[Lutecium-group] N'oublie pas ton Ousia !

Liliane Fainsilber elyacin at gmail.com
Thu Apr 7 07:40:33 UTC 2011


Bonjour à tous
Voici quelques cogitations du matin ! Liliane Fainsilber.

*N’oublie pas ton Ousia !*

* *



Quand, dans le séminaire Encore,  Lacan aborde la question de la jouissance
féminine il l’explicite  par le biais de l’existence, existence dont il
modifie l’orthographe sans doute pour insister d’une part sur sa stabilité,
son assise, son socle, elle est sise,  mais aussi sur son côté hors, son
côté externe. Elle est « hors de » comme l’extase. Elle  est ainsi
rapprochée de la mystique.



J’ai commencé à suivre le fil de ces trois termes *mystique*, *existence* et
*jouissance féminine* dans les séminaires de Lacan. Dès que Lacan en parle
surgit l’une des trois catégories lacaniennes,  celle du *Réel*.





Ce jour j’ai retenu un  passage dans « Un discours qui ne serait pas du
semblant »,  celui de la séance du   20 janvier 1971 à propos de ce qui est
nommé « Ousia » :

N’étant de formation philosophique et mes classes de philo et de grec étant
fort loin, je n’avais jamais eu l’attention attirée par ce petit mot qui
surgit souvent tout au long du séminaire, pourtant il se révèle, je pense
indispensable, pour qui veut s’intéresser à l’approche logique de la
jouissance féminine que Lacan en a faite avec l’aide des formules de la
sexuation. Cette citation nous  laisse deviner pourquoi :

«  Comme je l’ai fait remarquer dans la nature le semblant ça foisonne. La
question dès qu’il ne s’agit plus de la connaissance, dès qu’on ne croit pas
que c’est par la voie de la perception dont nous extrairions je ne sais
quelle quintessence que nous connaissons quelque chose mais au moyen d’un
appareil qui est le discours, il n’est plus question de l’Idée. La première
fois que l’idée a fit son apparition elle était un peu mieux située qu’après
les exploits de l’évêque de Berkeley. C’est de Platon qu’il s’agissait et
qui se demandait où était le réel de ce qui était nommé « un cheval ». Son
idée d’une idée c’était l’importance de cette dénomination. Dans cette chose
multiple et transitoire […] est-ce que toute la réalité du cheval n’est pas
dans cette idée en tant que ça veut dire le signifiant : un cheval ? Il ne
faut pas croire que parce qu’Aristote met l’accent de la réalité sur
l’individu, il est beaucoup plus avancé : l’individu ça veut très exactement
dire ce qu’on ne peut pas dire, et jusqu’à un certain point, si Aristote
n’était pas le merveilleux logicien qu’il est, qui a fait là le pas unique,
le pas décisif grâce à quoi nous avons un repère concernant ce que c’est
qu’une suite articulée de signifiants, on pourrait dire que dans sa façon de
pointer ce qu’est l’ousia, autrement dit le réel, il se comporte comme un
mystique car le propre de l’ousia – c’est lui-même qui le dit - c’est quelle
ne peut d’aucune façon être attribuée, elle n’est pas dicible. *Ce qui n’est
pas dicible c’est précisément ce qui est mystique*. Seulement il me semble
qu’il n’abonde pas de ce côté-là, il laisse la place aux mystiques. Il est
évident que la solution de la question de l’idée ne pouvait pas venir à
Platon. C’est *du côté de la fonction et de la variable que tout ça trouve
sa solution.*

Il ne faut pas oublier que c’est justement l’année de ce séminaire que Lacan
commence à remettre en question avec l’aide de l’écrit, donc avec l’aide de
la logique, une logique lacanienne, le vieux mythe freudien de Totem et
tabou inventé par Freud : il y  substitue ce qu’il a appelle les formules de
la sexuation, formules selon lesquelles,  les hommes et les femmes
s’inscrivent dans la fonction phallique comme x, comme argument de cette
fonction Phi de x.



Mais qu’est-ce que ce terme de l’Ousia que Lacan fait intervenir ici, nous
affirmant qu’elle est de la catégorie du Réel car elle n’est pas dicible. En
français le mot grec Ousia est à la fois traduit par substance ou par
essence. « C’est un participe présent substantivé du verbe être. Mais en
même temps, il peut avoir le sens de ce que l’on possède, son bien, sa
terre, ce sur quoi on réside. Donc il dériverait  à la fois du verbe être et
du verbe avoir ».[1]<https://mail.google.com/mail/html/compose/static_files/blank_quirks.html#_ftn1>

Dans Wikipédia, l’Ousia,  La substance est la première des dix catégories
d’Aristote. Le mot substance est utilisé en français mais on le traduit
aussi par essence. C’est « le participe substantivé au neutre pluriel de
verbe Être (einaï). Or le sens commun du mot grec est « propriété », « ce
qui appartient en propre », « l’avoir ».  C’est amusant que soit conjugué
sous le même terme d’Ousia à la fois le verbe être et le verbe avoir.
Suivent alors d’autres parties où il est question de l’Ousia chez Platon et
chez Aristote

J’ai trouvé, par ailleurs un texte très intéressant sur la philosophie
d’Heidegger où ce terme d’ousia est repris et où de plus on  voit apparaître
le terme d’ek-sistence que Lacan utilisera lui aussi ainsi d’ailleurs que le
terme de « Dasein ».

« Qu'est-ce donc que l'homme? Celui qui se pose la question de l'être !
C'est un cercle herméneutique. Etre et homme sont indissociables. On ne peut
comprendre l'un sans l'autre. Pas d'homme sans être ni d'être sans homme.
C'est ce cercle, cette structure que Heidegger appelle Dasein.

Dasein, c'est "das-Da-sein", être-le-là, ouvrir le là, i.e. la possibilité
qu'il y ait quelque chose, le « il y a » originel (la filiation avec Kant
est flagrante). L'homme est d'emblée autre chose qu'homme, autre chose que
lui-même : il est Dasein. Voilà son essence : être toujours déjà hors
de lui-même, dans l'autre, dans l'être (le monde), ek-sister. Dasein peut
être considéré comme une traduction de "psyché" chez Aristote, quand
celui-ci dit que "la psyché est en quelque sorte tous les étants" : la
psyché est le monde.

http://www.paris4philo.org/article-10866957.html



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