[Lutecium-group] quelques notes de lecture sur l'agressivité en psychanalyse et son extension dans le champ du politique
Mireille
mipsy at club-internet.fr
Wed Aug 23 16:38:44 UTC 2006
bonjour à tous,
Merci Liliane pour ce travail et ses balises, bien utiles pour conduire
une réflexion sur des questions d'actualité...
bien amicalement
Mireille
Le 23 août 06, à 11:00, Liliane.Fainsilber a écrit :
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Bonjour à tous,
>
>
>
> je vous fais part du travail que j'ai avancé cet été et qui a pour
> visée
> ceci : Questions sur cette "dégénérescence catastrophique » de la
> fonction
> du père dans le champ social, dégénérescence que Lacan évoquait en
> 1974 dans
> le séminaire des non dupes errrent, ( séance du 19 mars 1974) mais
> qu''il
> évoquait déjà bien avant, notamment en 1938, dans "les complexes
> familiaux"
> et aussi en 1948-1950 avec ce bouquet de textes centré autour de
> "L'agressivité en psychanalyse", avec les deux textes qui lui sont
> proches
> "fonctions de la psychanalyse en criminologie" et ses "Propos sur la
> causalité psychique".
>
>
>
> A l'orée de ce travail, je voudrais citer ce passage qui sert de
> balise, de
> point d'ancrage :
>
> "Une fonction de puissance et de tempérament à la fois - un impératif
> non
> plus aveugle, mais "catégorique" - une personne qui domine et arbitre
> le
> déchirement avide et l'ambivalence jalouse qui fondaient les relations
> premières de l'enfant avec sa mère et avec le rival fraternel, voici
> ce que
> le père représente... " ( Propos sur la causalité psychique, Ecrits,
> p. 182)
>
>
>
> J'ai commencé à lire, avec ce fil de lecture, l'un de ces textes,
> celui de
> l'agressivité en psychanalyse. J'ai suivi l'argumentation de Lacan
> mais en
> l'accentuant vers sa fin, qui est celle de la question de l'agressivité
> lorsqu'elle est transférée du champ clos familial au champ social, on
> passe
> donc de la psychanalyse à la politique. Ce passage m'a toujours paru
> un peu
> risqué pourtant, Lacan prenant appui sur Platon, je pense que c'est en
> se
> référant à "La république", affirme que "les passions de l'âme sont les
> mêmes que celles de la cité". Leurs moyens d'approche devraient donc
> pouvoir
> être les mêmes.
>
>
>
> Pour faciliter la lecture, j'ai décomposé ce texte en quatre parties.
> Je l’ai
> aussi mis sur le site du goût de la psychanalyse à cette adresse
> http://perso.orange.fr/liliane.fainsilber/pages/chantier/chantier.htm
>
>
>
> Si vous pouviez m'en donner quelques échos, ils seraient les
> bienvenus. Mais
> déjà ce que Michel avait écrit de la barbarie comme incluse dans la
> civilisation elle-même, sécrétée par elle, m'a beaucoup éclairé sur ces
> points qui gardent encore pour moi beaucoup de zones d'ombre. Bonne
> journée
> à tous. Liliane Fainsilber.
>
>
>
>
>
> Notes de lecture sur le texte de Lacan de 1948 « L’agressivité en
> psychanalyse »
>
>
>
> 1
>
> Les cinq thèses ou remarques avancées par Lacan
>
>
>
>
>
> A propos de l’œuvre freudienne, Lacan affirme « qu’à l’opposé du
> dogmatisme
> qu’on nous impute, nous savons que le système reste ouvert non
> seulement
> dans son achèvement mais dans plusieurs de ses jointures. »
>
>
>
> Et l’une de ces jointures est celle de la pulsion de mort que Lacan
> évoque
> comme étant « la tentative la plus profonde qui ait paru de formuler
> une
> expérience de l’homme dans le registre de la biologie »
>
>
>
> Cette aporie, cette question de la pulsion de mort et donc cette
> articulation au biologique, Lacan la met en jonction avec la notion de
> l’agressivité
> :
>
> « Cette aporie est au cœur de la notion de l’agressivité, dont nous
> mesurons mieux chaque jour, la part qu’il convient de lui attribuer
> dans l’économie
> psychique. »
>
>
>
> Lacan va aborder cette question avec ce que nous connaissons déjà, la
> prématurité de la naissance et l’importance de l’image dans la
> constitution
> du monde humain. C’est au niveau de cette image du petit autre, de son
> rival, que le sujet peut constituer le monde de ses désirs, non sans
> passer
> par le désir de détruire celui qui a la préférence dans le désir de
> l’Autre
> maternel, celui qui détient l’objet de sa jalousie et de sa convoitise.
