[Lutecium-group] quelques notes de lecture sur l'agressivité en psychanalyse et son extension dans le champ du politique

Guy Flecher guy.flecher at wanadoo.fr
Wed Aug 23 12:54:56 UTC 2006


赠汪伦
李白乘舟将欲行
忽闻岸上踏歌声
桃花潭水深千尺
不及汪伦送我情

李白


Guy Flecher
http://www.lacanchine.com


Le 23 août 06 à 12:58, thanh-thang.ly a écrit :

> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
>
> Mon Compaq Presario Windows 98 à l'agonie et qui s'essouffle de sa  
> fin de vie, une connexion de Wanadoo Intégrale de plus en plus  
> lente et difficile, ces logiciels de moins en moins compatibles  
> avec la technologie nouvelle (dont prochainement l'anti virus)...  
> dureront ce qu'ils endureront... avec les mails privés (familiaux  
> et amicaux)
>
> Désinscription triste ce dimanche prochain avec l'aide d'un ami  
> averti
> et bonne continuation à tous... dans l'attente d'un ordinateur plus  
> moderne pour ô ces beaux jours !
>
> A quelques unes et uns devenus tous dans une amitié accordée ou  
> venue à mon Bout du Village,
> les mots et la voix de l'ami Léo Ferré:
>
>                 [ ...]
>                 les mots d'amour c'est comm' les fleurs
>                 ça ne se cueille qu'une fois
>                 je t'aime un peu de tout mon coeur
>                 et je m'effeuille entre tes doigts
>                 dans mon jardin j'ai tout coupé
>                 il ne reste rien pour demain
>                 qu'un peu de ma joie en allée
>                 dans la bruyère de satin
>
>                 la fleur de l'âge
>                 c'est l'avenir qui meurt à l'aube
>                 quand tu oublies que je t'oublie
>                 [...]
>
> A mon amie et aînée Liliane Fainsilber qui m'a inscrit en  
> Lutécium en 2000,
> pour son travail actuel sur l'agressivité en psychanalyse,
> "Laissez moi la place de crever..."
>  in l'Espèce Humaine de Robert ANTELME: (page 279 -chapitre La Fin  
> édition Gallimard 1996-)
>
> Ly thanh thang
> Peintures à l'huile en nature et sur motif
> Le Bout du Village par la route de Samouillan
> Lussan Adeilhac 31430 France
>
>   ----- Message d'origine -----
>   De : Liliane.Fainsilber
>   À : Lutécium
>   Envoyé : mercredi 23 août 2006 11:00
>   Objet : [Lutecium-group] quelques notes de lecture sur  
> l'agressivité en psychanalyse et son extension dans le champ du  
> politique
>
>
>   lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>   Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>   ---
>   Bonjour à tous,
>
>
>
>   je vous fais part du travail que j'ai avancé cet été et qui a  
> pour visée
>   ceci : Questions sur cette "dégénérescence catastrophique » de  
> la fonction
>   du père dans le champ social, dégénérescence que Lacan  
> évoquait en 1974 dans
>   le séminaire des non dupes errrent, ( séance du 19 mars 1974)  
> mais qu''il
>   évoquait déjà bien avant, notamment en 1938, dans "les  
> complexes familiaux"
>   et aussi en 1948-1950 avec ce bouquet de textes centré autour de
>   "L'agressivité en psychanalyse", avec les deux textes qui lui  
> sont proches
>   "fonctions de la psychanalyse en criminologie" et ses "Propos sur la
>   causalité psychique".
