TR: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse"

m.foeillet-perruche m.foeillet-perruche at wanadoo.fr
Fri Sep 9 09:08:03 UTC 2005


Bonjour
A propos de toute cette question de la place exacte de la psychanalyse par rapport aux autres formes de thérapie, de la place de la psychanalyse dans la société contemporaine et de la questiion-même de la thérapie, je recherche un texte de JAM que j'avais lu il y a une ou deux semaines sur le site de l'ECF et je ne le retrouve plus. Pouvez-vous m'éclairer ? Je sais que je ne suis pas très précise.....mais j'ai oublié de noter les références de ce texte.
Cordialement
MFP




> Message du 05/09/05 22:21
> De : "A. Gaydon" 
> A : "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'" 
> Copie à : 
> Objet : TR: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse"
> 
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> 
> 
> 
> 
> 
> 
> Merci beaucoup Jean Paul Kornobis pour les informations sur le texte de E.
> Roudinesco sur le « Livre noir de la psychanalyse ». 
> 
> 
> 
> 
> Nous allons donc ensemble reprendre du service et affûter nos plumes pour
> informer le public. 
> 
> Soyons confiants : contrairement à la plupart des auteurs du livre et
> contrairement aux journalistes de l'Obs, nous avons : 1) fait l'expérience
> d'une psychanalyse 2 ) nous appuyons notre travail sur une pratique
> clinique. Le corpus théorique avec lequel nous travaillons ne vient qu'en
> troisième position - et seulement en tant qu'il est articulé à la clinique,
> après une cure analytique. C'est notre force et notre éthique. C'est aussi
> ce qui nous permet d'affirmer la validité de la pratique analytique. Cette
> affirmation vient d'un vécu. Nous l'avons éprouvé. Nous pouvons témoigner de
> cette expérience. Car avant d'être un corpus théorique, la psychanalyse est
> une expérience. 
> 
> 
> La méthodologie de l'article de l'Obs est inverse à la nôtre :  donc on a
> 3), puis 2) puis 1). L'article est en effet articulé de cette manière : 
> D'abord l'auteur part d'une théorie (1)
> puis 2) : la théorie estime que la technique clinique des TCC est valide,
> donc c'est vrai. On va mettre au point les expériences et les mesures
> construits pour montrer que c'est vérifié. 
> Et enfin 3 (notre point 1) : ...ah tiens, le 3) est absent : pas
> d'introspection, pas de sujet qui témoigne de ce que lui ont apporté les
> TCC: le patient vient se faire guérir par un Maître des troubles qu'il "a" :
> cela fonctionne et ce sont les mesures construites après administration de
> la thérapie qui vont mesurer le résultat. Nul besoin que le sujet dise
> l'effet que cela a produit sur lui. En effet, les TCC éradiquent un trouble
> qui fait souffrir. Le thérapeute guérit le patient. Point final. Le symptôme
> n'a rien à apprendre sur le patient.
> 
> La démonstration repose sur un parti pris théorique affirmé d'entrée de jeu,
> dès le titre. L'angle de vue y est résumé : "Faut-il en finir avec la
> psychanalyse ?".  Puisqu'il s'agit d'une science, les TCC, qui entend
> démontrer sa validité, le lecteur s'attendrait à une enquête journalistique,
> et donc un titre posant une question du genre : que peut-on dire aujourd'hui
> de la validité, des méthodes ou bien des recherches de la psychanalyse /
> versus celles des TCC (ou TCC versus psychanalyse).
> 
> Je n'y suis pas ! Car à la lecture de l'Obs, on comprend la problématique
> est située par l'auteur un cran plus loin : le postulat de départ de l'Obs,
> c'est que la psychanalyse ne vaut rien, ce point étant acquis d'entrée de
> jeu. Et que donc elle est déjà finie.
> Le questionnement ne porte donc que sur le point suivant : faut-il laisser
> les psychanalystes travailler ? ou vaut-il mieux en finir avec leur
> discipline, donc avec eux, tout de suite.
> 
> Voilà ce que signifie le titre de Une: "Faut-il en finir avec la
> psychanalyse".  
> 
> Ah ! s’il fallait en finir avec tout ce qui ne marche pas, où irait-on ma
> bonne dame ! un exemple : faut-il en finir avec le rapport sexuel ? Après
> tout, les patients démontrent sans arrêt que le rapport sexuel "ça ne marche
> pas", "ça rate" tout le temps, et avec l’autre sexe, l’être parlant
> rencontre bien des « troubles du sommeil », « troubles anxieux », « déficits
> de l’attention » et des tas de « troubles du sommeil » (catégories du
> DSM-IV) : ils consultent beaucoup à ce sujet, ces patients. Eh oui, Lacan
> l’a théorisé par la formule du "non-rapport sexuel ». 
