[Lutecium-group] [Spam] quelques notes de lecture sur l'agressivité en psychanalyse et son extension dans le champ du politique

José Luiz Caon jlcaon at terra.com.br
Wed Aug 23 10:39:38 UTC 2006


Merci, Liliane. Até breve.
Att. jlcaon
----- Original Message ----- 
From: "Liliane.Fainsilber" <liliane.fainsilber at free.fr>
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
<lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Wednesday, August 23, 2006 6:00 AM
Subject: [Spam] [Lutecium-group] quelques notes de lecture sur l'agressivité
en psychanalyse et son extension dans le champ du politique


lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Bonjour à tous,



je vous fais part du travail que j'ai avancé cet été et qui a pour visée
ceci : Questions sur cette "dégénérescence catastrophique » de la fonction
du père dans le champ social, dégénérescence que Lacan évoquait en 1974 dans
le séminaire des non dupes errrent, ( séance du 19 mars 1974) mais qu''il
évoquait déjà bien avant, notamment en 1938, dans "les complexes familiaux"
et aussi en 1948-1950 avec ce bouquet de textes centré autour de
"L'agressivité en psychanalyse", avec les deux textes qui lui sont proches
"fonctions de la psychanalyse en criminologie" et ses "Propos sur la
causalité psychique".



A l'orée de ce travail, je voudrais citer ce passage qui sert de balise, de
point d'ancrage :

"Une fonction de puissance et de tempérament à la fois - un impératif non
plus aveugle, mais "catégorique" - une personne qui domine et arbitre le
déchirement avide et l'ambivalence jalouse qui fondaient les relations
premières de l'enfant avec sa mère et avec le rival fraternel, voici ce que
le père représente... " ( Propos sur la causalité psychique, Ecrits, p. 182)



J'ai commencé à lire, avec ce fil de lecture, l'un de ces textes, celui de
l'agressivité en psychanalyse. J'ai suivi l'argumentation de Lacan mais en
l'accentuant vers sa fin, qui est celle de la question de l'agressivité
lorsqu'elle est transférée du champ clos familial au champ social, on passe
donc de la psychanalyse à la politique. Ce passage m'a toujours paru un peu
risqué pourtant, Lacan prenant appui sur Platon, je pense que c'est en se
référant à "La république", affirme que "les passions de l'âme sont les
mêmes que celles de la cité". Leurs moyens d'approche devraient donc pouvoir
être les mêmes.



Pour faciliter la lecture, j'ai décomposé ce texte en quatre parties. Je l’
ai
aussi mis sur le site du goût de la psychanalyse à cette adresse
http://perso.orange.fr/liliane.fainsilber/pages/chantier/chantier.htm



Si vous pouviez m'en donner quelques échos, ils seraient les bienvenus. Mais
déjà ce que Michel avait écrit de la barbarie comme incluse dans la
civilisation elle-même, sécrétée par elle, m'a beaucoup éclairé sur ces
points qui gardent encore pour moi beaucoup de zones d'ombre.  Bonne journée
à tous. Liliane Fainsilber.





Notes de lecture sur le texte de Lacan de 1948 « L’agressivité en
psychanalyse »



1

Les cinq thèses ou remarques avancées par Lacan





A propos de l’œuvre freudienne, Lacan affirme « qu’à l’opposé du dogmatisme
qu’on nous impute, nous savons que le système reste ouvert non seulement
dans son achèvement mais dans plusieurs de ses jointures. »



Et l’une de ces jointures est celle de la pulsion de mort que Lacan évoque
comme étant « la tentative la plus profonde qui ait paru de formuler une
expérience de l’homme dans le registre de la biologie »



Cette aporie, cette question de la pulsion de mort et donc cette
articulation au biologique, Lacan la met en jonction avec la notion de l’
agressivité
:

«  Cette aporie est au cœur de la notion de l’agressivité, dont nous
mesurons mieux chaque jour,  la part qu’il convient de lui attribuer dans l’
économie
psychique. »



Lacan va aborder cette question avec ce que nous connaissons déjà, la
prématurité  de la naissance et l’importance de l’image dans la constitution
du monde humain.  C’est au niveau de cette image du petit autre, de son
rival, que le sujet peut  constituer le monde de ses désirs, non sans passer
par le désir de détruire celui qui a la préférence dans le désir de l’Autre
maternel, celui qui détient l’objet de sa jalousie et de sa convoitise.