>
>
>
>   A l'orée de ce travail, je voudrais citer ce passage qui sert de  
> balise, de
>   point d'ancrage :
>
>   "Une fonction de puissance et de tempérament à la fois - un  
> impératif non
>   plus aveugle, mais "catégorique" - une personne qui domine et  
> arbitre le
>   déchirement avide et l'ambivalence jalouse qui fondaient les  
> relations
>   premières de l'enfant avec sa mère et avec le rival fraternel,  
> voici ce que
>   le père représente... " ( Propos sur la causalité psychique,  
> Ecrits, p. 182)
>
>
>
>   J'ai commencé à lire, avec ce fil de lecture, l'un de ces  
> textes, celui de
>   l'agressivité en psychanalyse. J'ai suivi l'argumentation de  
> Lacan mais en
>   l'accentuant vers sa fin, qui est celle de la question de  
> l'agressivité
>   lorsqu'elle est transférée du champ clos familial au champ  
> social, on passe
>   donc de la psychanalyse à la politique. Ce passage m'a toujours  
> paru un peu
>   risqué pourtant, Lacan prenant appui sur Platon, je pense que  
> c'est en se
>   référant à "La république", affirme que "les passions de  
> l'âme sont les
>   mêmes que celles de la cité". Leurs moyens d'approche devraient  
> donc pouvoir
>   être les mêmes.
>
>
>
>   Pour faciliter la lecture, j'ai décomposé ce texte en quatre  
> parties. Je l’ai
>   aussi mis sur le site du goût de la psychanalyse à cette adresse
>   http://perso.orange.fr/liliane.fainsilber/pages/chantier/ 
> chantier.htm
>
>
>
>   Si vous pouviez m'en donner quelques échos, ils seraient les  
> bienvenus. Mais
>   déjà ce que Michel avait écrit de la barbarie comme incluse  
> dans la
>   civilisation elle-même, sécrétée par elle, m'a beaucoup  
> éclairé sur ces
>   points qui gardent encore pour moi beaucoup de zones d'ombre.   
> Bonne journée
>   à tous. Liliane Fainsilber.
>
>
>
>
>
>   Notes de lecture sur le texte de Lacan de 1948 « L’agressivité  
> en
>   psychanalyse »
>
>
>
>   1
>
>   Les cinq thèses ou remarques avancées par Lacan
>
>
>
>
>
>   A propos de l’œuvre freudienne, Lacan affirme « qu’à  
> l’opposé du dogmatisme
>   qu’on nous impute, nous savons que le système reste ouvert non  
> seulement
>   dans son achèvement mais dans plusieurs de ses jointures. »
>
>
>
>   Et l’une de ces jointures est celle de la pulsion de mort que  
> Lacan évoque
>   comme étant « la tentative la plus profonde qui ait paru de  
> formuler une
>   expérience de l’homme dans le registre de la biologie »
>
>
>
>   Cette aporie, cette question de la pulsion de mort et donc cette
>   articulation au biologique, Lacan la met en jonction avec la  
> notion de l’agressivité
>   :
>
>   «  Cette aporie est au cœur de la notion de l’agressivité,  
> dont nous
>   mesurons mieux chaque jour,  la part qu’il convient de lui  
> attribuer dans l’économie
>   psychique. »
>
>
>
>   Lacan va aborder cette question avec ce que nous connaissons  
> déjà, la
>   prématurité  de la naissance et l’importance de l’image dans  
> la constitution
>   du monde humain.  C’est au niveau de cette image du petit autre,  
> de son
>   rival, que le sujet peut  constituer le monde de ses désirs, non  
> sans passer
>   par le désir de détruire celui qui a la préférence dans le  
> désir de l’Autre
>   maternel, celui qui détient l’objet de sa jalousie et de sa  
> convoitise.
>
>   Il ne le cite pas dans ce texte mais Lacan, à ce propos, fait  
> très souvent
>   référence au texte de Saint Augustin, celui où il décrit un  
> enfant
>   contemplant d’un œil plein de haine et de jalousie, son petit  
> frère de lait,
>   appendu au sein de sa nourrice.
>
>   C’est là la source de tous les biens, mais aussi la source de  
> tous les
>   désirs de mort vis-à-vis de ces redoutables concurrents.
>
>
>
>   Lacan dans ce texte va développer cinq thèses ou remarques
>
>   Je ne fais que les citer pour l’instant
>
>
>
>   Thèse I – L’agressivité se manifeste dans l’expérience  
> analytique, elle est
>   là pour ça.
