[Lutecium-group] Traduction, trahison et fidèlité

Mirian Giannella giannell at uol.com.br
Fri May 26 12:11:04 UTC 2006


Bonjour,
Je reprends ce msg de janvier que j'avais sauvegardé sur la traduction,
desolée, et je voudrais me pencher sur la traduction de Lacan que je discute 
en ce moment.
Une nouvelle traduction en portugais du Séminaire XI de Lacan est au four,
celle de MDMagno, autorisée pourtant par Miller et Zahar Ed,
est très collée à la lettre, en "afrancesant" le portugais et,
en partie, en difficultant la lecture.
Traduire Lacan ce n'est pas faire de la clinique pour que la lettre gagne 
une dimension autre,
alors, si on essaie de se maintenir dans le style de l'auteur et
de penser comment ça se dit en portugais, ça peut changer les lettres,
mais transmettre l'esprit. Il faut avoir l'esprit libre pour ce faire!
En plus, on peut utiliser le recours "texte occulte" et insérer les autres 
versions,
comme ça, ça devient un vrai exercice de construction du texte rendu des 
transcriptions
des séminaires dictés par Lacan.

Cordialement
Mirian Giannella


----- Original Message ----- 
From: "Psychanalyse" <psychanalyse at wanadoo.fr>
To: "Jean-francois Doucet" <jeanfd at ulrik.uio.no>; "Groupe de travail pour la 
psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Monday, January 23, 2006 8:54 AM
Subject: Re: [Lutecium-group] Traduction , trahison et fidèlité


lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Fidèle à quoi?
au sens, à l'esprit, au texte, au génie de la langue, à l'art de la 
transposition, à soi-même, à son intentionnalité?

MR

----- Original Message ----- 
  From: Jean-francois Doucet
  To: Psychanalyse ; Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne
  Sent: Monday, January 23, 2006 12:41 PM
  Subject: Re: [Lutecium-group] Traduction , trahison et fidèlité


  Merci de votre email qui me signale un oubli : pourtant, je croyais avoir
  pris en compte votre option : "le traducteur traduit et  restitue
  fidèlement le texte qu'il a sous les yeux " au point 1.- Le traducteur s'
  en tient à la lettre du texte, " colle au texte ".
  Pour me faire comprendre, je prendrais un exemple de la vie quotidienne.
  Soit à traduire la phrase norvégienne :
  I morgen spiser vi multekrem
  Probablement ne connaissez-vous pas le norvégien, mais votre habitude des
  langues européennes vous suggère que "morgen" est associé à l' anglais "
  morning" comme "vi" au pronom " we " et l' allemand " Speisen " est à
  rapprocher du norvégien "spiser ". Reste le " multekrem" dont vous
  reconnaissez  la "crème" francaise orthographiée avec un "k" au passage de
  la frontière des langues germaniques.
  Seul le terme "multe " fait pour vous mystère que votre dictionnaire
  norvégien-francais vous dévoile un tant soit peu : "multe" est
  généralement traduit par " faux-mûrier " . Mais alors que tous les
  norvégiens ont une représentation de "multe" poussant dans les sous-bois,
  les francais, en général, ne connaissent pas le " faux-murier ". Votre
  phrase, pour être fidèle au texte que vous avez sous les yeux peut se
  traduire :

  Demain nous mangeons de la crème aux faux-mûriers.

  Vous remarquerez que ma fidélité au présent de l' indicatif du texte
  norvégien induit une nuance familière en francais, une sorte d'écart avec
  la concordance des temps du francais classique

  Demain nous mangerons de la crème aux faux-mûriers .

  Ma traduction trahit-elle le sens en restant fidèle au texte ? Seul le
  contexte dans lequel la phrase norvégienne  a été dite ou écrite peut en
  décider. Mais la fidèlité " au texte que vous avez sous les yeux" n' est
  pas évidente, tout au moins pour moi.

  Si, maintenant, je livre cette phrase traduite à un public francais
  ordinaire, le terme de "faux-mûriers", pourtant fidèle au texte norvégien
  " multe " provoquera certainement des questions. Qu' est ce que le "
  faux-mûrier " ? Une encyclopédie vous sera alors utile pour passer de "
  multe" au terme latin " Rubus chamaemorus " rendu par les mots : "faux
  mûrier", " framboise jaune", " mûre des marais", "mûrier nain", "
  plaquebière", "ronce petit mûrier". Pour tenir compte du public auquel la
  traduction s' adresse, à moins d' introduire des nuances selon le
  contexte, je retiendrais le terme de "framboise jaune" qui parle plus à
  une oreille francaise que les termes "mure des marais" ou " murier nain "
  ou "plaquebière" qui me semblent moins usités ou dialectaux. La traduction
  devient alors :

  "Demain nous mangerons de la crème aux framboises jaunes ".

