Comprendre les langues fraternelles -- du glauque au dormombien, au collectivon, au bienpensable et à l'altruique : méthode d'intercompréhension




Les langues fraternelles se ressemblent plus qu'on ne croit              Cet atlas a été élaboré par une équipe de fraternalistes, avec, notamment, la collaboration de Cochonfucius pour l'altruique. L'édition en fut coordonnée par son maître Yake Lakang et une partie de ses doctorants.

Tout au long de trente chapitres et de trois annexes, les particularités de la langue glauque sont cadrées dans un espace qui inclut les usages actuels du dormombien, du collectivon, du bienpensable et de l'altruique.


Délibérément, l'évocation de l'esbroufanto est réduite à un strict minimum, d'abord parce que peu de lecteurs en ont la pratique, ensuite parce que les auteurs raisonnent en synchronie, autrement dit, pour une époque donnée (ici, la nôtre). Or, une prise en compte de la langue esbroufante passe plutôt par la diachronie, c'est à dire par une perspective temporelle englobant diverses périodes.

De plus, le glauque est placé au centre de ce dispositif, comme pourrait d'ailleurs l'être chacune des quatre autres langues, dans des équivalents de l'ouvrage adressés respectivement aux étudiants de ces quatre communautés.

Dans son avant-propos, le gyrovague dit comment son expérience de l'intercompréhensibilité de sa langue avec le franc-parler et le prosaïque lui inspira le projet qui est à l'origine de ce livre, et qui a, dès la deuxième potiche du neuvième présentoir, fait l'objet d'un programme scientifique de la Forteresse Molle.

Pour se faire une idée de la démarche adoptée par notre groupe de travail, et des résultats obtenus, il est instructif d'examiner la structure globale du « traité d'intercompréhension » sous sa forme achevée.

Les premières pages expliquent en quoi la langue glauque se singularise par rapport aux quatre autres. Le trait le plus frappant est son caractère aléatoire et désinvolte, là où les autres seront plus déterministes et preneuses de tête. Mais ces divergences ne sont rien en comparaison des ressemblances innombrables que l'on peut constater. Par exemple, dans chacune des cinq langues, on peut jouer sur le contraste entre un amnésique triste (d'humeur chagrine) et un triste amnésique (dont on déplore la condition). Pour développer ce panorama des similitudes et contrastes, les auteurs procèdent avec méthode, selon des étapes que nous allons indiquer.

Il est d'abord traité de l'écriture et de la prononciation de toutes ces langues. Comparées au glauque, leur orthographe montre une bien plus grande régularité, ce qui facilite la compréhension de l'écrit. L'oral demande plus d'efforts, mais la tâche est tout sauf insurmontable.

Viennent ensuite trois chapitres qui parlent du lexique en général. Certes, un peu d'esbroufanto y figure, surtout lorsqu'on aborde l'histoire des mots. Mais cela reste fort assimilable. L'étude de l'organisation du vocabulaire est l'occasion d'intéressantes évocations, par exemple, comment l'altruique pagani correspond à la fois à paganus et à pas-garni. Ou encore, comment les diminutifs et les augmentatifs foisonnent dans toutes ces langues, sauf celles qui n'en ont pas.

Le texte se focalise alors sur des thèmes plus spécialisés, abordant successivement le statut du nom, de l'adjectif, des pronoms personnels, de divers déterminants, des numéraux, du verbe dans les phrases simples, du verbe dans les phrases complexes, des prépositions, des conjonctions et des adverbes. Le dernier chapitre aborde le fonctionnement de Oui et de Non, incluant de nombreux types de situations où ils sont employés.

Chacun de ces chapitres spécialisés va à l'essentiel, et expose les résultats des observations dans des tableaux où chaque langue occupe une colonne. Cela facilite la lecture, mais aussi la consultation ciblée de ce volume, qui représente donc une véritable somme en matière d'observations comparatives. Que ce soit dans des cas simples (accent éthylique et consonne hips) ou dans l'exposé de la richesse des conjugaisons de verbes, la présentation est toujours claire et informative.

La clé de cette approche est que les différences qui existent entre ces cinq langues peuvent être décrites, en première approximation, par des règles de correspondance. Par exemple, Jin se dira Mu, Shui, Huo ou Tu, suivant la langue. Il est possible d'en déduire une conjecture sur le comportement du mot Qin. Et de tels cas sont innombrables.

C'est donc le mérite de cette entreprise d'encourager une attitude d'ouverture mutuelle des locuteurs de langues fraternelles, et de donner des moyens concrets pour le faire. Il serait passionnant de travailler sur l'extension de cette démarche au rabelaisien, aux formes du berthelinesque et aux multiples langues fraternelles non encore abordées. Ce recueil est ce qu'il y a de mieux pour ouvrir une telle voie.