[Lutecium-group] Co-naissances

Natalia Milopolsky-Costiou sirano at iname.com
Tue Sep 26 06:24:54 UTC 2006


Bonjour à toutes et à tous,

"La connaissance n'est ni la parole de verité ni démonstration d'un
savoir. Elle est évidence du voir dans la lumière des yeux de l'esprit.
Heidegger, que Lacan appelait son ami, a reconnu cette traditionnelle
affinité de la connaissance avec le spéculaire, le spectacle, le
spéculatif. Ainsi il écrivait: "Les Grecs, notammant à l'époque de
Platon, ont conçu le connaître comme une sorte de vision et de
conteplation." Cela vient de l'interprétation de l'être chez les Grecs:

"C'est parce que "être" énonce: présence et consistance que la vision, le
fait de voir est particulièrement propre à élucider la perception de la
présence et de la consistance"

Sur ce don merveilleux de l'intuition de la présence, la philosophi
interroge: qui est actif, qui est passif, l'oeil de l'esprit ou l'objet
vu? Il y a bipolarité. Il y a d'abord activité de l'objet: il touche, il
impressionne la tabula rasa de l'esprit qui reçoit. Mais en retour voir,
c'est ob-jectiver, poser devant, là-bas, à distance sur le tableau du
monde. Ce n'est pas absorber, assimiler, mais accueillir en ob-jectant:
j'enregistre comme hors de moi la présence de l'objet qui se révèle à mes
yeux.

Or, en raison de ce double mouvement, la connaissance est de soi
paranoiaque, à la différenc de la véritéou du savoir."

(Philippe Julien "Psychose, Perversion, Névrose")

Bonne journée,

Natalia

  ----- Original Message -----
  From: "Catherine Grandjean"
  To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
  Subject: [Lutecium-group] Modélisations et psychanalyses
  Date: Fri, 22 Sep 2006 13:34:44 +0200


  lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
  Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
  ---
  Il y a eu hier après-midi, sur France Culture, une émission,
  "Sciences et conscience" (1), sur l'épistémologie des sciences,
  tout à fait étonnante (j'en ai fait une transcription écrite que je
  peux envoyer à qui serait intéressé). Y était interrogé le statut
  de la théorie en regard de ce que l'invité, Anne-Françoise Schmid,
  appelait les modélisations. Pour faire court, disons que, pour
  résoudre un problème, les sciences empruntent de plus en plus les
  unes aux autres (par exemple, pour décrire une plante, on fera
  appel à la génétique, à l'embryologie, à la morphologie), créant
  pas là même des "modèles", et que ceux-ci ne coïncident pas
  nécessairement avec la théorie. C'est donc, pour les sciences, une
  crise pour définir ce que sont les critères de scientificité si
  l'adéquation entre modèles et théorie n'y suffit plus. A titre
  d'exemple : on a en mécanique des fluides des modèles qui
  fonctionnent et l'on n'a pas de théorie complète leur
  correspondant. Parfois même, comme en biologie, les modélisations
  viennent contredire la théorie. Parfois encore, les modélisations
  sont à l'origine de théories nouvelles. Les modélisations ont
  permis une libération extraordinaire des disciplines scientifiques.
  Ces modélisations concernent non seulement les emprunts des
  sciences entre elles, mais aussi des sciences et du social, de
  l'économie, de l'éthique, etc...
  Cependant, le critère classique de scientificité disant qu'un
  modèle est une application d'une théorie, via une mathématisation
  sur un domaine d'objet donné, peut encore fonctionner mais n'est
  pas le seul critère à l'oeuvre dans les sciences. Tout peut aussi
  partir du modèle, et non plus de la théorie. Celle-ci garde
  néanmoins son rôle d'explicateur, fut-ce après coup. Mais elle y
  gagne un nouveau rôle, qui est celui de régulateur, au milieu de
  toutes ces sciences, et des modélisations qui empruntent les unes
  aux autres. Ce rôle de régulateur qui est celui de la théorie se
  substitue à son rôle classique qui était de surplomber la physique
  expérimentale du temps où tout pouvait se rapporter à la théorie
  mécanique. La théorie était alors le maître, et le modèle devait
  s'y conformer.

  Je suis encore sous le coup de ce que m'a fait découvrir cette
  émission et je me demande, sans parvenir pour l'heur à distiller un
  peu mon questionnement, si cela peut concerner les multiples
  approches de la psychanalyse et leur rapport à la clinique, et s'il
  y aurait autre chose qu'une simple analogie entre ces modélisations
  dans le champ de la science et la façon dont la psychanalyse
  élabore ces théories, à partir de cas donnés, à partir également du
  social, de l'économie, de l'éthique, de ce que chaque analysant en
  fait dans les solutions singulières qu'il élabore, et dans ce qui
  en retourne ensuite vers la théorie psychanalytique. Voilà pour le
  questionnement général.
  Pour tenter de resserrer ce questionnement, je suis allée relire un
  texte de Dominique Miller, intitulé "A chacun sa formule" (2), dans
  lequel elle interroge comment, "à l'époque de la suprématie du
  bien-être et de la prolifération des jouissances", le rôle de
  famille "pacifiante des pulsions" s'est trouvé inadéquat et comment
  chacun cherche désormais une solution familiale qui porte à la
  satisfaction. D'où une multiplicité d'agencements familiaux
  différents. Néanmoins, note-t-elle, ces agencements cherchent aussi
  leur reconnaissance par la collectivité, et ce besoin de
  reconnaissance témoignerait de la façon dont chacun a aussi "besoin
  du Père". Je me demandais si cette pluralité d'inventions de formes
  familiales ne jouaient pas de la même façon que les modélisations,
  invitant tantôt la théorie à se renouveler après-coup , la
  contredisant parfois, la confirmant dans d'autres occasions, et lui
  faisant finalement jouer un rôle de régulateur, propre à notre
  post-modernité, plutôt qu'un rôle d'universel fixe et surplombant
  la clinique.
  Je sens combien ce rapprochement est rapide, et pourtant, cette
  émission m'a semblé tellement en prise avec la réalité, qu'il m'a
  été indispensable de m'y arrêter.

  (2)http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/sciences_conscience/fiche.php?diffusion_id=45564
  (1)http://www.causefreudienne.net/archives/lettremensuelle_article.php?Arch_ID=85


  --
  Catherine
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