[Lutecium-group] décès de Rosine Lefort
notert
notert at club-internet.fr
Sat Mar 3 13:00:59 UTC 2007
merci liliane, c'est exactement à ce passage que je songeais: au loup
(à propos de Lou sur la liste psychanalyse) qui m'a bcp fait
réfléchir chez d'autres enfants aussi, pas tous psychotiques à propos
de cauchemars et erreurs nocturnes.
mais pourquoi parlez vous de "polémique" dans votre mail précédent?
parceque c'est judith qui a signe?
c'est vrai qu'à la fin de l'école freudienne j'ai été étonnée que les
Leforts suivent Miller, plutôt que Mannoni, c'est dans le séminaire
de Maud que j'avais rencontré Robert, et autrement aussi.
L'école de Bonneuil , l'on connait ce petit film où l'on aperçoit
Lacan qui visite.
la polémique est aussi de créer la nouveauté, ce que faisait Maud,
avec son école. pour Rosine je ne sache pas qu'elle en ai fait une,
mais s'est rallié à une autre, qui se voulait Cause.
donc à l'époque j'ai été touchée par l'abandon des Leforts de (feu)
Maud Mannoni qui avait créé sa propre institution, plus ou moins
démantelée depuis.
pas assez parisienne je me trompe peut-être dans ces polémiques qui
continuent, mais au moins Liliane nous partageons une certaine
horreur des institutions et des deuils de transferts.
cordiale
danielle
Le 3 mars 07 à 08:09, liliane a écrit :
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Voici un récit de Rosine Lefort qui a été présenté au cours d’une
> séance du
> séminaire des Ecrits techniques de Freud du 10 mars 1954
>
>
> « Chère Rosine, je vous cède la parole, exposez-nous le cas de
> Robert, avec
> les questions qui ont permis déjà comme d'élaborer, hier soir, les
> poser, et
> en lais¬ser certaines pendantes.
> Mme LEFORT - Robert est un petit garçon, né le 4 mars 1948. Son
> histoire a
> été reconstituée difficilement, et c'est surtout grâce au matériel
> apporté
> en séances qu'on a pu savoir les traumatismes subis.
> Son père est inconnu. Sa mère est actuellement internée comme
> paranoïaque.
> Elle l'a eu avec elle jusqu'à l'âge de 5 mois, errant de maison
> maternelle
> en mai¬son maternelle. Elle négligea les soins essentiels jusqu'à
> oublier de
> le nourrir on devait sans cesse rappeler à cette femme les soins à
> donner à
> son enfant, et surtout le biberon. Il a été tellement négligé qu'il a
> réellement souffert de la faim. Il a dû être hospitalisé à l'âge de
> 5 mois
> dans un grand état d'hypotrophie et de dénutrition.
> A peine hospitalisé, il a fait une otite bilatérale qui a nécessité
> une
> mastoïdectomie double. Il a été ensuite envoyé à Paul-Parquet, dont
> tout le
> monde connaît le caractère strict de prophylaxie. Il est isolé, ne
> voyant
> pas les autres enfants, nourri à la sonde à cause de son anorexie ;
> et il
> est rendu de force à sa mère pendant deux mois. On ne sait rien de
> sa vie
> durant ce temps-là. Puis à 11 mois sa mère le dépose au dépôt de
> l'Assistance publique, et quelques mois plus tard il est
> immatriculé, sa
> mère ne l'ayant pas revu.
> A dater de cette époque, il a 11 mois, jusqu'à l'âge de 3 ans 9
> mois, cet
> enfant a subi 25 changements de résidence, institutions d'enfants ou
> hôpi¬taux, jamais de placement nourricier proprement dit à cause de
> son
> état. Ces hospitalisations ont été nécessitées par les maladies
> infantiles,
> par une adé¬noïdectomie, et par des examens neurologiques,
> ventriculographie, élec¬troencéphalographie, examens normaux. On
> relève des
> évaluations sanitaires, médicales, qui indiquent de profondes
> perturbations
> somatiques. Puis, le somatique étant amélioré, des détériorations
> psychologiques. La der¬nière évaluation de Denfert, à 3 ans et
> demi, propose
> un internement qui ne pouvait être que définitif, avec état para-
> psychotique
> non franchement défini. Le test de Gesell donne un QD de 43.
> Il arrive donc, à 3 ans 9 mois, à l'institution qui est une
> dépendance du
> dépôt de Denfert, où je l'ai pris en traitement. A ce moment, il se
> présente
> de la manière suivante
> Au point de vue staturo-pondéral, en très bon état, à part une
> otorrhée
> bila¬térale chronique. Au point de vue moteur, il avait une démarche
> pendulaire, une grande incoordination de mouvements, une
> hyperagitation
> constante. Au point de vue du langage, absence totale de parole
> coordonnée,
> cris fréquents, rires gutturaux et discordants. Il ne savait dire
> que deux
> mots qu'il criait « madame », et « le loup ». Ce mot, « le loup »,
> il le
> répétait à longueur de journée, ce qui fait que je l'ai surnommé «
> l'enfant-loup », c'était vraiment la représentation qu'il avait de
> lui-même.
> Au point de vue comportement, il était hyperactif, tout le temps
> agité de
> mouvements brusques et désordonnés, sans but ; activité de préhension
> incohé¬rente : il jetait son bras en avant pour prendre un objet
> et, s'il ne
> l'atteignait pas, il ne pouvait pas rectifier et devait recommencer le
> mouvement dès le départ. Troubles variés du sommeil.
