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Sun Feb 19 17:00:14 UTC 2006


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JP B
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Les professionnels de la psyché redoutent l’émergence d’"une psychothérapie
d’État"
LE MONDE | 18.02.06 | 12h29 • Mis à jour le 18.02.06 | 12h56

Deux ans après le début de la polémique sur l’amendement Accoyer, le projet
de réglementation de l’usage du titre de psychothérapeute suscite une colère
croissante chez les professionnels de la psyché. Motions adoptées par les
enseignants de Faculté, pétitions qui circulent parmi les étudiants en
psychologie, courriers de protestations adressés par dizaines au ministère
de la santé, le petit monde de la psy s’oppose, presque unanime, à un
avant-projet de décret qui doit faire l’objet d’une dernière réunion de
concertation, mardi 21 février. 
Pour les professionnels concernés, psychiatres, psychologues et
psychothérapeutes, ce texte excéderait largement le cadre posé par l’article
52 de la loi du 9 août 2004 : ils estiment que le gouvernement s’est saisi
de l’occasion pour créer une nouvelle profession paramédicale, concurrente
des pratiques existantes, que d’aucuns qualifient déjà de "psychothérapie
d’État". 
Depuis la présentation par la direction générale de la santé (DGS), le 10
janvier, de l’avant-projet de décret, qui prévoit la création d’un diplôme
de type master pour utiliser le titre de psychothérapeute (Le Monde du 12
janvier), la contestation n’a fait qu’enfler. Les étudiants en psychologie à
Paris-VII, Nantes, Rennes, Toulouse, les professeurs de Strasbourg et
Poitiers font circuler des pétitions et des motions. Les enseignants de
psychopathologie, réunis dans le séminaire interuniversitaire européen
d’enseignement et de recherche en psychopathologie et psychanalyse (Siuerpp)
ont fait part de leur profond désaccord. La quasi-totalité des associations
psychanalytiques conviées à la concertation par la DGS sont sur la même
ligne, ainsi que le Syndicat national des psychiatres privés (SNPP) et le
Syndicat national des psychologues (SNP). Seules les associations
représentant le courant cognitivo-comportementaliste se sont déclarées
satisfaites des orientations du ministère de la santé. 
La disposition qui concentre le plus de critiques est sans conteste
l’article 8 de l’avant-projet de décret. Alors que la loi du 9 août 2004 se
bornait à affirmer que le titre de psychothérapeute ne pourra être utilisé
qu’après "une formation en psychopathologie clinique", l’avant-projet
définit le contenu de cette formation, qui devra respecter "une connaissance
des quatre principales approches de psychothérapie validées scientifiquement
(analytique, systémique, cognitivo-comportementaliste, intégrative)".

"OFFICIER DE SANTÉ MENTALE" 
Pour les professionnels, très divisés entre courant psychanalytique et
partisans des thérapies brèves comportementales, d’inspiration
anglo-saxonne, le ministère s’immisce dans une querelle épistémologique, qui
ne devrait pas sortir du débat interne à la communauté scientifique. "Ce
décret relève d’un excès d’interprétation par rapport à la loi, dans la
mesure où il définit le contenu des psychothérapies, c’est inacceptable",
estime Jacques Sédat, qui représente une dizaine d’associations
psychanalytiques, réunies dans le Groupe de contact. "Il n’y a que dans les
régimes totalitaires que l’État définit ce qu’est la science", s’insurge
Philippe Grosbois, du SNP. 
Les opposants au projet estiment par ailleurs que le texte du ministère,
loin d’offrir des garanties de meilleure prise en charge au public, ce qui
était l’objet initial de la loi, aboutit à affaiblir la formation des
personnes pratiquant la psychothérapie. "Une psychothérapie ne se conduit
pas à partir d’un savoir universitaire mais à partir de la résolution de sa
propre équation personnelle, en analyse, explique Jean-François Cottes,
psychologue et représentant de l’InterCoPsychos. Sinon, on expose le patient
à ce que celle-ci interfère dans la relation." 
Enfin, bien que le ministère de la santé s’en défende, l’ensemble des
professionnels craignent de voir émerger, avec la création de ce master, une
nouvelle profession, sorte d’"officier de la santé mentale" qui viendrait
pallier la pénurie annoncée de psychiatres.
Les plus directement menacés par cette perspective sont les psychologues,
dont bon nombre pratiquent la psychothérapie, en choisissant librement leur
orientation. "Il est probable que le nouveau titre de psychothérapeute sera
requis pour exercer dans les institutions de soin, estime Alain Vanier,
professeur de psychopathologie à Paris-VII et membre de l’association Espace
analytique. Pour les étudiants en psychologie, l’avenir de leur diplôme et
leurs débouchés professionnels ne seront plus assurés." "Les facultés
forment 3 000 psychologues par an, beaucoup sont confrontés au chômage, et
le gouvernement voudrait créer une profession nouvelle ? s’indigne Michèle
Clément, secrétaire générale du SNP. Contrairement à notre profession, qui
n’est pas paramédicale, il est à craindre que ces futurs psychothérapeutes
soient directement placés sous la tutelle des médecins."
Contacté par Le Monde, le ministère de la santé a précisé réserver ses
commentaires pour la réunion du 21 février.  