Il ne le cite pas dans ce texte mais Lacan, à ce propos, fait très souvent
référence au texte de Saint Augustin, celui où il décrit un enfant
contemplant d’un œil plein de haine et de jalousie, son petit frère de lait,
appendu au sein de sa nourrice.

C’est là la source de tous les biens, mais aussi la source de tous les
désirs de mort vis-à-vis de ces redoutables concurrents.



Lacan dans ce texte va développer cinq thèses ou remarques

Je ne fais que les citer pour l’instant



Thèse I – L’agressivité se manifeste dans l’expérience analytique, elle est
là pour ça.

Thèse II – L’agressivité se manifeste dans l’analyse d’une part comme
intention d’agression, d’autre part comme des images de dislocation
corporelle que Lacan a fait reconnaître sous le nom d’ « imagos du corps
morcelé » et qui correspondent  donc à un retournement de ces pulsions
agressives sur le corps propre du sujet, en rétorsion.

Thèse III – En fonction de ces ressorts agressifs, la technique analytique
en dépend, mieux vaut, autrement dit, ne pas trop la provoquer, venir la
titiller.

Thèse IV – « L’agressivité est la tendance corrélative d’un mode d’
identification
que nous appelons narcissique ».

Voila donc ce que Lacan va décrire comme étant le mode de connaissance
paranoïaque de l’objet. C’est la partie la plus importante de ce texte. J’en
cite déjà ce passage :

A propos du moi, il écrit : « cette forme se cristallisera en effet dans la
tension conflictuelle interne au sujet, qui détermine l’éveil de son désir
pour l’objet du désir de l’autre : ici le concours primordial se précipite
en concurrence agressive, et c’est d’elle que naît la triade de l’autrui, du
moi et de l’objet. »

Ce que Lacan démontrera c’est que par la fonction du père, la fonction de l’
Œdipe,
cette  agressivité peut et doit être surmontée.



Thèse V – C’est ce qui nous intéressera la plus, l’agressivité ainsi
replacée dans le contexte de l’expérience analytique donne un éclairage de
son rôle « dans la névrose moderne et le malaise de la civilisation »



Ce sont ces deux dernières parties qui m’intéressent le plus par rapport à
la violence dans les groupes humains ; Il y a un passage qui mériterait
quelques développements,  surtout en le reprenant dans le contexte actuel,
de nos jours, en 2006, tandis que ce texte date de 1948 :

«  Bien plus pour abolir la polarité cosmique des principes mâle et femelle,
notre société connaît toutes les incidences propres au phénomène moderne dit
de la lutte des sexes.

« La lutte des sexes » Ce n’est pas rien. ! En quoi est-ce un phénomène
moderne ?





Mises en pièces agressives

2



Thèse II – « l’agressivité, dans l’expérience,  nous est donnée comme
intention d’agression  et comme image de dislocation corporelle, et c’est
sous de tels modes qu’elle se démontre efficiente ».



Cette agressivité se manifeste dans les symptômes, dans ses lapsus et ses
actes manqués,  « dans le finalité implicite de ses conduites et de ses
refus – dans les ratés de son action – dans l’aveu de ses fantasmes
privilégiés – dans les rébus de sa vie onirique. »

Puisque nous travaillons en ce moment l’Homme aux rats, on ne peut trouver
mieux comme exemple : au moment où le « capitaine cruel » fit le récit de ce
supplice des rats, pratiqués en orient, supplice qui consistait à introduire
deux rats affamés dans l’anus du supplicié, immédiatement lui vint à l’idée
cette représentation, ou plutôt nous dit Freud ce souhait, que sa Dame
vénérée subisse ce supplice des rats.



Mais elle est mise en acte, cette même agressivité « dans l’action
formatrice d’un individu sur les personnes de sa dépendance ».

