[Lutecium-group] RE : Polémique entre cinéaste et analystes autour de l'autisme

JP Bienvenu jpbienvenu at orange.fr
Thu Dec 8 17:19:41 UTC 2011


 

Pour info : article du Monde.

JP B

 

Un documentaire sur l’autisme suscite la controverse dans le milieu de la
psychanalyse

LEMONDE| 08.12.11 | 16h02 

Les sujets les plus complexes sont parfois ceux qu’on évoque de la façon la
plus simpliste. L’autisme, par exemple. S’estimant victimes d’un "sabotage",
trois psychanalystes ont assigné la documentariste lilloise Sophie Robert,
réalisatrice d’un film de 52 minutes intitulé Le Mur et sous-titré La
psychanalyse à l’épreuve de l’autisme, en demandant l’interdiction de sa
diffusion. L’affaire devait être entendue sur le fond, jeudi 8 décembre, au
tribunal de grande instance de Lille.

Diffusé depuis le 8 septembre sur le site Internet de plusieurs associations
de parents d’autistes, Le Mur a été partiellement financé par l’association
Autistes sans frontières. Sa réalisatrice y met en scène une dizaine de
psychanalystes, qu’elle a longuement interrogés. L’un explique que cette
pathologie peut être la conséquence d’une dépression maternelle, un autre
parle de "mère psychogène", un autre encore de "désir incestueux" et de
"folie transitoire " de la mère. Ce jargon psychanalytique est présenté en
opposition avec deux familles filmées dans leur environnement quotidien,
dont les enfants autistes, affirment les parents, ont bénéficié d’une prise
en charge éducative et comportementale. L’ensemble a pour objet de montrer
l’inefficacité, voire la nocivité de l’approche psychanalytique de l’autisme
au regard des méthodes éducatives. Sans guère convaincre, tant aucune vraie
parole n’est finalement donnée ni aux uns ni aux autres.

Les trois psychanalystes qui l’ont assignée en justice, Esthela
Solano-Suarez, Éric Laurent et Alexandre Stevens, sont tous membres de
l’École de la cause freudienne. Après avoir été contactés par Sophie Robert
en septembre 2010 "en vue de la réalisation d’un film documentaire", ils
estiment avoir été "piégés" dans "une entreprise polémique destinée à
ridiculiser la psychanalyse". Sophie Robert leur ayant assuré que la
diffusion télévisuelle de ce film était "sérieusement envisagée, notamment
sur la chaîne Arte", ils demandent à être considérés comme auteurs et à
pouvoir, à ce titre, empêcher la diffusion de leurs propos. Le tribunal
devra par ailleurs examiner si la réalisatrice est sortie des autorisations
de tournage qu’ils ont signées préalablement à leur interview.

"Sophie Robert est venue me voir pour un 52 minutes qui devait être diffusé
sur Arte, sur la psychanalyse et l’autisme. Mais des trois heures
d’entretien que j’ai passées avec elle, elle n’a pratiquement gardé qu’un
bref passage, où je parle
 de biologie !", commente pour sa part le
pédopsychiatre et psychanalyste Bernard Golse, chef de service à l’hôpital
Necker-Enfants malades, qui évoque une "affaire lamentable". Même réaction
de la part de Pierre Delion, chef de service au CHRU de Lille, qui s’estime
"victime d’un abus de confiance".

Pour ce pédopsychiatre psychanalyste, la théorie selon laquelle l’autisme
serait provoqué par la mère est "complètement dépassée". "La psychanalyse
n’a rien à dire sur les causes de l’autisme, dont on sait aujourd’hui
qu’elles peuvent être à la fois d’origine génétique, neuro­développementale
et environnementale", précise-t-il, en ajoutant que ce trouble nécessite
"une prise en charge pédo-psychiatrique intégrative, qui articule trois
approches : éducative, pédagogique et thérapeutique". Un discours qui
n’apparaît nullement dans Le Mur, bien que Sophie Robert ne le démente pas.

"Je ne conteste pas que certains psychanalystes disent qu’il faut une
approche intégrative. Mais le fait est que j’ai découvert le contraire,
affirme-t-elle. J’ai découvert que pour le noyau dur des psychanalystes
français, qu’ils soient freudiens, lacaniens ou autres, la notion de
toxicité maternelle en matière d’autisme reste extrêmement présente. Dans
leur théorie comme dans leur pratique."

Si plus personne ne conteste aujourd’hui l’efficacité du dépistage précoce
de l’autisme et de son traitement par des programmes éducatifs adaptés, la
prise en charge de ce trouble envahissant du développement (TED) reste
notoirement insuffisante en France. Là est le vrai problème. Et l’opposition
entre psychanalystes et partisans des thérapies cognitivo-comportementales
(TCC), restée très vivace au pays de Lacan, n’a pas contribué à le résoudre,
entretenant au contraire un climat de polémique dont les enfants autistes et
leurs familles ont longtemps été les otages.

La situation a toutefois commencé à évoluer ces dernières années, et la
plupart des experts se concentrent désormais sur la nécessité d’améliorer le
diagnostic et le traitement précoces de cette grave pathologie du
développement, qui concerne environ deux personnes sur mille de moins de 20
ans. Depuis deux ans, la Haute Autorité de santé et l’Agence nationale de
l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et
médico-sociaux élaborent notamment des recommandations de bonne pratique sur
la prise en charge éducative et thérapeutique des enfants et adolescents
avec autisme. Leurs conclusions devraient être rendues publiques au premier
trimestre 2012.

Catherine Vincent

 

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