[Lutecium-group] quelques notes de lecture sur l'agressivité en psychanalyse et son extension dans le champ du politique

Liliane.Fainsilber liliane.fainsilber at free.fr
Thu Aug 24 07:30:10 UTC 2006


Cher philippe, j'ai besoin d'un peu de temps pour vous répondre. 
Amicalement. Liliane.


----- Original Message ----- 
From: "Philippe Willemart" <plmgwill at usp.br>
To: "Liliane.Fainsilber" <Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr>; "Groupe de travail 
pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Wednesday, August 23, 2006 5:57 PM
Subject: Re: [Lutecium-group]quelques notes de lecture sur l'agressivité en 
psychanalyse et son extension dans le champ du politique


lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Chère Liliane,

Je suis très intéressé à la discussion sur l´agressivité très présente comme
vous le savez dans la société brésilienne. Je n´ai pas de solutions, mais 
des
faits qui confirment ce que Lacan en dit et qui demandent des réponses.

« La fonction pacifiante de l´Idéal du moi et sa connection avec une 
normativité
culturelle » (Lacan, 117) ?


N´est-ce pas un des problèmes à résoudre dans ce pays où la corruption règne 
à
tous les niveaux depuis les Chambres de députés et de sénateurs jusque dans 
les
prisons ?

De quoi est fait l´Idéal du moi au Brésil ? Où est la normativité culturelle 
?

La normativité culturelle et en conséquence l´idéal du moi de chacun au 
Brésil
n´est-il entre autre fait à partir de l´idéologie de la colonisation 
portugaise
avide de tout emporter vers la métropole, de s´enrichir et d´exploiter au
maximum l´indien, le noir à ses fins et aujourd´hui la majorité des 
brésiliens,
plutôt esclaves désirant remplacer ou tuer le maître ?   Civilisation 
portugaise
qui s´oppose à l´espagnole puisqu´elle a dû attendre la fuite du roi du 
Portugal
devant Napoléon en 1808 et l´émigration de 15.000 courtisans qui 
accompagnaient
leur roi pour avoir son imprimerie, ses premières universtés, etc.

Sans parler du mensalão (une série de députés recevaient un salaire mensuel 
payé
par le parti des travailleurs pour voter en leurs faveur, tous sauf deux ont 
été
absous par les collègues de la Chambre), 120 de nos 500 députés (chiffre 
plus ou
moins exact)  ont été dénoncés par celui qui les subornait et sont en 
jugement.
Non contents de leur salaire, avides de s´enrichir en 4 ans de mandat. 
N´est-ce
ce même symbolique, celui de la Couronne portugaire, qui les mène ? Cela ne
fait-il pas partie aussi de l´idéologie de tout émigré, s´enrichir et 
revenir
au pays ou dans sa région, avec une fortune suffisante pour le reste de sa 
vie
?


Le PCC (groupe de bandits structuré à partir des prisons et vivant du
narcotrafic) corrompt les gardiens, les policiers, les avocats, les juges ou
les fait tuer par leurs acolytes en liberté et bénéficieraient de l´appui de
plus de 500.000 personnes hors de la prison.

A leur décharge, la plupart des prisons sont de véritables enfers où les
conditions horribles ont engendré ce PCC , ce qui me fait demander si nous
sommes près de la constitution d´une mafia ou la répétition de la bande des
Dix-mille dirigée par Vautrin dans les Illusions perdues de Balzac.

Pourquoi ce peu d´attention des politiciens aux prisons ? Leurs priorités 
sont
ailleurs et la corruption est présente partout.  Autre exemple : la Police
fédérale vient de prendre des chefs d´entreprises qui soudoyaient des
fonctionnaires de la douane pour  importer des biens sans les déclarer. Les
impôts non payés, au total plus de 500.000 millions de reals, 
correspondraient
à la création de  20.000 emplois.

L´ideal du moi et l´identité : « je suis un ara  = je suis médecin »
(Lacan.p.117)

Je sais que le rapport oedipien est à la base de la constitution de 
l´identité,
mais quelle sa projection culturelle ici devant ces exemples ? Que veut dire 
«
Je suis brésilien » pour la plupart des jeunes embauchés par le PCC qui 
voient
cette corruption ?  Leur avenir n´est-il pas dans le PCC plutôt que dans 
notre
société, même au prix de leur mort (la plupart ne dépasse pas les 25 ans) ? 
Ne
sont-ils « que des ratés de l´identification oeidipenne » (Lacan p.118) ?

