[Lutecium-group] le cinéma sur le divan (urgent)
Frans Tassigny
frans.tassigny at gmail.com
Fri Apr 28 10:46:47 UTC 2006
Sigmund Freud
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Le
cinéma sur le divan
Comment le cinéma s'est-il emparé de la psychanalyse?
Est-ce un hasard si le cinéma et la psychanalyse, dont les chemins se sont
souvent croisés, sont nés à la même époque ? 1895. Alors que Sigmund Freud
et Joseph Breuer publient leurs révolutionnaires Etudes sur l'hystérie, les
frères Lumière mettent au point le "cinématographe". Dès lors, la naissance
de cette toute nouvelle forme d'expression donne un sens collectif à ce que
Freud appelle "l'étrange familier" : les images à l'écran sont à la fois
familières et un rien étranges, vivantes et inanimées, réelles et
illusoires…
Pour autant, le grand homme se méfie du cinéma. Il n'aime pas être filmé et
estime qu'il est impossible de restituer le travail psychanalytique par le
biais du médium cinématographique. Lorsque Samuel Goldwyn, l'un des pères
fondateurs d'Hollywood, lui propose la somme de 100 000 dollars pour rédiger
un scénario, Freud refuse catégoriquement. C'est pourtant l'un de ses
proches collaborateurs, Karl Abraham, qui écrira le premier film sur la
psychanalyse, Les Mystères d'une âme réalisé par Pabst en 1926.
- *Le thriller psychanalytique*
De son côté, le cinéma garde lui aussi ses distances vis-à-vis de
l'exploration de l'inconscient. Jusqu'en 1945, les psychiatres sont
représentés à l'écran comme des charlatans maléfiques ou, au mieux, comme de
parfaits imbéciles. Ce n'est qu'au lendemain de la Seconde guerre mondiale
que les idées de la psychanalyse trouvent un large écho dans la société,
notamment outre-Atlantique. Selon la formule d'Hitchcock, le psychiatre est
désormais un "enquêteur des rêves", capable, depuis son cabinet, de résoudre
une affaire tout en identifiant les causes d'un traumatisme. C'est
d'ailleurs avec La Maison du docteur Edwards (1945), du même Hitchcock, que
le psychanalyste fait désormais jeu égal avec l'inspecteur de police ou le
détective privé. Dans le film, Ingrid Bergman campe une psychiatre qui
parvient à prouver que Gregory Peck, souffrant d'amnésie, n'est pas coupable
du meurtre dont il s'accuse. Si l'adhésion au message psychanalytique, d'une
certaine naïveté, alourdit l'ensemble, La Maison du docteur Edwards ouvre
incontestablement une brèche dans le cinéma hollywoodien. Suivront ainsi Le
Mystérieux docteur Korvo (1949) d'Otto Preminger, où Gene Tierney,
convaincue d'être une meurtrière, est innocentée par son mari psychiatre, ou
encore Soudain l'été dernier (1959) de Joseph Mankiewicz, où Montgomery
Clift, en praticien averti, sonde et soigne les âmes en souffrance. Trois
ans plus tard, le même comédien campe Sigmund Freud dans le film éponyme de
John Huston : en une quinzaine d'années, le cinéma s'est totalement
approprié la science inventée par le médecin viennois.
- *Surréalisme et psychanalyse*
Sans nécessairement représenter le psychiatre à l'écran, certains cinéastes
se servent des apports de la psychanalyse pour stimuler leur créativité.
