[Lutecium-group] René Girard et la violence

thanh-thang.ly thanh-thang.ly at wanadoo.fr
Wed Nov 30 05:27:04 UTC 2005


Cher Michel ami des Alpes maritimes.
Cher Jean Paul ami d' Aleph.
Votre échange à tous deux que je découvre m'enseigne: 
votre confrontation de lecture et de travail va m'amèner à re-lire monsieur René Girard car je me suis ainsi rendu compte ainsi en vous lisant que je l'avais pas bien lu ni compris... peut-être est-ce aussi parce que je viens de ce lointain d'une société animiste trop remplie de religions familles et ancêtres, trop remplie de devoirs cultes et magies, et dont le Sacré est des fois une violence pour un Sujet par ce qu'on appelle la Croyance et l'Education.
N'est-ce pas trop tard que de vous demander cher Monsieur Borsotto votre article de travail sur mon adresse? et ayez une pensée pour moi... quand vous passez à Saint Paul de Vence ou Tourettes...
Quant à visiter le site Jean Paul Kornobis, j'attends le passage prochain de mes enfants pour qu'ils me guident sur le Net.

Dans l'attente, pour vous en Lutécium: 

                                                                Victor Hugo! A qui la faute?


Tu viens d'incendier la Bibliothèque ?

                                                        -- Oui,

J'ai mis le feu là! 

                            -- mais c'est un crime inouï !

Crime commis par toi contre toi-même, infâme !

Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme !

C'est ton propre flambeau que tu viens de souffler !

Ce que ta rage impie et folle ose brûler, 

C'est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage !

Le livre, hostile au maître, est à ton avantage,

Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.

Une bibliothèque est un acte de foi 

Des générations ténébreuses encore

Qui restent dans la nuit témoignage à l'aurore.

Quoi ! dans ce vénérable amas des vérités, 

Dans ces chefs-d'ouvre pleins de foudre et de clartés, 

Dans ce tombeau des temps devenu répertoire, 

Dans le passé, leçon qu'épelle l'avenir, 

Dans ce qui commença pour ne jamais finir,

Dans les poètes ! quoi, dans ce gouffre des bibles, 

Dans le divin monceau des Eschyles terribles,

Des Homères, des Jobs, debout sur l'horizon, 

Dans Molière, Voltaire et Kant, dans la raison, 

Tu jettes, misérable, une torche enflammée !

De tout l'esprit humain tu fais de la fumée !

As-tu donc oublié que ton libérateur,

C'est le livre ? le livre est là sur la hauteur ;

Il luit ; parce qu'il brille et qu'il les illumine,

Il détruit l'échafaud, la guerre, la famine ;

Il parle ; plus d'esclave et plus de paria.

Ouvre un livre, Platon, Milton, Beccaria ;

Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille ; 

L'âme immense qu'ils ont en eux, en toi s'éveille ;

Ebloui, tu te sens le même homme qu'eux tous ;

Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ; 

Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître ; 

Ils t'enseignent ainsi que l'aube éclaire un cloître ;

A mesure qu'il plonge en ton cour plus avant, 

Leur chaud rayon t'apaise et te fait plus vivant ; 

Ton âme interrogée est prête à leur répondre ;

Tu te reconnais bon, puis meilleur ; tu sens fondre, 

Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs, 

Le mal les préjugés, les rois, les empereurs ! 

Car la science en l'homme arrive la première,

Puis vient la liberté. Toute cette lumière, 

C'est à toi, comprends donc, et c'est toi qui l'éteins !

Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints.

Le livre en ta pensée entre, il défait en elle 

Les liens que l'erreur à la vérité mêle,

Car toute conscience est un noud gordien.

Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.

Ta haine, il la guérit ; ta démence, il te l'ôte.

Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute ! 

Le livre est ta richesse à toi ! c'est le savoir,

Le droit, la vérité, la vertu, le devoir, 

Le progrès, la raison dissipant tout délire.

Et tu détruis cela, toi !

                                    -- Je ne sais pas lire.