>
>   Thèse II – L’agressivité se manifeste dans l’analyse  
> d’une part comme
>   intention d’agression, d’autre part comme des images de  
> dislocation
>   corporelle que Lacan a fait reconnaître sous le nom d’ «  
> imagos du corps
>   morcelé » et qui correspondent  donc à un retournement de ces  
> pulsions
>   agressives sur le corps propre du sujet, en rétorsion.
>
>   Thèse III – En fonction de ces ressorts agressifs, la technique  
> analytique
>   en dépend, mieux vaut, autrement dit, ne pas trop la provoquer,  
> venir la
>   titiller.
>
>   Thèse IV – « L’agressivité est la tendance corrélative  
> d’un mode d’identification
>   que nous appelons narcissique ».
>
>   Voila donc ce que Lacan va décrire comme étant le mode de  
> connaissance
>   paranoïaque de l’objet. C’est la partie la plus importante de  
> ce texte. J’en
>   cite déjà ce passage :
>
>   A propos du moi, il écrit : « cette forme se cristallisera en  
> effet dans la
>   tension conflictuelle interne au sujet, qui détermine l’éveil  
> de son désir
>   pour l’objet du désir de l’autre : ici le concours primordial  
> se précipite
>   en concurrence agressive, et c’est d’elle que naît la triade  
> de l’autrui, du
>   moi et de l’objet. »
>
>   Ce que Lacan démontrera c’est que par la fonction du père, la  
> fonction de l’Œdipe,
>   cette  agressivité peut et doit être surmontée.
>
>
>
>   Thèse V – C’est ce qui nous intéressera la plus,  
> l’agressivité ainsi
>   replacée dans le contexte de l’expérience analytique donne un  
> éclairage de
>   son rôle « dans la névrose moderne et le malaise de la  
> civilisation »
>
>
>
>   Ce sont ces deux dernières parties qui m’intéressent le plus  
> par rapport à
>   la violence dans les groupes humains ; Il y a un passage qui  
> mériterait
>   quelques développements,  surtout en le reprenant dans le  
> contexte actuel,
>   de nos jours, en 2006, tandis que ce texte date de 1948 :
>
>   «  Bien plus pour abolir la polarité cosmique des principes  
> mâle et femelle,
>   notre société connaît toutes les incidences propres au  
> phénomène moderne dit
>   de la lutte des sexes.
>
>   « La lutte des sexes » Ce n’est pas rien. ! En quoi est-ce un  
> phénomène
>   moderne ?
>
>
>
>
>
>   Mises en pièces agressives
>
>   2
>
>
>
>   Thèse II – « l’agressivité, dans l’expérience,  nous est  
> donnée comme
>   intention d’agression  et comme image de dislocation corporelle,  
> et c’est
>   sous de tels modes qu’elle se démontre efficiente ».
>
>
>
>   Cette agressivité se manifeste dans les symptômes, dans ses  
> lapsus et ses
>   actes manqués,  « dans le finalité implicite de ses conduites  
> et de ses
>   refus – dans les ratés de son action – dans l’aveu de ses  
> fantasmes
>   privilégiés – dans les rébus de sa vie onirique. »
>
>   Puisque nous travaillons en ce moment l’Homme aux rats, on ne  
> peut trouver
>   mieux comme exemple : au moment où le « capitaine cruel » fit  
> le récit de ce
>   supplice des rats, pratiqués en orient, supplice qui consistait  
> à introduire
>   deux rats affamés dans l’anus du supplicié, immédiatement lui  
> vint à l’idée
>   cette représentation, ou plutôt nous dit Freud ce souhait, que  
> sa Dame
>   vénérée subisse ce supplice des rats.
>
>
>
>   Mais elle est mise en acte, cette même agressivité « dans  
> l’action
>   formatrice d’un individu sur les personnes de sa dépendance ».
