[Lutecium-group] quelques notes de lecture sur l'agressivitX en psychanalyse et son extension dans le champ du politique

Catherine Grandjean catherine-grandjean at cegetel.net
Wed Aug 23 13:12:50 UTC 2006


Je n'ai pas, pour ma part, d'ordinateur que je pourrais vous donner, mais je
sais déjà le regret de ne plus vous lire.

--
Catherine


----- Original Message -----
From: "thanh-thang.ly" <thanh-thang.ly at wanadoo.fr>
To: "Liliane.Fainsilber" <Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr>; "Groupe de travail
pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Wednesday, August 23, 2006 12:58 PM
Subject: Re: [Lutecium-group] quelques notes de lecture sur l'agressivitX en
psychanalyse et son extension dans le champ du politique


lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---

Mon Compaq Presario Windows 98 à l'agonie et qui s'essouffle de sa fin de
vie, une connexion de Wanadoo Intégrale de plus en plus lente et difficile,
ces logiciels de moins en moins compatibles avec la technologie nouvelle
(dont prochainement l'anti virus)... dureront ce qu'ils endureront... avec
les mails privés (familiaux et amicaux)

Désinscription triste ce dimanche prochain avec l'aide d'un ami averti
et bonne continuation à tous... dans l'attente d'un ordinateur plus moderne
pour ô ces beaux jours !

A quelques unes et uns devenus tous dans une amitié accordée ou venue à mon
Bout du Village,
les mots et la voix de l'ami Léo Ferré:

                [ ...]
                les mots d'amour c'est comm' les fleurs
                ça ne se cueille qu'une fois
                je t'aime un peu de tout mon coeur
                et je m'effeuille entre tes doigts
                dans mon jardin j'ai tout coupé
                il ne reste rien pour demain
                qu'un peu de ma joie en allée
                dans la bruyère de satin

                la fleur de l'âge
                c'est l'avenir qui meurt à l'aube
                quand tu oublies que je t'oublie
                [...]

A mon amie et aînée Liliane Fainsilber qui m'a inscrit en Lutécium en 2000,
pour son travail actuel sur l'agressivité en psychanalyse,
"Laissez moi la place de crever..."
 in l'Espèce Humaine de Robert ANTELME: (page 279 -chapitre La Fin édition
Gallimard 1996-)

Ly thanh thang
Peintures à l'huile en nature et sur motif
Le Bout du Village par la route de Samouillan
Lussan Adeilhac 31430 France

  ----- Message d'origine -----
  De : Liliane.Fainsilber
  À : Lutécium
  Envoyé : mercredi 23 août 2006 11:00
  Objet : [Lutecium-group] quelques notes de lecture sur l'agressivité en
psychanalyse et son extension dans le champ du politique


  lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
  Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
  ---
  Bonjour à tous,



  je vous fais part du travail que j'ai avancé cet été et qui a pour visée
  ceci : Questions sur cette "dégénérescence catastrophique » de la fonction
  du père dans le champ social, dégénérescence que Lacan évoquait en 1974
dans
  le séminaire des non dupes errrent, ( séance du 19 mars 1974) mais qu''il
  évoquait déjà bien avant, notamment en 1938, dans "les complexes
familiaux"
  et aussi en 1948-1950 avec ce bouquet de textes centré autour de
  "L'agressivité en psychanalyse", avec les deux textes qui lui sont proches
  "fonctions de la psychanalyse en criminologie" et ses "Propos sur la
  causalité psychique".