L´absence croissante de toutes ces saturations du surmoi et de l´idéal du 
moi
(p.121)

Est-ce le manque de fêtes civiques ? Le football et parfois le basket 
féminin et
le volley masculin et féminin (champions du monde) réunissent la majorité 
des
brésiliens, ils se sentent brésiliens en supportant leurs équipes, souvent 
en
mainfestant leur agressivité pour l´autre time.. N´est-ce pas suffisant ? Ce 
ne
sont pas des espèces de saturations  en l´absence de fêtes civiques ?

Liliane, je ne sais si je contribue au débat soulevé par vos remarques
judicieuses bien j´espère y collaborer.

Philippe

Philippe Willemart
rua Pio VII, 86
05657 220 São Paulo(Brasil)
http://planeta.terra. com.br/arte/ms_psicanalise


Citando "Liliane.Fainsilber" <liliane.fainsilber at free.fr>:

> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> A bientôt cher poète en mots et en pinceaux . Liliane.
> ----- Original Message ----- 
> From: "thanh-thang.ly" <thanh-thang.ly at wanadoo.fr>
> To: "Liliane.Fainsilber" <Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr>; "Groupe de 
> travail
>
> pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org>
> Sent: Wednesday, August 23, 2006 12:58 PM
> Subject: Re: [Lutecium-group] quelques notes de lecture sur l'agressivité 
> en
>
> psychanalyse et son extension dans le champ du politique
>
>
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
>
> Mon Compaq Presario Windows 98 à l'agonie et qui s'essouffle de sa fin de
> vie, une connexion de Wanadoo Intégrale de plus en plus lente et 
> difficile,
> ces logiciels de moins en moins compatibles avec la technologie nouvelle
> (dont prochainement l'anti virus)... dureront ce qu'ils endureront... avec
> les mails privés (familiaux et amicaux)
>
> Désinscription triste ce dimanche prochain avec l'aide d'un ami averti
> et bonne continuation à tous... dans l'attente d'un ordinateur plus 
> moderne
> pour ô ces beaux jours !
>
> A quelques unes et uns devenus tous dans une amitié accordée ou venue à 
> mon
> Bout du Village,
> les mots et la voix de l'ami Léo Ferré:
>
>                 [ ...]
>                 les mots d'amour c'est comm' les fleurs
>                 ça ne se cueille qu'une fois
>                 je t'aime un peu de tout mon coeur
>                 et je m'effeuille entre tes doigts
>                 dans mon jardin j'ai tout coupé
>                 il ne reste rien pour demain
>                 qu'un peu de ma joie en allée
>                 dans la bruyère de satin
>
>                 la fleur de l'âge
>                 c'est l'avenir qui meurt à l'aube
>                 quand tu oublies que je t'oublie
>                 [...]
>
> A mon amie et aînée Liliane Fainsilber qui m'a inscrit en Lutécium en 
> 2000,
> pour son travail actuel sur l'agressivité en psychanalyse,
> "Laissez moi la place de crever..."
>  in l'Espèce Humaine de Robert ANTELME: (page 279 -chapitre La Fin édition
> Gallimard 1996-)
>
> Ly thanh thang
> Peintures à l'huile en nature et sur motif
> Le Bout du Village par la route de Samouillan
> Lussan Adeilhac 31430 France
>
>   ----- Message d'origine ----- 
>   De : Liliane.Fainsilber
>   À : Lutécium
>   Envoyé : mercredi 23 août 2006 11:00
>   Objet : [Lutecium-group] quelques notes de lecture sur l'agressivité en
> psychanalyse et son extension dans le champ du politique
>
>
>   lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>   Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>   ---
>   Bonjour à tous,
>
>
>
>   je vous fais part du travail que j'ai avancé cet été et qui a pour visée
>   ceci : Questions sur cette "dégénérescence catastrophique » de la 
> fonction
>   du père dans le champ social, dégénérescence que Lacan évoquait en 1974
> dans
>   le séminaire des non dupes errrent, ( séance du 19 mars 1974) mais 
> qu''il
>   évoquait déjà bien avant, notamment en 1938, dans "les complexes
> familiaux"
>   et aussi en 1948-1950 avec ce bouquet de textes centré autour de
>   "L'agressivité en psychanalyse", avec les deux textes qui lui sont 
> proches
>   "fonctions de la psychanalyse en criminologie" et ses "Propos sur la
>   causalité psychique".
>
>
>
>   A l'orée de ce travail, je voudrais citer ce passage qui sert de balise,
> de
>   point d'ancrage :
>
>   "Une fonction de puissance et de tempérament à la fois - un impératif 
> non
>   plus aveugle, mais "catégorique" - une personne qui domine et arbitre le
