[Lutecium-group] la barbe de Jérusalem !

sven noordman sevensone at yahoo.com
Sat Mar 10 09:53:36 UTC 2007


on a toujours tout sous la main. finalement.

amicalement. sven.

Psychanalyse <psychanalyse at wanadoo.fr> wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---

Vous vous dérobez toujours... Il y a des années que je travaille cette 
question.

MR


----- Original Message ----- 
From: "Liliane Fainsilber" 

To: "Psychanalyse" 
; "Groupe de travail pour la 
psychanalyse lacanienne" 
Sent: Saturday, March 10, 2007 9:39 AM
Subject: Re: [Lutecium-group] la barbe de Jérusalem !


> Mais  ce n'est pas une pirouette, ce que j'ai écrit est très sérieux : 
> cela fait des années que je travaille cette question et elle se trouve en 
> filigrane - entre autres - dans chacun des messages que j'envoie sur cette 
> liste de discussion, y compris dans les derniers, sur l'identification 
> hystérique  de Goethe à ce Jérusalem, un homme qu'il connaissait : il 
> paraît qu'ils étaient ensemble au bal où Werther avait dansé en tenant 
> Lotte dans ses bras. Je cherchais bien loin qui était cet homme auquel 
> Goethe s'était identifié, mais en retrouvant mon exemplaire "Les 
> souffrances du jeune Werther", la préface du texte en parle ou plutôt en 
> écrit d'abondance. Liliane.
>
> Je ne peux pas en dire plus pour l'instant parce que la question est 
> encore pour moi en plein chantier.
>
>
> ----- Original Message ----- 
> From: "Psychanalyse" 

> To: "Liliane Fainsilber" 
; "Groupe de 
> travail pour la psychanalyse lacanienne" 
> Sent: Saturday, March 10, 2007 9:18 AM
> Subject: Re: [Lutecium-group] la barbe de Jérusalem !
>
>
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
>
> Il me semble qu'une pirouette de l'esprit ne suffit pas à épuiser un
> questionnement qui vous est destiné.
>
> MR
>
> ----- Original Message ----- 
> From: "Liliane Fainsilber" 

> To: "Psychanalyse" 
; "Groupe de travail pour la
> psychanalyse lacanienne" 
> Sent: Saturday, March 10, 2007 9:07 AM
> Subject: la barbe de Jérusalem !
>
>
>> Et vous qu'en dites-vous de ce symbolique et de ce réel ?
>>
>> Ce qu'il a de bien avec le symptôme, c'est qu'il relève des trois, il en
>> témoigne à corps et à cris. il y a un texte de Freud qui le révèle à
>> merveille,  à condition bien sûr de le lire crayon à la main, il a pour
>> titre "les fantasmes hystériques dans ses rapports à la bisexualité". 
>> Tout
>> y est pour en extraire et le "symptôme" bien sûr  et même le "sinthome".
>> Liliane.
>>
>>
>>
>> ----- Original Message ----- 
>> From: "Psychanalyse" 

>> To: "Liliane Fainsilber" 
; "Groupe de
>> travail pour la psychanalyse lacanienne" 
>> Sent: Saturday, March 10, 2007 8:48 AM
>> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>>
>>
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>>
>> Certes, mais nous sommes partis d'un raté de nouage (sac de noeuds) à
>> l'origine dans l'idylle. On est donc en droit de se demander quelle est 
>> la
>> nature précise de ce raté en ne l'affublant pas d'un automatisme de la
>> pensée analytique. Dans l'interprétation psychanalytique du mythe, c'est
>> la névrose qui est invoquée. Mais à côté de l'explication
>> psychopathologique et du roman familial, il y a l'histoire tout court et
>> la société régie par des lois...
>> Or que dit l'histoire? L'histoire nous enseigne que le mariage d'amour 
>> est
>> une institution du XIXe siècle et qu'auparavant, c'était le mariage de
>> raison qui était privilégié en fonction d'un calcul savamment raisonné
>> (donc pas nécessairement névrotique) de rapprochement des familles et des
>> individus selon des intérêts réciproques connus d'avance par tous
>> (accroissement du patrimoine, appartenance sociale, honneur de la 
>> famille,
>> intérêts stratégiques). A ce titre, les familles, Capulets ou Montaigu,
>> étaient fondées à s'opposer aux rapprochements jugés indésirables... Il
>> n'est pas inutile de préciser que patrimoine signifie "richesses du père"
>> et il convient de ne pas faire d'anachronisme en transposant nos 
>> histoires
>> d'amour d'aujourd'hui en les transposant en réalités d'hier.
>> C'est aussi oublier le rôle du coup de foudre (ou de foutre) dans la
>> rencontre hormonale qui, dès les premiers feux de paille passés, s'éteint
>> par épuisement du combustible des partenaires qui se rendent compte qui
>> n'ont rien à faire ensemble. N'abusons pas de la névrose ni de l'histoire
>> sociale. C'est beau l'amour? L'imaginaire est inextinguible n'est-ce pas?
>> mais que dire du symbolique et du réel !
>>
>> ;)
>>
>> MR
>>  ----- Original Message ----- 
>>  From: Liliane Fainsilber
>>  To: Psychanalyse
>>  Sent: Friday, March 09, 2007 8:09 AM
>>  Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>>
>>
>>  Les sacs de noeuds  des Capulet et des Montaigu. Liliane.
>>
>>  ----- Original Message ----- 
>>  From: "Psychanalyse" 