VICTOR HUGO (Besançon 1802- Paris 1885) Les Poètes de la Commune 

(Présenté par Maurice Choury & Préface de Jean Pierre Chabrol) Edition SEGHERS 1970



  ----- Message d'origine ----- 
  De : Jean-Paul Kornobis 
  À : Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne 
  Envoyé : jeudi 17 novembre 2005 01:29
  Objet : Re: [Lutecium-group] Ren é Girard et la violence


  lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
  Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
  ---
  Cher Michel Borsoto
  Merci pour votre visite sur le site Violence et sacré. J'ai en effet passé
  pas mal de temps à tenter un pont entre Girard Freud et Lacan. Il me semble
  que bien que si Girard (tout  comme Lacan) "déconstruit" (je sais que Girard 
  n'aime pas le
  mot de déconstruction), le mythe du désir romantique, la psychanalyse et 
  Girard restent incompatibles sur plusieurs points :
  -Pour Girard la  violence, prise dans la théorie darwinienne de l'évolution 
  , y est
  considérée comme fondamentale. Il y a un début, (un "commencement des 
  choses") et une fin (l'Apocalypse : "J'ai
  vu Satan tomber comme l'éclair"). Alors qu' avec Lacan, le traumatisme (la 
  violence) c'est
  l'entrée du langage (au début était le verbe, le mot tue la chose etc.), et 
  c'est le langage qui permet de dire- mais à postériori cette fois- que la 
  violence était fondamentale.
  -Lacan contrairement à Girard, se place dans une  perspective créationniste
  (cf. le Séminaire l'Ethique). Dans une théorie évolutionniste, Dieu est
  partout alors que dans une théorie créationniste, Dieu est un symptôme.
  -Girard prend comme point de départ de sa théorie, un réel  (la violence) 
  inscriptible sous la forme de mythes, (histoires de meurtres racontées par 
  les assassins) alors que Lacan pose que le réel (la jouissance) ne peut pas 
  s'écrire (il n'y a pas de rapport sexuel).
  -Toute l'analyse de Girard se fonde sur les textes des grands auteurs de la 
  littérature, ces maîtres du désir, qui ont mangé une partie du livre mais 
  contrairement à Lacan , Girard n'utilise pas ces auteurs comme des
  découvreurs mais plus comme des "confirmateurs" de la théorie mimétique,
  donc pas de création possible pour Girard, tout a déjà été dit, on ne peut 
  donc
  qu'imiter plus ou moins bien un maître qui lui même imite un autre maître 
  etc. alors que pour Lacan le discours du maître n'est pas le seul discours 
  et ce n'est surtout pas celui de l'analyste.
  -Sans le Christ, le désir ne peut être que pervers (cf. "La route
  antique des hommes pervers"), père -version dirait Lacan, certes mais même 
  si la perversion se généralise actuellement, l'altérité existe (cf. "Que 
  veut une femme ?" de Serge André ou "Ce que Lacan disait des femmes" de C. 
  Soler).
  -Pour Girard le "transfert" de la psychanalyse n'est que de la mimésis, si 
  l'on a fait une analyse on ne peut pas être d'accord non plus sur ce point.

  Tous ces points (et je ne parle pas ici du bouc émissaire) que j'ai déjà 
  discuté avec René Girard expliquent le fait que j'ai fini par renoncer à 
  tenter un pont synthèse entre deux théories.
  Cordial
  Jean-Paul Kornobis



  ----- Original Message ----- 
  From: "Michel Borsotto" <m.p.borsotto at wanadoo.fr>
  To: "Lutecium Group" <lutecium-group at lutecium.org>
  Sent: Wednesday, November 16, 2005 10:30 AM
  Subject: [Lutecium-group] Ren é Girard et la violence


  lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
  Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
  ---
  Chers amis

  Pour un cartel j'ai commencé un travail sur la croyance que je vous livre
  ci-dessous (la présentation en sera modifiée et moins lisible qu'en pièce
  jointe. Si vous le souhaitez je peux vous l'adresser à titre personnel en
  pièce jointe).

  Ce travail m'a permis de lire "La violence et le sacré" de René Girard et de
  visiter le site de Jean Paul Kornobis.

  En échos à quelques interventions récentes je voudrais mettre en relation ce
  que j'ai compris de ce qu'avance René Girard sur la violence comme
  fondatrice de l'être humain, le parricide et l'inceste ne venant qu'en
  second, ainsi que le rôle de la religion comme écran face à cette violence
  fondatrice par le sacrifice de la victime émissaire pour empêcher le
  surgissement de la violence originelle destructrice de la société. Je suis
  forcément réducteur et caricatural concernant la thèse de Girard.
  Mais ne nous fait elle pas faire un pas de plus (au sens lacanien) dans le
  regard de ce qui se passe dans les banlieues aujourd'hui (et qui était tout
  à fait prévisible; j'ai été pendant plusieurs années directeur d'école en
  ZEP à l'Ariane, quartier ultrasensible de Nice) ?
  Au-delà de la révolte contre le Père de la société et l'inceste voilé à
  travers les "tournantes" n'y a-t-il pas effectivement cette violence
  originelle dont on ne peut rien dire et que chaque groupe, église, religion
  habille avec son mythe fondateur.
  La thèse de Girard m'a ouvert ces horizons que je commence à peine à
  explorer et je ne pense pas, malgré ce que semble dire Jean-Paul Kornobis
  qu'elle soit antinomique avec la thèse freudienne si je me réfère à Totem et
  Tabou et au meurtre originaire du père de la horde dont Freud précise bien
  que peu importe qu'il ait eu lieu ou pas réellement. La violence apparaît
  bien comme fondatrice. Je fais la même analyse concernant ce que dit Girard
  sur Oedipe.

