Je suis au contraire tout à fait sur la plaque.
Tout d’abord, vous nous livrez un document, en laissant entendre que de cette époque, 1991 donc, date votre rupture avec les Miller (cf. titre du billet). Rupture dont j’imagine qu’elle s’accompagne ou s’occasionne d’une perte de confiance. Je suppose donc que vous n’avez qu’une confiance modérée dans les miller.
Par ailleurs, vos autres articles, (sur Yerodia, sur "de qui a peur JAM etc.) ne laissent pas de faire apparaître en vous un observateur plus que critique des agissements de l’ECF et de JAM en pariculier.
Enfin, vous êtes parti en 1991 et avez remis les bandes en 2001.
De tous ces éléments, et à moins d’une rectification de ma compréhension, je ne peux que conclure à une grande incohérence dans la décision de remettre les bandes tout de même à la famille Miller.
Premier argument évident : vous invoquez la légalité et l’aspect « exécuteur testamentaire ». Mais pourquoi déposer les bandes en 2001, alors qu’en 1991, les miller étaient déjà exécuteurs testamentaires. Pendant dix, vous avez donc bien conservé vos enregistrements. Ce n’est donc pas l’argument légal qui vous a poussé.
Deuxième argument l’aspect de conservation et de diffusion. Vous dites que ce qui est le « mieux » pour la psychanalyse, c’est qu’ils puissent être conservés et diffusés plutôt que de se décomposer dans vos placards. Certes. Mais il se trouve que l’état de la technologie rend cet argument un peu caduque. A une certaine époque, il fallait sans doute des labo de sons bien équipés pour conserver des enregistrements, mais à l’heure actuelle, il ne faut pas disposer de bien du matériel pour numériser du son. Et on peut assez facilement trouver quelqu’un qui sache le faire et ensuite multiplier les supports. Pour la diffusion et la conservation, c’est sûr que le mieux eût été l’ina en 1991, mais à défaut, je ne vois pas en quoi un autre particulier que vous, JAM et sa femme en l’occurence, serait mieux équipé pour conserver les enregistrements. Ou alors ma connaissance des écoles est lacunaire et l’ECF dispose d’un labo de son et d’une bibliothèque audio parfaitement performante. On aurait pu penser aussi, à défaut, à une université, de psycho ou non, comme l’ilpga de Paris 3 par exemple. Les phonéticiens sont toujours contents d’avoir du corpus, et confier ce corpus à une université le rend accessible, utilisable et conservable. On pourrait penser aussi à diverses associations de psychanalyse, quoique là bon, ça peut poser un problème.
De tout évidence, pour ce qui est de la conservation, le plus urgent est de démultiplier les supports de sauvegarde, en réenregistrant, en numérisant etc. Je ne suis pas sûr de l’infaillibilité de confier les originaux à telle personne privée plutôt qu’à telle autre.
Enfin sur l’utilité pour la psychanalyse que ces enregistrements reviennent aux héritiers. Franchement ? La bonne diffusion de l’enseignement de lacan revient à mon avis seulement pour moitié à JAM, et l’autre moitié est due au travail de gens qui diffusent plus ou moins « sous le manteau », ce qui contribue à multiplier les sources, précisément en résistance à la façon de faire JAMesque. JAM, on le sait, fait un travail très ambivalent avec les séminaires et le reste, diffusant de telle sorte que sa qualité de diffuseur et source légitimée par l’héritage et le statut familial, lui garantisse la pérennité d’une certaine emprise sur le milieu se référant à la parole de lacan. Légitimité qu’aucun autre de ses mérites, acquis en son nom propre, ne pourrait lui assurer. Des ex. ulmiens agrégés de philo fumant le cigare, il y en a beaucoup. Il n’a par ailleurs aucune légitimité clinique particulière. Par ailleurs, d’après sa lettre que vous publiez, il semble qu’il mente, si toutefois le document « Lacan débarbouillé » (Max Milo) est véridique. G. Bergougnioux aurait adressé, en tant que philologue lecteur de lacan, de nombreuses lettres relevant des erreurs manifestes ou potentielles dans la transcription des séminaires parus au seuil, s’adressant parfaitement « gentiment » à JAM. Celui-ci n’a que rarement répondu et tenu compte comme ça lui chantait.
De tout cela je conclus qu’il y a fort à douter de la droiture avec laquelle JAM s’aquitte de son rôle d’executeur testamentaire et diffuseur de l’enseignement de Lacan. Et si il paraît de bonne interprétation du droit de lui remettre, ou à Judith, les enregistrements, on peut aussi penser qu’il y a une légitimité, au-delà de la légalité, à conserver ces bandes puisque ce sont les vôtres et que vous êtes vous aussi, votre site en témoigne, soucieux de la diffusion de la parole de lacan.
D’où mon incompréhension : pourquoi diable remettre, dix ans plus tard, les bandes à la famille miller, dont rien ne dit qu’elle en fera un meilleur usage que vous, mais se réjouira sans doute d’avoir un bout d’héritage en plus pour monnayer une légitimité analytique plus que diaphane...
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