> Sur ce fond permanent, il avait des crises d'agitation convulsive,
> sans
> convulsions vraies, avec rougeur de la face, hurlements déchirants, à
> l'occasion des scènes routinières de sa vie : le pot, et surtout le
> vidage
> du pot, le désha¬billage, la nourriture, les portes ouvertes qu'il ne
> pouvait supporter, ni l'obs¬curité, ni les cris des autres enfants,
> et,
> ainsi que nous le verrons, les changements de pièces.
> Plus rarement, il avait des crises diamétralement opposées où il était
> com¬plètement prostré, regardant sans but, à type dépressif.
> Avec l'adulte, il était hyperagité ; non différencié, sans vrai
> contact ;
> avec les enfants, il semblait parfaitement les ignorer, mais quand
> l'un
> d'eux criait ou pleurait, il entrait dans une crise convulsive.
> Dans ces
> moments de crises, il devenait dangereux, il devenait fort, il
> étranglait
> les autres enfants, et on a dû le séparer des autres pour la nuit
> et pour
> les repas. On ne sentait alors aucune manifestation d'angoisse ni
> aucune
> émotion ressentie.
> Au point de vue diagnostic, nous en reparlerons après, car nous ne
> savions
> pas très bien dans quelle catégorie le ranger. On a quand même
> tenté un
> traite¬ment tout en se demandant si on arriverait à quelque chose.
> je vais vous parler de la première année du traitement. Ensuite, il
> a été
> arrêté pendant un an.
> Il peut se diviser en plusieurs parties
> Une phase préliminaire dans laquelle il a eu le comportement qu'il
> avait
> dans la vie, cris gutturaux, il entrait dans la pièce, courant sans
> arrêt,
> hurlant, sautant en l'air et retombant accroupi, se prenant la tête
> entre
> les mains, ouvrant et fer¬mant la porte, allumant et éteignant la
> lumière.
> Les objets, il les prenait, ou les rejetait, ou les entassait sur moi,
> prognathisme très marqué.
> Cependant, la seule chose que j'ai pu dégager de ces premières
> séances a été
> qu'il n'osait pas s'approcher du biberon qui était sur la table, il
> n'osait
> s'en approcher que si la table était vide, auquel cas il ne la
> touchait pas,
> mais souf¬flait dessus. Et aussi un autre intérêt pour la cuvette qui,
> pleine d'eau, semblait déclencher une véritable crise de panique.
> A la fin de cette phase préliminaire, à une séance, après avoir
> tout entassé
> sur moi dans un état de grande agitation, il a filé, et je l'ai
> entendu au
> haut de l'es¬calier qu'il ne savait pas descendre tout seul, dire
> sur un ton
> pathétique, sur une tonalité très basse qui n'était pas son genre : «
> maman », face au vide.
> Cette phase préliminaire s'est terminée ; en dehors du traitement,
> un soir
> après le coucher, debout sur son lit, avec des ciseaux en plastique
> il a
> essayé de couper son pénis devant les petites filles terrifiées.
> Dans la seconde partie, il a commencé à exposer ce qu'était pour
> lui « le
> loup ». Il criait cela tout le temps, et je ne me représentais pas
> très bien
> ce que c'était pour lui. Il a commencé, un jour, par essayer
> d'étrangler une
> petite fille que j'avais en traitement. On a dû les séparer et le
> mettre
> dans une autre pièce. Sa réaction fut violente, sous la forme d'une
> agitation intense. J'ai dû venir et le ramener dans la pièce où il
> vivait
> d'habitude. Dès qu'il y a été, il a hurlé « le loup » et a tout jeté à
> travers la pièce, c'était le réfectoire, nourriture et assiettes.
> Les jours suivants, chaque fois qu'il passait dans la pièce où il
> avait été
> mis, il hurlait « le loup ». Et ce thème m'avait beaucoup frappée.
> Et cela
> éclaire aussi le comportement qu'il avait envers les portes qu'il
> ne pouvait
> supporter ouvertes. Il passait son temps en séance à les ouvrir
> pour me les
> faire refermer et hurler « le loup ! ». Si l'on se souvient de son
> histoire,
> les changements de lieux et aussi les changements de pièces étaient
> pour lui
> une destruction, puisqu'il avait changé sans arrêt de lieux et
> d'adultes.
> C'était devenu pour lui un véritable principe de destruction qui avait
> marqué intensément le fondement des mani¬festations primordiales de
> sa vie
> d'ingestion et d'excrétion. Il l'a exprimé prin¬cipalement dans
> deux scènes
> : l'une avec le biberon et l'autre avec le pot.
> Il avait fini par prendre le biberon. Et un jour il est allé ouvrir
> la porte
> et a tendu le biberon à quelqu'un d'imaginaire, car, lorsqu'il
> était seul
> avec un adulte dans une pièce, il continuait à se comporter comme
> s'il y
> avait d'autres enfants autour de lui. Il a tendu le biberon. Il est
> revenu
> en arrachant la tétine, et me l'a fait remettre, a retendu le biberon
> dehors, a laissé la porte ouverte, m'a tourné le dos, a avalé deux
> gorgées
> de lait, et face à moi a arraché la tétine, renversé la tête en
> arrière,
> s'est inondé de lait, a versé le reste sur moi. Et, pris de
> panique, il est
> parti, inconscient et aveugle. J'ai dû le ramasser dans l'escalier
> où il
> com¬mençait à rouler.
> J'ai eu l'impression qu'il avait avalé la destruction à ce moment-
> là où la
> porte ouverte et le lait étaient liés.
>
> La scène du pot qui a suivi était marquée du même caractère de
> destruction.
