Le mathématicien et sa magie

Meyerson voyait dans cette ignorance délibérée de l'irrationnel, l'un des principes selon lesquels la science assure son progrès. Il écrivait dans De l'explication dans les sciences que « ... chaque fois qu'il y a un irrationnel, on le reconnaît sans doute, si l'on veut s'en donner la peine, en étudiant le chapitre correspondant de la science ; on le reconnaît notamment aux efforts passionnés que l'on a faits ou que l'on fait encore pour le réduire, à la multiplicité des théories qui ont surgi autour de lui, à l'embarras qu'éprouvent les manuels quand il s'agit des phénomènes qui y ont trait [...] Mais cela n'empêche que, dans le chapitre suivant de la science, cet obstacle, l'obstacle du chapitre précédent, sera considéré en quelque sorte comme non-existant, la science de ce chapitre sera traitée, par implication, comme entièrement rationnelle, puisqu'elle sert à la rationalisation du chapitre suivant »
(Meyerson 1927 : 368-399).