Le roi
est mort. Sur l'air de Marjolaine,
Le
gyrovague,
auprès du lourd cercueil de plomb,
Chante un couplet funèbre, hélas beaucoup trop
long
Pour l'humeur des
dont la chapelle est pleine.
Les
qui sont là ont élu quatre chefs :
Le premier est
qui console la veuve ;
Puis
Leconte
de Lisle, aux vers coulant par fleuves.
Et puis Cochonfucius, recueilli dans la nef.
Entourés de
près du royal cadavre,
Ces trois vieux compagnons ont le moral bien bas.
Le grand Yake Lakang, lui, ne s'attriste pas,
Et contemple, l'oeil sec, l'angoisse qui les navre.
Il note que mourir n'est pas hors du commun,
Qu'à ne plus voir le roi, la peine est grande, certes,
Mais que notre inconscient se nourrit de nos
pertes,
Ils vous le diront, ceux qui ont perdu quelqu'un.
Les
brandissant des torches et des glaives,
Sortent de la chapelle et courent au vallon,
Galopant comme autant de fougueux étalons.
Les humains, restés seuls, se perdent dans leur rêve.
Ils songent à
resté
Sans voir qu'était défait son lacet de chaussure,
Mais sans marcher dessus, c'est ça qui les rassure.
Dans la nuit, les
chassent les vers luisants.
Ils songent au jour où, du roi et de la reine,
On célébra la
noce avec des plats légers.
Quand chacun eut fini de boire et de manger,
Tout le monde s'en fut à la fête foraine.
Les
un peu gris, ont couru vers la mer.
Ils exposent leur face au souffle âpre des brises.
Des
étaient là, elles-mêmes fort grises,
Les aidant à porter du roi le deuil amer.
Car si, devant la mort, la créature est seule,
Si chacun doit porter son malheur sur son dos,
Néanmoins la tendresse assure nos vieux os
D'aide contre le sort qui les broie de sa gueule.
Donc les
dans le vent
Après mainte tirade à mi-voix déclamée,
Puis des soupirs et des paroles enflammées,
Se souviennent soudain qu'ils sont de bons vivants.
Pendant ce temps, l'esprit de la veuve royale
Guidé par la voix du
prend son vol.
Il plane sur les monts et franchit tous les cols
En cherchant de
la figure loyale.
La veuve a poussé trois véhémentes clameurs :
est mort ! Ah ! malheureuse !
Que ne puis-je remplir la fosse qu'on lui creuse !
a rendu l'âme, et voici que je meurs !
Quand vierge, jeune et belle, à lui, beau, jeune et brave,
Le col, le sein, parés d'argent neuf et d'or fin,
Je fus donnée, ô ciel de
où sans fin
Je disais en mon coeur :
Fortune, je te brave !
c'était hier ! et c'est hier aussi
Que j'ai vu revenir ton bon
de guerre.
Bien terni était son aspect brillant naguère
Et d'amers pleurs tombaient de son oeil obscurci.
D'où viens-tu, bon
Parle ! qui te ramène ?
Qu'as-tu fait de ton maître ? Et lui, ployant les reins,
Se coucha, balayant de son dos le terrain,
Avec des grognements de douleur presque humaine.
Va donc jusqu'à
Cluny
où l'on boit en passant
Un prodigieux pinard, dit le
farouche.
Le roi
a fait la dernière retouche
Au récit de ses jours. Ce pinard est puissant !
C'est vrai. La passion est quelquefois mortelle.
Je sais que le pinard n'est pas un meurtrier,
Rien ne sert contre lui de gémir ou crier.
Mais toute ma raison, maintenant, que vaut-elle ?
Yake Lakang alors se lève et dit : Laissez
La parole tragique à Racine et Corneille.
J'ai le plus grand respect pour votre esprit qui veille,
Mais ce n'est pas veiller qu'être dans le passé.
Reine, écoutez-moi bien. Mes paroles sont vraies.
Qu'étiez-vous pour
La femme qu'il aima,
Celle pour qui en lui la flamme s'alluma,
Et celle dont la main pansa toutes ses plaies.
Il vous aima ainsi jusqu'à son dernier jour,
Jusqu'à, de son pinard, la dernière gorgée.
Aujourd'hui, il n'est plus, mainte chose est changée,
Mais ce deuil fait partie aussi de votre amour.
Sous le ciel de
Yake Lakang déclame,
Et le deuil de la reine est bercé de sa voix.
Plus tard, on contera : Il était une fois
Notre bon roi
allons, paix à son âme.
Monter : trépas
Descendre : casse-dalle
Un érudit demanda leurs commentaires
à toute une promotion de petits
qui
ralentissaient leur esprit sous sa direction.
En lisant leurs copies, il comprit
que la synergie entre Cochonfucius et Leconte de
Lisle ne séduisait pas leur coeur. Ce serait pour
une autre fois.
Un deuxième érudit fit remarquer que l'on n'était
pas sûr
que le roi fût mort à Cluny. Selon une autre
version du récit
de ses derniers instants, c'est dans une salle de son
propre château qu'il succomba, et l'on parla de Cluny à la reine
afin de ménager sa crainte des apparitions posthumes. Mais les connaissances
concernant la vie et la
mort
du roi
relèvent du folklore,
donc les versions multiples ne doivent pas nous surprendre.
|
|
page
initialement
développée sur
Bluemoon.
|