[Lutecium-group] RE : psychanalyse vs philosophie

JP Bienvenu jpbienvenu at orange.fr
Sat Sep 3 01:12:06 UTC 2011


 

À propos de l’« opposition » (cf. message de Jacques B. Siboni) des discours
philosophique et psychanalytique, quelques mots. 

En ce qui me concerne, je ne parlerais pas d’« opposition » des discours,
mais d’hétérogénéité des pratiques et des discours. Effectivement, ces deux
activités sont si différentes que même s’il leur arrive de se croiser et de
s’emprunter des éléments, voire de se féconder mutuellement, une profonde
altérité les distingue. Mais pourtant, regardons les discours que suscite
Onfray ici même. 

 

Jacques Siboni a écrit : 

> Si Onfray était capable de tenir un discours dialectique, ça se saurait !

 

Et Bruno Desalle a ajouté : 

> Onfray qui cite les philosophes et les psychanalystes, parle-t-il en
philosophe ? On est en droit d'en douter !

 

Je souscris tout à fait à cette remarque et à cette interrogation, mais je
note également que ce ne sont pas des appréciations psychanalytiques : ces
jugements relèvent d’un champ d’appréciation philosophique. 

 

CB a ajouté : 

> la haine transpire de tout son discours

 

J’aurais plutôt parlé de ressentiment (qui se manifeste par des obsessions
haineuses et une pratique de bretteur) ; peu importe. Nous sommes cette
fois-ci dans un champ pour le moins psychologique. 

 

Il en va de même pour les autres jugements. Avant d’en dire quelques mots,
je souligne qu’il est difficile, voire impossible, de tenir un discours sur
les discours de ce hâbleur sans se situer d’emblée dans un champ autre
qu’analytique. Hors de la relation stricte de la cure, le glissement se fait
irrésistiblement vers d’autres champs. Ce qui se distingue aisément et
simplement en droit devient "naturellement" confus et complexe en fait. Plus
généralement, que vaut la distinction pertinente qu’a faite Jacques sur le
plan théorique entre discours philosophique et psychanalytique dès que l’on
passe à la pratique (hors de la stricte relation analytique) ? Parler de
psychanalyse, n’est-ce pas déjà flirter – nécessairement – avec quelque
chose qui s’approche de la philosophie ? 

 

Alors, mon domaine de compétence étant celui de la philosophie et non celui
de la psychanalyse, j’enfonce le clou. 

Aucun philosophe un peu sérieux ne prend les dires d’Onfray pour de la
philo. Tout au plus s’agit-il d’histoire de la philo, ou plus exactement
d’histoire des idées. C’est du dire sur des dires, qui prétend dé-dire (ce
qu’il appelle "contre-philosophie") ce qu’il prétend communément dit. Si
j’entrais dans les détails de ces dé-dits, ce serait un massacre : les
discours de ce contre-professeur sont truffés d’erreurs, de contradictions,
de contresens, etc. Sa posture donquichottesque ne peut tromper que des
gogos incultes en la matière. Pour notre profession, c’est une honte. Mais
"ça marche", au sens où ça a du succès. C’est relayé annuellement par le
medium de service public qu’est France culture et par une foule de plumitifs
ignares, les ravis du village médiatique. 

 

Je te chicanerai, cher Jacques, lorsque tu dis que le discours d’Onfray
n’est qu’"un des avatars du discours universitaire" ! Les universitaires en
rient à vomir. Il fait l’universitaire, mais dans une université (populaire)
qu’il a faite lui-même, en opposition ouverte avec l’Université, qui n’a
jamais voulu de lui (on notera qu’il n’a jamais obtenu le moindre concours
ni, a fortiori, le moindre poste ailleurs que dans un lycée technique privé
qui n’a eu de cesse de chercher à s’en débarrasser). 

Je te donnerai pourtant raison, Jacques : lorsque tu dis que, dans la
posture d’"Aufray" [hugh !], "c'est le savoir qui est en position d'agent",
c’est exact, à ceci près que c’est un "savoir" bidon, antiphilosophique par
excellence, puisqu’il ne comporte aucune interrogation (ou doute), aucune
analyse conceptuelle, aucune création de concept et aucune dialectique. Pas
même de "dialogue avec lui-même", puisqu’il est tellement enfoncé dans ses
"signifiants maître en position de vérité" qu’il ne peut pas accéder à
l’altérité d’avec soi qui constitue la condition première de la philosophie.


Il ne s’agit donc pas de philosophie. Tout juste d’une mauvaise histoire de
la soi-disant philosophie (en fait : des "idées" qui servent ses idées). À
la rigueur, les philosophes n’ont donc rien à en dire. Mais ce qui
m’intéresse dans le succès que ce pontife emporte dans sa paroisse auprès de
ses jobards plaudicants, c’est de savoir quelle jouissance il leur procure
pour annihiler si efficacement leur faculté critique. Là, nous retrouvons la
psychanalyse, car il s’agit bien de circulation du désir. En modèle réduit,
Onfray fait ce que savent faire tous les politiques fascinants et
fascisants, auxquels il faudrait sans doute ajouter bien des artistes,
beaucoup de religieux, de scientifiques sans vergogne, etc. Et je crois que
ce serait une erreur que de prendre ce phénomène à la légère. Dénier sa
dangerosité – ou au moins la mépriser – me paraît peu fondé. 

 

La psychanalyse n’a-t-elle rien à dire hors du cabinet ? Si, en
psychanalyse, "c'est l'objet du désir qui est l'agent et que ce discours
produit du signifiant", les psychanalystes n’ont-ils qu’à se taire devant le
phénomène Onfray ? Je crois y voir l'objet du désir à l’oeuvre, et je crois
discerner que ce discours produit bien du signifiant... 

 

Mais je comprends bien qu’on n’ait pas envie, à titre personnel, de se
vautrer dans cette tourbe !  

 

Bien amicalement.

 

JP B

 

-------------- next part --------------
An HTML attachment was scrubbed...
URL: <http://www.lutecium.org/pipermail/topologos/attachments/20110903/b6966e46/attachment.htm>


More information about the Topologos mailing list