[Lutecium-group] RE : Re: Anna Karenina
Natalia Milopolsky-Costiou
namicost at yahoo.fr
Mon Mar 12 08:24:58 UTC 2007
Merci à toutes et à tous pour l'attention que vous prêtez à cet immense écrivain d'une richesse et actualité inépuisables.
J'en profite pour vous conseiller un autre roman de Tolstoi "Sonate à
Kreutzer", l'histoire d'un meurtre par amour. Je vous en dis pas autre chose pour ne pas vous enlever le plaisir de l'intrigue car je présume humblement que cette oeuvre est moins connue.
Très bonne semaine et l'inspiration fidèle,
Natalia
Liliane Fainsilber <Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr> a écrit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Un grand merci Natalia, ce récit nous donne envie de relire ce roman. tel
que vous le présentez, l'intrigue semble une sorte de calque du côté féminin
de ce roman de Werther tout au moins si on le prend du côté de Une femme et
deux hommes. Il y a cependant des différences le temps du suicide et aussi
de celui qui en assume l'acte. Peut-être est-ce dû point de vue choisi par
l'écrivain celui qui est le plus important pour lui : est-ce celui d'Anna
Karénine ou celui des deux hommes. Le titre du roman le laisse deviner.
Amicalement. Liliane Fainsilber.
----- Original Message -----
From: "Natalia Milopolsky-Costiou"
To: "Liliane Fainsilber"
; "Groupe de travail
pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Sunday, March 11, 2007 8:56 PM
Subject: [Lutecium-group] Anna Karenina
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Bon, allons-y.
Anna Karenine, une psychanalyse profane en trois actes.
Acte 1
Anna est une trentenaire apparemment épanouie en étant mariée à un homme
noble et respectable, sensiblement plus âgé qu'elle (situation plutôt banale
pour la haute société russe fin 19ème), avec un enfant de huit ans.
Cependant, Tolstoï nous fait assez vite comprendre l'existence « cachée »,
l'inconscient, si l'on veut, de son heroine, « l'alacrité inspirée », comme
le dit Nabokov, l'ardeur de vivre, la jeunesse toujours virginale de sa
personnalité si finement masquée par le comportement irréprochable d'une
femme de sa position, sa (vraie) personnalité subitement perçue par Vronsky,
un jeune et brillant officier d'une élégance et éducation impeccable, qui
tombe passionnément amoureux d'elle.
La déclaration enflammée - le refus troublé mais ferme - la persistance -
l'inspiration mutuelle. Que faire ?
Entre-acte
Je laisse délibérément de coté d'autres personnages du roman, même leurs
avatars ont eux aussi une complexité digne de souligner le caractère d'Anna
dans l'enchevêtrement de leurs destins.
Acte 2
Anna se découvre pleinement dans l'amour pour le comte Vronsky. Celui-ci
fait tout pour lui assurer toute la protection possible car sa situation est
plus que délicate : on parle évidemment de celle d'Anna, car pour le comte
cela aurait pu être plutôt flatteur, si seulement la noblesse de sa
personnalité ne s'accordait pas aussi bien avec son amour.
Apparemment le personnage du mari devrait devenir pour nous le synonyme
presque d'obstacle, mais soudain c'est sa personnalité qui commence à nous
intéresser de plus en plus. Un homme d'état droit et rigide, comblé surtout
par la reconnaissance sociale, il accorde à sa famille l'affection propre à
un « bon chrétien » qu'il est. Le soupçon même que sa femme puisse avoir
d'autres envies le dépasse. L'horrible situation dans laquelle il se trouve
à cause de son adultère le choque d'autant plus qu'il n'y comprend rien. Sa
première démarche - avertir son épouse d'une manière digne, prévenir le
désastre comme l'exige le devoir d'un mari exemplaire, échoue. Anna est «
tombée». Sa colère l'emmène donc jusqu'à interdire à sa femme « perdue » et
devenue « méprisable » de voir son fils - une situation potentiellement
insupportable pour Anna.
Entre-acte
Selon la plupart des analystes littéraires, c'est le regard de la société
et sa condamnation qui prédisposent la fin tragique de l'histoire. Je vous
propose pourtant une autre vision de la chose : la société n'est pas
nécessairement aussi mauvaise et n'est pas plus méchante que notre propre
conscience. Le-voilà donc un véritable combat qui se-deroule dans le « moi »
d'Anna entre son « sur-moi » - Alexej Alexandrovich, le mari, et son «
id » - Vronsky, également Alexej.
Acte 3
Il ne manque qu'une petite rose de Paracelse - Anna tombe enceinte. Sa vie
est en danger, le pronostic est grave, elle peut mourir en couches.
Et là on assiste à une scène d'ultime bonté - la réconciliation impossible
entre le désir et l'interdit - Alexej Alexandrovich invite Vronsky au chevet
de sa femme mourante et lui serre la main devant ses yeux pour soulager sa
peine et lui transmettre son pardon.