>
>    « L’agressivité intentionnelle ronge, mine, désagrège, elle  
> châtre ; elle
>   conduit à la mort : « Et moi qui croyais que tu étais  
> impuissant ! »
>   gémissait dans un cri de tigresse une mère à son fils qui  
> venait de lui
>   avouer non sans peine, ses tendances homosexuelles. Et on pouvait  
> voir que
>   sa permanente agressivité de femme virile n’avait pas été  
> sans effets »
>
>
>
>   A partir de cette  bien rude mise en garde, ne pourrait-on pas  
> poser cette
>   question à brûle-pourpoint : qu’en serait-il de ces intentions  
> agressives
>   dans les dites formations du psychanalyste ?
>
>   Ouf, une affirmation de Lacan nous sauve la mise : « Je n’ai  
> jamais parlé de
>   formation des psychanalystes mais de leurs formations de  
> l’inconscient » !
>   Nous voila au moins préservé de ces embûches mais est-ce bien  
> sûr, ne se
>   manifesteraient-elles pas de façon sauvage dans toutes les  
> formations en
>   groupe, y compris celle des psychanalystes ?
>
>
>
>   Pour rendre compte de ces intentions agressives qui se retournent
>   éventuellement sur le sujet lui-même, Lacan emprunte à la  
> théorie
>   analytique, notamment à Mélanie Klein, ce « terme antique  
> d’Imago ».  A mon
>   avis, c’est un terme proche du signifiant, il le définit comme  
> un «
>   engramme », c'est-à-dire une marque qui a des effets à la fois  
> symbolique et
>   imaginaire. Parmi ces imagos, il en invente une à laquelle il  
> donne le nom d’imago
>   du corps morcelé ou encore, comme il l’écrit dans l’en-tête  
> de cette thèse
>   II, des images de dislocation corporelle. Le corps est  
> littéralement mis en
>   morceau, déchiqueté sous l’effet du désir de destruction du  
> sujet.
>
>   « Il n’est besoin que d’écouter la fabulation et les jeux  
> des enfants,
>   isolés ou entre eux, entre deux et cinq ans pour savoir  
> qu’arracher la tête
>   et crever le ventre sont des thèmes spontanés de leur  
> imagination, que l’expérience
>   de la poupée démantibulée ne fait que combler ».
>
>
>
>   Il n’est besoin aussi que de se rappeler les rêves de  
> morcellement que fait
>   tout analysant en cours d’analyse, rêves qui ne sont que le  
> retournement sur
>   le corps propre de tous ces désirs de mort éprouvés vis-à-vis  
> de ses objets
>   rivaux et notamment de ses frères et sœurs.
>
>   Ce qui m’avait frappé, à propos de ces rêves, c’est à quel  
> point ils
>   surgissent toujours dans un contexte où se révèle avec acuité  
> les
>   défaillances de la métaphore paternelle. Ils en sont le stigmate.
>
>
>
>
>
>   Action « salvatrice » de l’identification au père
>
>   3
>
>   Thèse IV. Lacan lui donne ce titre ou plutôt cet argument : «   
> l’agressivité
>   est corrélative d’un mode d’identification que nous appelons  
> narcissique… »
>
>
>
>   Lacan distingue l’intention agressive et la tendance à  
> l’agression. Si j’ai
>   bien suivi cette intention agressive se révèle dans ce qu’on  
> peut qualifier
>   comme états d’âme : craintes fantasmatiques, colère,  
> tristesse active ou
>   fatigue psychasthénique tandis que « la tendance agressive se  
> révèle
>   fondamentale dans une certaine série d’états significatifs de la
>   personnalité qui sont les psychoses paranoïdes et paranoïaques  
> ».
>
>
>
>   Pour décrire en quoi cette tendance à l’agression est liée à  
> la constitution
>   du moi dans son rapport à un objet rival, Lacan cite une fois de  
> plus ce
>   passage des confessions de Saint Augustin où il décrit la  
> jalousie d’un
>   enfant contemplant d’un regard empoisonné son petit frère de  
> lait appendu au
>   sein de sa nourrice.