> 
> Alors, faudrait il interdire, ce rapport sexuel, qui rate ? 
> 
> 
> Et bien quelqu'un y avait pensé et avait explicitement proposé de ne
> l'autoriser qu'à des personnes sélectionnées auparavant à l'aide de tests :
> il s'agit de
Francis Galton, le fondateur de l'eugénisme...
> 
> 
> 
> -----Message d'origine-----
> De : lutecium-group-bounces at lutecium.org
> [mailto:lutecium-group-bounces at lutecium.org] De la part de Kornobis jean
> paul
> Envoyé : dimanche 4 septembre 2005 15:53
> À : Armelle.Gaydon at wanadoo.fr; Groupe de travail pour la psychanalyse
> lacanienne
> Objet : Re: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse"
> 
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Chère Armelle Gaydon
> Ce texte a été adressé par E. Roudinesco directement à un correspondant
> argentin pour être diffusé largement sur Internet. Voici le texte qui
> accompagnait la PJ :
> "Voilà maintenant l'information sur ce livre que personne n'a encore lu en
> France. Les psychanalystes ne sont pas prévenus et ça va leur tomber sur la
> tête. A partir de demain, je fais circuler partout cette note d'information.
> Les grands médias feront un écho à ce livre et je veux simplement pour le
> moment que les gens soient informés. Cette note n'est pas destinée à une
> publication dans la presse mais à une information sur les sites internet. Je
> souhaite que vous la fassiez circuler en Argentine auprès des gens que vous
> connaissez. Vezzetti bien sûr, mais tout le monde. L'Argentine est
> particulièrement mal traitée dans ce livre.
> Bien entendu, il sera descendu en flammes dans de nombreux journaux mais à
> partir du moment où le Nouvel Observateur fait la une, le combat ne peut
> plus être évité.
> Ma note est purement informative avec un commentaire, mais c'est aux psys de
> se débrouiller.
> Comme vous verrez on est au coeur de l'historiographie révisionniste, de la
> mythologie du complot et de la dinguerie comportementaliste.
> Amitiés
>  Élisabeth."
> ----- Original Message -----
> From: "A. Gaydon" 
> To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'"
> 
> Sent: Sunday, September 04, 2005 2:02 PM
> Subject: RE: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse"
> 
> 
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> 
> Cher Jean-Paul Kornobis,
> Puis je vous demander les références du texte de Roudinesco que vous avez
> bien voulu nous transmettre. Vous en remerciant,
> 
> Amicalement,
> Armelle Gaydon
> 
> -----Message d'origine-----
> De : lutecium-group-bounces at lutecium.org
> [mailto:lutecium-group-bounces at lutecium.org] De la part de Kornobis jean
> paul
> Envoyé : dimanche 4 septembre 2005 09:52
> À : alef1 at yahoogroupes.fr; lutecium-group at lutecium.org
> Objet : Re: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse"
> 
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Je ne sais pas si la pièce jointe est "passée" sur la liste; je vous adresse
> donc un copier-coller du texte d' Élisabeth Roudinesco
> Cordial
> JPK
> --------------------------------
> Note de lecture et commentaire  du Livre noir de la psychanalyse.
> Pour information, Paris le 29 août 2005
> 
> 1 - Contenu de l'ouvrage
> 
> Le 1er septembre paraît aux Arènes un ouvrage collectif intitulé Le livre
> noir de la psychanalyse. Vivre, penser et aller mieux sans Freud. Catherine
> Meyer en est l'éditrice responsable avec la collaboration de Mikkel
> Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer.
> Dans cet ouvrage, les freudiens sont mis en accusation : ils ont, dit-on,
> envahi les médias à coups de propagande et de mensonges.
> Sont brocardés avec une rare violence tous les représentants du mouvement
> psychanalytique depuis ses origines : Melanie Klein, Ernest Jones, Anna
> Freud, Bruno Bettelheim (etc) et, pour la France, Jacques Lacan, Françoise
> Dolto, leurs élèves et les principaux chefs de file de l'école française
> (toutes tendances confondues, IPA et lacaniens).
> Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interprétations
> parfois délirantes. Les références bibliographiques sont tronquées et l'
> index est un tissu d'erreurs. La France et les pays latino-américains sont
> traités de pays arriérés, comme si la psychanalyse y avait trouvé refuge
> pour des raisons obscures alors même qu'elle aurait été bannie de tous les
> pays civilisés. Je rappelle qu'elle est solidement implantée dans 41 pays et
> en voie d'expansion dans les pays de l'ancien bloc soviétique où elle avait
> été interdite, ainsi que dans le monde arabe et islamique. La crise de la
> psychanalyse, qui est réelle aujourd'hui, a des causes multiples qui ne sont
> jamais évoquées par les auteurs, lesquels ont abandonné tout esprit critique
> pour se livrer à des dénonciations extravagantes.
> Freud est le plus attaqué : menteur, faussaire, plagiaire, misogyne, drogué
> à la cocaïne, dissimulateur, propagandiste, père incestueux, il est présenté
> comme une sorte de dictateur ayant trompé le monde entier avec une doctrine
> fausse. En somme, cette doctrine n'aurait pas d'existence (elle est une
> "théorie zéro") puisque l'inconscient existait avant Freud, lequel aurait
> séduit une humanité crédule en se prenant pour un nouveau messie.
> Freud est aussi accusé comme tous ses successeurs d'avoir laissé ses
> patients dans un état de délabrement atroce et d'avoir inventé de fausses
> guérisons. Tous les mouvements psychanalytiques sont dénoncés comme des
> lieux de corruption et les psychanalystes sont accusés d'avoir commis des
> crimes : 10.000 morts en France, parmi les toxicomanes, puisqu'ils auraient
> contribué à interdire des traitements de substitution. Aucune preuve de ce
> goulag imaginaire n'est apportée par les auteurs.
> Les psychanalystes sont également accusés d'avoir infligé de véritables
> tortures interprétatives à des parents d'enfants autistes en ignorant la
> causalité organique de cette maladie.
> Les responsables de ce livre noir appellent le grand public et les médias à
> se méfier des traitements psychanalytiques. Le titre est d'ailleurs éloquent
> : l'expression "livre noir" renvoie à l'existence de complots ou de
> massacres occultés. L'idée de "penser sans Freud" signifie clairement que la
> pensée freudienne ne doit pas être enseignée puisqu'elle est une fausse
> science.
> Dois-je rappeler qu'elle figure au programme du baccalauréat et qu'elle n'
> appartient nullement à la communauté psychanalytique mais à l'histoire de la
> culture occidentale?
> Quant à  la proposition "d'aller mieux sans Freud",  elle signifie que les
> patients sont invités à quitter leurs thérapeutes pour rejoindre ceux qui,
> aujourd'hui, seraient les seuls à pouvoir guérir l'humanité de ses problèmes
> psychiques : les thérapeutes cognitivo-comportementalistes (TCC), (532 en
> France).
> Cette proposition laisse entendre également que la psychanalyse serait
> dénuée de tout savoir clinique. Veut-on signifier par là qu'elle ne serait
> pas à sa place dans les départements des universités où l'on enseigne la
> psychopathologie? On peut se le demander.
> Les psychothérapeutes de toutes tendances sont accusés d'être les valets de
> la fausse science freudienne et les émules de ses représentants. Ils sont
> pourtant appelés à rejoindre les rangs de la véritable science (TCC) et de
> se détacher des freudiens obscurantistes.
> Philippe Douste-Blazy (prédécesseur de Xavier Bertrand) est brocardé pour
> avoir retiré le rapport de l'INSERM du site du Ministère de la Santé. Il est
> accusé d'avoir "prémédité" son geste - on emploie d'ordinaire ce terme pour
> un crime ou un délit - avec la complicité de lacaniens fanatiques et
> intellectualisés, adeptes d'un maître qui aurait poussé au suicide toute une
> population de patients.
> Les épreuves du livre ont circulé avant publication dans les médias et à l'
> INSERM. Les familles d'enfants autistes ont été appelées à saisir le Comité
> d'éthique, non pas contre des charlatans dont ils auraient été les victimes
> réelles mais contre une discipline (la psychanalyse) et contre ses
> traitements désignés comme nocifs. On fait donc le procès de Freud et de la
> psychanalyse et non pas de personnes privées présumées coupables d'abus.
> Jean Cottraux est l'un des rédacteurs du rapport de l'INSERM. Il se présente
> volontiers, sur son site et dans la presse, sans en apporter la preuve,
> comme un interlocuteur privilégié du Cabinet du Ministre de la Santé.
> Information démentie par le Ministère.