>>  To: "Liliane Fainsilber" 

>>  Sent: Friday, March 09, 2007 8:03 AM
>>  Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>>
>>
>>  > Celle de Roméo ou de Juliette?
>>  >
>>  > MR
>>  >
>>  > ----- Original Message ----- 
>>  > From: "Liliane Fainsilber" 

>>  > To: "Psychanalyse" 
; "Groupe de travail pour
>> la
>>  > psychanalyse lacanienne" 
>>  > Sent: Friday, March 09, 2007 7:51 AM
>>  > Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>>  >
>>  >
>>  >> oui, celle de la névrose. Liliane.
>>  >> ----- Original Message ----- 
>>  >> From: "Psychanalyse" 

>>  >> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>>  >> 
>>  >> Sent: Thursday, March 08, 2007 9:25 PM
>>  >> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>>  >>
>>  >>
>>  >> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>  >> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>  >> ---
>>  >>
>>  >> Noué avec un sac de noeuds?
>>  >>
>>  >> MR
>>  >>
>>  >> ----- Original Message ----- 
>>  >> From: "liliane" 

>>  >> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>>  >> 
>>  >> Sent: Thursday, March 08, 2007 7:41 AM
>>  >> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>>  >>
>>  >>
>>  >> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>  >> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>  >> ---
>>  >> Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, 
>> car
>>  >> c'est
>>  >> ce qui donne son charme à l'amour, mais de toute façon elle ne peut 
>> se
>>  >> perdre car l'imaginaire est inéliminable des relations entre les
>> hommes et
>>  >> les femmes, pas plus que celle du symbolique et du réel. Le sinthome
>> c'est
>>  >> ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que
>> le
>>  >> sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane.
>>  >>
>>  >>
>>  >>
>>  >> ----- Original Message ----- 
>>  >> From: "kika" 
>>  >> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>>  >> 
>>  >> Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM
>>  >> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>>  >>
>>  >>
>>  >> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>  >> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>  >> ---
>>  >> mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes à elle,
>> femme
>>  >> (ou
>>  >> homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a semblé
>> intéressant
>>  >> chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette
>>  >> institurion appelée "amour" qui relèverait non plus du domaine de
>>  >> l'idylle,
>>  >> mais de celui du synthome et le révèlerait...
>>  >>
>>  >>
>>  >> ----- Original Message -----
>>  >> From: "liliane" 

>>  >> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>>  >> 
>>  >> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM
>>  >> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>>  >>
>>  >>
>>  >> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>  >> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>  >> ---
>>  >> y a de ça, mais ce n'est vu pour l'instant que du côté de l'homme. La
>>  >> rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi
>> du
>>  >> sien. Liliane.
>>  >> ----- Original Message -----
>>  >> From: "kika" 
>>  >> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>>  >> 
>>  >> Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM
>>  >> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>>  >>
>>  >>
>>  >> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>  >> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>  >> ---
>>  >> Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est à ça qu'il
>> se
>>  >> réfère, non?
>>  >>
>>  >>
>>  >> ----- Original Message -----
>>  >> From: "liliane" 