>
>   Il fait également référence aux mauvais objets internes de  
> Mélanie Klein, où
>   elle décrit d’une part l’empire maternel  comme un champ  
> clos, ou les frères
>   et sœurs réels ou virtuels se livrent une lutte sans merci, le  
> père y étant
>   déjà présent, sous la forme de son pénis, un pénis mordant et  
> malfaisant, et
>   d’autre part, l’enceinte du corps propre livré par rétorsion  
> aux mêmes
>   destructions, ce sont ces images de ce corps livré à des forces  
> maléfiques
>   qui châtrent, détruisent par poison et armes de toutes sortes ce  
> corps de l’enfant
>   que Lacan a nommé  « imago du corps morcelé », car mis en  
> pièces par les
>   violences de l’agression.
>
>
>
>   Lacan écrit « la notion d’une agressivité comme tension  
> corrélative de la
>   structure narcissique dans le devenir du sujet permet de  
> comprendre dans une
>   fonction très simplement formulée toutes sortes d’accidents et  
> d’atypies de
>   ce devenir ».  Dans le fil de cette affirmation, peut-on  
> considérer, par
>   exemple, que  la question des violences à l’école et dans la  
> rue peuvent
>   être abordées dans ce registre-là, comme faisant partie de ces  
> « atypies » ?
>
>   Il me parait intéressant de les aborder en effet pas ce biais,  
> car Lacan les
>   relie d’emblée à la question de la fonction de l’Œdipe et  
> donc à la fonction
>   du père, dans l’Œdipe.
>
>   Voici en effet ce qu’il en avance dans les quelques lignes qui  
> suivent :
>
>   « Nous indiquerons ici comment nous en concevons la liaison  
> dialectique avec
>   la fonction du complexe d’Œdipe. Celle-ci dans sa normalité  
> est de
>   sublimation, qui désigne très précisément un remaniement  
> identificatoire du
>   sujet … une identification secondaire par introjection de  
> l’imago du parent
>   de même sexe… Mais il est clair que l’identification à  
> l’objet rival ne va
>   pas de soi… »
>
>
>
>   Mais là où la jonction se fait donc entre cette intense  
> rivalité imaginaire
>   où on souhaite purement et simplement la disparition et la  
> destruction de l’autre
>   et cette identification symbolique à ses insignes, c’est  
> justement là que se
>   marque la fonction du père :
>
>   «  Freud en effet nous montre que le besoin d’une  
> participation, qui
>   neutralise le conflit inscrit après le meurtre dans la situation  
> de rivalité
>   avec les frères est le fondement de l’identification au Totem  
> paternel.
>   Ainsi l’identification oedipienne est celle par où le sujet  
> transcende l’agressivité
>   constitutive de la première individuation subjective. Nous avons  
> insisté sur
>   le pas qu’elle constitue dans l’instauration de cette  
> distance, par quoi,
>   avec les sentiments de l’ordre du respect, est réalisée toute  
> une assomption
>   subjective du prochain.
>
>
>
>   Il me semble que cette fonction de l’Œdipe et  
> l’identification au père qu’implique
>   sa traversée peut d’emblée nous éclairer sur cette question  
> de la violence
>   dans la cité, nous indiquer quels chemins suivre pour l’aborder  
> et
>   éventuellement pour y remédier. Ce dernier point étant bien  
> sûr plus qu’hypothétique,
>   puisque les solutions ne pourraient être trouvées que pour  
> chaque sujet.
>
>
>
>
>
>   Je vais arriver au point 4, celui qui est l’objet de cette  
> lecture : le rôle
>   de l’agressivité « dans la névrose moderne et le malaise dans  
> la
>   civilisation ». Ce malaise était celui de 1938. Nous sommes en  
> 2006 et
>   depuis de l’eau a coulé sous les ponts et pour la névrose  
> moderne et pour ce
>   malaise de la civilisation.