 « L’agressivité intentionnelle ronge, mine, désagrège, elle châtre ; elle
conduit à la mort : « Et moi qui croyais que tu étais impuissant ! »
gémissait dans un cri de tigresse une mère à son fils qui venait de lui
avouer non sans peine, ses tendances homosexuelles. Et on pouvait voir que
sa permanente agressivité de femme virile n’avait pas été sans effets »



A partir de cette  bien rude mise en garde, ne pourrait-on pas poser cette
question à brûle-pourpoint : qu’en serait-il de ces intentions agressives
dans les dites formations du psychanalyste ?

Ouf, une affirmation de Lacan nous sauve la mise : « Je n’ai jamais parlé de
formation des psychanalystes mais de leurs formations de l’inconscient » !
Nous voila au moins préservé de ces embûches mais est-ce bien sûr, ne se
manifesteraient-elles pas de façon sauvage dans toutes les formations en
groupe, y compris celle des psychanalystes ?



Pour rendre compte de ces intentions agressives qui se retournent
éventuellement sur le sujet lui-même, Lacan emprunte à la théorie
analytique, notamment à Mélanie Klein, ce « terme antique d’Imago ».  A mon
avis, c’est un terme proche du signifiant, il le définit comme un «
engramme », c'est-à-dire une marque qui a des effets à la fois symbolique et
imaginaire. Parmi ces imagos, il en invente une à laquelle il donne le nom d
’imago
du corps morcelé ou encore, comme il l’écrit dans l’en-tête de cette thèse
II, des images de dislocation corporelle. Le corps est littéralement mis en
morceau, déchiqueté sous l’effet du désir de destruction du sujet.

« Il n’est besoin que d’écouter la fabulation et les jeux des enfants,
isolés ou entre eux, entre deux et cinq ans pour savoir qu’arracher la tête
et crever le ventre sont des thèmes spontanés de leur imagination, que l’
expérience
de la poupée démantibulée ne fait que combler ».



Il n’est besoin aussi que de se rappeler les rêves de morcellement que fait
tout analysant en cours d’analyse, rêves qui ne sont que le retournement sur
le corps propre de tous ces désirs de mort éprouvés vis-à-vis de ses objets
rivaux et notamment de ses frères et sœurs.

Ce qui m’avait frappé, à propos de ces rêves, c’est à quel point ils
surgissent toujours dans un contexte où se révèle avec acuité les
défaillances de la métaphore paternelle. Ils en sont le stigmate.





Action « salvatrice » de l’identification au père

3

Thèse IV. Lacan lui donne ce titre ou plutôt cet argument : «  l’agressivité
est corrélative d’un mode d’identification que nous appelons narcissique… »



Lacan distingue l’intention agressive et la tendance à l’agression. Si j’ai
bien suivi cette intention agressive se révèle dans ce qu’on peut qualifier
comme états d’âme : craintes fantasmatiques, colère, tristesse active ou
fatigue psychasthénique tandis que « la tendance agressive se révèle
fondamentale dans une certaine série d’états significatifs de la
personnalité qui sont les psychoses paranoïdes et paranoïaques ».



Pour décrire en quoi cette tendance à l’agression est liée à la constitution
du moi dans son rapport à un objet rival, Lacan cite une fois de plus ce
passage des confessions de Saint Augustin où il décrit la jalousie d’un
enfant contemplant d’un regard empoisonné son petit frère de lait appendu au
sein de sa nourrice.

Il fait également référence aux mauvais objets internes de Mélanie Klein, où
elle décrit d’une part l’empire maternel  comme un champ clos, ou les frères
et sœurs réels ou virtuels se livrent une lutte sans merci, le père y étant
déjà présent, sous la forme de son pénis, un pénis mordant et malfaisant, et
d’autre part, l’enceinte du corps propre livré par rétorsion aux mêmes
destructions, ce sont ces images de ce corps livré à des forces maléfiques
qui châtrent, détruisent par poison et armes de toutes sortes ce corps de l’
enfant
que Lacan a nommé  « imago du corps morcelé », car mis en pièces par les
violences de l’agression.