  Mais ma fidèlité au texte norvégien m' a empèché de tenir compte de
  l'habitude francaise de désigner les ingrèdients comme " les framboises
  jaunes " suivis de la sauce ou l' accompagnement " tarte à la crème ",
  "Mousse au chocolat"  bien que le norvègien place en dernière place
  l'ingrédient principal " la crème".La " multekrem" est en fait beaucoup de
  crème et peu de framboises jaunes : de plus cette crème est fouettée comme
  la crème Chantilly. Rendre le coté très crèmeux de ce dessert m'inciterait
  à traduire alors :

  Demain nous mangerons des framboises jaunes à la crème Chantilly


  Probablement un public francais aurait une représentation correcte de ce
  dessert délicieux norvégien, ce qui conviendrait bien pour une brochure
  publicitaire d' un restaurant par exemple ou son menu. Rester fidèle à la
  lettre aurait laissé dans l' embarras le gourmet francais à la table d' un
  restaurant norvégien offrant au menu du " de la crème au faux-mûrier ".
  Bien cordialement
  Jean-francois Doucet.






  > lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
  > Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
  > ---
  > Bonjour,
  >
  > Il me semble que vous oubliez un 4e point : le traducteur traduit et
  restitue fidèlement le texte qu'il a sous les yeux. Pourquoi cet oubli?
  Que faut-il revoir la traduction?
  >
  > MR
  >   ----- Original Message -----
  >   From: Jean-francois Doucet
  >   To: Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne
  >   Sent: Sunday, January 22, 2006 1:11 PM
  >   Subject: Re: [Lutecium-group] La parole centrifuge et centripète
  >
  >
  >   lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne
  doit pas etre diffuse hors du groupe.
  >   ---
  >   Votre email, chère Natalia, sera l' occasion pour moi de tester si le
  robot de Lutécium accepte mes courriels. Il m' avait relégué dans le
  > rôle
  >   du récepteur et maintenant, peut-être le  robot m ' autorisera-t-il d'
  émettre un avis.
  >   Vous écrivez :
  >   Le processus de transmission de la parole ne rassemble-t-il pas à une
  traduction?
  >
  >   Il me semble tout d' abord que vous vouliez écrire non pas rassemble
  > mais
  >   ressemble. Ensuite, pour ce qui est de la traduction, on distingue
  généralement 3 directions ou options du traducteur :
  >   1- Le traducteur s' en tient à la lettre du texte, " colle au texte "
  2- Le traducteur s' attache plus à l' esprit qu' à la lettre toujours
  > plus
  >   ou moins morte tandis que l' esprit vivifie plus ou moins.
  >   3- Le traduceur s' adresse à celui pour lequel il traduit.
  >   Pour ce qui est de la transmission de la parole, il s' agit, si je lis
  correctement votre texte de la transmission d' une onde sonore. S'il
  s'
  >   agissait de la transmission du sens de la parole, je ne sais pas si l'
  analogie avec la traduction est féconde puisque les langues de
  réception
  >   et d' emission sont les mêmes. Il y a certainement des similitudes
  entre
  >   un traducteur et un récepteur pour ce qui est du sens.
  >   En fait, ma conviction est que ce schéma émetteur récepteur qui traine
  partout est à revoir parce que trop simpliste comme si quelque chose
  allait de l' émetteur vers le récepteur. Seules les ondes sonores sont
  "
  >   quelque chose " qui passe d' un émetteur à un récepteur : tout le
  reste,
  >   est question de sens que les Sciences de l' Information ont escamoté
  > pour
  >   des raisons de commodité. Ainsi aux deux concepts de la science
  actuelle
  >   d'énergie et d' information, cette dernière ayant été conceptualisée
  par
  >   Shannon sous forme de negentropie ce qui est encore une forme
  d'énergie,
  >   ainsi au deux concepts de la science moderne, il faudrait ajouter
  celui
  > du
  >   sens ... mais ce serait ré-introduire le sujet, ce qui obligerait à
  > faire
  >   des hypothèses sur cet homme-sujet. A ma connaissance, la seule vue un
  > peu
  >   féconde sur cette transmission du sens touche à l' aspect
  conventionnel
  > de
  >   la parole, convention variable selon les langues ... et présupposant
  un
  >   accord de 2 interlocuteurs sur une même réalité.
  >   Bien cordialement
  >   Jean-francois Doucet
  >
  >
  >   > lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne
  doit pas etre diffuse hors du groupe.
  >   > ---
  >   > En effet, une clarification est nécessaire. Le processus de
  > transmission
  >   > de la parole ne rassemble-t-il pas à une traduction? Dans ce cas
  nous
  >   > avons un auteur et un récepteur. La traduction peut donc être faite
  > "au
  >   > faveur" de l'auteur (A) ou du récepteur (R). D'où - quatre
  > possibilités:
  >   > pour A - d'accentuer sur les raisons de dire, ou la manière de dire;
  > pour
  >   > R - s'interroger sur ses raisons d'écouter, ou sur les raisons de A
  de
  >   > dire.
  >   >
  >   > Cordialement,
  >   >
  >   > Natalia
  >   >
  >   >   ----- Original Message -----
  >   >   From: "Emmanuel Bing"
  >   >   To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
  >   >   Subject: Re: [Lutecium-group] langage article Universalis JC
  Milner
  >   >   Date: Sat, 21 Jan 2006 01:36:07 +0100
  >   >
  >   >
  >   >   ---
  >   >   Quelques réflexions... entre vos lignes.
 





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