> Il se croyait obligé, au début du traitement, de faire caca en
> séance, en
> pensant que s'il me donnait quelque chose il me gardait. Il ne
> pouvait le
> faire que serré contre moi, s'asseyant sur le pot, tenant d'une
> main mon
> tablier, de l'autre main le biberon ou un crayon, dans un grand
> état de
> peur. Il mangeait après, et sur¬tout avant. Et pour le pipi il buvait.
> L'intensité émotionnelle témoignait d'une grande peur. Et la
> dernière de ces
> scènes a éclairé la relation pour lui entre la défécation et la
> destruction
> par les changements.
> Au cours de cette scène, il avait commencé par faire caca, assis à
> côté de
> moi. Puis, son caca à côté de lui, il feuilletait les pages d'un
> livre,
> tournant les pages. Puis il a entendu un bruit à l'extérieur. Fou
> de peur,
> il est sorti, a pris son pot et l'a déposé devant la porte de la
> personne
> qui venait d'entrer dans la pièce à côté. Puis il est revenu dans
> la pièce
> où j'étais et s'est plaqué contre la porte, en hur¬lant « le loup !
> le loup
> ! ».
> J'ai eu l'impression d'un rite propitiatoire. Ce caca, il était
> incapable de
> me le donner. Il savait dans une certaine mesure que je ne
> l'exigeais pas.
> Il est allé le mettre à l'expéditeur, il savait bien qu'il allait
> être jeté,
> donc détruit. Je le lui ai expliqué. Là-dessus, il est allé
> chercher le pot,
> l'a remis dans la pièce, à côté de moi, l'a caché avec un papier,
> comme pour
> n'être pas obligé de le donner.
> Alors il commença d'être agressif contre moi, comme si en lui
> donnant la
> per¬mission de se posséder à travers ce caca dont il pouvait
> disposer, je
> lui avais donné la possibilité d'être agressif. Evidemment, jusque-
> là, ne
> pouvant pas pos¬séder, il n'avait pas le sens de l'agressivité,
> mais de
> l'autodestruction, ce qui expliquait d'ailleurs son comportement
> avec les
> autres enfants.
> A partir de ce jour, il ne s'est plus cru obligé de faire caca en
> séance, il
> a employé des substituts symboliques : le sable. Il a montré la
> représentation confuse qu'il avait de lui-même. Son état d'anxiété,
> d'agitation devenait de plus en plus grand dans la vie ; il devenait
> intenable. Moi-même, j'assistais en séance à de véritables
> tourbillons avec
> lesquels j'avais assez de peine d'intervenir.
> Ce jour-là, après avoir bu un peu de lait, il en a renversé par
> terre, puis
> a jeté du sable dans la cuvette d'eau, a rempli le biberon avec du
> sable et
> de l'eau, a fait pipi dans le pot, a mis du sable dedans. Puis
> ramassa du
> lait mélangé de sable et d'eau, ajouta le tout dans le pot, mettant
> par-dessus le poupon en caoutchouc et le biberon. Et il m'a confié
> le tout.
> A ce moment-là, il est allé ouvrir la porte, et est revenu la figure
> convulsée de
> peur, a repris le biberon qui était dans le pot et l'a cassé,
> s'acharnant
> dessus jusqu'à le réduire en petites miettes. Puis il les ramassa
> soigneusement et les a enfouies dans le sable du pot. Il était dans
> un tel
> état qu'il a fallu que je le redescende, sentant que je ne pouvais
> plus rien
> pour lui. Il a emporté ce pot. Une parcelle de sable est tom¬bée
> par terre,
> déclenchant chez lui une invraisemblable panique. Il a fallu qu'il
> ramasse
> la moindre bribe de sable, comme si c'était un morceau de lui-même,
> et il
> hurlait « Le loup ! le loup ! » Il n'a pas pu supporter de rester
> dans la
> collectivité, il n'a pu supporter qu'aucun autre enfant s'approche.
> On dut
> le coucher dans un état de tension intense, qui ne céda de façon
> spectaculaire qu'après une débâcle diar¬rhéique, qu'il étendit
> partout avec
> ses mains dans son lit ainsi que sur les murs.
> Toute cette scène était si pathétique, vécue avec une telle
> angoisse, que
> j'étais très inquiète, et j'ai commencé à réaliser l'idée qu'il
> avait de
> lui-même.
> Il l'a précisé le lendemain, où j'avais dû le frustrer, il a couru
> à la
> fenêtre, l'a ouverte, a crié « le loup ! », et voyant son image
> dans la
> vitre, l'a frappée en criant « le loup ! le loup ! ». Robert se
> représentait
> ainsi, il était le loup, donc ce prin¬cipe de destruction qu'il
> frappe dans
> sa propre image, ou qu'il évoque avec tant de tension. Ce pot où il
> a mis ce
> qui entre en lui-même et ce qui en sort, le pipi et le caca, puis
> une image
> humaine, la poupée, puis les débris du biberon, c'était vraiment
> une image
> de lui-même, semblable à celle du loup, comme a témoigné la panique
> lorsqu'un peu de sable était tombé par terre. Successivement et à
> la fois il
> est tous ces éléments qu'il a mis dans le pot, les morceaux du biberon
> cassé, qui restent la dernière image de lui-même juste après avoir
> relié
> cette action de le casser avec la porte, l'extérieur, les changements.
