[Lutecium-group] Fwd: [Psychanalyse] La psychanalyse n’est pas une science dure
Frans Tassigny
frans.tassigny at gmail.com
Sat Jul 15 11:46:25 UTC 2006
pour info
more....
connaissez vous le mensuel britannique Prospect je vien d' y trouver un for
bel article
ref :
http://monpsychanalyste.blogspot.com/2006_07_15_monpsychanalyste_archive.html#115296373188827723
suivi pour cause de longueurs de :
http://monpsychanalyste.blogspot.com/2006_07_15_monpsychanalyste_archive.html#115296392667375280
cordial
ft
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Date: 15 juil. 2006 13:37
Subject: [Psychanalyse] La psychanalyse n'est pas une science dure
To: frans.tassigny at gmail.com
La théorie analytique est forcément hasardeuse et doit s'assumer comme
telle. Le point de vue du psy et essayiste Adam Phillips.
La psychothérapie traverse une nouvelle crise d'identité. En témoignent deux
tendances récentes de la profession aux Etats- Unis : d'une part, les
efforts pour en faire une "science dure" et, d'autre part, l'idée de plus en
plus répandue chez les praticiens qu'il est non seulement inutile, mais
aussi nuisible, d'utiliser la cure par la parole pour découvrir les
traumatismes dans le passé des patients. Il n'est pas vraiment surprenant
que des psychothérapeutes – et ce quelle que soit leur école – se sentent
contraints de se prouver à eux-mêmes et à la société qu'ils pratiquent une
science dure. Compte tenu du prestige et de la confiance que le monde
moderne accorde au fait scientifique, les psychothérapeutes, qui ont
toujours eu à se mesurer à la profession médicale, tiennent à démontrer
qu'eux aussi peuvent travailler dans le domaine du prévisible et qu'ils sont
capables de fournir des preuves de la valeur de leur démarche. Il est, pour
ainsi dire, symptomatique que les psychothérapeutes aspirent à une
légitimité scientifique. Or l'une des bonne choses que fait la
psychothérapie, à l'instar de l'art, c'est justement de nous montrer les
limites de ce que la science peut faire pour notre bien-être. La méthode
scientifique seule ne suffit pas, en particulier lorsque nous cherchons à
savoir comment vivre et qui nous sommes. De même que nous ne pouvons pas
savoir à l'avance quel effet un livre ou un morceau de musique vont produire
sur nous, de même chaque psychothérapie – et chacune des séances qui la
compose – est imprévisible. Si elle ne l'est pas, elle s'apparente alors à
de l'intimidation, à de l'endoctrinement. Il serait naïf de la part des
psychothérapeutes de vouloir ignorer la science ou de se dresser contre
toute méthodologie scientifique. Mais chercher à présenter la psychothérapie
comme une science dure est en fait une tentative pour l'imposer sur le
marché. Cela relève d'une volonté de la rendre "respectable", d'en faire un
bien de consommation comme un autre et par là même de la soumettre
servilement au consumérisme. Un consumérisme auquel elle est justement
censée aider les gens à faire face. Si la psychothérapie a quelque chose à
offrir – et la question devrait toujours être posée –, il ne peut s'agir que
de quelque chose qui se situe en dehors des valeurs culturelles dominantes.
Lorsqu'on se rend chez l'ophtalmologue ou qu'on achète une voiture, on est
en droit d'attendre des résultats fiables et un minimum de garanties. Un
psychothérapeute honnête ne peut fournir de garanties comparables. Il ne
peut promettre qu'une disponibilité d'écoute professionnelle et des
commentaires qui peuvent s'avérer utiles. En invitant le patient à parler
longuement – en particulier de ce qui le perturbe vraiment –, quelque chose
finit par éclore. Mais ni le patient ni le thérapeute ne savent à l'avance
ce qu'ils vont dire ni quel effet vont avoir leurs paroles. Le seul fait de
créer une situation favorable à l'évocation des souvenirs, à l'expression de
pensées, de sentiments et de désirs jusque-là refoulés peut avoir des effets
incommensurables, à la fois positifs et négatifs. Rien – aucune formation,
aucune recherche, aucune collecte de données statistiques – ne peut annuler
cette incertitude très particulière de la rencontre. La psychothérapie est
un risque. Il y aura toujours des "victimes" de la thérapie. Tout au long de
l'Histoire, la religion a été, avec la complicité de l'art, le langage à
travers lequel les humains ont pu exprimer ce qui leur tenait le plus à
cœur. La science est devenue le langage qui les a aidés à connaître ce
qu'ils voulaient connaître et à avoir ce qu'ils voulaient avoir. La
psychothérapie, elle, doit occuper l'inconfortable juste milieu, sans
prendre parti ni pour l'une ni pour l'autre. L'étroitesse d'esprit étant le
mal le plus répandu dans nos sociétés, il faut que nos thérapeutes résistent
à l'attrait des certitudes en vogue.
Adam Phillips The New York Times
L'auteur Adam Phillips, 52 ans, est l'un des psychanalystes les plus
célèbres du Royaume-Uni, à la fois en tant que praticien et en tant que
penseur. Après avoir été longtemps psy pour enfants en milieu hospitalier,
il se consacre depuis 1995 à l'écriture et à la pratique libérale. Il est
aussi éditeur associé de la célèbre maison d'édition britannique Penguin,
pour laquelle il supervise, entre autres, les nouvelles traductions des
textes de Freud. Parmi ses ouvrages traduits en français : La Boîte de
Houdini (Payot, 2005), Le Pouvoir psy (Hachette Pluriel, 2001). Son dernier
livre, Side Effects, paraît ces jours-ci au Royaume-Uni.
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