[Lutecium-group] Les représentations-but dans l'interprétation des rêves
Liliane Fainsilber
Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr
Sun Jun 11 05:54:57 UTC 2006
Bonjour à tous,
Est-ce que quelques-uns entre vous ce sont déjà penchés sur ce que Freud appelle dans L'Interprétation des rêves, les représentations-but ?
Je m'y suis depuis longtemps intéressée parce Freud évoque comme en passant l'une de ces représentations-but qui est toujours ignorée du sujet et qui est celle de l'analyste.
La question que je me pose étant celle savoir, si dans ce cas là, c'est une façon de dire que l'analyste est celui à qui est toujours adressé le rêve, ce qui après tout va de soi et ne mériterait pas un si long détour, ou alors, ce qui est plus intéressant, c'est la fait que l'analyste, par sa présence est je dirais "la cause du rêve" ?
Voici ce que Freud raconte de ces représentations-but dans L'Interprétation des rêves
Cela commence p. 447
A propos de la méthode d'interprétation du rêve Freud écrit : « Nous procédons, on le sait de la façon suivante : nous repoussons toute idée de représentation-but, nous dirigeons notre attention sur un élément isolé du rêve et nous notons toutes les pensées involontaires qui nous viennent à l'esprit à ce sujet ».
Donc là, cette représentation-but, ou ciblée, comme vous l'avez nommée, serait opposée à la pensée involontaire, sans but précis, non orientée, sans visée.
« Nous prenons ensuite un autre morceau du contenu du rêve, opérons de la même manière et nous laissons mener du coq à l'âne. »
Mais Freud est ainsi amené à répondre à une critique qu'on pourrait lui faire qu'à suivre ainsi ces idées, de fil en aiguille, on arrivera toujours quelque part, et rien ne garantit que ce qu'on a trouvé ainsi sera la bonne, la juste interprétation de ce rêve.
A cela il avance d'abord comme argument le fait que les symptômes disparaissent une fois leur sens trouvé, mais essaie quand même de répondre à cette question : « Puisqu'on nous demande comment une succession de pensées arbitraire et sans but peut conduire à un but préexistant, nous ne chercherons pas d'échappatoires. Nous avons le moyen, non certes de résoudre le problème mais de l'éliminer complètement.
Donc il y a me semble-t-il des représentations ciblées conscientes, celles qu'on doit mettre en suspens pour avoir accès au contenu latent du rêve, et également des représentations, elles aussi ciblées, mais inconscientes. Ce sont elles qui sont visées dans le déchiffrage du rêve.
Et cette phrase de Freud en apporte la preuve :
« On peut montrer (qu'avec la règle de l'association libre ) que nous ne renonçons alors qu'aux représentations ciblées que nous connaissons, et que celles-ci arrêtées, d'autres, inconnues,. inconscientes, - manifestent leurs forces et déterminent le cours de nos représentations involontaires. »
Je serais très tentée de rapprocher et même de les poser comme strictement équivalentes ces représentations ayant une visée, ayant un but, une intention, des signifiants de la pulsion, soit de la demande, demande de satisfaction du besoin, mais aussi avec son au-delà, demande d'amour.
Dans une note de la page 449, Freud souligne que Von Hartmann, sans se rendre compte de la portée de cette loi, avait déjà énoncé que « les associations d'idées sont dirigées par des représentations de but inconscientes. il veut prouver que « toutes combinaisons de représentations sensibles. doit conduire à un but, a besoin d'être soutenue par l'inconscient » et que l'intérêt conscient que nous prenons à une certaine association d'idée pousse l'inconscient à trouver, parmi les innombrables représentations possibles, celles qui sont le mieux adaptées à ce but.
« C'est l'inconscient qui choisit selon les fins de l'intérêt. Les citations d'Hartmann sont entremêlées aux citations de Freud.
Ce qu'il me semble avoir pigé c'est que c'est l'inconscient qui pousse à la roue, si ce n'est au cul, pour arriver à ses fins, fins qui trouvent leur point d'aboutissement dans le contenu manifeste du rêve.
Donc ce n'est pas simplement le but en lui-même qui est caractérisé par ce terme représentation-but mais le fait même qu'elle pousse, qu'elle d'oriente vers ce but.
Page 452 se trouve les deux termes « les représentations-but du traitement » et celle de l'analyste.
La psychanalyse « sait que, quand nous renonçons au représentations-but conscientes, ce sont les représentations-but cachées qui dirigent le cours de nos représentations ; et que les associations superficielles ne font que se substituer, grâce aux déplacements, aux associations réprimées profondes.. Lorsque je demande à un malade de me dire tout ce qui lui passe par la tête, je pose en principe qu'il garde dans l'esprit les représentations but du traitement [ donc il me semble que ce sont là des représentations conscientes ] et je considère que je dois trouver un rapport entre les choses en apparence les plus innocentes et les plus fortuites qu'il pourra me dire sur son état. Il y a une autre représentation-but que le malade ne soupçonne pas : c'est la personne de son médecin. »
Celle-là devrait donc être en opposition avec la représentation-but du traitement, la visée de l'analyse, qui est consciente, l'analysant est là pour ça. Par contre ne peut-on pas dire que cette représentation-but de l'analyste est ce que d'une autre façon Lacan appelle « la présence de l'analyste » ?
Il me semble que ça tient bien la route avec la façon dont Lacan dans les quatre concepts fondamentaux définit le transfert, comme la mise en acte de la réalité de l'inconscient . dans son lien au désir du psychanalyste, réalité qui est sexuelle.
il me semble avoir compris que le but ne serait pas ce qui est visé mais ce qui pousse au derrière pour atteindre ce but, un but qui ne sera que raté, puisque ce qui sera atteint ne sera que le déplacement de la motion pulsionnelle initiale. Mais il est vrai aussi que même falsifiée elle sera quand même présente, elle aura réussi à se faire reconnaître, en tant que désir inconscient, en étant passé au travers de la censure, mais en ayant laissé en chemin beaucoup de plumes.
De cette satisfaction espérée, il ne lui reste plus que quelques bribes dérisoires.
Je ne sais pas si j'arrive à me faire comprendre : la représentation-but est le point d'origine de ce qui est visé et non pas son point d'aboutissement. Est-ce que vous seriez d'accord les uns et les autres, au moins un ou deux, sur cette approche ?
Amicalement. Liliane Fainsilber.
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