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Copyright: Gilles Renard <mailto:gilles@philosophage.com> 2001
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Le
pardon
Je reproduis ici le plan de mon mémoire de fin d'études, présenté à
l'Université de Liège en 1992. Il est disponible à l'UD de Philosophie.
Introduction
Le
pardon est un cas-limite: "il est bien possible qu'un pardon pur de toute
arrière-pensée n'ait jamais été accordé ici-bas". Il est un devoir,
tout en étant à notre portée. Pourtant, notre pouvoir est en fait limité,
mais nous devons l'ignorer (refus de l'optique du témoin et de la
complaisance).
Le
pardon est lié à l'instant.
1.
Temporalité, intellection, liquidation.
Le pardon pur se soustrait à l'analyse, au
contraire du pardon relatif: "plus le pardon est impur et opaque, plus il
se prête à la description". Ceci nous mène une philosophie apophatique
(négative) du pardon. Le vrai
pardon n'est ni l'usure par le temps, ni l'excuse intellective, ni la
liquidation, même si ces trois procédés peuvent tenir lieu de pardon: il leur
manquera l'intention.
2.
L'événement, la grâce et le rapport avec l'autre. De la clémence.
Trois caractéristiques essentielles du
pardon: événement daté, don gracieux, rapport personnel.
La clémence, qui n'implique pas d'événement déterminé ni une véritable
relation, minimise (jusqu'à la faire disparaître) l'injure, et rend de ce fait
le pardon inutile. L'événement
disparaît également dans l'usure temporelle et l'intellection.
Le cadeau implique les deux premières conditions: il peut donc être
considéré comme plus essentiel. Le pardon est donc bien un don ("La
pardon est en creux ce que le don est en relief"), et non un droit. Il est
pour la loi "un principe de mobilité et de fluidité". Sa matière
est "la faute inexpiée ou la tranche inexpiée de la faute". Ce n'est pas à la justice de pardonner, puisqu'elle
fonctionne sur le principe du donnant-donnant, mais à l'offensé.
3.
L'offense et le péché.
Il existe deux formes de pardon: psychologique
et morale, selon qu'il s'agit d'offenses (je suis visé) ou de péchés (les
valeurs sont visées).
I.
L'usure temporelle
Le
temps fait que tout se modifie: le fleuve, mais aussi l'homme qui s'y baigne. La
pardon confirme la dimension naturelle du devenir. (Pourtant, Jankélévitch
n'en appelle-t-il pas ailleurs à la surnaturalité de la morale?)
1.
Revenir, c'est encore advenir. Le devenir est toujours à l'endroit.
Le devenir est avant tout futurition et
secondairement prétérition: il pose un futur et dépose un passé. Ces deux
aspects sont bien loin de se neutraliser. Si c'était le cas, le devenir
s'immobiliserait au point mort. La
rancune n'est pas un souvenir comme les autres, car elle refuse l'évolution:
"L'agressive rancune résiste au devenir; et le pardon, au contraire, le
favorise en le débarrassant des impedimenta qui l'alourdissent". Notons également
le fait de la réciprocité: "La pardon aide le devenir à devenir, mais le
devenir aide le pardon à pardonner".
Toutefois, la rancune, régressive, n'est finalement qu'une progression
retardée, car on ne peut arrêter le devenir. "Tôt ou tard, le temps aura
le dernier mot". Dès lors, il vaut mieux assumer plutôt que subir.
2.
L'oubli
Le refus du pardon enlise l'offenseur dans sa
faute, identifie le premier avec la seconde. La rancune est un anachronisme.
3.
L'usure
L'oubli n'est pas brutal, mais progressif:
"La futurition ralentie a donc pour résultante l'usure progressive des
souvenirs". Cette progression n'est pourtant pas régulière: l'oubli n'est
pas proportionnel à l'ancienneté du souvenir ou à la longueur de l'intervalle
écoulé. Il y a des subites poussées de ressentiment. On parle donc d'usure
par métaphore.
4.
L'intégration
Le passé ne disparaît pas à proprement
parler: il est intégré. La personne est à chaque instant une totalité.