>
> Il ne le cite pas dans ce texte mais Lacan, à ce propos, fait très
> souvent
> référence au texte de Saint Augustin, celui où il décrit un enfant
> contemplant d’un œil plein de haine et de jalousie, son petit frère de
> lait,
> appendu au sein de sa nourrice.
>
> C’est là la source de tous les biens, mais aussi la source de tous les
> désirs de mort vis-à-vis de ces redoutables concurrents.
>
>
>
> Lacan dans ce texte va développer cinq thèses ou remarques
>
> Je ne fais que les citer pour l’instant
>
>
>
> Thèse I – L’agressivité se manifeste dans l’expérience analytique,
> elle est
> là pour ça.
>
> Thèse II – L’agressivité se manifeste dans l’analyse d’une part comme
> intention d’agression, d’autre part comme des images de dislocation
> corporelle que Lacan a fait reconnaître sous le nom d’ « imagos du
> corps
> morcelé » et qui correspondent donc à un retournement de ces pulsions
> agressives sur le corps propre du sujet, en rétorsion.
>
> Thèse III – En fonction de ces ressorts agressifs, la technique
> analytique
> en dépend, mieux vaut, autrement dit, ne pas trop la provoquer, venir
> la
> titiller.
>
> Thèse IV – « L’agressivité est la tendance corrélative d’un mode
> d’identification
> que nous appelons narcissique ».
>
> Voila donc ce que Lacan va décrire comme étant le mode de connaissance
> paranoïaque de l’objet. C’est la partie la plus importante de ce
> texte. J’en
> cite déjà ce passage :
>
> A propos du moi, il écrit : « cette forme se cristallisera en effet
> dans la
> tension conflictuelle interne au sujet, qui détermine l’éveil de son
> désir
> pour l’objet du désir de l’autre : ici le concours primordial se
> précipite
> en concurrence agressive, et c’est d’elle que naît la triade de
> l’autrui, du
> moi et de l’objet. »
>
> Ce que Lacan démontrera c’est que par la fonction du père, la fonction
> de l’Œdipe,
> cette agressivité peut et doit être surmontée.
>
>
>
> Thèse V – C’est ce qui nous intéressera la plus, l’agressivité ainsi
> replacée dans le contexte de l’expérience analytique donne un
> éclairage de
> son rôle « dans la névrose moderne et le malaise de la civilisation »
>
>
>
> Ce sont ces deux dernières parties qui m’intéressent le plus par
> rapport à
> la violence dans les groupes humains ; Il y a un passage qui mériterait
> quelques développements, surtout en le reprenant dans le contexte
> actuel,
> de nos jours, en 2006, tandis que ce texte date de 1948 :
>
> « Bien plus pour abolir la polarité cosmique des principes mâle et
> femelle,
> notre société connaît toutes les incidences propres au phénomène
> moderne dit
> de la lutte des sexes.
>
> « La lutte des sexes » Ce n’est pas rien. ! En quoi est-ce un phénomène
> moderne ?
>
>
>
>
>
> Mises en pièces agressives
>
> 2
>
>
>
> Thèse II – « l’agressivité, dans l’expérience, nous est donnée comme
> intention d’agression et comme image de dislocation corporelle, et
> c’est
> sous de tels modes qu’elle se démontre efficiente ».