  A l'orée de ce travail, je voudrais citer ce passage qui sert de balise,
de
  point d'ancrage :

  "Une fonction de puissance et de tempérament à la fois - un impératif non
  plus aveugle, mais "catégorique" - une personne qui domine et arbitre le
  déchirement avide et l'ambivalence jalouse qui fondaient les relations
  premières de l'enfant avec sa mère et avec le rival fraternel, voici ce
que
  le père représente... " ( Propos sur la causalité psychique, Ecrits, p.
182)



  J'ai commencé à lire, avec ce fil de lecture, l'un de ces textes, celui de
  l'agressivité en psychanalyse. J'ai suivi l'argumentation de Lacan mais en
  l'accentuant vers sa fin, qui est celle de la question de l'agressivité
  lorsqu'elle est transférée du champ clos familial au champ social, on
passe
  donc de la psychanalyse à la politique. Ce passage m'a toujours paru un
peu
  risqué pourtant, Lacan prenant appui sur Platon, je pense que c'est en se
  référant à "La république", affirme que "les passions de l'âme sont les
  mêmes que celles de la cité". Leurs moyens d'approche devraient donc
pouvoir
  être les mêmes.



  Pour faciliter la lecture, j'ai décomposé ce texte en quatre parties. Je l
’ai
  aussi mis sur le site du goût de la psychanalyse à cette adresse
  http://perso.orange.fr/liliane.fainsilber/pages/chantier/chantier.htm



  Si vous pouviez m'en donner quelques échos, ils seraient les bienvenus.
Mais
  déjà ce que Michel avait écrit de la barbarie comme incluse dans la
  civilisation elle-même, sécrétée par elle, m'a beaucoup éclairé sur ces
  points qui gardent encore pour moi beaucoup de zones d'ombre.  Bonne
journée
  à tous. Liliane Fainsilber.





  Notes de lecture sur le texte de Lacan de 1948 « L’agressivité en
  psychanalyse »



  1

  Les cinq thèses ou remarques avancées par Lacan





  A propos de l’œuvre freudienne, Lacan affirme « qu’à l’opposé du
dogmatisme
  qu’on nous impute, nous savons que le système reste ouvert non seulement
  dans son achèvement mais dans plusieurs de ses jointures. »



  Et l’une de ces jointures est celle de la pulsion de mort que Lacan évoque
  comme étant « la tentative la plus profonde qui ait paru de formuler une
  expérience de l’homme dans le registre de la biologie »



  Cette aporie, cette question de la pulsion de mort et donc cette
  articulation au biologique, Lacan la met en jonction avec la notion de l’
agressivité
  :

  «  Cette aporie est au cœur de la notion de l’agressivité, dont nous
  mesurons mieux chaque jour,  la part qu’il convient de lui attribuer dans
l’économie
  psychique. »



  Lacan va aborder cette question avec ce que nous connaissons déjà, la
  prématurité  de la naissance et l’importance de l’image dans la
constitution
  du monde humain.  C’est au niveau de cette image du petit autre, de son
  rival, que le sujet peut  constituer le monde de ses désirs, non sans
passer
  par le désir de détruire celui qui a la préférence dans le désir de l’
Autre
  maternel, celui qui détient l’objet de sa jalousie et de sa convoitise.

  Il ne le cite pas dans ce texte mais Lacan, à ce propos, fait très souvent
  référence au texte de Saint Augustin, celui où il décrit un enfant
  contemplant d’un œil plein de haine et de jalousie, son petit frère de
lait,
  appendu au sein de sa nourrice.

  C’est là la source de tous les biens, mais aussi la source de tous les
  désirs de mort vis-à-vis de ces redoutables concurrents.



  Lacan dans ce texte va développer cinq thèses ou remarques

  Je ne fais que les citer pour l’instant



  Thèse I – L’agressivité se manifeste dans l’expérience analytique, elle
est
  là pour ça.

  Thèse II – L’agressivité se manifeste dans l’analyse d’une part comme
  intention d’agression, d’autre part comme des images de dislocation
  corporelle que Lacan a fait reconnaître sous le nom d’ « imagos du corps
  morcelé » et qui correspondent  donc à un retournement de ces pulsions
  agressives sur le corps propre du sujet, en rétorsion.

  Thèse III – En fonction de ces ressorts agressifs, la technique analytique
  en dépend, mieux vaut, autrement dit, ne pas trop la provoquer, venir la
  titiller.

  Thèse IV – « L’agressivité est la tendance corrélative d’un mode d’
identification
  que nous appelons narcissique ».