>
>
>
>   L’exaltation et la valorisation de l’agressivité dans le  
> champ social
>
>   au nom de la lutte pour la vie
>
>   4
>
>
>
>   Dans sa remarque au sujet de l’agressivité en psychanalyse que  
> Lacan nomme
>   thèse V, ( page 120 des Ecrits) il passe de la description de  
> l’agressivité
>   mise en jeu dans sa constitution de sujet du désir au travers ses  
> différents
>   objets de concurrence par rapport au désir de l’Autre ( cf. la  
> description
>   de Saint Augustin : l’enfant éprouvant une intense jalousie à  
> la vue de son
>   petit frère de lait, appendu au sein de sa mère) qui marque donc  
> les
>   différentes étapes de la constitution de ses identifications  
> jusqu’à l’identification
>   symbolique au père, aux insignes du père, à l’agressivité  
> telle qu’elle est
>   mise en acte mais surtout également valorisée dans le champ  
> social.
>
>
>
>   Ici, dans ce passage, Lacan utilise un terme surprenant en tant  
> qu'il
>   implique un jugement, un jugement de valeur sur ce qui est juste  
> et injuste
>   :
>
>   Il l’annonce ainsi : nous ne voulons ici qu’ouvrir une  
> perspective sur les
>   verdicts que dans l’ordre social actuel nous permet notre  
> expérience. La
>   prééminence de l’agressivité dans notre civilisation serait  
> déjà
>   suffisamment démontrée par le fait qu’elle est habituellement  
> confondue dans
>   la morale moyenne avec la vertu de la force. Très justement  
> comprise comme
>   significative d’un développement du moi, elle est tenue pour  
> d’un usage
>   social indispensable et si communément reçue dans les mœurs  
> qu’il faut, pour
>   en mesurer la particularité culturelle, se pénétrer du sens et  
> des vertus
>   efficaces d’une pratique comme celle du Jang dans la morale  
> publique et
>   privée des chinois. »
>
>
>
>   (Lacan évoque à nouveau cette pratique du Jang dans le texte  
> suivant, «
>   Fonctions de la psychanalyse en criminologie » il la décrit  
> ainsi : «
>   cérémonial des refus que la politesse chinoise pose comme  
> échelons à la
>   reconnaissance d’autrui »  S’agirait-il dans ce cas d’une  
> sorte de processus
>   de dénégation portant sur l’importance que l’on est sensé  
> accorder à son
>   propre moi au détriment de celui d’autrui ?
>
>   Cela me fait penser à une formule  que l’on répétait dans ma  
> famille que
>   nous trouvions quelquefois amusante, quelque fois beaucoup moins,  
> quand nous
>   étions visés, « tout ce qui est à toi est à moi et tout ce  
> qui est à moi, je
>   le garde ». Sous forme de plaisanterie c’était une soit un  
> reproche déguisé,
>   soit une incitation à partager. Là, il semble que dans cette  
> pratique
>   chinoise, ce soit le sujet lui-même qui minimise l’importance  
> de son moi
>   comparé à celui de l’autre.
>
>
>
>   Enfin l’important c’est ce que Lacan souligne cette culture,  
> cette
>   exaltation de la force et de la lutte pour la vie qui est  
> valorisée et
>   érigée en règle de vie, dans notre champ social actuel.
>
>   Pour le démontrer Lacan fait appel à de très nombreuses  
> références et c’est
>   là que j’ai eu beaucoup de difficultés à déchiffrer ce  
> passage. Je ne peux
>   donc là que cerner les articulations qu’il développe sans  
> pouvoir repérer
>   dans quel sens va son argumentation. Il y a deux pages qu’il  
> consacre à
>   cette démonstration pages 121 et 122.
>
>   1 : Les prédations de la société victorienne
>
>    A propos des théories de Darwin et « le prestige de la lutte  
> pour la vie »
>   il fait référence « aux prédations de la société victorienne  
> et l’euphorie
>   économique qui sanctionnait pour elle la dévastation sociale  
> qu’elle
>   inaugurait à l’échelle de la planète, à ce qu’il les  
> justifie par l’image d’un
>   laisser faire des dévorants les plus forts dans leur concurrence  
> pour leur
>   proie naturelle »
>
>   Donc cette morale civilisée est celle du plus gros qui mange le  
> petit.