L'héritage surréaliste n'est pas étranger à cette démarche esthétique, comme
en témoignaient déjà les séquences de rêve conçues par Salvador Dali dans La
Maison du docteur Edwards. Dès ses courts métrages, David Lynch met en scène
des têtes humaines sur lesquelles poussent des bras, avant de s'enflammer et
de vomir… Dans Blue Velvet (1986), les apparences (trop) lisses d'une petite
ville américaine dissimulent des abîmes de monstruosité : un travelling
inaugural, sorte de condensé de l'œuvre du réalisateur, nous fait passer de
la surface d'une pelouse fraîchement tondue à un grouillement d'insectes
répugnants. "Ce monde de la banlieue tranquille a une surface rassurante,
triviale, mais il possède aussi ses zones d'ombre, ses abysses qui sont
aussi profonds que partout ailleurs. Explorer ces abysses, sonder ces
profondeurs, voilà ce que j'aime par-dessus tout," explique Lynch. Une
approche qui n'est pas sans rappeler celle du psychanalyste… Tim Burton, lui
aussi, se plaît à aller au-delà des apparences trompeuses, mais témoigne
d'une certaine tendresse pour les êtres monstrueux. Dans Edward aux mains
d'argent (1990), le personnage incarné par Johnny Depp agit comme un
catalyseur émotionnel chez les ménagères du voisinage, faisant écho au
processus cathartique de la psychanalyse. Dans Mars attacks ! (1997), le
cinéaste s'amuse à recomposer, pour ainsi dire, des personnages mi-humains,
mi-animaux, comme dans une vaste toile surréaliste.
- *La psychanalyse s'empare du cinéma*
A partir des années 1970, c'est au tour de la psychanalyse de s'intéresser
au cinéma. Des théoriciens comme Laura Mulvey ou Christian Metz s'appuient
sur l'introspection de l'inconscient pour analyser les films. D'après Metz,
le sujet représenté à l'image n'est pas censé se rendre compte qu'on le
regarde et, par conséquent, le spectateur se retrouve dans la situation du
voyeur. La vision du film reproduit ainsi la "scène originaire" que Freud
considère comme un déclencheur du conflit œdipien. Cette lecture
psychanalytique du cinéma est particulièrement pertinente s'agissant de
l'œuvre d'Ingmar Bergman : dans Le Silence (1962) ou Persona (1966), des
êtres en souffrance s'affrontent mentalement et placent d'emblée le
spectateur en position de voyeur. Le motif du miroir, offrant un reflet
déformé d'une réalité psychique tourmentée, traverse d'ailleurs les films du
cinéaste suédois, de Persona à L'œuf du serpent (1976) et Face-à-face
(1975).
Pour le psychanalyste Andrea Sabbadini, la vision d'un film se rapproche du
travail psychanalytique : pendant une période donnée, le spectateur est
comme retranché du monde, hors du temps réel, et projeté dans un espace
imaginaire où des vies entières peuvent se dérouler en quelques dizaines de
minutes. Bernardo Bertolucci, qui reconnaît que plusieurs de ses films lui
ont été inspirés par sa propre psychanalyse (Le Dernier tango à Paris en
1972, Le Conformiste ou La Stratégie de l'araignée en 1970), compare
volontiers la salle de cinéma à "l'obscurité amniotique du ventre de la
mère." L'expérience de la salle obscure est presque "régressive" selon
Sabbadini qui ajoute que les cinéphiles, dévorant des centaines de mètres de
pellicule par jour, refusent parfois d'affronter la réalité et préfèrent se
réfugier dans un monde chimérique. C'est en tous les cas le cheminement de
Woody Allen qui, enfant et adolescent, fuyait son quotidien en fréquentant
assidûment les salles de son quartier : devenu lui-même un grand adepte de
la psychanalyse, il est sans doute le cinéaste qui a le mieux transposé
l'expérience psychanalytique au cinéma (de Intérieurs en 1978 à Une autre
femme en 1988) tout en se moquant volontiers des "psys"… Ce genre d'hommage
irrévérencieux est assurément le signe que le couple psychanalyse-cinéma
n'est pas près de divorcer…
Franck Garbarz
source : http://www.arte-tv.com/fr/1185408.html
Thema: PSYCHANALYSE ET CINEMA - 28 avril 2006 à 22.20
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Un
écran nommé désir
Un documentaire de Élisabeth Kapnist
S'appuyant sur des extraits de films et des entretiens de réalisateurs
(Lang, Fellini, Bergman, Cronenberg, Lynch...), Élisabeth Kapnist éclaire
les relations entre la psychanalyse et le cinéma.
*Écrit avec Michel Schneider, (52')*
*Coproduction : ARTE France, Doc en Stock*
*Multidiffusion le 6 mai à 1.45*
pour info
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