>
>
>
> Cette agressivité se manifeste dans les symptômes, dans ses lapsus et
> ses
> actes manqués, « dans le finalité implicite de ses conduites et de ses
> refus – dans les ratés de son action – dans l’aveu de ses fantasmes
> privilégiés – dans les rébus de sa vie onirique. »
>
> Puisque nous travaillons en ce moment l’Homme aux rats, on ne peut
> trouver
> mieux comme exemple : au moment où le « capitaine cruel » fit le récit
> de ce
> supplice des rats, pratiqués en orient, supplice qui consistait à
> introduire
> deux rats affamés dans l’anus du supplicié, immédiatement lui vint à
> l’idée
> cette représentation, ou plutôt nous dit Freud ce souhait, que sa Dame
> vénérée subisse ce supplice des rats.
>
>
>
> Mais elle est mise en acte, cette même agressivité « dans l’action
> formatrice d’un individu sur les personnes de sa dépendance ».
>
> « L’agressivité intentionnelle ronge, mine, désagrège, elle châtre ;
> elle
> conduit à la mort : « Et moi qui croyais que tu étais impuissant ! »
> gémissait dans un cri de tigresse une mère à son fils qui venait de lui
> avouer non sans peine, ses tendances homosexuelles. Et on pouvait voir
> que
> sa permanente agressivité de femme virile n’avait pas été sans effets »
>
>
>
> A partir de cette bien rude mise en garde, ne pourrait-on pas poser
> cette
> question à brûle-pourpoint : qu’en serait-il de ces intentions
> agressives
> dans les dites formations du psychanalyste ?
>
> Ouf, une affirmation de Lacan nous sauve la mise : « Je n’ai jamais
> parlé de
> formation des psychanalystes mais de leurs formations de l’inconscient
> » !
> Nous voila au moins préservé de ces embûches mais est-ce bien sûr, ne
> se
> manifesteraient-elles pas de façon sauvage dans toutes les formations
> en
> groupe, y compris celle des psychanalystes ?
>
>
>
> Pour rendre compte de ces intentions agressives qui se retournent
> éventuellement sur le sujet lui-même, Lacan emprunte à la théorie
> analytique, notamment à Mélanie Klein, ce « terme antique d’Imago ».
> A mon
> avis, c’est un terme proche du signifiant, il le définit comme un «
> engramme », c'est-à-dire une marque qui a des effets à la fois
> symbolique et
> imaginaire. Parmi ces imagos, il en invente une à laquelle il donne le
> nom d’imago
> du corps morcelé ou encore, comme il l’écrit dans l’en-tête de cette
> thèse
> II, des images de dislocation corporelle. Le corps est littéralement
> mis en
> morceau, déchiqueté sous l’effet du désir de destruction du sujet.
>
> « Il n’est besoin que d’écouter la fabulation et les jeux des enfants,
> isolés ou entre eux, entre deux et cinq ans pour savoir qu’arracher la
> tête
> et crever le ventre sont des thèmes spontanés de leur imagination, que
> l’expérience
> de la poupée démantibulée ne fait que combler ».
>
>
>
> Il n’est besoin aussi que de se rappeler les rêves de morcellement que
> fait
> tout analysant en cours d’analyse, rêves qui ne sont que le
> retournement sur
> le corps propre de tous ces désirs de mort éprouvés vis-à-vis de ses
> objets
> rivaux et notamment de ses frères et sœurs.
>
> Ce qui m’avait frappé, à propos de ces rêves, c’est à quel point ils
> surgissent toujours dans un contexte où se révèle avec acuité les
> défaillances de la métaphore paternelle. Ils en sont le stigmate.
