[Lutecium-group] Petits discours aux médecins

Violaine Clement violaine.clement at co-perolles.ch
Sun Apr 30 20:56:29 UTC 2006


Je travaille actuellement ce texte de Lacan et je cherche des 
renseignements sur deux personnes qu'il cite. L'une d'elles, Marguerite 
Sechehaye, est une psychologue et psychanalyste suisse, l'autre n'est 
citée que par son nom, Rosen, et je ne sais pas trop de qui il s'agit. 
Quelqu'un a-t-il une idée ?

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Sechehaye, je vous en donne juste 
cet extrait, tiré du "Journal d'une jeune schizophrène"

Sechehaye est une psychologue psychanalyste suisse, (1887-1964) qui 
vient donc de mourir, auteur de la Réalisation symbolique » et de 
« Journal d’une schizophrène », dans lesquels elle raconte en positif 
et négatif le cas de Renée, jeune fille déclarée schizophrène, que 
Sechehaye, appelée par sa protégée « Maman » guérit de sa maladie, en 
la nourrissant à son sein.
Dans le chapitre « Le miracle des pommes », Renée (qui doit avoir 
dix-sept, dix-huit ans) raconte la crise qu’elle traverse :
p.65-6 « Le regret de mes pommes devint à tel point vibrant que je ne 
savais plus que devenir. À ce moment je compris que si je demeurais 
plus longtemps sans pommes, et qu’en plus on m’obligeât à une conduite 
sociale évoluée en me forçant d’aller à table, je ne pourrais plus 
vivre. C’est dans un état d’affolement, d’étrangeté et d’angoisse 
inouïe qu’à neuf heures du soir je courus à pied chez « Maman ». À mes 
oreilles, les voix ricanaient, me menaçaient de mort. Mes mains me 
faisaient une peur étrange avec leur air de pattes de chat. En même 
temps, je me sentais diminuer à vue d’œil et mon âge de neuf siècles 
s’imposait à mon esprit. Les voix hurlaient, criant que je devais me 
jeter dans le fleuve. Mais je résistai de toutes mes forces, courant 
vers « Maman ». Enfin j’arrivai. Je me jetai dans ses bras en pleurant 
et en bégayant. « On m’a obligée à manger de la nourriture, on m’a 
forcée et puis la fermière m’a grondée, je n’ai plus rien, je n’ai plus 
de pommes, je dois mourir. » Maman, avec des gestes affectueux, tentait 
de me calmer, mais en vain. « Pourquoi, disait-elle, n’acceptes-tu pas 
les pommes que je t’apporte ? » « Je ne peux pas, Maman », et, pendant 
qu’en mon cœur je m’indignais de ce que Maman voulût m’obliger elle 
aussi à manger, mes regards tombèrent sur sa poitrine, et lorsqu’elle 
insista : «  Mais pourquoi ne veux-tu pas des pommes que j’achète pour 
toi ? » je compris à quoi j’aspirais désespérément, et je pus dire : » 
Parce que les pommes que tu achètes, c’est de la nourriture de grandes 
personnes, et moi je veux de vraies pommes, des pommes de Maman, comme 
ça », et je montrais les seins de Maman. Elle se leva aussitôt, alla 
chercher une magnifique pomme, en coupa un moceau, et me le tendit en 
disant : «  Maintenant, c’est Maman qui va nourrir sa petite Renée. 
C’est l’heure de boire le bon lait de Maman. » Elle me mit le morceau 
dans la bouche, et c’est ma tête posée sur son sein, les yeux fermés, 
que je mangeai, ou plutôt, bus mon lait. Ine félicité sans nom inondait 
mon cœur. »

En vous remerciant.


Violaine

PS ; il m'est impossible de payer mon écot à la liste depuis la 
Suisse...


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