoir, accomplissent les mêmes rituels quotidiens, à l'intérieur desquels se dessinent des variations individuelles.

Les personnages se racontent à travers la tragi-comédie ordinaire de la vie domestique, leurs rapports orageux, passionnels, avec leur espace, et avec les meubles et objets qui le peuplent, témoins ou partenaires de leurs drames intimes.

Il s'agit d'explorer par les moyens du théâtre l'inquiétante ou réjouissante étrangeté des comportements d'une personne solitaire, et les enjeux vitaux qu'ils recouvrent, qu'ils révèlent ou qu'ils masquent; de poser une loupe sur ces moments où, momentanément soustraits au réseau organisé de la vie sociale, nous devons inventer les raisons et les manières de passer le temps; où habiter l'espace est une épreuve, un combat à mener; où l'absence de tout échange verbal intensifie la perception des flux intérieurs, qui s'amplifient jusqu'à occuper tout l'espace mental, favorisant le passage par des états extrêmes: d'un côté malaise, béance, confrontation sans échappatoire au poids du devoir-vivre, de l'autre liberté de dériver au gré de sa fantaisie, perméabilité à la plénitude, à l'exaltation, à la révélation d'être, -purement et simplement- vivant.

 

 

 

Note sur la mise en scène

 

Un dispositif scénique simple, et modulable, dont les éléments, chaises et tables carrées, sont disposés sur une ligne invisible qui sépare le monde extérieur de l'espace domestique. Espace au sein duquel s'interpénètrent six appartements, imaginairement superposés, et où les comédiens se croisent, se rencontrent dans les zones stratégiques de leurs parcours respectifs, sans interaction.

Dans ce décor réduit à l'essentiel, c'est à l'imaginaire et aux mouvements des comédiens qu'est confiée l'évocation des différents lieux dans lesquels s'organise la vie domestique.

Le travail corporel n'est ni réaliste ni purement formel, de façon à faire émerger les rythmes et les courbes de cette "danse avec les choses", sans en gommer l'aspect résolument prosaïque. Les situations évoquées sont on ne peut plus banales, et concrètes, mais elles sont explorées en profondeur, forées jusqu'à en faire sourdre le tragique dénuement, l'insolite, la folie. Les personnages s'emportent, tournoient, se cognent aux murs, s'aplatissent au sol, étreignent téléphones ou balais, s'attaquent à la poussière comme s'il s'agissait d'une guerre de tranchée, se plongent littéralement dans des livres ou les dévorent, et parfois, pris de panique, égarés, ils se retranchent dans leur lit, naufragés dans une mer immense.

Très peu de mots, sauf pour une occasionnelle visite ou conversation téléphonique. Dans ce cas le langage est compact, stylisé, travaillé comme une pâte musicale, prolongement sonore de l'état des corps.

Élaborée progressivement à partir de thèmes improvisés en répétition, la partition musicale, interprétée par le compositeur, propose un contrepoint actif à l'action scénique, pose un regard tour à tour complice et ironique sur les personnages, dont elle exprime les impulsions souterraines, les combats intérieurs.

 

 

Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons ..., ce qui revient chaque jour, le banal, l'évident, le commun, l'ordinaire, l'infra-ordinaire, le bruit de fond..., comment en rendre compte, comment l'interroger, comment le décrire ? Où est-elle, notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ? Ces questions semblent triviales et futiles : c'est précisément ce qui les rend tout aussi, sinon plus, essentielles que tant d'autres au travers desquelles nous avons vainement tenté de capter notre vérité.

 

Georges Perec, l'infraordinaire




Notre histoire...

 

Ce spectacle est la première création de la Compagnie "L'instant même", fondée il y a deux ans. Il constitue l'aboutissement d'un travail de recherche entrepris par Anne Bérélowitch autour d'un axe principal : explorer une forme de jeu essentiellement corporel (dont le centre de gravité n'est pas le texte), mais ancré dans des situations théâtrales (par opposition à un langage purement chorégraphique dans lequel le mouvement existe par et pour lui-même), et nourri d'un soubassement psychologique qui modifie la gestuelle et les rapports aux objets. Il ne s'agit pas d'actions réalistes accomplies de manière à exprimer tel ou tel état, mais d'une déformation de l'action "de l'intérieur".