>
>
>
>
>
> Action « salvatrice » de l’identification au père
>
> 3
>
> Thèse IV. Lacan lui donne ce titre ou plutôt cet argument : «
> l’agressivité
> est corrélative d’un mode d’identification que nous appelons
> narcissique… »
>
>
>
> Lacan distingue l’intention agressive et la tendance à l’agression. Si
> j’ai
> bien suivi cette intention agressive se révèle dans ce qu’on peut
> qualifier
> comme états d’âme : craintes fantasmatiques, colère, tristesse active
> ou
> fatigue psychasthénique tandis que « la tendance agressive se révèle
> fondamentale dans une certaine série d’états significatifs de la
> personnalité qui sont les psychoses paranoïdes et paranoïaques ».
>
>
>
> Pour décrire en quoi cette tendance à l’agression est liée à la
> constitution
> du moi dans son rapport à un objet rival, Lacan cite une fois de plus
> ce
> passage des confessions de Saint Augustin où il décrit la jalousie d’un
> enfant contemplant d’un regard empoisonné son petit frère de lait
> appendu au
> sein de sa nourrice.
>
> Il fait également référence aux mauvais objets internes de Mélanie
> Klein, où
> elle décrit d’une part l’empire maternel comme un champ clos, ou les
> frères
> et sœurs réels ou virtuels se livrent une lutte sans merci, le père y
> étant
> déjà présent, sous la forme de son pénis, un pénis mordant et
> malfaisant, et
> d’autre part, l’enceinte du corps propre livré par rétorsion aux mêmes
> destructions, ce sont ces images de ce corps livré à des forces
> maléfiques
> qui châtrent, détruisent par poison et armes de toutes sortes ce corps
> de l’enfant
> que Lacan a nommé « imago du corps morcelé », car mis en pièces par
> les
> violences de l’agression.
>
>
>
> Lacan écrit « la notion d’une agressivité comme tension corrélative de
> la
> structure narcissique dans le devenir du sujet permet de comprendre
> dans une
> fonction très simplement formulée toutes sortes d’accidents et
> d’atypies de
> ce devenir ». Dans le fil de cette affirmation, peut-on considérer,
> par
> exemple, que la question des violences à l’école et dans la rue
> peuvent
> être abordées dans ce registre-là, comme faisant partie de ces «
> atypies » ?
>
> Il me parait intéressant de les aborder en effet pas ce biais, car
> Lacan les
> relie d’emblée à la question de la fonction de l’Œdipe et donc à la
> fonction
> du père, dans l’Œdipe.
>
> Voici en effet ce qu’il en avance dans les quelques lignes qui suivent
> :
>
> « Nous indiquerons ici comment nous en concevons la liaison
> dialectique avec
> la fonction du complexe d’Œdipe. Celle-ci dans sa normalité est de
> sublimation, qui désigne très précisément un remaniement
> identificatoire du
> sujet … une identification secondaire par introjection de l’imago du
> parent
> de même sexe… Mais il est clair que l’identification à l’objet rival
> ne va
> pas de soi… »
>
>
>
> Mais là où la jonction se fait donc entre cette intense rivalité
> imaginaire
> où on souhaite purement et simplement la disparition et la destruction
> de l’autre
> et cette identification symbolique à ses insignes, c’est justement là
> que se
> marque la fonction du père :
>
> « Freud en effet nous montre que le besoin d’une participation, qui
> neutralise le conflit inscrit après le meurtre dans la situation de
> rivalité
> avec les frères est le fondement de l’identification au Totem paternel.
> Ainsi l’identification oedipienne est celle par où le sujet transcende
> l’agressivité
> constitutive de la première individuation subjective. Nous avons
> insisté sur
> le pas qu’elle constitue dans l’instauration de cette distance, par
> quoi,
> avec les sentiments de l’ordre du respect, est réalisée toute une
> assomption
> subjective du prochain.
>
>
>
> Il me semble que cette fonction de l’Œdipe et l’identification au père
> qu’implique
> sa traversée peut d’emblée nous éclairer sur cette question de la
> violence
> dans la cité, nous indiquer quels chemins suivre pour l’aborder et
> éventuellement pour y remédier. Ce dernier point étant bien sûr plus
> qu’hypothétique,
> puisque les solutions ne pourraient être trouvées que pour chaque
> sujet.