  Bien à vous, en vous remerciant par avance de vos réactions


  Michel BORSOTTO
  Psychanalyste
  655 chemin du Prats
  06390 COARAZE

  04 93 79 36 59

  <m.p.borsotto at wanadoo.fr>

  La passe de la croyance.

  ³Je n¹ai que l¹idée que je me fais de moi
  pour me soutenir sur les mers du Néant²

  Henry de Montherlant
  (Service Inutile)

      A la relecture de Descartes, une phrase retenue depuis l¹enfance et
  retrouvée en ouverture de la première méditation ³Des choses que l¹on peut
  révoquer en doute²: ³J¹ai remarqué, il y a déjà plusieurs années, combien
  sont nombreuses les choses fausses que dès mon plus jeune âge j¹ai admises
  pour vraies et combien sont douteuses toutes celles que j¹ai édifiées sur
  elles, et que par conséquent il fallait une fois en ma vie tout renverser
  jusqu¹au fond et commencer de nouveau à partir des premiers fondements, si
  je désirais établir un jour dans les sciences quelque chose de durable...²

      Il allait donc entreprendre le voyage intérieur.

      Qu¹est ce qui est sûr?

      Les sens sont trompeurs.
      Pourtant une seule certitude, indémontrable: Je suis ici. Pourtant j¹en
  doute quand même.

      Peut-être que je rêve?

      Quelle certitude ai-je d¹exister?

      Descartes répond :²... J¹ai dans l¹esprit, fixée depuis longtemps, une
  certaine opinion selon laquelle il y a un Dieu qui peut tout et par qui j¹ai
  été créé tel que j¹existe.²
      Mais un peu plus loin il note que quelque contradicteur (inventé, un
  double?) pourra dire : ³Dieu est une fiction ... Et je suis finalement
  contraint d¹avouer qu¹il n¹y a rien de ce que je tenais autrefois pour vrai
  dont il me soit permis de douter...² ³... Je connais comme certain que
  justement il n¹y a rien de certain.²

      Je sais que je suis mais je suis trompé, ce moi est insaisissable. ³Je
  ne suis qu¹une chose qui pense, ... un esprit... ce moi que j¹ai reconnu...
  ce serait invention et fiction ... je reste pris dans le piège des mots, et
  je suis presque trompé par le langage courant.² Il n¹y a que ce que je vois.
  Pulsion scopique.
      Descartes arrive à une impasse. ³Je suis, moi, une chose qui pense,
  c¹est à dire qui doute². Il n¹y a aucune garantie.
      Pour trouver un point d¹appui évitant de tomber dans le mutisme, la
  sidération, et permettre  à sa construction de commencer, Descartes va poser
  son postulat de base: si je doute c¹est que je pense , si je pense c¹est
  donc que je suis un être pensant. Si je pense en doutant c¹est que j¹ai en
  moi une idée de la perfection. C¹est donc Dieu qui existe, qui m¹a créé.
  Mais là ce pose le nouveau postulat: à condition que Dieu ne soit pas
  trompeur.
      Ayant posé cet axiome Descartes déroule ses idées.
      Descartes ne peut que croire. Croire ce qu¹il voit avec certitude. ³Je
  crois avoir avec les yeux de l¹esprit l¹intuition la plus évidente
  possible.² Croire, mais ce n¹est pas la vérité.

      Impasse.

      Impasse de l¹être qui déconstruit.