> Dans un sous-chapitre du Livre noir intitulé "Chronique d'une génération.
> Comment la psychanalyse a pris le pouvoir en France", Jean Cottraux parle de
> lui-même. Il raconte que lorsqu'il poursuivait ses études de psychiatrie à
> Lyon à la fin des années 1960, il fut l'innocente victime de la
> contamination freudienne. Il fut, dit-il, le témoin de choses abominables
> dans sa bonne ville, en assistant, notamment, à trois scènes atroces : une
> invasion de "visiteurs", comme il le dit.
> Il vit arriver un jour à la gare de Lyon-Perrache, un monstre du nom de
> Jacques Lacan reçu par un étrange professeur de philosophie, un peu
> ridicule, nommé Gilles Deleuze. Et tenez-vous bien, les deux hommes se sont
> dit des sottises : "Ah mon cher maître, quel plaisir etc." Un autre jour, il
> vit venir un autre visiteur aussi suspect, une dame, un peu bébête, du nom
> de Françoise Dolto, et il conserva de cette visite un souvenir effrayant :
> "elle avait poussé un peu loin le bouchon". Le troisième visiteur qui
> inquiéta Jean Cottraux était un ogre, un imbécile, une brute, du nom de
> Bruno Bettelheim.
> Après avoir été ainsi visité, Jean Cottraux passa quatre ans sur un divan.
> Au terme de ce calvaire, il "a jeté aux orties le froc analytique" et
> maintenant il est un homme heureux. Voilà donc ce qu'est pour lui l'histoire
> de la psychanalyse en France, sa fameuse face cachée. Elle se résume à l'
> autofiction d'un humble psychiatre de province (c'est ainsi qu'il se
> désigne) qui a été la proie de grands méchants loups et qui maintenant a
> découvert enfin, avec les TCC, la solution à ses problèmes
> Président de plusieurs associations privées qui délivrent des formations en
> TCC, Jean Cottraux s'est donc remis de ses émotions de jeunesse : il dirige
> un DU de TCC tout en étant le responsable d'une unité de traitement de l'
> anxiété dans un centre hospitalier de neurologie.
> 
> Un autre psychiatre, Patrick Légeron, a été lui aussi terrifié autrefois par
> la contamination freudienne en France. Et du coup, il livre une nouvelle
> version de "la face cachée" de son histoire. Ses praticiens, dit-il en
> substance, ont été dans leur ensemble si nuls et si peu compétents qu'ils
> sont responsables collectivement d'un formidable délit : la surconsommation
> de prozac en France. Il s'agit là, on l'aura compris, d'une admirable
> méthodologie historique - fondée sur la notion de causalité unique et d'
> explication à l'emporte-pièce - digne de Monsieur Homais, et dont les
> historiens auraient dû se soucier. Pour sortir de cet "effet pervers",
> Patrick Légeron appelle les malheureux patients, victimes des cures
> analytiques, à quitter leur divan, à cesser de prendre des antidépresseurs
> et à faire confiance aux TCC qui leur apporteront enfin une solution à leurs
> problèmes.
> L'ouvrage est rédigé par quarante auteurs et composé de quatre parties. La
> tonalité générale est celle d'un réquisitoire qui vise à réduire l'individu
> à la somme de ses comportements et à dénoncer toute tentative d'explorer l'
> inconscient. Une violente diatribe contre la religion, et notamment contre
> le catholicisme, auquel Lacan et Dolto sont rattachés, permet aux auteurs de
> se situer, en France, à gauche de l'échiquier politique et de jouer la carte
> du progrès contre l'obscurantisme.
> Après avoir été traitée de science juive et bolchevique par les nazis, de
> science bourgeoise par les staliniens, d'obscénité par l'Eglise catholique,
> de science boche par les Français, de science latine par les Nordiques, la
> psychanalyse est donc devenue une science chrétienne pour les nouveaux
> scientistes.
> Dans les deux premières parties, "La face cachée de l'histoire freudienne"
> et "Pourquoi la psychanalyse a eu tant de succès", sont rassemblés des
> textes et des entretiens d'historiens majoritairement anglophones et connus
> pour leurs positions dites "révisionnistes" : c'est ainsi qu'ils se sont
> eux-mêmes désignés, il y a vingt ans, en prétendant réviser les mythes
> fondateurs de l'imposture freudienne.  On les appelle aujourd'hui aux USA
> les "destructeurs de Freud". Ils sont minoritaires et ont fini, à cause de
> leurs excès, par être marginalisés après avoir voulu faire interdire, en
> 1996, la tenue de la grande exposition Freud de Washington, jugée (à juste
> titre d'ailleurs) trop "orthodoxe". Mais est-il raisonnable de lutter contre
> l'orthodoxie d'une discipline par des mesures d'interdiction? Certainement
> pas. Et c'est pourquoi, à cette époque, J'avais pris l'initiative avec
> Philippe Garnier d'une pétition internationale contre ce type de censure.