>
>
>
>   2 – Il reprend aussi la dialectique du maître et de l’esclave  
> de Hegel pour
>   contrer, pour critiquer, ce laisser faire des dévorants –  
> c’est tout au
>   moins la façon dont j’essaie de l’interpréter : « Avant lui  
> pourtant Hegel
>   avait donné la théorie pour toujours de la fonction propre de  
> l’agressivité
>   dans l’ontologie humaine, semblant prophétiser la loi de fer de  
> notre temps.
>   C’est du conflit du maître et de l’esclave qui déduit tout  
> le progrès
>   subjectif et objectif de notre histoire, faisant surgir de ces  
> crises les
>   synthèses qui représentent les formes les plus élevées du  
> statut de la
>   personne en occident, du stoïcien au chrétien et jusqu’au  
> citoyen futur de l’Etat
>   universel »
>
>   (Je mets en note une présentation de cette dialectique  
> hégélienne (1) et en
>   mettant quand même en filigrane cette question, où Lacan se  
> situe-t-il là ?
>   Il me semble qu’il décrit là une sorte de hors champ de la  
> psychanalyse qui
>   serait celui du champ social ou du politique.
>
>
>
>   Et dans ce contexte - celui de la dialectique du maître et de  
> l’esclave -
>   surgit une évocation de la révolte des esclaves avec le nom de  
> Spartacus, au
>   temps de Rome mais aussi de ce mouvement spartakiste communiste  
> qui avait
>   pris naissance en Allemagne et dont Rosa Luxembourg était  
> l’émouvante
>   égérie. Je ne comprends pas bien ce passage mais je vous en fait  
> part tel
>   quel «  On sait l’armature qu’a donnée cette doctrine  
> profonde (celle de
>   Hegel) au spartacisme constructif de l’esclave recréé par la  
> barbarie du
>   siècle darwinien ».
>
>   C’est ce terme « constructif » qui sollicite mon attention  
> dans cette
>   phrase. Comme si ce spartacisme était source de progrès.
>
>
>
>   3 – Sur les raisons de cette barbarie, une référence  
> maintenant aux formes
>   culturelles que nous détruisons dans le monde donne une idée de  
> ce qui
>   manque, ce qui fait désormais défaut à notre civilisation :
>
>   Lacan prend pour l’évoquer appui sur « La république de  
> Platon » pour poser
>   que les passions de l’âme et de la cité sont les mêmes. (Est- 
> ce à dire qu’elles
>   doivent subir les mêmes lois, et qu’à un moment donné, ces  
> relations
>   imaginaires de conflit, de lutte à mort, doivent passer par la  
> loi, celle du
>   pacte entre les belligérants ?)
>
>
>
>   a-    « absence de saturations du surmoi et de l’idéal du moi »
>
>   Il indique que l’une des raisons de cette barbarie est liée à  
> « l’absence
>   croissante de toutes ces saturations du surmoi et de l’Idéal du  
> moi, qui
>   sont réalisées dans toutes sortes de formes organiques de nos  
> sociétés
>   traditionnelles, formes qui vont des rites de l’intimité  
> quotidienne aux
>   fêtes périodiques où se manifeste la communauté. »
>
>
>
>   Le terme de saturation est un mot énigmatique en lui-même,  
> faudrait-til y
>   voir une sorte de manifestation exagérée, exaltée ?
>
>
>
>   Là il me semble qu’il faudrait retrouver un peu tout ce que  
> Freud raconte
>   dans Totem et tabou et aussi dans les Moïse de ces fêtes  
> commémoratives de
>   la mort du père perpétré par les fils et ces festins  
> cannibaliques où on se
>   propose de partager un petit bout de ce père, par où on  
> s’identifie à lui. C’est
>   donc par ces fêtes du groupe un rappel de cette commune loi que  
> tous ont
>   accepté et qui met fin à la lutte sans merci, avec l’interdit  
> non seulement
>   de l’inceste mais du meurtre.