      Descartes fait ce voyage jusqu¹à la béance, le trou du rien et il le
  bouche avec le postulat de Dieu qui existe et qui n¹est pas trompeur. Cela
  lui permettra toutes ses constructions ultérieures que nous avons oubliées.
  Ce qui nous reste c¹est son doute et sa démarche: refaire une fois dans sa
  vie ce chemin de déconstruction.
      Descartes reprend , en le modifiant, le mot attribué à Socrate: ³Tout ce
  que je sais c¹est que je ne sais rien² qu¹il concentrera en un ³Que
  sais-je?².
      Freud dira ³Je ne sais pas.² Que Lacan modifiera en ³JE ne saiT pas².

      Et pourtant?

      Arrivé à ce point d¹appui qui repose sur le rien, Que faire?

      De ce point prendre une ligne de fuite vers l¹infini et croire. Croire
  sans être dupe de l¹indémontrable de la base de la théorie (cf. le théorème
  de Godel,  ou le principe d¹incertitude d¹Heisenberg , eux mêmes
  indémontrables). Croire en repassant pas seulement une fois dans sa vie,
  mais plusieurs fois par ce point d¹appui pour le questionner, le remettre en
  cause dans un mouvement ininterrompu pour empêcher la certitude de
  s¹installer et donc le dogmatisme. Mais cela ne peut s¹institutionnaliser
  dans une école, dans une institution de la garantie, même si elle s¹appelle
  la passe ou l¹école de la passe.

      Ne pas arrêter de repasser la passe.

      Chacun va donc se construire sa propre métaphysique, sa propre croyance
  et la confronter aux autres sans cesse.

      Car pour avancer il faut inventer.

      Inventer que je crois. Je pose quelque chose. Je pose que j¹existe. Pour
  cela je pose que l¹Autre existe.
      L¹Autre, ce lieu où je vais retrouver le langage qui va revenir vers moi
  pour que j¹y mette du sens et éviter de sombrer dans la folie du désêtre.
      Je crois que j¹existe et donc que l¹Autre existe et je vais le vérifier
  à la rencontre des autres comme autant de miroirs de mon existence.

      Il y a donc à la base la pulsion scopique qui va donner des images sur
  lesquelles je vais mettre des mots et bâtir ma mythologie qui deviendra ma
  métaphysique puis mon éthique de vie. Sans arrêts, la pensée devant être
  toujours en mouvement, surtout sans certitude dogmatique pour empêcher que
  le savoir vienne faire bouchon sur la béance de l¹être autour de laquelle
  s¹enroule le sujet.


      Essayons de dérouler tout cela.


      Toute pensée est fondée sur un postulat qui passe par l¹extérieur de
  l¹être par le canal du langage.

      Ceci est mon postulat (IL MANQUE LES FLÈCHES)

              tu penses
          JE                             Lieu de l¹Autre

              je pense

      Difficile, voire impossible d¹aller plus loin?

      ³La réponse tue, seule la question sauve². Edmond Jabès. Le livre des
  Questions.

      Nous sommes à la limite de l¹insu. Roc de la castration pour Freud.
  Limite du langage, des mots pour Lacan.

      ³L¹essence de la théorie psychanalytique est un discours sans parole².

      Phrase écrite au tableau par Lacan à l¹ouverture du Séminaire ³D'un
  autre à l¹Autre².

      Point de butée d¹où l¹on part (repart) pour rebâtir un système
  métaphysique (étymologiquement: au-delà des choses de la nature).

      Parcourons le dictionnaire (source: Dictionnaire historique de la langue
  française Robert)

      Croire: mettre sa confiance en quelqu¹un, en quelque chose. Admettre
  pour vrai. Prêter crédit. Ajouter foi aux paroles. Penser. Être d¹avis que.
      Le mot s¹est transformé: du latin credere, credentia puis créance,
  crédence puis croiance, croyance.
      L¹antonyme est incroyable qui vient de incréable.
      Mescroire, mécroire, mécréant.
      Crédence, de l¹italien credenza: faire l¹essai des mets, des boissons,
  avant de les servir à table pour s¹assurer qu¹il n¹y a aucun poison (faire
  crédence) puis nom du meuble où on posait ces plats à tester.

      A la base de tout il y aurait donc la croyance avec deux nécessités
  métaphysiques:

      - 1 Croire en son système dans sa logique

      - 2 le remettre en question régulièrement pour s¹assurer que le postulat
  de base ne vient pas faire bouchon au vide central de l¹être, là où
  s¹origine l¹insu, d¹où la nécessité de refaire la passe souvent pour
  s¹assurer de la non obturation.

      Cela pose donc l¹existence d¹un vide, un trou, un insu, une béance
  centrale autour de laquelle se bâtit l¹être.

      Que diront les êtres futurs qui liront ces lignes?

