Notes de Jean-Guy Meunier











1. Nous précisons ici : connaissance du « monde », car on oublie souvent que pour de nombreuses traditions philosophiques, la connaissance que l'humain possède ne trouve pas toujours sa source dans le monde. C'est le fondement même de certaines théologies.









































2. La philosophie ne sera pas la seule à postuler un processus de sensation. On le retrouvera dans plusieurs disciplines des sciences cognitives. La psychologie, par exemple, soutiendra que « l'agent est mis en contact avec son environnement  », via des stimuli distaux ou proximaux ; l'informatique dira que le système cognitif reçoit des informations via ses capteurs ou senseurs. Bref, dans toutes ces théories, quel que soit le terme utilisé, on postulera un processus qui permet à ce qui se trouve dans l'environnement de l'agent d'être saisi par l'agent. Pour ce faire, l'agent sera vu comme doté d'organes sensibles, de capteurs, ou plus traditionnellement, de sens.









































3. Le terme sense datum a été introduit, du moins dans la tradition anglo-saxonne, par Moore (1910) et surtout Russell (1914), Broad (1925) et Price (1932).Pour eux, un sense datum est l'objet qualitatif dont nous sommes conscients dans la perception. Et les questions philosophiques qui sont souvent débattues autour de ce thème consistent à savoir si le sense datum relève des qualités physiques de l'objet perçu et si nous en sommes toujours conscients.









































4. D'un point de vue terminologique, les philosophes n'ont pas toujours utilisé deux termes différents pour distinguer la sensation de la perception. Ce sur quoi nous insistons ici est la distinction entre deux grandes classes d' opérations, à savoir : les opérations (sensation) qui touchent la relation des sens avec les objets de l'environnement, les opérations que sont les interprétations effectuées par l'agent cognitif sur les résultats des premières opérations.









































5. Nous entendons par espace conceptuel l'ensemble des concepts qui servent à déployer une problématique. Mais cet espace est pensé ici dans le sens mathématique. Cet espace est traversé de dimensions qui sont des vecteurs dont les coordonnées sont des points représentant des positionnements sémantiques de proximité. Ce concept d'espace sémantique permet des analyses classificatoires heuristiques (voir Gardenfors, 2000; Kohonen, 1998) et de regrouper des dimensions en des vecteurs propres qui représentent une certaine communauté sémantique entre les concepts. Ce type de modèle analytique repose sur l'hypothèse que les concepts et les lexèmes qui partagent un certain nombre de propriétés sémantico-logiques participent à la construction d'un thème ou d'une problématique. Il faut bien voir cependant qu'il s'agit là d'une métaphore spatialisante. Mais son avantage est de permettre de retrouver, dans une problématique, un regroupement de concepts partageant un certain nombre de points communs ; sans par ailleurs se prononcer sur la nature des liens qui unissent ces points communs et les processus argumentatifs qui les réunissent. À titre d'exemple, Descartes (Forest et Meunier, 2000), lorsqu'il pense le problème du corps, met en place un espace conceptuel caractéristique. Dans cet espace on trouvera un vecteur qui touche des questions neurologiques (nerfs, cerveau, etc.), des concepts relevant de la physiologie (sang, veine, circulation), de la physique (étendue, espace, distance), etc.









































6. Pour la philosophie, ce type de présence suppose qu'on pense que la relation avec un agent est de type intérieur et extérieur, ce qui spatialise la modélisation. Il y aurait là une métaphore sous-jacente à toute théorie cognitive (Lakoff, 1985; Lakoff, et Johnson, 1980). Et la cognition est un mode particulier de présence de l'objet externe.









































7. Dans la tradition aristotélicienne, on distinguera dans le processus de la « cognitio » sensible deux dimensions, à savoir d'une part la relation de l'objet en tant qu'il affecte l'agent cognitif et provoque causalement une sensation (la species expressa) sur l'organe de sensation (récepteur) et, d'autre part, la réaction sensible elle-même de l'agent cognitif à cette sensation - c'est-à-dire la sensation en tant que « saisie » ou « impression » sensible (la species impressa). Ces deux dimensions postulent donc que la connaissance sensible peut être analysée du point de vue de la cause qui affecte un récepteur sensible ou du point de vue de la « représentation » interne que le récepteur sensible s'en fait (stimulus, transduction).









































8. Ce concept d'indice ne fait que reprendre le concept classique de signe naturel.









































9. Il faut préciser ici la confusion que ce concept de symbole introduit dans le débat sur la nature sémiotique de la sensation. Il laisse croire que le symbole physique est du même type que le symbole de la tradition sémiotique. Or, il n'en est rien. Il faut dire premièrement, que le concept de symbole utilisé dans cette conception est différent de celui de la tradition sémio-philosophique pour qui le symbole est essentiellement un signe fondé sur la convention (Aristote, Peirce, Eco). Une telle conception conventionnaliste ne peut aucunement s'appliquer à la sensation. Comment le symbole pourrait-il en effet être le résultat d'une convention ? Et deuxièmement, cette conception pose le problème du fondement du symbole (le grounding).La conception berkeléenne postule que le symbole créé par la sensation est une entité de nature mentale. Mais alors, de ce fait, il faut expliquer comment ces symboles sont fondés, c'est-à-dire « groundés » (Fodor, 1982; Harnad, 1987), ancrés causalement dans le monde ? Ce qui nous ramène aux difficultés de la deuxième conception.









































10. On a critiqué le concept de représentation sous divers angles. Mais il faut voir à chaque fois quelle définition spécifique est en jeu. Pour nous, le concept de représentation en demeure un de nature très générale comme le sont bien d'autres termes philosophiques : «  objet, sujet, monde, être, esprit, agent, environnement, etc.  » Il fait partie du vocabulaire utile et généreux qui offre des variables généralisantes et qui doivent êtres retraduits en termes techniques selon le contexte théorique en jeu.









































11. Ce qui implique que la représentation est pensée localement pour chaque organe sensible. Cela incitera les modèles formels à privilégier une représentation locale plutôt que distribuée.









































12. Une modélisation formelle de ce type de théorie s'ouvrira facilement à la quantification où chaque entité apparaîtra comme la valeur d'une variable au sein d'une fonction (linéaire ou non) le contenant. Il ne sera pas surprenant de voir que des modèles de l'intelligence artificielle (symboliques ou connexionnistes) seront à l'aise avec ce cadre théorique.









































13. L'intentionnalité affecte aussi la quantification, la généralisation existentielle et l'inférence.









































14. Une modélisation formelle de ce type de théorie s'ouvrira facilement à la prédication. C'est-à-dire que chaque entité apparaîtra comme le résultat d'un certain jugement classificatoire. D'où la possibilité de lui attribuer un prédicat. Ainsi, une certaine expérience lumineuse pourra être sentie comme jaune. Et ce jaune pourra même être senti ou vu comme vert s'il est opposé à du bleu (loi des contrastes lumineux). Il ne sera pas surprenant de faire un saut supplémentaire et de nommer ces prédicats dans un langage quelconque. Ainsi une donnée sensible jaune pourra facilement être nommée « jaune » ouvrant ainsi très rapidement la porte à une vision linguistique et de la sensation.