[Lutecium-group] [Fwd: [Livre] Quand la raison n'a plus raison]

Yann Leroux yann.leroux at laposte.net
Tue Sep 5 16:12:06 UTC 2006


Jean-Paul COLIN est l’auteur de nombreux ouvrages, dont quelques

dictionnaires qui aident à trouver dans le fouillis des mots quelques 
trésors ou à se doter de quelques repères pour naviguer dans les 
difficultés de la langue française. Cette fois ci, ce sont les mots de 
la bêtise et de la folie qu’il a collecté en un vocabulaire dans lequel 
il est passionnant de se perdre, chaque mot en appelant un autre et 
chaque mot apportant son lot de surprise, de rire, de consternation, 
d’étonnement.

Je dois avouer qu’un des premiers mots que j’ai cherché est « 
psychologue » puis « psychothérapie » et je ne sais pas si j’ai été 
soulagé ou mécontent de ne pas les trouver. Après tout, la psychologie 
est un domaine ou il est possible de professer doctement des bêtises. 
Par exemple, je tire du livre de Bernard CHOUVIER, Les processus 
psychiques de la médiation, le rappel suivant :

« Musset est un dypsomane atteint, comme beaucoup d’autres, de psychose 
dégénérative épileptoïde (Odinot, 1906). Baudelaire est, quant à lui, 
pris pour un « criminel né » par Lombroso (1903) et pour un invétéré 
sadique par Cabanes (1902). Si Chateaubriand est qualifié d’ « épuisé 
précoce » (Tardieu, 1900) et Balzac de « maniaque ambulatoire » 
(Cabanes, 1899), par contre, Saint-Simon se voit gratifié du glorieux 
label de « psychopathe mystique halluciné » » Bernard CHOUVIER, Les 
fonctions médiatrices de l’objet /in /CHOUVIER B. (2002), Les processus 
psychiques de la médiation, Dunod

L’excellente idée de ce vocabulaire est qu’il croise le champ littéraire 
avec le champ psychiatrique. Chaque entrée est succinctement définie – 
ce n’est pas l’objet de l’ouvrage, et il existe d’excellents manuels de 
psychopathologie pour qui veut entre dans une compréhension plus fine de 
telle ou telle notion – et suivie de citations que l’on apprend vite a 
attendre avec impatience. Le dictionnaire peut aussi se lire - j'allais 
dire : se jouer - a partir de l'index des auteurs cités : qui devinera à 
quelle entrée est ce que Juliette Favez Boutonnier est citée ? Et Samuel 
Beckett ? Elisabet Roudinesco ? Henri Michaux ?

On ne trouvera pas, par exemple, Dypsomane, mais on on fera une halte 
joyeuse à *Ducon *qui ferme la lettre D. *Psychose *fait trois bonnes 
pages, et l'on retrouve, entre autres, Michel Foucault, Jean Thuillier 
et Marie Cardina. *Invétéré sadique, maniaque ambulatoire *ou *épuisé 
précoce *n'appartiennent pas au dictionnaire, pas plus que *Sadique *on 
trouve *Psychopathe*

Au fil des mots, on quelques figures commencent a se faire connaître. 
Ici, c’est la voix grave d’Albert Londres qui après Cayenne, après 
Biribi, visite l'asile. Les mots sont justes : « Voyez cette jeune femme 
camisolée et liée sur son matelas depuis /cinq jours/. Camisoles et 
liens ne l’on pas calmée. Elle grince des dents mais c’est moins de 
folie que de rage » ou encore « La baignoire coûte cher, le personnel 
est rare, alors apparaissent instrument de contrainte , cellules et 
cabanons (Albert LONDRES, /Chez les /fous, 1925). On aimerait que tout 
ceci soit un passé certes malencontreux mais un passé mais « Certains 
psychiatres, dont le professeur Jean-Pierre Ollié (Hôpital Sainte Anne, 
Paris) s’inquiétent de voir réapparaitre les /cabanons, /ces /quartiers 
d’agités /installées dans les hôpitaux généraux au début du siècle pour 
accueillir les malades en crise. » (Laurence FOLLEA, /Le Monde, 
/14.05.1997). »

Plus loin, à l’entrée Electronarcose, le propos d’un Jean THUILLIER 
m’étonne et me donne envie de découvrir son livre : « L’électronarcose a 
tiré le roi Arthur du gouffre profond de sa mélancolie, réfractaire aux 
anti-dépresseurs et elle sauvera encore bien des malades mentaux. 
Aurelio Cerletti est toujours responsable de milliers de guérison dues à 
cet électrochoc amélioré, déguisé, dédramatisé, qu’est l’electronarcose 
» (Jean THUILLIER, /Les dix ans qui ont changé la folie, /1981). A 
*psychonévrose, *je retrouve Freud et le rappel que le mot a été crée en 
français. Deux entrées plus haut, *psychiatrie psychiatre, *j’apprends 
que l’apocope « psy » apparaît dans le journal /La Croix /le 14.02.1972. 
Et mon étonnement initial me reprend : après tout, ne pouvons nous pas 
être aussi bête et aussi fous que nos cousins psychiatres ?

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