      Ce vide en soi est le moteur du désir, désir insaisissable désir qui
  dé-sidère (Alain Didier-Weil) face au vide. Il est posé là, simplement,
  comme garantie présupposée. Simplement être là (en allemand Dasein). Être
  là, il y a quelqu¹un, signe de la présence, de l¹existence. Expérience
  cartésienne du refondement sans certitude.

      Le sujet se pose alors la question: Que vais-je mettre en place de (et
  non à la place de) vérité, vérité définie, posée comme fluctuante au gré des
  lectures, des rencontres, des échanges, des expériences.

      Un nouveau concept apparaît, celui de la modernité fluide de Zygmunt
  Bauman. Ce monde où la solidité des choses comme celle des relations
  humaines se voit ³liquidée² au profit du jetable, de l¹instantané, de
  l¹interchangeable.


      Rien n¹est sûr, ³nous savons aujourd¹hui que nous vivons dans un type de
  société qui ne contenait rien qui ne pût empêcher la Shoah de se produire².
      Est-ce si vrai que cela? Cela n¹a-t-il pas toujours été ainsi sous
  d¹autres formes?

      Autrefois, pour notre société occidentale, il y avait un prêt à penser
  religieux qui apportait des réponses toutes faites sur les origines , le
  devenir et le pourquoi de l¹existence. Aujourd¹hui tout est remis en cause,
  rien n¹est solide et l¹être humain se retrouve en déshérence. Bauman
  n¹entrevoit qu¹une stratégie: rapatrier au coeur de nos pratiques
  individuelles ce qu¹il nomme les ³émotions exilées² ou ³rebelles², à
  commencer par les sentiments moraux. Il souligne le caractère éminemment
  subversif de ³l¹instinct moral² seule source possible d¹un comportement
  autonome dans la mesure même où il ne peut être ni contrôlé, ni codifié, ni
  exploité en vue d¹un objectif étranger à ses fins. Notre action morale reste
  la seule gardienne de notre humanité. Notre conscience ne se soumet qu¹à
  l¹autorité impuissante de l¹Autre.

      Il nous faut apprendre à nommer ce que l¹on sent et en donner une
  explication cohérente (mettre du sens) en sachant que les sens sont
  trompeurs, individuels, mouvants.

      Le Réel ne peut se saisir qu¹à travers, il est donc insaisissable.

      ³Les noms désignent des forces, des événements des mouvements et des
  mobiles, des vents, des typhons, des maladies, des lieux et des moments bien
  avant de désigner des personnes² .

      ³Penser, c¹est créer, il n¹y a pas d¹autre création, mais créer, c¹est
  d¹abord engendrer, ³penser² dans la pensée².  Gilles Deleuze

      Penser c¹est être là.
      Être là implique une coupure d¹avec autre chose.

      Pour que j¹ex-siste je dois poser obligatoirement autre chose, un autre
  lieu. Un lieu de la différence, mais aussi lieu de Référence au sens de
  Pierre Legendre, comme vision du principe, nom fondateur, circuit de
  l¹échange entre le sujet et le lieu mythologique, lieu construit en tant
  qu¹origine du message du Tiers fondateur, Autre Scène (Freud), lieu de
  contemplation (Saint des Saints du temple de Jérusalem, vide du Graal,
  Occulus de la coupole de l¹église baroque, vide du coffre du temple central
  du shintoïsme japonais où seul l¹empereur peut pénétrer et où se trouve un
  coffret où se trouve un ... miroir...).




      Ce lieu de l¹Autre je ne peux que m¹y référer pour exister. Il est
  quelque part mon créateur. Celui qui me regarde et donc me fait exister.
  Oeil d¹Horus égyptien. Certains l¹ont appelé Dieu, d¹autres la Chose,
  l¹imprononçable YHVH.

      Ce lieu de l¹Autre je vais l¹habiller, le décorer, j¹y viendrai chercher
  ma confirmation.

      Il ne peut être que profane (étymologiquement en 1228 prophane, de pro,
  devant et fanum lieu consacré, temple. Ce qui est hors du temple, non
  consacré, qui n¹est plus sacré en opposition à sacer, sacré (de sacrare,
  consacrer à une divinité, vouer comme une malédiction à une divinité).

      Sacrum: ce qui appartient au monde du divin (ne peut être touché sans
  souiller ou être souillé).

      Le passage du profane au sacré ne peut s¹effectuer que par des rites. Le
  sacré reste l¹inaccessible.

