La santé par des capteurs au domicile,
entre « meilleur des mondes » huxleyien
et opportunité de solidarités nouvelles.

Vincent Rialle pour STP, le 26 mars 2002
à dix-huit heures, salle 215.

Voir l'article
pour les Actes 2002.


      Poussé par un vent technologique a priori irrépressible, l'habitat privé se destine, dans certains cas précis de pathologies ou de type de personnes, à devenir sinon une extension de l'hôpital, du moins un lieu médicalisé pouvant permettre à une personne de rester chez elle plutôt que de se déplacer ou d'« être » déplacée. Il s'agit par exemple d'éviter à des personnes âgées ou handicapées vivant seules d'être déplacées prématurément vers des maisons médicalisées, ou encore à divers types de personnes fragiles (patients chroniques, handicapés physiques, grosses à risque, etc.) d'être astreintes à se déplacer pour des visites médicales de simple routine. Des systèmes automatisés de capture de données, de traitement et de détection de situations critiques existent ou sont en voie de développement.

      Une série de questions déroutantes se posent alors, auxquelles l'exposé se propose de faire face : la manie des technologies de l'information et de la communication (TIC) de s'immiscer dans les moindres recoins de l'activité humaine ne va-t-elle pas franchir un pas de plus en transformant l'habitat privé en lieu d'observation semi-public (puisqu'il s'agit d'une observation contenue dans un cadre strictement socio-médical de « réseau de soins ») ? Le projet de médicalisation de l'habitat privé relève-t-il d'une « foi » dans la technologie, et plus particulièrement dans Internet (car réseau de soins pour la télé-vigilance médicale rime, en termes techniques, avec intranet sécurisé utilisant au moins les couches TCP/IP d'Internet) ? De quelle communication parle-t-on ? Où se situe le sujet humain, le sujet du désir, sans parler du sujet de l'inconscient psychanalytique, dans cet entrelacs de problèmes (technicisation des rapports humains, problèmes de la dépendance, crise du secteur sanitaire et social ?). Nous tenterons de synthétiser l'abondance des angles de développement de ce sujet sous la bannière d'une question à multiple sens : quels sens donner à l'instrumentalisation médicale de l'habitat privé ? Partant du cas précis de la télé-vigilance médicale au domicile, nous cheminerons pris entre les deux extrêmes qui s'affrontent aujourd'hui sous la plume ou la caméra de plusieurs auteurs : horreur technologique prédite par certains d'un côté, opportunités de sortie d'anciens carcans et de réorganisation radicale des rapports humains au niveau planétaire, du côté opposé.

      L'exposé sera l'occasion de répondre à une récente émission télévisée de Rony Brauman pour le côté « horreur technologique », et de rappeler succinctement les thèmes développés par Michel Serres dans son dernier ouvrage, ainsi que ceux de plusieurs autres auteurs, pour l'autre côté.