Cécile Prieur

LÉGISLATION 
L’article 52 de la loi du 9 août 2004 dispose que l’usage du titre de
psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits sur un registre
national. Cette inscription est de droit pour les médecins, les psychologues
et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs
associations. Un décret en Conseil d’État précise les modalités et les
conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique
des personnes visées.

CHIFFRES 
Plusieurs professionnels pratiquent la psychothérapie à titres divers. Les
psychologues sont 40 000, dont 70 % sont psychologues cliniciens, les
psychiatres, 8 000, les psychanalystes, 6 000, et les psychothérapeutes,
praticiens non médicaux venus d’horizons divers, 5 000. 
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Le projet de dépistage précoce des troubles du comportement suscite un tollé

LE MONDE | 18.02.06 | 12h56

En moins d’un mois, le texte a déjà été signé par plus de 12 000 personnes,
pour la plupart professionnels de la pédopsychiatrie et de la petite
enfance. Intitulée "Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans", la
pétition, qui circule sur Internet, s’insurge contre l’idée d’un dépistage
des troubles du comportement chez les enfants en bas âge, préconisé par un
rapport de l’Inserm (Le Monde du 23 septembre 2005). 
Lancée par une dizaine de praticiens, dont Pierre Delion, pédopsychiatre au
CHU de Lille, Bernard Golse, pédopsychiatre à l’hôpital Necker, à Paris,
Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, Christine Bellas-Cabane, présidente du
Syndicat national des médecins de protection maternelle et infantile (PMI),
Sylviane Giampino, présidente de l’Association nationale des psychologues,
et François Bourdillon, président de la Société française de santé publique,
la pétition a dépassé le cercle médical et circule désormais chez les
enseignants et les parents.
Très controversée dans le milieu psy, l’expertise de l’Inserm préconisait
"le repérage des perturbations du comportement dès la crèche et l’école
maternelle" pour éviter la survenue de comportements délinquants à
l’adolescence. "Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes
ou les babilleurs mythomanes ?", s’insurgent les pétitionnaires, qui
récusent la "stigmatisation comme pathologique de toute manifestation vive
d’opposition inhérente au développement psychique de l’enfant". "Plutôt que
de tenter le dressage ou le rabotage des comportements, il convient de
reconnaître la souffrance psychique de certains enfants à travers leur
subjectivité naissante et de leur permettre de bénéficier d’une palette
thérapeutique la plus variée", affirme le texte. 
L’expertise de l’Inserm suscite d’autant plus d’inquiétudes que ses
orientations ont été reprises dans un rapport rédigé par le député
Jacques-Alain Bénisti (UMP) et remis au ministre de l’intérieur, Nicolas
Sarkozy, puis dans l’avant-projet de loi sur la prévention de la
délinquance. 
Actuellement en discussion à Matignon, ce texte souligne ainsi "l’importance
de la détection précoce des troubles du comportement" pour éviter plus tard
les "comportements autodestructeurs ou agressifs pouvant conduire (les
enfants) à la délinquance".  

Cécile Prieur








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