"Le pardon ressemblerait ainsi à la médiation qui intègre l'antithèse
dans une synthèse supérieure". La médiation s'accomplit dans le temps
car "le temps est la dimension naturelle de la médiation". Le pardon
prend du temps.
5.
Ni la futurition, ni l'usure, ni la synthèse ne remplacent le pardon
Futurition: elle n'est qu'un aspect de la
temporalité. Il faut tenir compte de la mémoire, essentielle à la conscience.
Usure: elle n'est pas une raison de pardonner. Plus que le temps, c'est la mort
qui aura raison de tout. Le pardon trouve-t-il sa justification dans la mort et
dans la finitude? Il s'agit plus d'amnésie que d'amnistie!
Synthèse: digérer n'est pas pardonner. Exploiter les offenses n'est pas
une marque de générosité mais d'égoïsme. La synthèse peut être considérée
comme un appauvrissement, un ensemble de concessions. "Ce pardon-là est
bien trop complexe, et il a bien trop d'arrière-pensées pour être un pardon
simple et pur". En d'autres termes, il y manque le coeur, la joie.
6.
Le temps continu escamote la conversion définitive, le don gratuit, le rapport
à autrui.
La prescription impose un délai qui accélère
l'action de la temporalité: le presque-rien se réduira au rien plus
rapidement. Dès lors, pourquoi pas pardonner tout de suite? "Le pardon
fait en une fois et en un clin d'oeil ce que le temps nu mettrait des années à
accomplir et, sans doute, à laisser inachevé". Le temps n'a pas
d'intention. Le pardon est gratuit, et n'a pas besoin de délais légaux pour être
accordé. L'oubli rompt la relation
avec l'offenseur.
7.
Le temps nu n'a pas de signification morale
"Nous faisions donc fausse route lorsque
nous cherchions dans la temporalité la justification du pardon" car
"le temps, dans la vie morale, importe moins que la façon de passer ou
d'occuper le temps". De plus, le temps rempli par l'expiation rend le
pardon inutile. La prescription est la rémission indolore, alors que la douleur
est purifiante.
8.
La temporalité ne peut nihiliser le fait d'avoir fait
Le pardon est de l'ordre de la valeur, c'est-à-dire
qu'il vaut indépendamment de toute chronologie. Jankélévitch distingue
l'offense personnelle et la faute morale. La première porte atteinte à
l'amour-propre et à l'intérêt propre. Le péché est quant à lui un attentat
manqué contre les valeurs, car elles sont intemporelles et indestructibles,
inattaquables. Dans le second cas, deux solutions s'offrent alors à nous: soit
il n'y a rien à pardonner, soit le crime est impardonnable.
La mauvaise intention est inexpiable, même si elle devient bonne par la
suite. Si le temps neutralise peu
à peu les effets de la faute, il ne peut anéantir le fait de la faute (le
"fait-d'avoir-fait"). C'est la raison pour laquelle toute faute est théoriquement
imprescriptible. Le pardon n'est pas une synthèse: "Pour réconcilier les
contraires, il suffit d'une synthèse habilement médiatisée, d'un savant
compromis ou d'une bonne mixture; mais pour unifier les contradictoires il faut
un miracle… Nous aurons à rechercher si le pardon n'est pas justement ce
soudain miracle, cette miraculeuse coïncidence de la position et de la négation".
"L'attentat contre l'hominité de l'homme a quelque chose d'inexpiable où
la quoddité se montre à nu". "La prescription d'un crime colossal
est la monstrueuse caricature de la prescription courante et en fait éclater
l'absurdité". "Un crime
contre l'humanité n'est pas mon affaire personnelle. Pardonner, ici, ne serait
pas renoncer à ses droits, mais trahir le droit".
9.
Ne pas ratifier la naturalité de la désaffection
Le pardon n'est pas naturel, à l'instar de
tous les devoirs d'ailleurs. Il change pourtant de sens selon qu'il s'agit
d'offense personnelle ou de faute: "Quand la rancune est une simple hargne
et une obstination toute négative, le pardon est un devoir de charité; mais
quand la soi-disant `rancune' est en réalité une fidélité inébranlable aux
valeurs et aux martyrs, c'est le pardon qui est une trahison".