> Il n'était qu'une série d'objets par lesquels il entrait en contact
> avec la
> vie quotidienne, symboles des contenus de son corps : le sable est le
> symbole des fèces, l'eau, celui de l'urine, et le lait, celui qui
> entre dans
> son corps. Mais la scène du pot montre qu'il différenciait très peu
> tout
> cela. Pour lui, tous les contenus sont unis dans un même sentiment de
> destruction permanente de son corps qui, par opposition à ces
> contenus,
> représente le contenant, et que Robert a symbo¬lisé par le biberon
> cassé.
> A la phase suivante, il exorcisait le loup. Exorcisme, car cet
> enfant me
> don¬nait l'impression d'être un possédé et que, grâce à ma
> permanence, il a
> pu exor¬ciser, avec un peu de lait qu'il avait bu, les scènes de la
> vie
> quotidienne qui lui faisaient tant de mal.
> A ce moment-là, mes interprétations ont surtout tendu à
> différencier les
> contenus de son corps au point de vue affectif : le lait est ce qu'on
> reçoit. Le caca est ce qu'on donne, et sa valeur dépend du lait
> qu'on a
> reçu. Le pipi est agressif. De nombreuses séances se sont
> déroulées. A ce
> moment-là, où il faisait pipi dans le pot, et ensuite il
> m'annonçait « pas
> caca, c'est pipi », il était désolé. Je le rassurais lui disant
> qu'il avait
> trop peu reçu pour pouvoir donner quelque chose sans que cela le
> détruise.
> Cela le rassurait. Il pouvait alors aller vider le pot aux cabinets.
> Le vidage du pot s'entourait de beaucoup de rites de protection. Il
> commença
> par vider l'urine dans le lavabo des W.-C. en laissant le robinet
> d'eau
> couler de façon à pouvoir remplacer l'urine par l'eau. Il
> remplissait le pot
> le faisant débor¬der largement, comme si un contenant n'avait
> d'existence
> que par son contenu et devait déborder comme pour le contenir à son
> tour. Il
> y a là une vision syn¬crétique de l'être dans le temps, comme
> contenant et
> en même temps comme contenu, comme dans la vie intra-utérine.
> Il retrouve ici cette image confuse qu'il avait de lui-même. Il
> vidait ce
> pipi, et essayait de le rattraper, persuadé que c'était lui qui
> s'en allait.
> Il hurlait « le loup ! », et le pot ne pouvait avoir pour lui de
> réalité que
> plein. Toute mon atti¬tude fut de lui montrer la réalité du pot qui
> restait
> après avoir été vidé de son pipi, comme lui Robert restait après
> avoir fait
> pipi, comme le robinet n'était pas entraîné par l'eau qui coule,
> mais était
> toujours là, même quand l'eau ne coulait pas.
> A travers ces interprétations et ma permanence, Robert progressivement
> introduisit un délai entre le vidage et le remplissage, jusqu'au
> jour où il
> a pu revenir triomphant avec un pot vide dans son bras. Il avait
> visiblement
> gagné l'idée de permanence de son corps.
> Parallèlement, il menait une autre expérience de son corps. Ses
> vêtements
> étaient pour lui son contenant, et lorsqu'il en était dépouillé,
> c'était la
> mort cer¬taine. La scène du déshabillage était pour lui l'occasion de
> véritables crises ; la dernière avait duré trois heures, pendant
> laquelle le
> personnel le décrivait comme « possédé », il hurlait « le loup ! »,
> courant
> d'une chambre à l'autre, éta¬lant les fèces qu'il trouvait dans les
> pots sur
> les autres enfants ; il n'avait pu se calmer qu'attaché.
> Le lendemain de cette scène, il est venu en séance, a commencé à se
> désha¬biller dans un grand état d'anxiété, et tout nu il est monté
> dans le
> lit. Il a fallu trois séances pour qu'il arrive à boire un peu de
> lait tout
> nu dans le lit. Il mon¬trait la fenêtre et la porte, et frappait
> son image
> en hurlant «le loup ! ».
> Parallèlement, dans la vie quotidienne, le déshabillage a été
> facile, mais
> suivi alors d'une grande dépression ; il se mettait à sangloter le
> soir sans
> raison, et il des¬cendait se faire consoler par la surveillante en
> bas, et
> il s'endormait dans ses bras. En conclusion de cette phase, il a
> exorcisé
> avec moi le vidage du pot, ainsi que la scène du déshabillage, il
> l'a fait
> au travers de ma permanence qui avait rendu le lait un élément
> constructeur.
> Mais Robert, poussé par la nécessité de construire un minimum, n'a pas
> touché au passé, il n'a compté qu'avec le pré¬sent de sa vie
> quotidienne,
> comme s'il était privé de mémoire.
> Dans la phase suivante, c'est moi qui suis devenu le loup. Et il
> profite du
> peu de construction qu'il a fait pour projeter sur moi tout le mal
> qu'il
> avait bu, et en quelque sorte retrouver ainsi la mémoire. Il va
> pouvoir
> devenir progressivement agressif. Cela va devenir tragique. Poussé
> par le
> passé, il faut qu'il soit agressif contre moi, en même temps) e
> suis dans le
> présent celle dont il a besoin. Je dois le rassurer par mes
> interprétations,
> lui parler du passé qui l'oblige à être agres¬sif, ce qui
> n'entraîne pas ma
> disparition ni son changement de lieu, ce qui était pris par lui
> comme une
> punition.
> Comme il avait été agressif contre moi, il essayait de se détruire,
> il se
> repré¬sentait par un biberon non cassé et il essayait de le casser.
> Je le
> lui retirais des mains, il n'était pas en état de supporter de le
> casser. Il
> reprenait le cours de la séance et de son agressivité contre moi.
