[Lutecium-group] Supposer un sujet

Violaine Clement violaine.clement at co-perolles.ch
Tue Sep 6 07:17:10 UTC 2005


Bonjour à Lutecium,


Cette reprise sur la liste de conversations entre partisans me plaît 
par l'interrogation renouvelée de la question du sujet.
C'est au fond la seule question qui nous intéresse et nous pousse à 
nous opposer au simplisme ambiant : il y aurait quelqu'un qui saurait 
ce qui est bon pour moi...
Et cette question de supposer un sujet est reprise par Armelle Gaydon 
sur la personne du thérapeute. Comment sait-il ce qui est bon pour moi 
alors qu'il ne sait peut-être rien de ce qui le pousse à s'occuper de 
moi ? Pourquoi veut-il s'occuper de moi plutôt que de lui-même ?

C'est bien pour cela que je me suis décidée un jour à rencontrer 
quelqu'un qui n'avait pas seulement appris à me traiter par des 
techniques "scientifiques" , mais qui s'était lui-même soumis à cette 
opération de confiance en un autre avec lequel, du moins je le suppose, 
il a supposé qu'il y avait du sujet en un autre.

Je comprends que Cottraux, comme beaucoup d'autres, qui s'y est risqué, 
ait pu rejeter cette expérience, comme j'ai entendu à plusieurs 
reprises des gens dire de leur bref passage sur le divan (s'ils y sont 
même allés) qu'il ne s'y était rien passé... Parce qu'enfin, qui osera 
dire combien il faut de confiance en l'autre (transfert ?) pour 
poursuivre ce chemin quand il s'agit de se battre contre ses propres 
résistances, largement encouragées par tout un discours hostile. 
Evidemment, il n'y a pas de raison d'encourager une pratique qui vise, 
finalement, à l'émergence d'un sujet différencié, même si les 
analysants sont censés être civilisés. Bien sûr, il faudrait pour cela 
que les analystes se montrent, qu'ils témoignent, et c'est dans ce sens 
que j'admire le génie de Lacan à inventer la passe, et que j'entends la 
demande de Roudinesco à ce que les analystes sortent de leurs cabinets 
et de leurs bibliothèques pour faire savoir qu'il est permis de savoir. 
Scilicet, disait Lacan, un encouragement qu'il est bon de reprendre.

Eh bien oui, pour faire une analyse, il faut être deux, on n'est pas 
tout seul, et supposer un autre, ça ne va pas de soi. Il faut aussi 
accepter de s'aliéner dans l'Autre, ce qui, pour certains, est 
impossible. Et ce n'est qu'en passant par l'autre qu'il peut y avoir 
naissance d'un sujet, par la naissance de l'Autre préalable.

Et j'en viens à me dire que si l'on qualifie d'autiste celui qui 
"refuse" cette aliénation, qui refuse d'en passer par cette opération 
qui suppose qu'un autre en sache un bout sur les torsions de 
l'inconscient, parce qu'il a traversé lui-même ses défilés, alors on 
pourrait qualifier ainsi les tenants de ces théories barbares qui 
traitent les humains comme on ne traite plus les chiens, ces animaux 
devenus d'hommestiques.

Pour ma part, si j'entends être branchée sur l'autre, je regrette 
d'être sourde si souvent, tant à l'autre qu'à moi. C'est bien pour 
éviter cela, autant que faire se peut, que je ne peux imaginer de 
recevoir quelqu'un, de vouloir quelque chose pour lui, sans , par 
ailleurs, continuer à poser ailleurs la même question pour moi. Si je 
ne sépare pas cette analyse (la mienne) de celle-là, alors je ferai 
comme tous ceux qui savent si bien, parce qu'ils ne sont pas, ou plus, 
des analysants civilisés.

Cordialement....

Violaine Clément




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