  Voila donc ce que Lacan va décrire comme étant le mode de connaissance
  paranoïaque de l’objet. C’est la partie la plus importante de ce texte. J’
en
  cite déjà ce passage :

  A propos du moi, il écrit : « cette forme se cristallisera en effet dans
la
  tension conflictuelle interne au sujet, qui détermine l’éveil de son désir
  pour l’objet du désir de l’autre : ici le concours primordial se précipite
  en concurrence agressive, et c’est d’elle que naît la triade de l’autrui,
du
  moi et de l’objet. »

  Ce que Lacan démontrera c’est que par la fonction du père, la fonction de
l’Œdipe,
  cette  agressivité peut et doit être surmontée.



  Thèse V – C’est ce qui nous intéressera la plus, l’agressivité ainsi
  replacée dans le contexte de l’expérience analytique donne un éclairage de
  son rôle « dans la névrose moderne et le malaise de la civilisation »



  Ce sont ces deux dernières parties qui m’intéressent le plus par rapport à
  la violence dans les groupes humains ; Il y a un passage qui mériterait
  quelques développements,  surtout en le reprenant dans le contexte actuel,
  de nos jours, en 2006, tandis que ce texte date de 1948 :

  «  Bien plus pour abolir la polarité cosmique des principes mâle et
femelle,
  notre société connaît toutes les incidences propres au phénomène moderne
dit
  de la lutte des sexes.

  « La lutte des sexes » Ce n’est pas rien. ! En quoi est-ce un phénomène
  moderne ?





  Mises en pièces agressives

  2



  Thèse II – « l’agressivité, dans l’expérience,  nous est donnée comme
  intention d’agression  et comme image de dislocation corporelle, et c’est
  sous de tels modes qu’elle se démontre efficiente ».



  Cette agressivité se manifeste dans les symptômes, dans ses lapsus et ses
  actes manqués,  « dans le finalité implicite de ses conduites et de ses
  refus – dans les ratés de son action – dans l’aveu de ses fantasmes
  privilégiés – dans les rébus de sa vie onirique. »

  Puisque nous travaillons en ce moment l’Homme aux rats, on ne peut trouver
  mieux comme exemple : au moment où le « capitaine cruel » fit le récit de
ce
  supplice des rats, pratiqués en orient, supplice qui consistait à
introduire
  deux rats affamés dans l’anus du supplicié, immédiatement lui vint à l’
idée
  cette représentation, ou plutôt nous dit Freud ce souhait, que sa Dame
  vénérée subisse ce supplice des rats.



  Mais elle est mise en acte, cette même agressivité « dans l’action
  formatrice d’un individu sur les personnes de sa dépendance ».

   « L’agressivité intentionnelle ronge, mine, désagrège, elle châtre ; elle
  conduit à la mort : « Et moi qui croyais que tu étais impuissant ! »
  gémissait dans un cri de tigresse une mère à son fils qui venait de lui
  avouer non sans peine, ses tendances homosexuelles. Et on pouvait voir que
  sa permanente agressivité de femme virile n’avait pas été sans effets »



  A partir de cette  bien rude mise en garde, ne pourrait-on pas poser cette
  question à brûle-pourpoint : qu’en serait-il de ces intentions agressives
  dans les dites formations du psychanalyste ?

  Ouf, une affirmation de Lacan nous sauve la mise : « Je n’ai jamais parlé
de
  formation des psychanalystes mais de leurs formations de l’inconscient » !
  Nous voila au moins préservé de ces embûches mais est-ce bien sûr, ne se
  manifesteraient-elles pas de façon sauvage dans toutes les formations en
  groupe, y compris celle des psychanalystes ?



  Pour rendre compte de ces intentions agressives qui se retournent
  éventuellement sur le sujet lui-même, Lacan emprunte à la théorie
  analytique, notamment à Mélanie Klein, ce « terme antique d’Imago ».  A
mon
  avis, c’est un terme proche du signifiant, il le définit comme un «
  engramme », c'est-à-dire une marque qui a des effets à la fois symbolique
et
  imaginaire. Parmi ces imagos, il en invente une à laquelle il donne le nom
d’imago
  du corps morcelé ou encore, comme il l’écrit dans l’en-tête de cette thèse
  II, des images de dislocation corporelle. Le corps est littéralement mis
en
  morceau, déchiqueté sous l’effet du désir de destruction du sujet.