> A ce moment-là, il m'a fait jouer le rôle de sa mère affamante, m'a
> obligé à
> m'asseoir sur une chaise où il y avait sa timbale de lait, afin que je
> renverse ce lait, le privant ainsi de sa nourriture bonne. Alors il
> s'est
> mis à hurler « le loup ! », a pris le berceau et le bébé et les a
> jetés
> dehors par la fenêtre, dans un état furieux d'accusation contre
> moi. Il
> s'est retourné alors contre moi et m'a fait ingurgiter de l'eau
> sale dans
> une grande violence, en hurlant « le loup ! le loup ! ». Ce bibe¬ron
> représentait la mauvaise nourriture à cause de la séparation et de
> tous les
> changements, après une mauvaise mère qui l'avait privé de nourriture.
> Parallèlement, il m'a chargée d'un autre aspect de la mauvaise
> mère, celle
> qui part. Il m'a vue partir un soir de l'institution. Le lendemain
> il a
> réagi, il m'avait déjà vu partir d'autres fois, mais sans être capable
> d'exprimer l'émotion qu'il pouvait en ressentir. Ce jour-là, il a
> fait pipi
> sur moi dans un grand état d'agres¬sivité et aussi d'anxiété. Cette
> scène
> n'était que le prélude à une scène finale qui eut pour résultat de me
> charger définitivement de tout le mal qu'il avait subi et de
> projeter en moi
> « le loup ! ».
> J'avais donc ingurgité le biberon avec l'eau sale, reçu le pipi
> agressif sur
> moi parce que je partais. J'étais donc le loup. Robert s'en sépara
> au cours
> d'une séance en m'enfermant aux cabinets, pendant que lui
> retournait dans la
> pièce de séance, seul, montait dans le lit vide et se mettait à
> gémir. Il ne
> pouvait pas m'ap¬peler, et il fallait bien que je revienne, puisque
> j'étais
> la personne permanente. Je suis revenue. Robert était étendu, le
> visage
> pathétique, le pouce maintenu à deux centimètres de sa bouche. Et,
> pour la
> première fois dans une séance, il m'a tendu les bras et s'est fait
> consoler.
> A partir de cette séance, on assiste dans sa vie à un changement
> total de
> com¬portement. Cet enfant qui agressait les autres, les étranglait,
> déchirait avec les dents, est devenu l'être le plus doux qui soit,
> défendant
> les petits, les consolant, les faisant manger.
> J'ai eu l'impression qu'il avait exorcisé le loup. A partir de ce
> moment, il
> n'en a plus parlé, et il a pu alors passer à la phase suivante : la
> régression corps, cette construction de l'ego-body qu'il n'avait
> jamais pu
> faire.
> Pour employer la dialectique qu'il avait toujours employée, des
> contenus¬contenants, Robert devait, pour se construire, être mon
> contenu,
> mais il devait s'assurer de ma possession, c'est-à-dire son futur
> contenant.
> Il a commencé cette période en prenant un seau plein d'eau, dont
> l'anse
> était une corde. Cette corde, il ne pouvait absolument pas
> supporter qu'elle
> soit atta¬chée aux deux extrémités. Il fallait qu'elle pende d'un
> côté.
> J'avais été frappé de ce que, lorsque j'avais été obligée de la
> resserrer
> pour porter le seau, cela le mettait dans un état de douleur presque
> physique. Jusqu'au jour où, dans une scène, il a mis le seau plein
> d'eau
> entre ses jambes, a pris la corde et l'a attachée à son ombi¬lic.
> J'ai eu
> alors l'impression que le seau était moi, et il se rattachait à moi
> par une
> corde, cordon ombilical. Ensuite, il renversait le contenu du seau
> d'eau, se
> met¬tait tout nu, puis s'allongeait dans cette eau, en position
> fœtale,
> recroquevillé, s'étirant de temps en temps, et allant jusqu'à
> ouvrir sa
> bouche et la refermer sur le liquide, comme un fœtus boit le liquide
> amniotique, ainsi que l'ont montré les dernières expériences
> américaines.
> Toutes ces activités étaient le calque évident de l'activité
> fœtale. Et
> j'avais l'impression qu'il se construisait, grâce à ça.
> Au début excessivement agité, puis il prit conscience d'une
> certaine réalité
> de plaisir, et tout aboutit à deux scènes capitales agies avec un
> recueillement extra¬ordinaire et un état de plénitude étonnant
> étant donné
> son âge et son état.
> Dans la première de ces scènes, Robert, tout nu, face à moi, a
> ramassé de
> l'eau dans ses mains jointes, et l'a portée à hauteur de ses
> épaules et l'a
> fait couler le long de son corps. Il a recommencé ainsi plusieurs
> fois, puis
> m'a dit alors dou¬cement «Robert, Robert», prenant conscience de
> son corps.
> Ce baptême par l'eau - car c'était un baptême, étant donné le
> recueillement
> qu'il y mettait - fut suivi d'un baptême par le lait.
> Il avait commencé par jouer dans l'eau avec plus de plaisir que de
> recueille¬ment. Ensuite, il a pris son verre de lait et le but.
> Puis il a
> remis la tétine et a com¬mencé à faire couler le lait du biberon le
> long de
> son corps. Comme ça n'allait pas assez vite, il a enlevé la tétine
> et a
> recommencé, faisant couler le lait sur sa poitrine, son ventre et
> le long de
> son pénis avec un sentiment intense de plaisir. Puis il s'est
> tourné vers
> moi, et m'a montré ce pénis, le prenant dans sa main, l'air ravi.
> Ensuite il
> a bu du lait, s'en mettant ainsi dessus et dedans, de façon que le
> contenu
> soit à la fois contenu et contenant, retrouvant là cette scène
> qu'il jouait
> avec l'eau.