Cette recherche a rapidement pris pour objet la solitude en tant que situation concrète, où les rapports à l'espace et aux objets prennent effectivement le pas sur l'échange verbal, et où le silence intérieur renforce l'intensité des courants de conscience.

La première phase de répétition a permis, grâce à la collaboration de Véronique Lesergent, la mise au point d'un vocabulaire de base. La version définitive, présentée aujourd'hui, comprend six interprètes (trois hommes, trois femmes), tous membres de la compagnie.

Le pianiste et compositeur Alain Lévy a pu, en participant à toutes les phases d'élaboration du projet, proposer une partition sonore et musicale directement issue du travail des comédiens.

Grâce à une coréalisation du Théâtre des Songes, qui s'efforce de faire une large part à la jeune création, de concilier prise de risque artistique et im plantation locale, la compagnie a pu mener dans de bonnes conditions les r&eac ute;pétitions du spectacle présenté aujourd'hui.

Normalienne et angliciste de formation, Anne Bérélowitch (36 ans) fait de la mise en scène depuis plus de dix ans. Après des débuts comme comédienne à Paris et en Grande-Bretagne, elle travaille comme assistante (de Jean Jourd'heuil et Thierry Roisin notamment), avant de monter ses propres spectacles dans les contextes les plus variés (Gertrude Stein First Reader au Théâtre La Bruyère, Drôle de lorgnette, d'après Courteline, au Festival de Pélussin, Le Suicidé de Nicolaï Erdmann aux "Ateliers 61", Desert Blues, d'après les actualités télévisées sur la guerre du Golfe, au Centre G. Pompidou, L'École des Femmes à James Madison University (Virginie), Exercices de tolérance, d'Abdellatif Laâbi, pour les Rencontres méditerranéennes, etc.). Parallèlement, elle développe une méthode d'enseignement et de recherche théâtrale fondée sur une utilisation approfondie des techniques d'improvisation. Elle est également traductrice de l'anglais, et a notamment adapté les textes de l'auteur-metteur en scène new-yorkais Richard Foreman, à propos duquel elle fera paraître un ouvrage chez Actes-Sud en janvier 1999. Fenêtres est sa première création originale (sans aucun support de texte).

Formée à l'École de mime du Carré Sylvia Monfort, puis à l'École de mime corporel dramatique de Paris,Véronique Lesergent (39 ans), travaille comme comédienne / mime depuis 1981. Après des débuts consacrés au travail du mouvement (au sein du Théâtre de l'Ange Fou notamment), elle a récemment élargi sa pratique au théâtre de texte.

Elle est également pédagogue, et metteur en scène (Espace d'un instant, Moscou / Théâtre Paris-Villette, Ouma, spectacle solo de Youval Micenmacher (théâtre / percussions), Saint-Étienne, festival "Sons d'hiver"/ Ferme du Buisson). Elle a collaboré à l'élaboration du spectacle Fenêtres, dont elle est une des interprètes, et mis en scène dans le cadre de la Compagnie "L'instant même" un spectacle jeune public, Contes pour enfants pas sages, programmé au Petit Hébertot à partir de janvier 1999.

Ancien élève du Conservatoire Supérieur du Val de Marne (piano et guitare classique), Alain Lévy (41 ans) s'est d'abord consacré à la chanson, en tant qu'auteur-compositeur et parfois interprète (« Faire tomber la pluie », int. Alain Lévy, Sélection nationale Eurovision 1986; album Loukoum Café Chocolat, int. Alain Lévy, Lolita Production, 1988; album Drives U Mad, int. Bo Ekstrand, Groupe C.A.L.M. Lolita Production, 1993). Il a par ailleurs travaillé pour la publicité (Coyote Productions) et la télévision (Two Sisters, Réal. J. Schumacher Canada, 1987), et assuré la création musicale de plusieurs spectacles, en tant que compositeur (dans le cadre d'"Action Écoles" notamment) ou producteur artistique (Barnum, Théâtre des Célestins, Lyon,1995). Le travail de répétitions sur le spectacle Fenêtres lui a permis de travailler en prise directe sur le jeu des comédiens, et de composer une musique originale organiquement liée à la forme et à l'esprit du spectacle.