>
>
>
>
>
> Je vais arriver au point 4, celui qui est l’objet de cette lecture :
> le rôle
> de l’agressivité « dans la névrose moderne et le malaise dans la
> civilisation ». Ce malaise était celui de 1938. Nous sommes en 2006 et
> depuis de l’eau a coulé sous les ponts et pour la névrose moderne et
> pour ce
> malaise de la civilisation.
>
>
>
> L’exaltation et la valorisation de l’agressivité dans le champ social
>
> au nom de la lutte pour la vie
>
> 4
>
>
>
> Dans sa remarque au sujet de l’agressivité en psychanalyse que Lacan
> nomme
> thèse V, ( page 120 des Ecrits) il passe de la description de
> l’agressivité
> mise en jeu dans sa constitution de sujet du désir au travers ses
> différents
> objets de concurrence par rapport au désir de l’Autre ( cf. la
> description
> de Saint Augustin : l’enfant éprouvant une intense jalousie à la vue
> de son
> petit frère de lait, appendu au sein de sa mère) qui marque donc les
> différentes étapes de la constitution de ses identifications jusqu’à
> l’identification
> symbolique au père, aux insignes du père, à l’agressivité telle
> qu’elle est
> mise en acte mais surtout également valorisée dans le champ social.
>
>
>
> Ici, dans ce passage, Lacan utilise un terme surprenant en tant qu'il
> implique un jugement, un jugement de valeur sur ce qui est juste et
> injuste
> :
>
> Il l’annonce ainsi : nous ne voulons ici qu’ouvrir une perspective sur
> les
> verdicts que dans l’ordre social actuel nous permet notre expérience.
> La
> prééminence de l’agressivité dans notre civilisation serait déjà
> suffisamment démontrée par le fait qu’elle est habituellement
> confondue dans
> la morale moyenne avec la vertu de la force. Très justement comprise
> comme
> significative d’un développement du moi, elle est tenue pour d’un usage
> social indispensable et si communément reçue dans les mœurs qu’il
> faut, pour
> en mesurer la particularité culturelle, se pénétrer du sens et des
> vertus
> efficaces d’une pratique comme celle du Jang dans la morale publique et
> privée des chinois. »
>
>
>
> (Lacan évoque à nouveau cette pratique du Jang dans le texte suivant, «
> Fonctions de la psychanalyse en criminologie » il la décrit ainsi : «
> cérémonial des refus que la politesse chinoise pose comme échelons à la
> reconnaissance d’autrui » S’agirait-il dans ce cas d’une sorte de
> processus
> de dénégation portant sur l’importance que l’on est sensé accorder à
> son
> propre moi au détriment de celui d’autrui ?
>
> Cela me fait penser à une formule que l’on répétait dans ma famille
> que
> nous trouvions quelquefois amusante, quelque fois beaucoup moins,
> quand nous
> étions visés, « tout ce qui est à toi est à moi et tout ce qui est à
> moi, je
> le garde ». Sous forme de plaisanterie c’était une soit un reproche
> déguisé,
> soit une incitation à partager. Là, il semble que dans cette pratique
> chinoise, ce soit le sujet lui-même qui minimise l’importance de son
> moi
> comparé à celui de l’autre.
>
>
>
> Enfin l’important c’est ce que Lacan souligne cette culture, cette
> exaltation de la force et de la lutte pour la vie qui est valorisée et
> érigée en règle de vie, dans notre champ social actuel.
>
> Pour le démontrer Lacan fait appel à de très nombreuses références et
> c’est
> là que j’ai eu beaucoup de difficultés à déchiffrer ce passage. Je ne
> peux
> donc là que cerner les articulations qu’il développe sans pouvoir
> repérer
> dans quel sens va son argumentation. Il y a deux pages qu’il consacre à
> cette démonstration pages 121 et 122.