> Ces historiens révisionnistes détournent l'oeuvre d'Henri Ellenberger
> (dont j'ai la responsabilité en France et dont les archives ont été déposées
> à la SIHPP) en faisant de lui un anti-freudien radical qui aurait été le
> premier à démasquer les impostures freudiennes. Ils s'approprient donc l'
> historiographie savante, celle dont je me réclame - et qui est issue à la
> fois d'Ellenberger, de Canguilhem et de Foucault - pour la mêler à une
> entreprise de dénonciation qui n'a plus rien à voir, ni avec l'étude
> critique, même sévère, des textes théoriques, ni avec la nécessaire mise à
> jour de l'histoire du mouvement psychanalytique : de ses moeurs souvent
> compassées, de ses crises, de ses errances, de sa propension à l'adulation
> des maîtres, de son dogmatisme, de son jargon et de ses véritables années
> noires (collaboration avec le nazisme ou les dictatures), évoquées en une
> ligne de manière ambiguë.
> Rien de tout cela n'est abordé dans ce livre, écrit dans une langue
> dénonciatrice, et truffée d'une terminologie évoquant les procès en
> sorcellerie : mystification, imposture, possession, préméditation,
> assassinats, meurtres, complots, etc. Tel est le vocabulaire qui revient
> sans cesse sous la plume acerbe de ceux qui se présentent comme de grands
> spécialistes de l'histoire des sciences, de la médecine, de la psychiatrie,
> etc, et qui n'ont comme vision de l'histoire que l'axe du bien et du mal :
> le mal, c'est Freud, ses suppôts, ses curés, ses idolâtres, le bien c'est l'
> armée vengeresse de ses détracteurs, attachés à une médecine des pauvres et
> qui partent en croisade contre l'arrogance médiatique et intellectuelle des
> méchants psychanalystes dont ils imaginent qu'ils ont étendu leur empire sur
> la planète entière à coups de protocoles et de mensonges.
> Je ne fais pas partie de ceux qui ont contribué à la psychologisation de
> notre société. Je désapprouve la manière dont les psychanalystes et les
> psychiatres de toutes tendances s'appuient sur la doctrine freudienne pour
> prononcer, dans les grands médias, des diagnostics foudroyants à l'encontre
> de tel ou tel homme politique, comme ce fut le cas récemment dans l'
> hebdomadaire Marianne (434, 13-19 août) : "Les psys analysent le cas
>  Sarkozy". Soucieux d'en découdre avec un ministre détesté, la patron de ce
> journal a fait appel aux "psys" pour qu'ils déclarent, au nom de Freud, de
> la psychanalyse et des classifications de la psychiatrie, que le Ministre de
> l'intérieur était un psychopathe dangereux incapable de gouverner la France.
> Que la psychanalyse puisse être invoquée, par ses praticiens même, pour
> servir à un tel abaissement du débat politique, a quelque chose de
> révoltant.
> Revenons maintenant au Livre noir. En réalité, les textes rassemblés par l'
> éditrice dans ces deux chapitres sont des résumés de livres déjà publiés en
> anglais, en allemand ou en français et donc parfaitement connus des
> spécialistes de l'historiographie freudienne. Ils sont pourtant présentés
> comme révélateurs d'une vérité cachée  .
> Dans la troisième partie, "La psychanalyse et ses impasses", celle-ci est
> désignée comme une fausse science. Et c'est Van Rillaer qui se charge d'
> instruire le procès en reproduisant presque mot pour mot le contenu d'un
> ouvrage déjà publié sur le même thème. Oedipe est un mensonge, Lacan un
> bavard, la psychanalyse un délire ou une illusion, Elisabeth Roudinesco un
> auteur qui écrit en jargon et qui a oublié de dire que certains freudiens
> avaient été nazis et que les fondateurs des TCC étaient juifs. Freud est
> qualifié de truqueur de résultats, les psychanalystes français de nouveaux
> jdanoviens.
> A noter que plus aucune allusion n'est faite au livre de Jacques Bénesteau,
> Mensonges freudiens, dont on connaît le destin. Deux auteurs du Livre noir
> (Cottraux et van Rillaer) en avaient fait l'éloge à plusieurs reprises.