>
>
>
>   b- la lutte des sexes
>
>   Une autre raison qu’il donne comme source de cette barbarie  
> éveille à elle
>   seule beaucoup de questions :
>
>   « Bien plus pour abolir la polarité cosmique des principes mâle  
> et femelle,
>   notre société connaît toutes les incidences psychologiques  
> propre au
>   phénomène moderne dit de la lutte des sexes.
>
>
>
>   En quoi est-ce un phénomène moderne ? Est-ce que c’est à  
> cette lutte des
>   sexes qu’est liée, par des voies d’abord qui auraient besoin  
> d’être
>   précisées, ce que Lacan n’hésite pas à nommer forclusion du  
> nom du père dans
>   le champ social ; terme qu’il réserve pourtant au mécanisme de  
> la psychose.
>
>
>
>    Je formule ma question telle qu’elle me vient sous une forme un  
> peu rude  :
>   est-ce que ce ne serait pas cette « lutte des sexes » lutte des  
> sexes qui,
>   disons le mot, doit se faire autour de la possession ou non du  
> phallus, d’un
>   phallus pris et maintenu au niveau de l’imaginaire, est-ce donc  
> ceci qui
>   ferait obstacle au fait qu’une femme, par rapport à son enfant,  
> ne pourrait
>   pas lui donner accès à cette parole du père, celle qui lui  
> donnerait accès à
>   son propre désir, même s’il ne peut suivre que les chemins du  
> désir de l’Autre,
>   puis, à un certain moment, pouvoir en être coupé, en être  
> libéré ?
>
>
>
>   Mais ce qui est difficile à saisir, c’est que c’est aussi de  
> la façon dont
>   la métaphore paternelle a pu entrer en jeu pour cette mère-là,  
> que dépend le
>   fait qu’elle peut ou non donner accès à son enfant à cette  
> loi du père, la
>   loi qui fait qu’elle se trouve manquante et donc désirante.
>
>
>
>   Questions à foison
>
>
>
>   1 - en quoi cette « dégénérescence catastrophique » de la  
> fonction du père
>   énoncée plus tardivement par Lacan en 1974,  interfère-t-elle  
> dans ces
>   rapports pour le moins conflictuels entre les sexes ?
>
>
>
>   2 - Encore une autre question : qui est premier, est-ce ce qui  
> concerne le
>   champ social ou est-ce ce qui concerne le sujet ?  A propos de cette
>   question, Lacan utilise une très curieuse formule qui  
> mériterait élucidation
>   : il évoque une « déhiscence du groupe familial au sein de la  
> société ». Je
>   cite ce passage car il me paraît être la charnière, la goupille  
> qui permet
>   de passer du champ de la psychanalyse à celui du politique :
>
>   Toute son argumentation est centrée sur ce qu’en 1950 donc, il  
> appelle « l’oedipisme
>    ».
>
>
>
>   « Les structures de la société sont symboliques ; l’individu  
> en tant q’uil
>   est normal s’en sert pour des conduites réelles ; en tant  
> qu’il est
>   psychopathe, il les exprime par des conduites symboliques […]
>
>
>
>   C’est en quoi le symbolisme, d’ores et déjà reconnu dans le  
> premier ordre de
>   délinquance, que la psychanalyse ait isolé comme  
> psychopathologique ( je
>   pense qu’il s’agit des mises en actes de la violence) nous  
> permettent de
>   préciser en extension comme en compréhension, la signification  
> sociale de l’oedipisme,
>   comme de critiquer la notion de surmoi pour l’ensemble des  
> sciences de l’homme.
>   Or les effets psychopatohologiques en leur majeure partie, sinon  
> en leur
>   totalité, où sont révélées les tensions de l’oedipisme…  
> nous laissent à
>   penser qu’ils expriment une déhiscence du groupe familial au  
> sein de la
>   société. »
>
>
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