> Dans les phases qui suivirent, il va passer au stade de
> construction orale.
> Ce stade est extrêmement difficile et très complexe. D'abord, il a
> 4 ans et
> il vit le plus primitif des stades. De plus, les autres enfants que je
> prends alors en trai¬tement dans cette institution sont des filles,
> ce qui
> est un problème pour lui. Enfin les patterns de comportement de
> Robert n'ont
> pas totalement disparu et ont tendance à revenir chaque fois qu'il y a
> frustration.
> Dans les séances qui ont suivi ce baptême par l'eau et par le lait,
> Robert a
> commencé par vivre cette symbiose qui caractérise la relation
> primitive
> mère¬ enfant. Mais lorsque l'enfant le vit vraiment, il n'existe
> normalement
> aucun pro¬blème de sexe, au moins dans le sens du nouveau-né vers
> sa mère.
> Tandis que là il y en avait un. Et Robert devait faire la symbiose,
> soit
> avec une mère phallique, telle qu'il était prêt à l'accepter, soit
> avec une
> mère féminine, ce qui posait alors le problème de castration, le
> problème
> était d'arriver à lui faire recevoir la nour¬riture sans que cela
> entraîne
> sa castration.
> Il a d'abord vécu cette symbiose dans une forme simple. Assis sur mes
> genoux, il mangeait. Ensuite, il prenait ma bague et ma montre et
> se les
> mettait, ou bien il prenait un crayon dans ma blouse et le cassait
> avec ses
> dents. Alors je le lui ai interprété. Cette identification à une mère
> phallique castratrice resta alors sur le plan du passé, et
> s'accompagna
> alors d'une agressivité réactionnelle qui évolua dans ses
> motivations. Il ne
> cassait plus la mine de son crayon que par autopunition de cette
> agressivité.
> Par la suite, il put boire le lait au biberon, allongé dans mes
> bras, mais
> c'est lui-même qui tenait le biberon, et ce n'est que plus tard
> qu'il a pu
> le recevoir directement, moi tenant le biberon, comme si tout le
> passé lui
> interdisait de recevoir en lui par moi le contenu d'un objet aussi
> essentiel.
> Son désir de symbiose était encore en conflit avec ce qu'on vient
> de voir.
> C'est pourquoi il prit le biais de se donner le biberon à lui-même.
> Mais à
> mesure que Robert faisait l'expérience, au travers d'autres
> nourritures,
> comme bouillies et gâteaux, que la nourriture qu'il recevait de moi à
> travers cette symbiose ne l'identifiait pas à moi au point d'être
> une fille,
> il put alors recevoir de moi. Il a d'abord tenté de se différencier
> de moi
> en partageant avec moi, il me donnait à manger et disant, se palpant «
> Robert », puis me palpant « pas Robert ». je me suis beaucoup servi
> de ça
> dans mes interprétations pour l'aider à différencier très
> rapidement. La
> situation cessa d'être seulement entre lui et moi, et il fit
> intervenir les
> petites filles que j'avais en traitement.
> C'était un problème de castration, puisqu'il savait qu'avant lui et
> après
> lui une petite fille montait en séance avec moi. Et la logique
> émotionnelle
> voulait qu'il se fasse fille, puisque c'était une fille qui rompait la
> symbiose avec moi dont il avait besoin. La situation était
> conflictuelle. Il
> l'a jouée de différentes façons, faisant pipi assis sur le pot, ou
> bien le
> faisant debout en se montrant réellement agressif.
> Robert était donc maintenant capable de recevoir, et capable de
> donner ; il
> me donna alors son caca sans crainte d'être châtré par ce don.
> Nous arrivons alors à un palier du traitement qu'on peut résumer
> ainsi : le
> contenu de son corps n'est plus destructeur, mauvais, il est capable
> d'exprimer son agressivité par le pipi fait debout, sans que
> l'existence et
> l'intégrité du conte¬nant, c'est-à-dire du corps, soient mises en
> cause.
> Le QD au Gesell est passé de 43 à 80, et au Terman-Merill il a un
> QI de 75.
> Le tableau clinique a changé, les troubles moteurs ont disparu, le
> prognathisme aussi. Avec les autres enfants il est devenu amical.
> On peut
> commencer à l'inté¬grer à des activités de groupe. Seul le langage
> reste
> rudimentaire, il ne fait jamais de phrases, n'emploie que les mots
> essentiels.
> Puis, je pars en vacances, suis absente pendant deux mois.
> Lorsque je suis revenue, il a joué une scène intéressante montrant la
> coexistence en lui des patterns du passé et de la construction
> faite dans le
> pré¬sent. Pendant mon absence, son comportement est resté tel qu'il
> était, c’est-à-dire
> qu'il a exprimé sur son ancien mode, d'une façon très riche en
> raison de
> l'acquis, ce que la séparation représentait pour lui, et qu'il
> craignait de
> me perdre.
> Lorsque je suis revenue, il a vidé, comme pour les détruire, le
> lait, son
> pipi, son caca, puis a enlevé son tablier et l'a jeté dans l'eau.
> Il a donc
> détruit ainsi ses anciens contenus et son ancien contenant,
> retrouvés par le
> traumatisme de mon absence.
> Le lendemain, débordé par sa réaction psychologique, Robert
> s'exprimait sur
> le plan somatique : diarrhée profuses, vomissement, syncope. Robert se
> vidait complètement de son image passée. Seule ma permanence
> pouvait faire
> la liaison avec une nouvelle image de lui-même, comme une nouvelle
> naissance.