  « Il n’est besoin que d’écouter la fabulation et les jeux des enfants,
  isolés ou entre eux, entre deux et cinq ans pour savoir qu’arracher la
tête
  et crever le ventre sont des thèmes spontanés de leur imagination, que l’
expérience
  de la poupée démantibulée ne fait que combler ».



  Il n’est besoin aussi que de se rappeler les rêves de morcellement que
fait
  tout analysant en cours d’analyse, rêves qui ne sont que le retournement
sur
  le corps propre de tous ces désirs de mort éprouvés vis-à-vis de ses
objets
  rivaux et notamment de ses frères et sœurs.

  Ce qui m’avait frappé, à propos de ces rêves, c’est à quel point ils
  surgissent toujours dans un contexte où se révèle avec acuité les
  défaillances de la métaphore paternelle. Ils en sont le stigmate.





  Action « salvatrice » de l’identification au père

  3

  Thèse IV. Lacan lui donne ce titre ou plutôt cet argument : «  l’
agressivité
  est corrélative d’un mode d’identification que nous appelons
narcissique… »



  Lacan distingue l’intention agressive et la tendance à l’agression. Si j’
ai
  bien suivi cette intention agressive se révèle dans ce qu’on peut
qualifier
  comme états d’âme : craintes fantasmatiques, colère, tristesse active ou
  fatigue psychasthénique tandis que « la tendance agressive se révèle
  fondamentale dans une certaine série d’états significatifs de la
  personnalité qui sont les psychoses paranoïdes et paranoïaques ».



  Pour décrire en quoi cette tendance à l’agression est liée à la
constitution
  du moi dans son rapport à un objet rival, Lacan cite une fois de plus ce
  passage des confessions de Saint Augustin où il décrit la jalousie d’un
  enfant contemplant d’un regard empoisonné son petit frère de lait appendu
au
  sein de sa nourrice.

  Il fait également référence aux mauvais objets internes de Mélanie Klein,
où
  elle décrit d’une part l’empire maternel  comme un champ clos, ou les
frères
  et sœurs réels ou virtuels se livrent une lutte sans merci, le père y
étant
  déjà présent, sous la forme de son pénis, un pénis mordant et malfaisant,
et
  d’autre part, l’enceinte du corps propre livré par rétorsion aux mêmes
  destructions, ce sont ces images de ce corps livré à des forces maléfiques
  qui châtrent, détruisent par poison et armes de toutes sortes ce corps de
l’enfant
  que Lacan a nommé  « imago du corps morcelé », car mis en pièces par les
  violences de l’agression.



  Lacan écrit « la notion d’une agressivité comme tension corrélative de la
  structure narcissique dans le devenir du sujet permet de comprendre dans
une
  fonction très simplement formulée toutes sortes d’accidents et d’atypies
de
  ce devenir ».  Dans le fil de cette affirmation, peut-on considérer, par
  exemple, que  la question des violences à l’école et dans la rue peuvent
  être abordées dans ce registre-là, comme faisant partie de ces « atypies »
?

  Il me parait intéressant de les aborder en effet pas ce biais, car Lacan
les
  relie d’emblée à la question de la fonction de l’Œdipe et donc à la
fonction
  du père, dans l’Œdipe.