>>  >> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>>  >> 
>>  >> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM
>>  >> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>>  >>
>>  >>
>>  >> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>  >> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>  >> ---
>>  >> Merci pour ce texte José-Luiz.
>>  >>
>>  >> Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui 
>> en
>> est
>>  >> le joyau : il est vrai que Wherter est bien long à mourir et on saute
>> des
>>  >> pages en attendant. Mais quand même, je me pose la question de savoir
>>  >> quelle
>>  >> différence il y a entre cette forme d'amour désespéré et celle de
>> l'amour
>>  >> courtois. Ce dernier est impossible est conduit à la célébration de
>>  >> l'objet
>>  >> lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi
>>  >> impossible, mais conduit non pas à l'exaltation de cet amour, mais au
>>  >> point
>>  >> d'acmé de la haine, celui que Wherter porte à Albert son rival, car
>> c'est
>>  >> lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres
>>  >> pistolets qui réalise son acte.
>>  >>
>>  >> Je me demande, mais ce n'est qu'une idée en passant, si avec ces deux
>>  >> formes
>>  >> d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour à
>>  >> distance,
>>  >> on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle 
>> de
>>  >> l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doublé de 
>> haine,
>>  >> mais
>>  >> à l'égard de l'objet lui-même, et celle de l'hystérique, ou c'est la
>> haine
>>  >> de l'objet rival retournée contre soi-même qui triomphe avec la pente
>> au
>>  >> suicide, celle qui en est la cause, la dénommée Charlotte, passant en
>>  >> quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane.
>>  >>
>>  >>
>>  >>
>>  >> ----- Original Message -----
>>  >> From: "José Luiz Caon" 
>>  >> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>>  >> 
>>  >> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM
>>  >> Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>>  >>
>>  >>
>>  >> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>  >> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>  >> ---
>>  >> Ceci est un journal électronique infini, cosmopolite et à la quête du
>> sens
>>  >> France-Mail-Forum 24 (November 2001)
>>  >>
>>  >> ----------------------------------------------------------------------------
>>  >> ----
>>  >>
>>  >>
>>  >>
>>  >> Comment on a lancé les livres cultes (I)
>>  >>
>>  >> DIDIER JACOB
>>  >> 1774 : « Les Souffrances du jeune Werther »
>>  >> Le Nouvel Observateur,12.7. 2001
>>  >>
>>  >> Goethe a 25 ans lorsqu'il écrit, d'un seul jet, en deux mois, le
>> premier
>>  >> grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la littérature
>> allemande.
>>  >> Son
>>  >> roman d'amour déclenche aussitôt une vague de suicides en Europe. On
>>  >> n'aimera jamais plus comme avant
>>  >>
>>  >>
>>  >> ----------------------------------------------------------------------------
>>  >> ----
>>  >>
>>  >> Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les
>>  >> antichambres des princes, dans les cabarets sombres où l'on monte à
>>  >> l'étage
>>  >> pour la fornication, à l'écurie, à l'office, au lavoir où les jeunes
>>  >> garces
>>  >> donnent en chantant la fessée au linge, dans les kermesses entre
>> enfants
>>  >> rigolant, au marché, dans les jardins en fleurs, sous la lune où les
>>  >> amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de «
>> Werther ».
>>  >> C'est à Leipzig, petite ville d'Allemagne, que « Die Leiden des 
>> jungen
>>  >> Werthers », un mince anonyme de cent cinquante pages, paraît à
>> l'automne
>>  >> 1774. Aussitôt, la librairie de l'éditeur Weygand est prise d'assaut.
>> On
>>  >> veut lire ; on veut savoir. On veut connaître les raisons. Pourquoi 
>> ce
>>  >> jeune
>>  >> Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il 
>> finalement
>>  >> suicidé ?
>>  >>
>>  >> C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en
>> Europe,
>>  >> de
>>  >> l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui brûle et qui
>> fait
>>  >> mal.
>>  >> Werther aime Charlotte, une jeune beauté qui lui a frappé l'oeil
>> tandis
>>  >> qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le goûter.
>> Avec
>>  >> sa
>>  >> robe blanche ornée de noeuds rose pâle, on aurait dit un ange vêtu
>> comme
>>  >> un
>>  >> caniche. Le coeur de Werther se met à soupirer, « fermente » sans
>> trouver
>>  >> à
>>  >> s'épanouir : la demoiselle est fiancée. Désespéré, le jeune homme se
>>  >> suicide. On voit tout le danger, pour l'église et les corps
>> constitués, de
>>  >> cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerbées. La
>>  >> police,
>>  >> alertée, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita
>> « une
>>  >> ivresse, une fièvre, une extase qui déferla sur toute la terre
>> habitée »,
>>  >> écrit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, « comme l'étincelle qui tombe
>> dans
>>  >> un tonneau de poudre, où en une brusque expansion une masse de 
>> forces,
>>  >> jusqu'alors tenues en laisse, se trouve libérée ; le hasard voulut 
>> que
>> le
>>  >> monde entier fût prêt pour ce petit livre ».
>>  >>
>>  >> L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une mère peuple et d'un
>>  >> austère
>>  >> rentier n'était qu'un étudiant en droit promis à une carrière
>> judiciaire