>
> 1 : Les prédations de la société victorienne
>
> A propos des théories de Darwin et « le prestige de la lutte pour la
> vie »
> il fait référence « aux prédations de la société victorienne et
> l’euphorie
> économique qui sanctionnait pour elle la dévastation sociale qu’elle
> inaugurait à l’échelle de la planète, à ce qu’il les justifie par
> l’image d’un
> laisser faire des dévorants les plus forts dans leur concurrence pour
> leur
> proie naturelle »
>
> Donc cette morale civilisée est celle du plus gros qui mange le petit.
>
>
>
> 2 – Il reprend aussi la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel
> pour
> contrer, pour critiquer, ce laisser faire des dévorants – c’est tout au
> moins la façon dont j’essaie de l’interpréter : « Avant lui pourtant
> Hegel
> avait donné la théorie pour toujours de la fonction propre de
> l’agressivité
> dans l’ontologie humaine, semblant prophétiser la loi de fer de notre
> temps.
> C’est du conflit du maître et de l’esclave qui déduit tout le progrès
> subjectif et objectif de notre histoire, faisant surgir de ces crises
> les
> synthèses qui représentent les formes les plus élevées du statut de la
> personne en occident, du stoïcien au chrétien et jusqu’au citoyen
> futur de l’Etat
> universel »
>
> (Je mets en note une présentation de cette dialectique hégélienne (1)
> et en
> mettant quand même en filigrane cette question, où Lacan se situe-t-il
> là ?
> Il me semble qu’il décrit là une sorte de hors champ de la
> psychanalyse qui
> serait celui du champ social ou du politique.
>
>
>
> Et dans ce contexte - celui de la dialectique du maître et de
> l’esclave -
> surgit une évocation de la révolte des esclaves avec le nom de
> Spartacus, au
> temps de Rome mais aussi de ce mouvement spartakiste communiste qui
> avait
> pris naissance en Allemagne et dont Rosa Luxembourg était l’émouvante
> égérie. Je ne comprends pas bien ce passage mais je vous en fait part
> tel
> quel « On sait l’armature qu’a donnée cette doctrine profonde (celle
> de
> Hegel) au spartacisme constructif de l’esclave recréé par la barbarie
> du
> siècle darwinien ».
>
> C’est ce terme « constructif » qui sollicite mon attention dans cette
> phrase. Comme si ce spartacisme était source de progrès.
>
>
>
> 3 – Sur les raisons de cette barbarie, une référence maintenant aux
> formes
> culturelles que nous détruisons dans le monde donne une idée de ce qui
> manque, ce qui fait désormais défaut à notre civilisation :
>
> Lacan prend pour l’évoquer appui sur « La république de Platon » pour
> poser
> que les passions de l’âme et de la cité sont les mêmes. (Est-ce à dire
> qu’elles
> doivent subir les mêmes lois, et qu’à un moment donné, ces relations
> imaginaires de conflit, de lutte à mort, doivent passer par la loi,
> celle du
> pacte entre les belligérants ?)
>
>
>
> a- « absence de saturations du surmoi et de l’idéal du moi »
>
> Il indique que l’une des raisons de cette barbarie est liée à «
> l’absence
> croissante de toutes ces saturations du surmoi et de l’Idéal du moi,
> qui
> sont réalisées dans toutes sortes de formes organiques de nos sociétés
> traditionnelles, formes qui vont des rites de l’intimité quotidienne
> aux
> fêtes périodiques où se manifeste la communauté. »
>
>
>
> Le terme de saturation est un mot énigmatique en lui-même,
> faudrait-til y
> voir une sorte de manifestation exagérée, exaltée ?
>
>
>
> Là il me semble qu’il faudrait retrouver un peu tout ce que Freud
> raconte
> dans Totem et tabou et aussi dans les Moïse de ces fêtes
> commémoratives de
> la mort du père perpétré par les fils et ces festins cannibaliques où
> on se
> propose de partager un petit bout de ce père, par où on s’identifie à
> lui. C’est
> donc par ces fêtes du groupe un rappel de cette commune loi que tous
> ont
> accepté et qui met fin à la lutte sans merci, avec l’interdit non
> seulement
> de l’inceste mais du meurtre.