L'oubli aura le dernier mot, mais il faut se garder de le précipiter.
"La rancune est la condition bizarrement contradictoire du pardon; et
inversement l'oubli le rend inutile".
II.
L'excuse: comprendre c'est pardonner
L'intellection
est plus active et plus philosophique que le temps. Il s'agit d'une véritable
prise de position, qui nie la méchanceté du méchant.
1.
Il n'y a pas de volonté du mal
Il s'agira pour l'intellectualiste de poser le
néant du mal et du péché, et ainsi l'inutilité du pardon. Néanmoins, nier
que la volonté puisse être mauvaise, n'est-ce pas du même coup nier qu'elle
puisse être bonne? Rancune et pardon disparaissent aussi lorsque la volonté
disparaît.
2.
L'excuse n'est ni un événement, ni un rapport avec autrui, ni un don gratuit
L'effort d'intellection prend lui aussi du
temps, alors que le pardon naît dans l'instant. La vérité indolore prend la
place du pardon qui exige le sacrifice. La clémence proclame que l'affront ne
saurait l'atteindre. Le pardon ne
se déduit pas de la connaissance; il n'est pas automatique.
3.
L'excuse totale: comprendre, c'est pardonner
Pourtant, "la vérité que l'intellection
veut rétablir est celle d'un monde amical où l'homme cessera de maudire son frère
et vivra dans la paix de l'esprit et du coeur". En cela, l'intellection
implique un effort et un lien avec l'avenir.
4.
L'excuse partitive: l'ambiguïté des intentions et le coupable-innocent
L'excuse totale, nihilisant le péché en général,
est conforme au pardon, si ce n'est qu'elle n'agit pas pour les mêmes raisons:
elle a précisément des raisons, alors que le pardon n'en a pas. L'excuse
partitive introduit des degrés de culpabilité, considérant que toute
intention est complexe. On peut hésiter entre le péché d'ignorance (menant à
l'excuse) et celui de malveillance (menant à l'alternative de la condamnation
ou du pardon). Le coupable-innocent est à la fois coupable et innocent.
5.
L'indulgence: plus bêtes que méchants. Plus méchants que bêtes
L'excuse tombe dans la tentation de traiter l'équivoque
comme l'univoque: "Le coupable-innocent est […] coupable assurément dans
ses actes, mais innocent dans ses intentions".
L'intellection morale comporte trois formes: on parlera de l'innocent
plus bête que méchant, de pur méchant ou de coupable plus méchant que bête.
Comprendre n'est pas pardonner car "rien ne dit que plus on est
lucide sur le compte du fautif, plus on doive être indulgent pour la
faute". A côté des circonstances atténuantes, il y a les circonstances
aggravantes. "Entre
l'indulgence et la rigueur il y a le pardon, selon lequel les hommes sont encore
plus malheureux que méchants". Le pardon accuse pour absoudre.
6.
La profondeur moyenne: les circonstances atténuantes
L'indulgence a trait aux degrés de culpabilité,
autrement dit au "comment" de la faute et non à sa quoddité. De
plus, elle refuse d'identifier l'agent avec un des actes qu'il a posés.
Le pardon n'est pas en quête de circonstances atténuantes, mais accuse
pour pardonner.
7.
Excuser, c'est pardonner: l'adhésion vécue
L'indulgence qui excuse en comprenant est une
espèce de pardon. L'ego est intéressé à ne pas comprendre le coupable. La véritable
indulgence nécessite une adhésion active à la compréhension: l'option doit
devenir adoption.
8.
Excuser, c'est pardonner: l'ouverture à autrui
L'intellection a besoin de l'amour car
"l'amant, et lui seul, possède la gnose intime et pénétrante de sa deuxième
personne". A présent, on peut dire que pardonner, c'est comprendre. Quant
à "Comprendre, c'est pardonner", il faut dire que la "compréhension
nous prépare quelquefois à aimer et à pardonner". "L'amour, à
force d'aimer, finit par comprendre et la compréhension, à force de
comprendre, finit par aimer" (causalité circulaire). "L'indulgent
pardonne à force d'excuser". Philautie 1ère personne Désintéressement -
indulgence 3ème personne Amour - pardon Relation 1ère-2ème personnes.