>>  >> de
>>  >> provinciale importance. Goethe eût épousé, au mieux, la fille du
>>  >> tapissier,
>>  >> s'il n'avait mis par écrit les idées du siècle. Or voici maintenant
>> que,
>>  >> pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au
>>  >> théâtre, on se pâme devant lui. On étouffe en le croisant, on veut de
>>  >> l'air,
>>  >> des sels, on s'évanouit. On le reconnaît à dix lieues, comme Madonna
>> sur
>>  >> la
>>  >> scène de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du héros qu'il a
>> créé,
>>  >> frac bleu, culotte jaune, bottes à mi-mollet. La mode est lancée.
>> Goethe ?
>>  >> Oui, Madonna habillée par Jean-Paul Gaultier.
>>  >>
>>  >> « Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses manières
>>  >> d'étudiant de génie, ses tutoiements inopinés, ses imprécations, ses
>> coups
>>  >> de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements
>> masqués,
>>  >> des
>>  >> représentations théâtrales, des promenades en montagne, des baignades
>> dans
>>  >> les rivières, des chasses, de folles chevauchées nocturnes à travers
>> les
>>  >> bois. » Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait 
>> éclairer,
>> la
>>  >> nuit, l'étang gelé que son château surplombe. On réveille la fanfare
>> et
>>  >> l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis 
>> par
>> la
>>  >> froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance 
>> des
>>  >> sortes de fusées au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au
>>  >> prince
>>  >> : « Patinons, mon prince. » Un laquais porte à Sa Majesté les
>> chaussures à
>>  >> glisse. Et Goethe, véritablement toqué, ou feignant de l'être, se
>> lance
>>  >> dans
>>  >> de périlleuses figures qui font l'admiration discrète des oies en
>> pelisse
>>  >> et
>>  >> des dindons à particules. Une heure passe. On rentre au château.
>> Allons,
>>  >> musique encore ! Menuet, danse, poésie ! Goethe, qui n'a quitté ni 
>> son
>>  >> entrain ni sa fourrure, déclame en grelottant : « Promenant autour de
>> lui,
>>  >> raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il
>>  >> improvisait sur tous les tons et de toutes les manières : iambes,
>>  >> hexamètres, Knittelverse ; poèmes lyriques, fables, ballades, satires
>> et
>>  >> petites comédies ; il répandait ses dons sur le public émerveillé,
>> comme
>>  >> s'il avait renversé sur le monde un grand panier de fleurs. »
>>  >>
>>  >> Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif 
>> d'idées
>>  >> neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes à 
>> jeter
>>  >> dans
>>  >> des crânes où les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise 
>> «
>>  >> Werther » - c'est qu'on éprouve soudain la violence d'être en vie.
>> D'où
>>  >> cette « furor Wertherinus » (Lichtenberg) qui annonce les grandes
>>  >> opérations
>>  >> de merchandising moderne, montre Pokémon, T-shirt Harry Potter,
>> calendrier
>>  >> Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu,
>> avec
>>  >> la
>>  >> culotte jaune. Parfumé à l'eau de Werther, on déambule dans les rues 
>> à
>> des
>>  >> milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses 
>> jours
>>  >> pour
>>  >> le grandiose de la chose. « Werther, écrit Mme de Staël non sans
>>  >> nostalgie,
>>  >> a causé plus de suicides que la plus belle femme du monde. »
>>  >>
>>  >> Ainsi l'amour, qui vit de pâquerettes et d'eau fraîche, va devenir à
>> la
>>  >> mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque à 
>> l'abri
>> des
>>  >> masses d'air. Désormais, la pluie mouille les passions. Tempêtes,
>> vents,
>>  >> brumes, clairs de lune éclairent d'une lumière argentée le rouge du
>>  >> bonheur
>>  >> et les lèvres de la félicité. Cette fièvre gagne l'Europe, où les
>>  >> traductions fleurissent. Napoléon lui-même a lu « Werther » six fois
>>  >> pendant
>>  >> sa campagne d'Egypte. Il connaît le roman, dira Goethe, « comme un
>> juge
>>  >> d'instruction qui a étudié son dossier ». Les deux géants se
>> rencontrent
>>  >> le
>>  >> 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit déjeuner, parle 
>> levée
>>  >> d'impôts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napoléon
>> aperçoit
>>  >> Goethe vieillissant, et lui demande son âge. « 60 ans », répond
>> celui-ci.
>>  >> « Vous êtes bien conservé », dit le premier. « Après diverses
>> observations
>>  >> tout à fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain
>> passage
>>  >> et
>>  >> dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il
>>  >> démontra longuement et de manière parfaitement juste. »
>>  >>
>>  >> Le « Werther » de Goethe marque, en somme, l'entrée de l'Allemagne
>> dans le
>>  >> concert des nations. Car en 1774 le compteur du génie est, pour la
>>  >> littérature, à zéro dans ce pays. C'est le temps où Voltaire
>> écarquille le
>>  >> jugement, où Diderot invente, dans « le Neveu de Rameau », rien de
>> moins
>>  >> que
>>  >> l'art du scénario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment
>> du
>>  >> paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une manière de
>>  >> Timor-Oriental,
>>  >> tout irisé de dialectes qui ne s'entendent qu'à cinq lieues à la
>> ronde.
>>  >> Cinquante ans plus tard, Goethe a renversé la tendance, et les grands
>>  >> romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le génie de 

=== message truncated ===








 
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