>
>
>
> b- la lutte des sexes
>
> Une autre raison qu’il donne comme source de cette barbarie éveille à
> elle
> seule beaucoup de questions :
>
> « Bien plus pour abolir la polarité cosmique des principes mâle et
> femelle,
> notre société connaît toutes les incidences psychologiques propre au
> phénomène moderne dit de la lutte des sexes.
>
>
>
> En quoi est-ce un phénomène moderne ? Est-ce que c’est à cette lutte
> des
> sexes qu’est liée, par des voies d’abord qui auraient besoin d’être
> précisées, ce que Lacan n’hésite pas à nommer forclusion du nom du
> père dans
> le champ social ; terme qu’il réserve pourtant au mécanisme de la
> psychose.
>
>
>
> Je formule ma question telle qu’elle me vient sous une forme un peu
> rude :
> est-ce que ce ne serait pas cette « lutte des sexes » lutte des sexes
> qui,
> disons le mot, doit se faire autour de la possession ou non du
> phallus, d’un
> phallus pris et maintenu au niveau de l’imaginaire, est-ce donc ceci
> qui
> ferait obstacle au fait qu’une femme, par rapport à son enfant, ne
> pourrait
> pas lui donner accès à cette parole du père, celle qui lui donnerait
> accès à
> son propre désir, même s’il ne peut suivre que les chemins du désir de
> l’Autre,
> puis, à un certain moment, pouvoir en être coupé, en être libéré ?
>
>
>
> Mais ce qui est difficile à saisir, c’est que c’est aussi de la façon
> dont
> la métaphore paternelle a pu entrer en jeu pour cette mère-là, que
> dépend le
> fait qu’elle peut ou non donner accès à son enfant à cette loi du
> père, la
> loi qui fait qu’elle se trouve manquante et donc désirante.
>
>
>
> Questions à foison
>
>
>
> 1 - en quoi cette « dégénérescence catastrophique » de la fonction du
> père
> énoncée plus tardivement par Lacan en 1974, interfère-t-elle dans ces
> rapports pour le moins conflictuels entre les sexes ?
>
>
>
> 2 - Encore une autre question : qui est premier, est-ce ce qui
> concerne le
> champ social ou est-ce ce qui concerne le sujet ? A propos de cette
> question, Lacan utilise une très curieuse formule qui mériterait
> élucidation
> : il évoque une « déhiscence du groupe familial au sein de la société
> ». Je
> cite ce passage car il me paraît être la charnière, la goupille qui
> permet
> de passer du champ de la psychanalyse à celui du politique :
>
> Toute son argumentation est centrée sur ce qu’en 1950 donc, il appelle
> « l’oedipisme
> ».
>
>
>
> « Les structures de la société sont symboliques ; l’individu en tant
> q’uil
> est normal s’en sert pour des conduites réelles ; en tant qu’il est
> psychopathe, il les exprime par des conduites symboliques […]
>
>
>
> C’est en quoi le symbolisme, d’ores et déjà reconnu dans le premier
> ordre de
> délinquance, que la psychanalyse ait isolé comme psychopathologique (
> je
> pense qu’il s’agit des mises en actes de la violence) nous permettent
> de
> préciser en extension comme en compréhension, la signification sociale
> de l’oedipisme,
> comme de critiquer la notion de surmoi pour l’ensemble des sciences de
> l’homme.
> Or les effets psychopatohologiques en leur majeure partie, sinon en
> leur
> totalité, où sont révélées les tensions de l’oedipisme… nous laissent à
> penser qu’ils expriment une déhiscence du groupe familial au sein de la
> société. »
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
> _______________________________________________
> A question? click Help-Me at lutecium.org
> Lutecium-group mailing list
> Lutecium-group at lutecium.org
> http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
>
>
More information about the Topologos
mailing list