> A ce moment-là, il a acquis cette nouvelle image de lui-même. Nous
> le voyons
> en séance rejouer des anciens traumatismes que nous ignorions. Un
> sur¬tout :
> Robert avait bu le biberon et il a mis la tétine dans son oreille,
> il en a
> rebu, il a ensuite cassé le biberon dans un état de violence très
> grande. Il
> a été capable de le faire sans que l'intégrité de son corps en ait
> souffert.
> Il s'était séparé de son symbole du biberon et pouvait s'exprimer
> par le
> biberon en tant qu'objet. Cette séance était tellement frappante,
> il l'a
> répétée deux fois, que j'ai fait une enquête pour savoir comment
> s'était
> passée son antrotomie subie à 5 mois. On apprit alors que, dans le
> service
> d'O.R.L. où il avait été opéré, il n'avait pas été anes¬thésié, et que
> pendant cette opération douloureuse, on lui maintenait dans la
> bouche un
> biberon d'eau sucrée.
> Cet épisode traumatique a éclairé l'image que Robert avait
> construite d'une
> mère affamante, paranoïaque, dangereuse qui certainement
> l'attaquait ; puis
> cette séparation ; un biberon maintenu de force lui faisant avaler
> ses cris
> et le mal qu'on lui faisait, le gavage par tube ; et 25 changements
> successifs.
> Robert ne pouvait pas avoir d'autre image de lui-même. J'ai eu
> l'impression
> que le drame de Robert était que tous les fantasmes oraux-sadiques
> qu'il
> avait pu avoir s'étaient réalisés par ces conditions d'existence, ces
> fantasmes étaient devenus la réalité.
> Dernièrement, j'ai dû le confronter avec une réalité. J'ai été absente
> pendant un an, et je suis revenue enceinte de huit mois. Il m'a vue
> enceinte. Il a com¬mencé par jouer des fantasmes de destruction de cet
> enfant. J'ai disparu pour l'accouchement. Pendant mon absence, mon
> mari l'a
> pris en traitement, et il a joué la destruction de cet enfant.
> Lorsque je
> suis revenue, il m'a vue plate, et sans enfant. Il était donc
> persuadé,
> étant toujours à ce stade, que ses fantasmes étaient devenus
> réalité, qu'il
> avait tué cet enfant, donc que j'allais le tuer.
> Il a été extrêmement agité pendant ces 15 derniers jours, jusqu'au
> jour où
> il a pu me le dire. Alors là je l'ai confronté avec la réalité, je
> lui ai
> amené ma fille, de façon à ce qu'il puisse maintenant faire la
> coupure. Son
> état d'agitation est tombé net, et quand je l'ai repris en séance le
> lendemain, il a commencé à m'ex¬primer enfin un sentiment de
> jalousie, il
> s'attachait à quelque chose de vivant et non pas à la mort.
> Cet enfant est toujours resté au stade où les fantasmes étaient
> réalité. La
> réa¬lité lui avait imposé ses fantasmes. Grâce à ses fantasmes de
> construction intra-¬utérine, qui, dans le traitement, ont été
> réalité, il a
> pu faire cette construction étonnante. S'il avait dépassé ce stade, je
> n'aurais pas pu obtenir cette construc¬tion de lui-même.
> Comme je le disais hier, j'ai eu l'impression que cet enfant avait
> sombré
> sous le réel, qu'il n'y avait chez lui au début traitement, aucune
> fonction
> symbolique, et encore moins de fonction imaginaire.
> LACAN - Il avait quand même deux mots.
> HYPPOLITE - C'est sur le mot « le loup » que je voudrais poser une
> question.
> D'où est venu « le loup » ?
> Mme LEFORT - Dans les institutions d'enfants, on voit souvent les
> infir¬mières faire peur avec le loup. Dans l'institution où je l'ai
> pris en
> traitement, un jour où les enfants étaient insupportables, on les a
> enfermés
> au jardin d'enfants, et une infirmière est allée à l'extérieur
> faire le cri
> du loup pour les rendre sages. Il a donné cette forme qu'il a
> concrétisée.
> HYPPOLITE - Il resterait à expliquer pourquoi cette histoire du
> loup dont la
> peur s'est fixée sur lui, comme sur tant d'autres enfants.
> Mme LEFORT - Le loup était évidemment la mère dévorante, en partie.
> HYPPOLITE - Croyez-vous que le loup est toujours la mère
> dévorante ? Mme
> LEFORT - Dans les histoires enfantines, on dit toujours que le loup va
> manger. Au stade sadique-oral, l'enfant a envie de manger sa mère,
> donc il
> pense que sa mère va le manger, et ce loup dont on le menace va le
> manger,
> donc sa mère va le manger, elle devient le loup. je crois que c'est
> probablement la genèse. je ne suis pas sûre.
> Il y a dans l'histoire de cet enfant des tas de choses ignorées,
> que je n'ai
> pas pu savoir. je crois que c'est grâce à ça qu'il a donné cette
> image, le
> loup. Quand il voulait être agressif contre moi, il ne se mettait
> jusqu'à
> présent pas à quatre pattes, et n'aboyait pas. Maintenant il le fait.
> Maintenant il sait qu'il est un humain, mais il a besoin, de temps
> en temps,
> de s'identifier à un animal, comme le fait un enfant de 18 mois. Et
> quand il
> veut être agressif il se met à quatre pattes, et fait « ouh, ouh »,
> sans la
> moindre angoisse. Puis il se relève et continue le cours de la
> séance. 11 ne
> peut encore exprimer son agressivité qu'à ce stade.
