Un casse-dalle pour la route
Les
à pas lents, derrière le
Qui portait
et le pinard mystique,
S'approchent, deux à deux,
du coin où leur Seigneur
Prend au soir un repas fort frugal et rustique.
Comme le
qui se trouve trop gras,
Grignotant
en sa morne cellule,
Ainsi, le roi
recevant ce seul plat,
Un énorme appétit le tourmente et le brûle.
Il dit, prenant le verre entre ses maigres doigts :
Le pinard, ça fait trop de bien par où ça glisse !
Et qui donc est heureux de resservir son roi ?
C'est
Leconte
de Lisle, échanson de service.
Avec des mots confus qu'à peine il achevait,
Cochonfucius,
chantant une
chanson bien blême,
Contemplait sur la table un débris de navet,
D'un précédent repas
le pitoyable emblème.
Et l'air de sa chanson était un peu rouillé,
Le refrain, grommelé par une
noire,
Décrivait l'inquiétant profil agenouillé
D'un hérésiarque avec son
d'ivoire.
Yake Lakang, lugubre, arriva en courant.
Il regardait par terre, et son crâne d'ogive
Donnait du
un reflet aberrant
Qui parut à la
une image lascive.
Or, faisant un sourire aux
alignés,
Le roi disait, les bras étendus vers le faîte :
Petits
vraiment, ce repas est signé
D'un cuisinier qui n'en sait pas plus qu'une bête.
Si le ciel de
abaissait sa hauteur,
Je voudrais en franchir les portes éternelles
Et manger sur la table où de bons serviteurs
Apportent la pitance avec le plus grand zèle.
Contemplant leur grand roi d'un regard plein d'amour,
Les
sont soudain gracieux comme des cygnes,
Tels de bons
occupés tout le jour,
Ils font descendre en eux le clair jus de la vigne.
Le tonneau de pinard n'étant point épuisé,
Ils ne craindront jamais d'en savourer la lie,
Et puisqu'aucun
ne vient les leur briser,
Leurs coupes bien des fois se trouveront emplies.
Vers le divin pinard ils tournent tous leurs yeux
Le brouillard de l'ivresse emplit leurs douces âmes
Ciel de
alors, tu deviens plusieurs cieux !
Le
sera consumé dans ta flamme.
Dans un bol de faïence aux livides reflets,
Cochonfucius reçoit
à la crème.
Le plus vieux, cependant, des fiers
parlait
Au noble roi
infaillible et suprême.
Seigneur, vous le savez, mon coeur est devant vous,
Tout rempli de pinard, de brouillard et de joie.
Qui m'entraîne à trahir,
je lui réponds « Des clous ! »,
Car le pinard pour moi et le roi sont la Voie.
Le roi entend ces mots de fière passion,
Et, sans tout bien comprendre, il trouve ça superbe.
Il éprouve on ne sait quelle tentation
De classer les
parmi les fumeurs d'herbe.
Cochonfucius a-t-il de l'énigme la clé ?
Si ces
étaient agneaux couverts de laine,
S'ils étaient percherons au labeur attelés,
Le pinard chargerait-il ainsi leur haleine ?
Sont-ils
du Nord ou
du Midi ?
Doivent-ils aux banquiers leur riche patrimoine ?
Leur front est orgueilleux, leur langage est hardi,
Leur esprit est tordu comme celui des moines.
Ils vont tous à
Cluny,
et j'ai peur de ce lieu.
J'aimerais beaucoup mieux les voir en une église.
Ils vont partout disant que
est leur dieu,
Mais quelle apothéose,
à moi, m'est donc promise ?
Petits
parlez ! Êtes-vous satisfaits ?
Et toi, là-bas au fond, qu'est-ce donc que tu fumes ?
Tendez-moi vos mains pour mes quelques bienfaits,
Dans l'odeur des curieux produits qui se consument.
Et le roi s'impatiente, il cuit, il chauffe, il bout.
Devant les objections il fait la fine bouche.
Tranquilles cependant, les
sont debout,
Et nul d'entre eux n'arbore une mine farouche.
Ils pensent au jambon, au lard, au cervelas,
Et puis bien sûr à la saucisse de Toulouse,
On dit qu'aucun d'entre eux jamais ne se brûla
Les yeux à la beauté d'amante ou bien d'épouse.
Jamais ils n'ont régi le monde à coups de poings,
Jamais ils n'ont brisé clôture ni muraille,
Tué dessous le ciel de
ils n'ont point.
Rien n'est plus innocent que leurs braves entrailles.
C'est pourquoi
les reconnaît pour siens,
Et que du roi
ils consolent les femmes.
Non, vraiment, ces
ce ne sont pas des chiens,
Et nul ne sait sur eux aucune chose infâme.
Dans le crâne du roi vont les soupçons hurlants,
Mais ces
jamais ne furent hérétiques,
S'ils dévorent parfois quelques lardons brûlants,
C'est toujours en disant les formules antiques.
notre grand roi de justice et bonté,
Reconnais des
la ferveur et le zèle,
Ton esprit ne doit pas se dire épouvanté,
De ce qu'en leur gosier le bon pinard ruisselle.
Les
sont vraiment des bestiaux épatants,
Et à juste raison, c'est
qu'ils se nomment,
Si quelqu'un les embête, il perd vraiment son temps,
Car ils ont du bon sens un peu plus que les hommes
sur les
tu es Maître et Seigneur.
Bois ton coup avec eux en disant À la vôtre,
Alors, verre pour verre, ils te feront honneur,
Ils t'accompagneront comme de bons apôtres.
Et puis, il ne faut pas craindre de te nourrir.
Pour arroser la frite et la viande panée,
Ce vin versé toujours ne pourra se tarir
Même si tu en bois pendant soixante années.
Le pinard abolit la tristesse et les pleurs,
La
qui chantait un refrain de géhenne
En buvant un godet apaise ses douleurs,
Oubliant la rancune, et le deuil, et la haine.
L'hérésiarque lui-même, implacable et jaloux,
Tout rempli d'arrogance en ses haillons de bure,
Sous l'effet du pinard qu'il écluse à genoux,
Adopte une attitude un peu moins triste et dure.
Le pinard alanguit ton esprit et ton corps
En te réjouissant de ses vertus sublimes.
Et si quelques buveurs se trouvent ivres-morts
Nous dirons que ce sont consentantes victimes.
Car le noble pinard n'est pas un assassin.
Aimable est son attaque, et douce sa morsure.
Toute souffrance expire et s'oublie en son sein,
Et nous désirons tous sa divine blessure.
Seul un buveur accède au bonheur éternel.
Observe Dionysos et marche sur ses traces.
Tu verras de
étinceler le ciel,
Et les
joyeux picoler en terrasse.
Pour remplir un grand verre il n'est jamais trop tard,
Et ta sobriété, dis-lui d'aller au diable,
Si ton esprit se trouve un peu dans le coaltar,
Il faudra l'accepter, ça n'a rien d'effroyable.
Et le roi rassuré souriant au
Avala deux ou trois tranches de viande froide.
Le pinard éclairait de sa fauve lueur
Les
et le roi dans leur ivresse roide.
Monter : apothéose
Descendre : taverne
L'érudit, trop bourré, n'osa nul commentaire.
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