      Quel est donc ce sacré inaccessible auquel chacun va offrir un sacrifice
  comme pour acheter la paix de l¹esprit?

      René Girard, dans  ³La violence et le sacré² avance une hypothèse
  intéressante qui bouscule les thèses freudiennes en démontant les mythes
  d¹Oedipe et de Dyonisos dans les tragédies grecques.

      A l¹origine de toutes les religions et mythes il y aurait la
  canalisation de la violence par le sacrifice et la victime émissaire. La
  base fondatrice de l¹être humain serait la violence, la destruction de
  l¹autre (et non pas le parricide et l¹inceste qui ne viendraient qu¹en
  habillage second). Tout l¹effort de la société serait d¹éviter de retomber
  dans cette violence première par la canalisation d¹une violence unanime,
  collective sur une victime émissaire qui n¹est pas la responsable réelle du
  trouble social et donc du risque de violence sociale.
      René Girard prend l¹exemple du roi chargé d¹insultes et de coups fictifs
  à certains moments de rituels et le transfert sur un animal qui est tué,
  sacrifié. Oedipe chargé de la cause de la peste à Thèbes puis du parricide
  et de l¹inceste et offert en victime émissaire et expiatoire pour devenir un
  ³saint² quand il est exilé à Colone avant de disparaître.

      Alors la société peut continuer.

      Les récents événements de nos banlieues pourraient en être une
  illustration.


      Le décor planté reste à trouver le moteur qui va agir l¹être. Nous
  l¹appellerons le désir. Désir comme moteur insu: il m¹anime mais je ne sais
  rien de lui.

      ³Le désir, lui, ne manque de rien². Gilles Deleuze.

      (Il manque les flèches)

      Sacré                    Lieu de l¹Autre qui fabrique le

      Insu                            Sujet

      Inaccessible                qui est fabriqué par le


      Lévinas: ³Être responsable pour l¹Autre² et non à sa place.

      Giorgio Agamben: L¹invention de l¹Autre est aussi bien un savoir faire
  une place à l¹autre à côté de soi.

      Le désir serait ouverture, délire de la réalité dans le sens de délier,
  mettre du sens, séparer dans la réalité par la nomination qui articulé mot à
  mot va donner, créer du sens dans lequel JE vais ME retrouver.

      Le désir serait animé par la pulsion venue de l¹insu qui me surprend,
  m¹agit (magie). Ce serait la pulsion de vie, quête pour se retrouver par
  l¹intermédiaire de l¹autre, mon prochain face à la pulsion de mort, violence
  de la destruction.

      Le savoir, la connaissance ne seraient que des outils pour donner encore
  plus de sens, élargir le sens de ce qui ne sera jamais la vérité. Simplement
  croire en l¹existence.
      Espérer: considérer quelque chose comme devant se réaliser de esperare,
  de spes attente d¹un événement heureux, attendre, s¹attendre à, avoir
  confiance en, (inespoir: fait de ne pas ou plus avoir à espérer quelque
  chose; espère en provençal: à l¹affût)

      ³S¹il n¹espère pas , il n¹atteindra pas l¹inespéré, qui réside en un
  lieu introuvable et inaccessible². Héraclite (fragment 18)

      Ouverture (et non fermeture par l¹écrit, parfois bouchon par le savoir
  et  la vérité.

      Ou vers TU (autre)


      Ou vertu (éthique)

      L¹écrit tue (re)

      L¹ordre philosophique et antiphilosophique de la croyance réside dans
  cette dimension ³hors représentation du réel². Hors temps fantastique des
  mythes.

      Le sujet, confronté au néant qui le divise, angoissé devant l¹Autre ou
  le Rien se réfugie dans la croyance comme bouchon qui calme l¹angoisse.

      La croyance serait une réponse qui refermerait toute question tandis que
  le désir (la foi?) serait l¹énergie de l¹ouverture à vivre, aux autres, au
  monde.

      Débouchons.

      ³L¹écriture, c¹est le meurtre, mais par d¹autres voies, du symbolique².
  Daniel Sibony.

  Michel Borsotto
  Le Prats de Coaraze
  Novembre 2005

      Bibliographie:

  Marie BALMARY: Le moine et la psychanalyste

  Jean-Louis BLAQUIER: Cours sur la croyance aux classes préparatoires

  René DESCARTES: Discours de la méthode, Méditations métaphysiques

  Sigmund FREUD: L¹avenir d¹une illusion

  René GIRARD: La violence et le sacré

  Michel ONFRAY: Traité d¹athéologie






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