> HYPPOLITE - Oui, il surmonte ainsi... C'est entre zwingen et
> bezwingen.
> C'est toute la différence entre le mot où il y a la contrainte et
> celui où
> il n'y a pas la contrainte. La contrainte, Zwang, qui est le loup
> qui lui
> donne l'angoisse, et l'angoisse surmontée, Bezwingung, le moment où
> il joue
> le loup.
> Mme LEFORT - Oui, je suis bien d'accord.
> LACAN - « Le loup » naturellement pose tous les problèmes du
> symbolisme, qui
> n'est pas du tout limitable, puisque vous voyez bien que nous
> sommes for¬cés
> d'en chercher l'origine dans une symbolisation générale. Pourquoi
> le loup ?
> Ce n'est pas un personnage qui nous reste tellement familier, dans nos
> contrées tout au moins. Le fait que ce soit le loup qui soit choisi
> pour
> produire ces effets
> nous relie directement avec une fonction plus large, sur le plan
> mythique,
> folk¬lorique, religieux primitif. Nous voyons jouer au loup un
> rôle. Et le
> fait qu'il se rattache ainsi à toute une filiation, par quoi nous
> arrivons
> aux sociétés secrètes, avec ce qu'elles comportent d'initiatique dans
> l'adoption soit d'un totem, soit d'une façon plus précise de
> l'organisation
> de ce style de communauté, identifi¬cation à un personnage.
> Nous ne pouvons pas faire ces distinctions de plan à propos d'un
> phénomène
> aussi élémentaire. Mais ce Surmoi... je voulais attirer votre
> attention,
> vous ver¬rez que des questions qui se poseront à nous par la suite,
> c'est la
> fonction réci¬proque, la différence entre ce qu'on doit appeler
> Surmoi, dans
> le déterminisme du refoulement et ce qu'on doit appeler idéal du
> Moi. Je ne
> sais pas si vous vous êtes aperçus de ceci : qu'il y a là deux
> conceptions
> qui, dès qu'on les fait inter¬venir dans une dialectique quelconque
> pour
> expliquer un comportement de malade, paraissent dirigées exactement
> dans un
> sens contraire. Le Surmoi étant simplement contraignant, l'idéal du
> Moi
> étant exaltant….
>
>
> ----- Original Message -----
> From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr>
> To: <bdf at deflorence.com>; "Groupe de travail pour la psychanalyse
> lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org>
> Sent: Saturday, March 03, 2007 7:22 AM
> Subject: Re: [Lutecium-group] décès de Rosine Lefort
>
>
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> C'est triste de voir la mort de Rosine et de Robert Lefort
>> utilisée pour
>> alimenter une polémique. Liliane Fainsilber.
>>
>>
>>
>> ----- Original Message -----
>> From: "BdF" <bdf at deflorence.com>
>> To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'"
>> <lutecium-group at lutecium.org>
>> Sent: Saturday, March 03, 2007 2:31 AM
>> Subject: [Lutecium-group] décès de Rosine Lefort
>>
>>
>>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>> ---
>>> Voici le mail en clair.
>>> ===
>>> BdF
>>> ===
>>>
>>> Rosine Lefort
>>>
>>> Nous avons appris que Rosine Lefort s'est éteinte ce dimanche 25
>>> février
>>> 2007, douze jours après Robert. Ils étaient les inséparables pour
>>> tous
>>> ceux
>>> qui les ont, comme moi connus. Et le sont restés jusqu'à leurs
>>> derniers
>>> jours.
>>>
>>> Rosine et Robert Lefort, formés par Jacques Lacan, lui sont restés
>>> inébranlablement fidèles, dans tous les moments décisifs
>>> traversés par le
>>> mouvement analytique dans la seconde moitié du XXe siècle.
>>>
>>> Ils sont de ceux qui ont poursuivi avec Lacan au moment de la
>>> dissolution
>>> de
>>> son Ecole. Ils n'ont pas hésité à faire exister l'Ecole de la
>>> Cause
>>> freudienne, témoignant ainsi d'une confiance entière et
>>> vigilante à
>>> l'endroit de plus jeunes qu'eux, parce qu'ils sont restés
>>> soucieux de
>>> l'avenir de leur praxis.
>>>
>>> Ils furent des voyageurs infatigables, et des cliniciens rigoureux.
>>> Leurs travaux continuent de contribuer aux avancées de la
>>> psychanalyse,
>>> dont ils ont toujours affirmé l'unité. Ils ont notamment su faire
>>> entendre
>>> que l'enfant dans le discours analytique est un sujet à part
>>> entière,
>>> notamment à partir du Cereda (Centre d'Etude et de Recherche sur
>>> l'Enfant
>>> dans le Discours Analytique ) dont résulte le Nouveau Réseau
>>> Cereda et
>>> ses
>>> trois Diagonales (francophone, hispanophone et américaine).
>>> Le désir dont ils ont, chacun et ensemble, fait la preuve dans
>>> leur
>>> œuvre
>>> et leur pratique reste à mes yeux pour tous exemplaire.
>>> Le Champ freudien dans le monde entier se joindra à moi pour
>>> dire sa
>>> sympathie et adresser ses condoléances aux enfants et petits
>>> enfants de
>>> Robert et Rosine Lefort ainsi qu'à tous leurs proches.
>>>
>>>
>>>
>>> Les obsèques de Rosine Lefort ont lieu à Nogent-le-Roi, le
>>> vendredi 2
>>> mars
>>> 2007.
>>>
>>>
>>>
>>> Judith Miller
>>>
>>>
>>>
>>> _______________________________________________
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