9.
Comprendre, ce n'est qu'excuser. De l'inexcusable
"On est tenté de conclure: excuser c'est
pardonner; précisons pourtant que si l'excuse conduit au pardon, c'est sans
doute `à plus forte raison' et moyennant l'adjonction d'une énergie supplémentaire". Comprendre, ce n'est pas nécessairement pardonner mais c'est
en tout cas excuser. Quant à l'inexcusable, ce sera au pardon de s'en charger,
"car l'inexcusable peut être pardonnable, bien qu'il ne soit pas
excusable". Tout est donc pardonnable … hormis l'impardonnable, s'il
existe ("crime métempiriquement impossible à pardonner"). Excuser
l'excusable, ce n'est que justice, comme aimer l'aimable. Le pardon, au
contraire, instaure une ère nouvelle.
10.
Le bon-débarras
La liquidation générale est un pardon sans
sacrifice. On retrouve dans le passage à la limite deux des caractères
essentiels du pardon: la gratuité et la soudaineté. Il manque le rapport avec
l'autre. On peut même critiquer la prétendue gratuité: il s'agit peut-être
seulement d'égoïsme. En d'autres termes, la liquidation ne s'opère pas par
amour pour autrui. Jankélévitch refuse totalement ce succédané: "S'il
n'y a pas d'autre manière de pardonner que le bon-débarras, alors plutôt le
ressentiment! Car c'est le ressentiment qui impliquerait ici le sérieux et la
profondeur: dans le ressentiment, du moins, le coeur est engagé, et c'est
pourquoi il prélude au pardon cordial".
III.
Le pardon fou: "Acumen veniae"
Le
pardon est le recours ultime. Il est pourtant une folie, comme la foi. Les
raisons de pardonner ressortissent en fait à l'excuse.
1.
Le pardon impur
On peut distinguer trois cas au sein du vrai
pardon: a. Un pardon dans lequel
s'insère une minuscule spéculation Ce
pardon agit ainsi en espérant que l'avenir lui donnera raison: "Peut-être
quelque excuse encore insoupçonnée rendra-t-elle un jour le pardon
superflu". Ce pardon peut se cacher à lui-même la vérité (la faute est
inexcusable). Cela nous éloigne de la liberté et du pardon.
b. Un pardon mêlé d'espoir Cet
espoir est celui "d'améliorer le criminel par l'effet même de sa
gratitude envers celui qui l'a gracié". On se trouve donc en présence
d'une volonté transformatrice. Ce qui empêche ce pardon d'être pur (bien
qu'il soit plus pur que le pardon spéculatif envisagé précédemment), c'est
de pardonner pour purifier. Jankélévitch dit pourtant "qu'il n'y a pas de
mal à cela". Néanmoins, ce pardon devient ainsi un moyen et espère bien
être payé de retour. c. Cas
hybrides où l'excuse se mêle au pardon Or,
"le pardon cesse d'être le pardon pour peu qu'un milligramme de motivation
raisonnable vienne à le justifier". Notons pourtant que "le pardon
impulsif se donne-lui même après-coup une étiologie explicative et de
raisonnables motifs d'indulgence".
2.
La conscience du pardon et le discours sur le pardon
"Le pardon pur est un événement qui
n'est peut-être jamais arrivé dans l'histoire de l'homme". de plus, il
est très difficile d'échapper au piège de la complaisance. La conscience
louche sur le passé (hagiographie) et sur l'avenir (effets). Quoi qu'il en
soit, le pardon reste, comme chez Kant, un idéal normatif. L'homme peut
toutefois effleurer le pardon pur le temps d'un instant".
Le pardon semble échapper au discours: il n'y a pas de raisons
d'absoudre. "On ne peut vraiment discourir sur le pardon qu'en parlant
d'autre chose".
3.
Venia pura: le pardon-limite
Le pardon renonce à la justice. Il n'espère
pas l'amélioration du pécheur; attention toutefois: il ne s'agit pas ici de désespoir.