Lacan écrit « la notion d’une agressivité comme tension corrélative de la
structure narcissique dans le devenir du sujet permet de comprendre dans une
fonction très simplement formulée toutes sortes d’accidents et d’atypies de
ce devenir ».  Dans le fil de cette affirmation, peut-on considérer, par
exemple, que  la question des violences à l’école et dans la rue peuvent
être abordées dans ce registre-là, comme faisant partie de ces « atypies » ?

Il me parait intéressant de les aborder en effet pas ce biais, car Lacan les
relie d’emblée à la question de la fonction de l’Œdipe et donc à la fonction
du père, dans l’Œdipe.

Voici en effet ce qu’il en avance dans les quelques lignes qui suivent :

« Nous indiquerons ici comment nous en concevons la liaison dialectique avec
la fonction du complexe d’Œdipe. Celle-ci dans sa normalité est de
sublimation, qui désigne très précisément un remaniement identificatoire du
sujet … une identification secondaire par introjection de l’imago du parent
de même sexe… Mais il est clair que l’identification à l’objet rival ne va
pas de soi… »



Mais là où la jonction se fait donc entre cette intense rivalité imaginaire
où on souhaite purement et simplement la disparition et la destruction de l’
autre
et cette identification symbolique à ses insignes, c’est justement là que se
marque la fonction du père :

«  Freud en effet nous montre que le besoin d’une participation, qui
neutralise le conflit inscrit après le meurtre dans la situation de rivalité
avec les frères est le fondement de l’identification au Totem paternel.
Ainsi l’identification oedipienne est celle par où le sujet transcende l’
agressivité
constitutive de la première individuation subjective. Nous avons insisté sur
le pas qu’elle constitue dans l’instauration de cette distance, par quoi,
avec les sentiments de l’ordre du respect, est réalisée toute une assomption
subjective du prochain.



Il me semble que cette fonction de l’Œdipe et l’identification au père qu’
implique
sa traversée peut d’emblée nous éclairer sur cette question de la violence
dans la cité, nous indiquer quels chemins suivre pour l’aborder et
éventuellement pour y remédier. Ce dernier point étant bien sûr plus qu’
hypothétique,
puisque les solutions ne pourraient être trouvées que pour chaque sujet.





Je vais arriver au point 4, celui qui est l’objet de cette lecture : le rôle
de l’agressivité « dans la névrose moderne et le malaise dans la
civilisation ». Ce malaise était celui de 1938. Nous sommes en 2006 et
depuis de l’eau a coulé sous les ponts et pour la névrose moderne et pour ce
malaise de la civilisation.



L’exaltation et la valorisation de l’agressivité dans le champ social

au nom de la lutte pour la vie

4



Dans sa remarque au sujet de l’agressivité en psychanalyse que Lacan nomme
thèse V, ( page 120 des Ecrits) il passe de la description de l’agressivité
mise en jeu dans sa constitution de sujet du désir au travers ses différents
objets de concurrence par rapport au désir de l’Autre ( cf. la description
de Saint Augustin : l’enfant éprouvant une intense jalousie à la vue de son
petit frère de lait, appendu au sein de sa mère) qui marque donc les
différentes étapes de la constitution de ses identifications jusqu’à l’
identification
symbolique au père, aux insignes du père, à l’agressivité telle qu’elle est
mise en acte mais surtout également valorisée dans le champ social.



Ici, dans ce passage, Lacan utilise un terme surprenant en tant qu'il
implique un jugement, un jugement de valeur sur ce qui est juste et injuste
:

Il l’annonce ainsi : nous ne voulons ici qu’ouvrir une perspective sur les
verdicts que dans l’ordre social actuel nous permet notre expérience. La
prééminence de l’agressivité dans notre civilisation serait déjà
suffisamment démontrée par le fait qu’elle est habituellement confondue dans
la morale moyenne avec la vertu de la force. Très justement comprise comme
significative d’un développement du moi, elle est tenue pour d’un usage
social indispensable et si communément reçue dans les mœurs qu’il faut, pour
en mesurer la particularité culturelle, se pénétrer du sens et des vertus
efficaces d’une pratique comme celle du Jang dans la morale publique et
privée des chinois. »



(Lacan évoque à nouveau cette pratique du Jang dans le texte suivant, «
Fonctions de la psychanalyse en criminologie » il la décrit ainsi : «
cérémonial des refus que la politesse chinoise pose comme échelons à la
reconnaissance d’autrui »  S’agirait-il dans ce cas d’une sorte de processus
de dénégation portant sur l’importance que l’on est sensé accorder à son
propre moi au détriment de celui d’autrui ?