  Voici en effet ce qu’il en avance dans les quelques lignes qui suivent :

  « Nous indiquerons ici comment nous en concevons la liaison dialectique
avec
  la fonction du complexe d’Œdipe. Celle-ci dans sa normalité est de
  sublimation, qui désigne très précisément un remaniement identificatoire
du
  sujet … une identification secondaire par introjection de l’imago du
parent
  de même sexe… Mais il est clair que l’identification à l’objet rival ne va
  pas de soi… »



  Mais là où la jonction se fait donc entre cette intense rivalité
imaginaire
  où on souhaite purement et simplement la disparition et la destruction de
l’autre
  et cette identification symbolique à ses insignes, c’est justement là que
se
  marque la fonction du père :

  «  Freud en effet nous montre que le besoin d’une participation, qui
  neutralise le conflit inscrit après le meurtre dans la situation de
rivalité
  avec les frères est le fondement de l’identification au Totem paternel.
  Ainsi l’identification oedipienne est celle par où le sujet transcende l’
agressivité
  constitutive de la première individuation subjective. Nous avons insisté
sur
  le pas qu’elle constitue dans l’instauration de cette distance, par quoi,
  avec les sentiments de l’ordre du respect, est réalisée toute une
assomption
  subjective du prochain.



  Il me semble que cette fonction de l’Œdipe et l’identification au père qu’
implique
  sa traversée peut d’emblée nous éclairer sur cette question de la violence
  dans la cité, nous indiquer quels chemins suivre pour l’aborder et
  éventuellement pour y remédier. Ce dernier point étant bien sûr plus qu’
hypothétique,
  puisque les solutions ne pourraient être trouvées que pour chaque sujet.





  Je vais arriver au point 4, celui qui est l’objet de cette lecture : le
rôle
  de l’agressivité « dans la névrose moderne et le malaise dans la
  civilisation ». Ce malaise était celui de 1938. Nous sommes en 2006 et
  depuis de l’eau a coulé sous les ponts et pour la névrose moderne et pour
ce
  malaise de la civilisation.



  L’exaltation et la valorisation de l’agressivité dans le champ social

  au nom de la lutte pour la vie

  4



  Dans sa remarque au sujet de l’agressivité en psychanalyse que Lacan nomme
  thèse V, ( page 120 des Ecrits) il passe de la description de l’
agressivité
  mise en jeu dans sa constitution de sujet du désir au travers ses
différents
  objets de concurrence par rapport au désir de l’Autre ( cf. la description
  de Saint Augustin : l’enfant éprouvant une intense jalousie à la vue de
son
  petit frère de lait, appendu au sein de sa mère) qui marque donc les
  différentes étapes de la constitution de ses identifications jusqu’à l’
identification
  symbolique au père, aux insignes du père, à l’agressivité telle qu’elle
est
  mise en acte mais surtout également valorisée dans le champ social.



  Ici, dans ce passage, Lacan utilise un terme surprenant en tant qu'il
  implique un jugement, un jugement de valeur sur ce qui est juste et
injuste
  :

  Il l’annonce ainsi : nous ne voulons ici qu’ouvrir une perspective sur les
  verdicts que dans l’ordre social actuel nous permet notre expérience. La
  prééminence de l’agressivité dans notre civilisation serait déjà
  suffisamment démontrée par le fait qu’elle est habituellement confondue
dans
  la morale moyenne avec la vertu de la force. Très justement comprise comme
  significative d’un développement du moi, elle est tenue pour d’un usage
  social indispensable et si communément reçue dans les mœurs qu’il faut,
pour
  en mesurer la particularité culturelle, se pénétrer du sens et des vertus
  efficaces d’une pratique comme celle du Jang dans la morale publique et
  privée des chinois. »



  (Lacan évoque à nouveau cette pratique du Jang dans le texte suivant, «
  Fonctions de la psychanalyse en criminologie » il la décrit ainsi : «
  cérémonial des refus que la politesse chinoise pose comme échelons à la
  reconnaissance d’autrui »  S’agirait-il dans ce cas d’une sorte de
processus
  de dénégation portant sur l’importance que l’on est sensé accorder à son
  propre moi au détriment de celui d’autrui ?

  Cela me fait penser à une formule  que l’on répétait dans ma famille que
  nous trouvions quelquefois amusante, quelque fois beaucoup moins, quand
nous
  étions visés, « tout ce qui est à toi est à moi et tout ce qui est à moi,
je
  le garde ». Sous forme de plaisanterie c’était une soit un reproche
déguisé,
  soit une incitation à partager. Là, il semble que dans cette pratique
  chinoise, ce soit le sujet lui-même qui minimise l’importance de son moi
  comparé à celui de l’autre.