> Enfin, dans la quatrième partie, sont rassemblées des histoires de victimes
> : Tausk, suicidé par Freud, Anna Freud détruite par son père incestueux,
> Marilyn Monroe, suicidée par ses psychanalystes. Suivent ensuite des
> témoignages de mères d'autistes et de patients victimes de charlatans.
> Parmi les autres victimes figurent tous les enfants de France. C'est à
> Didier Pleux, psychologue et directeur d'une Association de TCC, et
> spécialiste de la chasse à Dolto, que l'on doit cette stupéfiante
> révélation, occultée par les historiens officiels - je suis visée - et selon
> laquelle la terrible visiteuse de Lyon (Dolto) serait responsable de la
> crise de la famille occidentale. Elle aurait rendu tyranniques et
> impossibles à éduquer la totalité des enfants d'aujourd'hui. Ses héritiers -
> Caroline Eliacheff, Claude Halmos, Marcel Rufo, etc - ne seraient, selon le
> quatrième auteur du Livre noir, que les complices médiatiques de ce grand
> ratage éducatif  dont seules les TCC pourraient venir à bout. Notons que le
> nom de ma mère, Jenny Aubry, ne figure pas dans cette liste noire.
> Le livre fait la une du Nouvel Observateur (en couverture), le 1er septembre
> 2005, avec bonnes feuilles, vignettes et extraits sur les impostures de
> Freud. A l'intérieur du numéro, un "débat" a été orchestré par Ursula
> Gauthier - responsable du dossier,  favorable de longue date aux TCC - entre
> "celui qui croit" en la psychanalyse" (Alain de Mijolla), comme révélation
> divine, et "celui qui n'y croit pas" ou plutôt qui a cessé d'y croire après
> avoir été un fanatique lacanien "déconverti" (Van Rillaer). C'est à Ursula
> Gauthier qu'a été confié l'article dit de "synthèse" destiné à ouvrir enfin
> un grand débat en France sur les vérités cachées, etc, etc...
> On oppose ainsi, dans un prétendu débat objectif (dans le genre pour ou
> contre la rotation de la terre), le représentant d'une religion
> obscurantiste à un véritable savant qui, après  être descendu dans l'enfer d
> 'une secte, en est enfin revenu pour célébrer les bienfaits de la science et
> d'un traitement nouveau testé et évalué et qui prétend, par exemple, guérir
> la phobie des araignées en dix séances  en proposant à des patients de se
> confronter d'abord à une araignée, puis à un troupeau d'araignées : la main,
> le bras,  le corps entier. En lisant de telles choses, on se dit qu'il
> faudrait suggérer au propagateur de ce fabuleux traitement de le tester sur
> lui-même lors d'une émission de télé-réalité, en direct et en présence d'une
> armée d'évaluateurs.
> Le débat du pour et du contre a d'ailleurs été organisé, ici comme ailleurs,
> pendant le mois d'août, avec des psychanalystes qui, après avoir été
> interrogés selon cet axe, ont pris la défense de la psychanalyse sans avoir
> lu le livre. Certains n'avaient eu connaissance que de quelques articles
> (sur épreuves). Ainsi la revue Psychologies magazine (septembre 2005)
> a-t-elle déjà lancé le "débat" à la une en opposant les pour et les contre
> sur le thème : "La guerre des psys : pourquoi tant de haine?", ce qui laisse
> entendre que ce sont les "psys" qui se haïssent entre eux et non pas les
> auteurs d'un brûlot qui haïssent Freud et la psychanalyse. La nuance est de
> taille car elle permet à ceux qui sont favorables au livre de le valoriser
> en ayant l'air de conserver une "objectivité".
> 
> 2 - Note sur le statut juridique de l'ouvrage
> 
> Contrairement au Livre noir du communisme (Laffont, 1997) qui était un livre
> collectif réalisé par six auteurs (qui furent ensuite en désaccord), Le
> livre noir de la psychanalyse n'est pas un livre d'auteurs mais un livre d'
> éditeur comme l'indique son titre et le nom qui figure sur la couverture. Il
> est l'oeuvre de Catherine Meyer qui l'a réalisé pour les éditions des
> Arènes. Cette éditrice n'est en rien une spécialiste de l'histoire de la
> psychanalyse. Pour réaliser ce livre, elle s'est entourée de trois
> collaborateurs (Borch-Jacobsen, Van Rillaer, Cottraux) dont les positions
> violemment anti-freudiennes sont parfaitement connues. Deux d'entre eux (Van
> Rillaert et Cottraux) n'ont aucune compétence en matière d'histoire du
> freudisme. Le troisième fait partie de l'école révisionniste américaine
> (dite des "destructeurs de Freud").