Cela me fait penser à une formule  que l’on répétait dans ma famille que
nous trouvions quelquefois amusante, quelque fois beaucoup moins, quand nous
étions visés, « tout ce qui est à toi est à moi et tout ce qui est à moi, je
le garde ». Sous forme de plaisanterie c’était une soit un reproche déguisé,
soit une incitation à partager. Là, il semble que dans cette pratique
chinoise, ce soit le sujet lui-même qui minimise l’importance de son moi
comparé à celui de l’autre.



Enfin l’important c’est ce que Lacan souligne cette culture, cette
exaltation de la force et de la lutte pour la vie qui est valorisée et
érigée en règle de vie, dans notre champ social actuel.

Pour le démontrer Lacan fait appel à de très nombreuses références et c’est
là que j’ai eu beaucoup de difficultés à déchiffrer ce passage. Je ne peux
donc là que cerner les articulations qu’il développe sans pouvoir repérer
dans quel sens va son argumentation. Il y a deux pages qu’il consacre à
cette démonstration pages 121 et 122.

1 : Les prédations de la société victorienne

 A propos des théories de Darwin et « le prestige de la lutte pour la vie »
il fait référence « aux prédations de la société victorienne et l’euphorie
économique qui sanctionnait pour elle la dévastation sociale qu’elle
inaugurait à l’échelle de la planète, à ce qu’il les justifie par l’image d’
un
laisser faire des dévorants les plus forts dans leur concurrence pour leur
proie naturelle »

Donc cette morale civilisée est celle du plus gros qui mange le petit.



2 – Il reprend aussi la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel pour
contrer, pour critiquer, ce laisser faire des dévorants – c’est tout au
moins la façon dont j’essaie de l’interpréter : « Avant lui pourtant Hegel
avait donné la théorie pour toujours de la fonction propre de l’agressivité
dans l’ontologie humaine, semblant prophétiser la loi de fer de notre temps.
C’est du conflit du maître et de l’esclave qui déduit tout le progrès
subjectif et objectif de notre histoire, faisant surgir de ces crises les
synthèses qui représentent les formes les plus élevées du statut de la
personne en occident, du stoïcien au chrétien et jusqu’au citoyen futur de l
’Etat
universel »

(Je mets en note une présentation de cette dialectique hégélienne (1) et en
mettant quand même en filigrane cette question, où Lacan se situe-t-il là ?
Il me semble qu’il décrit là une sorte de hors champ de la psychanalyse qui
serait celui du champ social ou du politique.



Et dans ce contexte - celui de la dialectique du maître et de l’esclave -
surgit une évocation de la révolte des esclaves avec le nom de Spartacus, au
temps de Rome mais aussi de ce mouvement spartakiste communiste qui avait
pris naissance en Allemagne et dont Rosa Luxembourg était l’émouvante
égérie. Je ne comprends pas bien ce passage mais je vous en fait part tel
quel «  On sait l’armature qu’a donnée cette doctrine profonde (celle de
Hegel) au spartacisme constructif de l’esclave recréé par la barbarie du
siècle darwinien ».

C’est ce terme « constructif » qui sollicite mon attention dans cette
phrase. Comme si ce spartacisme était source de progrès.



3 – Sur les raisons de cette barbarie, une référence maintenant aux formes
culturelles que nous détruisons dans le monde donne une idée de ce qui
manque, ce qui fait désormais défaut à notre civilisation :

Lacan prend pour l’évoquer appui sur « La république de Platon » pour poser
que les passions de l’âme et de la cité sont les mêmes. (Est-ce à dire qu’
elles
doivent subir les mêmes lois, et qu’à un moment donné, ces relations
imaginaires de conflit, de lutte à mort, doivent passer par la loi, celle du
pacte entre les belligérants ?)



a-    « absence de saturations du surmoi et de l’idéal du moi »

Il indique que l’une des raisons de cette barbarie est liée à « l’absence
croissante de toutes ces saturations du surmoi et de l’Idéal du moi, qui
sont réalisées dans toutes sortes de formes organiques de nos sociétés
traditionnelles, formes qui vont des rites de l’intimité quotidienne aux
fêtes périodiques où se manifeste la communauté. »



Le terme de saturation est un mot énigmatique en lui-même, faudrait-til y
voir une sorte de manifestation exagérée, exaltée ?