  Enfin l’important c’est ce que Lacan souligne cette culture, cette
  exaltation de la force et de la lutte pour la vie qui est valorisée et
  érigée en règle de vie, dans notre champ social actuel.

  Pour le démontrer Lacan fait appel à de très nombreuses références et c’
est
  là que j’ai eu beaucoup de difficultés à déchiffrer ce passage. Je ne peux
  donc là que cerner les articulations qu’il développe sans pouvoir repérer
  dans quel sens va son argumentation. Il y a deux pages qu’il consacre à
  cette démonstration pages 121 et 122.

  1 : Les prédations de la société victorienne

   A propos des théories de Darwin et « le prestige de la lutte pour la
vie »
  il fait référence « aux prédations de la société victorienne et l’euphorie
  économique qui sanctionnait pour elle la dévastation sociale qu’elle
  inaugurait à l’échelle de la planète, à ce qu’il les justifie par l’image
d’un
  laisser faire des dévorants les plus forts dans leur concurrence pour leur
  proie naturelle »

  Donc cette morale civilisée est celle du plus gros qui mange le petit.



  2 – Il reprend aussi la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel
pour
  contrer, pour critiquer, ce laisser faire des dévorants – c’est tout au
  moins la façon dont j’essaie de l’interpréter : « Avant lui pourtant Hegel
  avait donné la théorie pour toujours de la fonction propre de l’
agressivité
  dans l’ontologie humaine, semblant prophétiser la loi de fer de notre
temps.
  C’est du conflit du maître et de l’esclave qui déduit tout le progrès
  subjectif et objectif de notre histoire, faisant surgir de ces crises les
  synthèses qui représentent les formes les plus élevées du statut de la
  personne en occident, du stoïcien au chrétien et jusqu’au citoyen futur de
l’Etat
  universel »

  (Je mets en note une présentation de cette dialectique hégélienne (1) et
en
  mettant quand même en filigrane cette question, où Lacan se situe-t-il là
?
  Il me semble qu’il décrit là une sorte de hors champ de la psychanalyse
qui
  serait celui du champ social ou du politique.



  Et dans ce contexte - celui de la dialectique du maître et de l’esclave -
  surgit une évocation de la révolte des esclaves avec le nom de Spartacus,
au
  temps de Rome mais aussi de ce mouvement spartakiste communiste qui avait
  pris naissance en Allemagne et dont Rosa Luxembourg était l’émouvante
  égérie. Je ne comprends pas bien ce passage mais je vous en fait part tel
  quel «  On sait l’armature qu’a donnée cette doctrine profonde (celle de
  Hegel) au spartacisme constructif de l’esclave recréé par la barbarie du
  siècle darwinien ».

  C’est ce terme « constructif » qui sollicite mon attention dans cette
  phrase. Comme si ce spartacisme était source de progrès.



  3 – Sur les raisons de cette barbarie, une référence maintenant aux formes
  culturelles que nous détruisons dans le monde donne une idée de ce qui
  manque, ce qui fait désormais défaut à notre civilisation :

  Lacan prend pour l’évoquer appui sur « La république de Platon » pour
poser
  que les passions de l’âme et de la cité sont les mêmes. (Est-ce à dire qu’
elles
  doivent subir les mêmes lois, et qu’à un moment donné, ces relations
  imaginaires de conflit, de lutte à mort, doivent passer par la loi, celle
du
  pacte entre les belligérants ?)



  a-    « absence de saturations du surmoi et de l’idéal du moi »

  Il indique que l’une des raisons de cette barbarie est liée à « l’absence
  croissante de toutes ces saturations du surmoi et de l’Idéal du moi, qui
  sont réalisées dans toutes sortes de formes organiques de nos sociétés
  traditionnelles, formes qui vont des rites de l’intimité quotidienne aux
  fêtes périodiques où se manifeste la communauté. »



  Le terme de saturation est un mot énigmatique en lui-même, faudrait-til y
  voir une sorte de manifestation exagérée, exaltée ?