> Le but de cette opération éditoriale est d'une part de nuire à une
> discipline et à ses représentants - dans un contexte de crise qui fait
> suite, en France, au vote d'une loi sur le statut des psychothérapeutes -
> et, de l'autre, de faire une opération classique de commercialisation.
> L'éditrice a ensuite demandé à de nombreux auteurs de donner des
> contributions à cet ensemble. La plupart d'entre eux - comme d'ailleurs les
> trois collaborateurs - ont donné des textes ou des entretiens, certes
> inédits, mais qui sont en général un résumé de leurs propres ouvrages ou la
> reprise d'articles déjà publiés et à peine remaniés pour le présent ouvrage.
> Certains d'entre eux ont donné des articles parus en anglais dans d'autres
> ouvrages collectifs. Le livre noir est donc un montage ou un collage
> éditorial de différents articles qui, pour la moitié d'entre eux, n'ont
> aucun rapport avec ce qui est énoncé dans le titre, dans la préface de l'
> éditrice ou dans les déclarations des trois collaborateurs.
> Parmi les nombreux auteurs qui ont donné leur accord à ce livre d'éditeur,
> on constate que le contenu de leurs textes ne correspond en rien à l'annonce
> faite par Catherine Meyer. Freud n'y est pas traité de mystificateur ou de
> plagiaire et la psychanalyse n'y est pas assimilée à une discipline
> criminelle comme c'est le cas pour une dizaine d'autres articles ou
> entretiens.
> Ainsi les articles de Joëlle Proust (sur les relations de la psychanalyse et
> des neurosciences), de Patrick Mahony (sur les relations de Freud avec sa
> fille Anna) et de Philippe Pignarre (sur les antidépresseurs) - et dont le
> contenu était déjà connu avant le présent ouvrage - ne participent guère à
> une quelconque dénonciation des prétendus mensonges de Freud.
> Autrement dit, même si ces auteurs ont donné leur accord pour figurer dans
> ce livre noir, rien ne permet de dire que le contenu de leurs articles soit
> l'expression de la volonté destructrice affirmée par l'éditrice et par ses
> trois collaborateurs.
> Ajoutons que si l'on peut parler des crimes commis au nom du communisme ou
> des crimes perpétrés par le colonialisme, ou encore des complots orchestrés
> par des services secrets, il est difficile d'imputer à la psychanalyse en
> tant que telle et à ses représentants un génocide, des massacres, des crimes
> ou des complots. Ou alors il faut le prouver.
> En revanche, si des abus ont été commis au nom de cette discipline - et l'on
> sait qu'ils existent - alors les victimes ont le devoir de porter plainte
> devant la justice contre leurs abuseurs. Car dans un Etat de droit, on ne
> peut pas faire le procès d'une discipline ou de ses représentants à titre
> collectif, sauf à ouvrir une chasse aux sorcières. On ne peut que porter
> plainte contre des personnes.
> 
> 3 - Diffamations
> 
> Dans un article intitulé "Freud était-il un menteur", on trouve la phrase
> suivante sous la plume de Frank Cioffi : "La vérité c'est que le mouvement
> psychanalytique dans son ensemble est l'un des mouvements intellectuels les
> plus corrompus de l'histoire. Il est corrompu par des considérations
> politiques, par des opinions indéfendables qui continuent à être répétées
> uniquement à cause de relations personnelles et de considérations de
> carrière."
> Une telle affirmation est diffamatoire. Certes, elle ne vise pas une
> association psychanalytique en tant que telle mais l'ensemble du mouvement
> psychanalytique toutes tendances confondues, c'est-à-dire toutes les
> associations qui se réclament historiquement de la psychanalyse et de son
> mouvement. En conséquence, toutes les associations mondiales ou locales qui
> se réclament de la psychanalyse, de Freud ou de son héritage - freudiens,
> annafreudiens, kleiniens, lacaniens ou Ego Psychology - seraient en droit de
> se grouper ou d'agir à titre individuel pour porter plainte contre ladite
> affirmation. Celle-ci vise non seulement les membres des associations qui
> composent le mouvement (la carrière et les relations personnelles) mais
> aussi les associations elles-mêmes et la discipline dont elles se réclament.