La prétention à l'efficacité semble bien étrangère au pardon: elle est
"la cause la plus courante de l'échec; tandis que l'acceptation innocente
de l'échec rend seules efficaces le pardon et le remords". Alors que le
remords est un soliloque, le pardon est un dialogue.
4.
Secondarité du pardon: pitié, gratitude, repentir
Le pardon se trouve apparemment dans une
position secondaire: il suit la faute qu'il pardonne. "Le pardon n'est
pourtant pas le don absolument gratuit, puisqu'il faut avoir commis des fautes
pour le mériter". Il se situe donc en-dessous de l'amour, qui vise
directement la personne, sans passer par l'acte singulier.
5.
L'organe-obstacle. Don et pardon
"Le péché, après tout, est peut-être
la forme sous laquelle nous découvrons l'autre".
La secondarité n'est pas synonyme de facilité: elle "rend le
pardon plus méritoire en un sens et plus difficile que l'amour". De plus,
"le pardon fait avec son péché un contraste plus saisissant que l'amour
avec son haïssable". Le
pardon est un don négatif (datio sans donum), mais il est pourtant plus que le
don: un don total, de soi-même, et non d'une de ses possessions.
La joie naît dans le passage du non-pardon au pardon.
6.
Parce qu'innocent, bien que coupable, parce que coupable. Le pardon gratuit
"Le péché est la matière du pardon,
mais il n'en est pas la `cause'". Il causerait bien plutôt la rancune...
Plutôt que de pardonner parce-que, le pardon pardonne bien que.
Pourtant, le pardon ne pardonne pas malgré. La rancune est
paradoxalement la condition du pardon. En définitive, l'offensé pardonne à l'offenseur parce
qu'il est coupable. Néanmoins, le
pardon se situe au-delà du quia (parce que) et du quamvis (bien que), comme la
foi et l'amour. Ils sont étrangers au parce-que normal et au parce-que cynique
("Le pardon transcende toute causalité"), sans quoi on aboutit à
l'inversion ou à la perversion. L'amour
dissymétrique prouve le désintéressement de l'amant. Le pardon rend en
convertissant ce qu'il reçoit. Il a besoin de la faute, mais "cela ne
signifie nullement que le pardon ait une prédilection expresse pour la
faute". Par-delà la faute, le pardon s'adresse au fautif. Le pardon n'aime
pas la méchanceté du méchant, mais le méchant lui-même.
"Mon amour s'adresse à la pure hominité de l'homme et à l'ipséité
nue de sa personne en général". On
pardonne au fautif à cause de sa faute, et on l'aime malgré cette faute.
7.
Ni malgré ni parce-que. A la fois parce-que et malgré
Le régime naturel du pardon est celui de l'organe-obstacle.
Bien loin de pardonner un innocent, le pardon donné transforme le coupable en
innocent. On ne retrouve pas dans le pardon la cristallisation, commune à la
foi et à l'amour.
8.
Une fin qui est un événement, un rapport avec le fautif, une totale et définitive
rémission
Le pardon est "un élan centrifuge et
spontané". "La folie du
pardon [...] résout les rapports gelés de l'homme et du mal". La
condition fondamentale du pardon est l'absence de toute réserve. Il est une
"intention de paix perpétuelle". Il est capable d'instaurer un ordre
nouveau. L'impardonnable: plus
malheureux que méchants, plus méchants que malheureux
En principe, "il y a un inexcusable, mais il n'y a pas
d'impardonnable". Le pardon est tout-puissant. MAIS: le pardon est dénué de sens quand manque une
condition: "la détresse et l'insomnie et la déréliction du fautif",
en bref: le remords. Le coupable doit se reconnaître comme tel. Le pardon
refuse l'orgueil; l'offensé se met au niveau de l'offenseur en se reconnaissant
lui-même pécheur. Il faut
pardonner, mais sans être indifférent aux crimes contre l'humanité. On se
trouve ici face à deux absolus. Les solutions: hésitation perpétuelle (rien),
pardon, vengeance (résistance).
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Gilles Renard <mailto:gilles@philosophage.com>
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