  Là il me semble qu’il faudrait retrouver un peu tout ce que Freud raconte
  dans Totem et tabou et aussi dans les Moïse de ces fêtes commémoratives de
  la mort du père perpétré par les fils et ces festins cannibaliques où on
se
  propose de partager un petit bout de ce père, par où on s’identifie à lui.
C’est
  donc par ces fêtes du groupe un rappel de cette commune loi que tous ont
  accepté et qui met fin à la lutte sans merci, avec l’interdit non
seulement
  de l’inceste mais du meurtre.



  b- la lutte des sexes

  Une autre raison qu’il donne comme source de cette barbarie éveille à elle
  seule beaucoup de questions :

  « Bien plus pour abolir la polarité cosmique des principes mâle et
femelle,
  notre société connaît toutes les incidences psychologiques propre au
  phénomène moderne dit de la lutte des sexes.



  En quoi est-ce un phénomène moderne ? Est-ce que c’est à cette lutte des
  sexes qu’est liée, par des voies d’abord qui auraient besoin d’être
  précisées, ce que Lacan n’hésite pas à nommer forclusion du nom du père
dans
  le champ social ; terme qu’il réserve pourtant au mécanisme de la
psychose.



   Je formule ma question telle qu’elle me vient sous une forme un peu rude
:
  est-ce que ce ne serait pas cette « lutte des sexes » lutte des sexes qui,
  disons le mot, doit se faire autour de la possession ou non du phallus, d’
un
  phallus pris et maintenu au niveau de l’imaginaire, est-ce donc ceci qui
  ferait obstacle au fait qu’une femme, par rapport à son enfant, ne
pourrait
  pas lui donner accès à cette parole du père, celle qui lui donnerait accès
à
  son propre désir, même s’il ne peut suivre que les chemins du désir de l’
Autre,
  puis, à un certain moment, pouvoir en être coupé, en être libéré ?



  Mais ce qui est difficile à saisir, c’est que c’est aussi de la façon dont
  la métaphore paternelle a pu entrer en jeu pour cette mère-là, que dépend
le
  fait qu’elle peut ou non donner accès à son enfant à cette loi du père, la
  loi qui fait qu’elle se trouve manquante et donc désirante.



  Questions à foison



  1 - en quoi cette « dégénérescence catastrophique » de la fonction du père
  énoncée plus tardivement par Lacan en 1974,  interfère-t-elle dans ces
  rapports pour le moins conflictuels entre les sexes ?



  2 - Encore une autre question : qui est premier, est-ce ce qui concerne le
  champ social ou est-ce ce qui concerne le sujet ?  A propos de cette
  question, Lacan utilise une très curieuse formule qui mériterait
élucidation
  : il évoque une « déhiscence du groupe familial au sein de la société ».
Je
  cite ce passage car il me paraît être la charnière, la goupille qui permet
  de passer du champ de la psychanalyse à celui du politique :

  Toute son argumentation est centrée sur ce qu’en 1950 donc, il appelle « l
’oedipisme
   ».



  « Les structures de la société sont symboliques ; l’individu en tant q’uil
  est normal s’en sert pour des conduites réelles ; en tant qu’il est
  psychopathe, il les exprime par des conduites symboliques […]



  C’est en quoi le symbolisme, d’ores et déjà reconnu dans le premier ordre
de
  délinquance, que la psychanalyse ait isolé comme psychopathologique ( je
  pense qu’il s’agit des mises en actes de la violence) nous permettent de
  préciser en extension comme en compréhension, la signification sociale de
l’oedipisme,
  comme de critiquer la notion de surmoi pour l’ensemble des sciences de l’
homme.
  Or les effets psychopatohologiques en leur majeure partie, sinon en leur
  totalité, où sont révélées les tensions de l’oedipisme… nous laissent à
  penser qu’ils expriment une déhiscence du groupe familial au sein de la
  société. »


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