Les chercheurs s'efforcent de justifier le bien-fondé de leur expertise

 

LE MONDE | 25.02.04

Psychiatres , psychologues, épidémiologistes ou biostatisticiens... Les experts qui ont participé à l'étude de l'Inserm s'interrogent longuement sur la pertinence d'une évaluation des psychothérapies. La question avait été soulevée à l'occasion des débats houleux autour de l'amendement Accoyer visant à réglementer ces pratiques. Des psychanalystes et des psychothérapeutes avaient alors évoqué la "folie évaluatrice" qui se serait emparée des pouvoirs publics.

Le groupe de l'Inserm s'attache donc à démontrer le bien-fondé de sa démarche. "Le fait que cette évaluation repose sur des mesures subjectives ne met pas en cause la possibilité de la réaliser, elle s'appuie donc sur les mêmes principes que toute autre évaluation thérapeutique en recherche clinique", font valoir les experts. Les critères méthodologiques classiques dans l'évaluation scientifique d'une thérapeutique ont été retenus. La plupart des études analysées prennent pour critère d'amélioration les éléments symptomatiques, essentiellement à partir de réponses à un questionnaire. Le groupe d'experts prend soin de "souligner que la mise en évidence de l'amélioration d'un symptôme ne signifie pas pour autant la disparition du trouble". Ils reconnaissent par ailleurs un biais possible dans la mesure subjective de l'efficacité liée aux bases théoriques utilisées pour définir les termes employés dans le questionnaire.

Dans le cas des psychothérapies, l'évaluation se heurte à l'impossibilité de réaliser une comparaison avec un placebo, comme en pharmacologie. Néanmoins, il est possible de constituer des groupes témoins avec des patients ne bénéficiant pas tout de suite de la thérapie ou recevant "le traitement habituel".

Maître de conférences en psychopathologie à Poitiers et psychanalyste affilié à l'Association lacanienne internationale, Stéphane Thibierge s'étonne, "au nom de l'Université", de la démarche de l'Inserm. "Après avoir énuméré les raisons pour lesquelles on ne peut évaluer les psychothérapies comme on le fait pour un traitement médical, du fait des aspects subjectifs, il est étrange d'aboutir à une évaluation", observe M.  Thibierge. Le fait que les psychothérapies "reposent toujours sur la suggestibilité du sujet et sur la croyance éminemment subjective qu'il y aurait une réponse adaptée à sa souffrance, constitue un effet que l'on ne peut quantifier. En toute honnêteté scientifique, on ne peut absolument pas évaluer les psychothérapies. En revanche, on peut évaluer les praticiens. De ce point de vue, la démarche de M.  Mattei, qui entend donner un minimum de garanties aux usagers à l'égard des praticiens nous paraît beaucoup plus judicieuse." Quant aux conclusions de l'Inserm, M.  Thibierge ne refuse pas la comparaison mais trouve "presque risible" les résultats favorables aux thérapies cognitivo-comportementales  : "Cela ressemble plus à des résultats électoraux dans une république bananière qu'à une évaluation scientifique qui donne des comparaisons plus pondérées."