Là il me semble qu’il faudrait retrouver un peu tout ce que Freud raconte
dans Totem et tabou et aussi dans les Moïse de ces fêtes commémoratives de
la mort du père perpétré par les fils et ces festins cannibaliques où on se
propose de partager un petit bout de ce père, par où on s’identifie à lui. C
’est
donc par ces fêtes du groupe un rappel de cette commune loi que tous ont
accepté et qui met fin à la lutte sans merci, avec l’interdit non seulement
de l’inceste mais du meurtre.



b- la lutte des sexes

Une autre raison qu’il donne comme source de cette barbarie éveille à elle
seule beaucoup de questions :

« Bien plus pour abolir la polarité cosmique des principes mâle et femelle,
notre société connaît toutes les incidences psychologiques propre au
phénomène moderne dit de la lutte des sexes.



En quoi est-ce un phénomène moderne ? Est-ce que c’est à cette lutte des
sexes qu’est liée, par des voies d’abord qui auraient besoin d’être
précisées, ce que Lacan n’hésite pas à nommer forclusion du nom du père dans
le champ social ; terme qu’il réserve pourtant au mécanisme de la psychose.



 Je formule ma question telle qu’elle me vient sous une forme un peu rude  :
est-ce que ce ne serait pas cette « lutte des sexes » lutte des sexes qui,
disons le mot, doit se faire autour de la possession ou non du phallus, d’un
phallus pris et maintenu au niveau de l’imaginaire, est-ce donc ceci qui
ferait obstacle au fait qu’une femme, par rapport à son enfant, ne pourrait
pas lui donner accès à cette parole du père, celle qui lui donnerait accès à
son propre désir, même s’il ne peut suivre que les chemins du désir de l’
Autre,
puis, à un certain moment, pouvoir en être coupé, en être libéré ?



Mais ce qui est difficile à saisir, c’est que c’est aussi de la façon dont
la métaphore paternelle a pu entrer en jeu pour cette mère-là, que dépend le
fait qu’elle peut ou non donner accès à son enfant à cette loi du père, la
loi qui fait qu’elle se trouve manquante et donc désirante.



Questions à foison



1 - en quoi cette « dégénérescence catastrophique » de la fonction du père
énoncée plus tardivement par Lacan en 1974,  interfère-t-elle dans ces
rapports pour le moins conflictuels entre les sexes ?



2 - Encore une autre question : qui est premier, est-ce ce qui concerne le
champ social ou est-ce ce qui concerne le sujet ?  A propos de cette
question, Lacan utilise une très curieuse formule qui mériterait élucidation
: il évoque une « déhiscence du groupe familial au sein de la société ». Je
cite ce passage car il me paraît être la charnière, la goupille qui permet
de passer du champ de la psychanalyse à celui du politique :

Toute son argumentation est centrée sur ce qu’en 1950 donc, il appelle « l’
oedipisme
 ».



« Les structures de la société sont symboliques ; l’individu en tant q’uil
est normal s’en sert pour des conduites réelles ; en tant qu’il est
psychopathe, il les exprime par des conduites symboliques […]



C’est en quoi le symbolisme, d’ores et déjà reconnu dans le premier ordre de
délinquance, que la psychanalyse ait isolé comme psychopathologique ( je
pense qu’il s’agit des mises en actes de la violence) nous permettent de
préciser en extension comme en compréhension, la signification sociale de l’
oedipisme,
comme de critiquer la notion de surmoi pour l’ensemble des sciences de l’
homme.
Or les effets psychopatohologiques en leur majeure partie, sinon en leur
totalité, où sont révélées les tensions de l’oedipisme… nous laissent à
penser qu’ils expriment une déhiscence du groupe familial au sein de la
société. »
































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