> De nombreux passages de ce livre sont également diffamatoires et pourraient
> faire l'objet d'une expertise par des avocats. Il serait sans doute
> préférable d'en rire tant la farce est énorme. Mais, de nos jours, plus la
> ficelle est grosse et plus la croyance est forte. N'oublions pas l'impact
> que peuvent avoir dans l'opinion publique les livres qui dénoncent de
> prétendues conspirations.
> 
> 
> 
> 
> 
> 4- Les Arènes
> 
> Maison d'édition spécialisée dans la dénonciation des dossiers noirs de
> tout. Parmi les publications, on trouve notamment :
> Noir Chirac (violente accusation contre le  Président de la République
> accusé d'avoir construit par carriérisme une République occulte et d'avoir
> couvert les basses oeuvres de chefs d'Etat africains pour préserver les
> secrets d'Etat de la France).
> Noir procès (réquisitoire identique orchestré par Jacques Vergès dans lequel
> trois chefs d'Etat africains se plaignent, "au péril de leur vie" des
> complots de "Françafrique", c'est-à-dire de la politique de Jacques Chirac.
> Négrophobie (même thématique).
> D'autres thèmes, conspirationnistes sont abordés : l'inavouable, les
> affaires atomiques, etc.
> 
> 5 - Commentaire
> 
> Je ne fais partie d'aucune association psychanalytique et je n'ai pas l'
> intention de me mêler de la conduite de leurs affaires. Mais je déplore que
> depuis tant d'années les psychanalystes se soient retranchés de la vie
> publique et de tout engagement politique. Ils invoquent volontiers pour
> expliquer ce retrait le fait qu'ils se concentrent sur leur travail
> clinique, douloureux et difficile. Cette attitude est respectable et
> compréhensible. Elle prouve en tout cas que la grande majorité des
> psychanalystes sont d'excellents cliniciens, et notamment les plus anonymes
> qui ne font jamais parler d'eux dans les médias.
> Mais cette attitude de retrait a fini par être néfaste. Car en refusant de s
> 'engager dans des questions de société, et en laissant la place à ceux qui
> déshonorent la discipline par des diagnostics foudroyants ou des propos
> ridicules sur les transformations de la famille, les moeurs et les nouvelles
> pratiques sexuelles, ils n'ont pas contribué à la nécessaire critique de
> leur propre doctrine, préférant se disputer sur la scène publique dans des
> querelles interminables. Après avoir, du moins en France, méprisé les
> psychothérapeutes relationnels, issus d'ailleurs de leurs divans, les voilà
> désormais confrontés eux-mêmes à ce qu'ils avaient cru pouvoir éviter.
> Je souhaite que la nouvelle génération psychanalytique ne se trompe pas sur
> la signification de ce Livre noir qui connaîtra le sort de tous les brûlots
> de ce genre, au même titre que les Impostures intellectuelles de Sokal et
> Bricmont ou que L'effroyable imposture de Thierry Meyssan. Mais quoiqu'il en
> soit, et compte tenu de l'impact qu'il aura sur l'opinion publique, et
> notamment sur les patients en souffrance, il nuira à l'ensemble de la
> communauté psychanalytique, si celle-ci persévère à méconnaître les
> querelles historiographiques et les débats de société qui se sont
> développés, dans le monde entier, depuis vingt ans et qui, d'ailleurs, ne
> touchent pas seulement leur discipline.
> En effet, l'idéologie de la révision systématique est l'un des éléments
> majeurs de cette pulsion évaluatrice généralisée qui a envahi les sociétés
> libérales et qui réduit l'homme à une chose et le sujet à une marchandise,
> tout en prétendant obéir aux principes d'un nouvel humanisme scientifique.
> 
> 
> _______________________________________________
> A question? --> Help-Me at lutecium.org
> Lutecium-group mailing list
> Lutecium-group at lutecium.org
> http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
> 
> 
> _______________________________________________
> A question? --> Help-Me at lutecium.org
> Lutecium-group mailing list
> Lutecium-group at lutecium.org
> http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
> 
> 
> _______________________________________________
> A question? --> Help-Me at lutecium.org
> Lutecium-group mailing list
> Lutecium-group at lutecium.org
> http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
> 
> 
> _______________________________________________
> A question? --> Help-Me at lutecium.org
> Lutecium-group mailing list
> Lutecium-group at lutecium.org
> http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
> ---------------------------------------------------------------------------------------
> Wanadoo vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail.
> Aucun virus connu a ce jour par nos services n'a ete detecte.
> 
> 
>


More information about the Topologos mailing list