Anna met au monde une petite fille et se rétablit. L'incroyable geste de
son mari la rapproche de lui par le devoir et la réflexion sur son
expérience, (la mort) mystique à la Russe. Vronsky se retire suivant sa
demande mais préserve sa passion.
Le bon sens ne règne que peu, et Anna revient à lui. Ils partent à
l'étranger. Le retour est impossible, mais il y a aussi un nouveau sentiment
d'insécurité qui se développe petit à petit : Vronsky - peut-elle croire à
son amour ? N'est-elle pas qu'une nuisance dans sa vie pleine de belles
perspectives, n'est-il pas avec elle par la simple culpabilité de l'avoir
fait tomber ? Anna se-déchire. Sa souffrance devient insoutenable malgré le
pardon « chrétien » de son mari et les sermons incessants de son amant.
C'est elle-même qui ne s'accepte plus. Selon Anna, elle ne mérite
certainement pas la bonté de son mari - elle la « tue », ni la passion de
son amant, qui pourrait faire mieux que s'engager avec une femme aussi
méprisable.
Son existence ne peut avoir ni le droit ni le sens. Elle doit disparaître.
Epilogue
Après le suicide d'Anna, dont les circonstances correspondent d'une
manière sinistre à celle de sa rencontre avec Vronsky, le comte désespéré
s'engage dans une guerre sanglante et meurt en héros. Alexej Alexandrovich
élève seul son fils dans une atmosphère froide et distante.
Le seul personnage dont le destin on ne connaît pas - c'est la petite
fille née de cet amour impossible.
Bonne soirée,
Natalia
Liliane Fainsilber
a écrit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Bonjour Sven, je trouve au contraire que d'apprécier ce qui réussit du fait
de l'initial ratage est faire oeuvre de résistance par rapport à la pulsion
de mort, car c'est l'affirmation du désir. Pour reprendre la fiction
littéraire de Werther, au lieu de se suicider, les deux amoureux auraient
mieux fait de prendre la fuite, mais il aurait fallu pour cela que Lotte
cesse de se substituer à sa mère pour élever ses nombreux frères et soeurs.
il y en avait un nombre considérable, je ne me souviens plus combien. Bon !
je brode un peu... Liliane.
J'ai oublié pour Anna Karénine, il y a si longtemps que je l'ai lu et c'est
vrai que j'aimerais bien moi aussi que Natalia nous la raconte à son idée.
Bonne journée et merci à tous pour les références sur Joyce.
----- Original Message -----
From: "sven noordman"
To: "Liliane Fainsilber"
; "Groupe de travail
pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Sunday, March 11, 2007 9:25 AM
Subject: Re: [Lutecium-group] un mécène qui voulait payer une psychanalyse à
Joyce
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
...n'est ce pas mortifere de voir ce qui reussit dans un ratage n'est-ce pas
une forme de resistance...
a ce qui vous reussi... pourtant.
Sven.
Liliane Fainsilber
wrote: lutecium-group:
Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Bonjour à tous,
j'ai un trou de mémoire et je cherche depuis trois jours dans quel séminaire
Lacan parle de ce mécène qui voulait offrir une psychanalyse à Joyce et qui
lui proposait Jung. Je pensais que c'était dans l'une des deux versions de
Joyce le symptôme et je ne l'y ai pas trouvé. Si quelqu'un pouvait me
l'indiquer ce serait sympa... Liliane.
J'ai quand même continué à réfléchir à ce qu'écrivait Maurice hier sur cette
question de l'amour dans le champ social, il me semble que quelque soit
l'époque, le fait que les rencontres amoureuses relèvent toujours des
symptômes de l'un et de l'autre, devrait rester valable, même si les
mariages étaient, à certaines époques, arrangés, cela ne changeait rien à la
possibilité du coup de foudre amoureux, éventuellement et de préférence hors
mariage. Ces symptômes sont la conséquence du ratage de l'absence de rapport
sexuel, mais aussi et du même coup la réussite de ce qui y supplée, l'amour
en tant que rencontre entre deux savoirs inconscients.
Dans le roman de Goethe, si on se place du côté de Lotte, on ne sait quel
son homme/symptôme, si c'est celui que sa famille à choisi pour elle, son
dit fiancé, ou bien si c'est quand même bien celui qu'elle se refuse, cet
infortuné Werther. Ils échangent en effet leur première et dernière
étreinte amoureuse avant qu'il décide de se suicider. Je choisirai le
second, car c'est justement celui qui témoigne que Lotte s'est affranchie du
désir parental, qu'elle aurait pu assumer ce qu'il en était de son propre
désir. Il y aurait donc une sorte de dédoublement de cette fonction du
symptôme pour une femme. Le premier calqué sur une identification
paternelle, en quelque sorte résiduellement oedipienne, le second
correspondant à un "autre" choix amoureux assumé. Bon dimanche à tous.
Liliane.
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