>   déchirement avide et l'ambivalence jalouse qui fondaient les relations
>   premières de l'enfant avec sa mère et avec le rival fraternel, voici ce
> que
>   le père représente... " ( Propos sur la causalité psychique, Ecrits, p.
> 182)
>
>
>
>   J'ai commencé à lire, avec ce fil de lecture, l'un de ces textes, celui 
> de
>   l'agressivité en psychanalyse. J'ai suivi l'argumentation de Lacan mais 
> en
>   l'accentuant vers sa fin, qui est celle de la question de l'agressivité
>   lorsqu'elle est transférée du champ clos familial au champ social, on
> passe
>   donc de la psychanalyse à la politique. Ce passage m'a toujours paru un
> peu
>   risqué pourtant, Lacan prenant appui sur Platon, je pense que c'est en 
> se
>   référant à "La république", affirme que "les passions de l'âme sont les
>   mêmes que celles de la cité". Leurs moyens d'approche devraient donc
> pouvoir
>   être les mêmes.
>
>
>
>   Pour faciliter la lecture, j'ai décomposé ce texte en quatre parties. Je
> l'ai
>   aussi mis sur le site du goût de la psychanalyse à cette adresse
>   http://perso.orange.fr/liliane.fainsilber/pages/chantier/chantier.htm
>
>
>
>   Si vous pouviez m'en donner quelques échos, ils seraient les bienvenus.
> Mais
>   déjà ce que Michel avait écrit de la barbarie comme incluse dans la
>   civilisation elle-même, sécrétée par elle, m'a beaucoup éclairé sur ces
>   points qui gardent encore pour moi beaucoup de zones d'ombre.  Bonne
> journée
>   à tous. Liliane Fainsilber.
>
>
>
>
>
>   Notes de lecture sur le texte de Lacan de 1948 « L'agressivité en
>   psychanalyse »
>
>
>
>   1
>
>   Les cinq thèses ou remarques avancées par Lacan
>
>
>
>
>
>   A propos de l'ouvre freudienne, Lacan affirme « qu'à l'opposé du
> dogmatisme
>   qu'on nous impute, nous savons que le système reste ouvert non seulement
>   dans son achèvement mais dans plusieurs de ses jointures. »
>
>
>
>   Et l'une de ces jointures est celle de la pulsion de mort que Lacan 
> évoque
>   comme étant « la tentative la plus profonde qui ait paru de formuler une
>   expérience de l'homme dans le registre de la biologie »
>
>
>
>   Cette aporie, cette question de la pulsion de mort et donc cette
>   articulation au biologique, Lacan la met en jonction avec la notion de
> l'agressivité
>   :
>
>   «  Cette aporie est au cour de la notion de l'agressivité, dont nous
>   mesurons mieux chaque jour,  la part qu'il convient de lui attribuer 
> dans
> l'économie
>   psychique. »
>
>
>
>   Lacan va aborder cette question avec ce que nous connaissons déjà, la
>   prématurité  de la naissance et l'importance de l'image dans la
> constitution
>   du monde humain.  C'est au niveau de cette image du petit autre, de son
>   rival, que le sujet peut  constituer le monde de ses désirs, non sans
> passer
>   par le désir de détruire celui qui a la préférence dans le désir de
> l'Autre
>   maternel, celui qui détient l'objet de sa jalousie et de sa convoitise.
>
>   Il ne le cite pas dans ce texte mais Lacan, à ce propos, fait très 
> souvent
>   référence au texte de Saint Augustin, celui où il décrit un enfant
>   contemplant d'un oil plein de haine et de jalousie, son petit frère de
> lait,
>   appendu au sein de sa nourrice.
>
>   C'est là la source de tous les biens, mais aussi la source de tous les
>   désirs de mort vis-à-vis de ces redoutables concurrents.
>
>
>
>   Lacan dans ce texte va développer cinq thèses ou remarques
>
>   Je ne fais que les citer pour l'instant
>
>
>
>   Thèse I - L'agressivité se manifeste dans l'expérience analytique, elle
> est
>   là pour ça.
>
>   Thèse II - L'agressivité se manifeste dans l'analyse d'une part comme
>   intention d'agression, d'autre part comme des images de dislocation
>   corporelle que Lacan a fait reconnaître sous le nom d' « imagos du corps
>   morcelé » et qui correspondent  donc à un retournement de ces pulsions
>   agressives sur le corps propre du sujet, en rétorsion.
>
>   Thèse III - En fonction de ces ressorts agressifs, la technique 
> analytique
>   en dépend, mieux vaut, autrement dit, ne pas trop la provoquer, venir la
>   titiller.
>
>   Thèse IV - « L'agressivité est la tendance corrélative d'un mode
> d'identification
>   que nous appelons narcissique ».
>
>   Voila donc ce que Lacan va décrire comme étant le mode de connaissance
>   paranoïaque de l'objet. C'est la partie la plus importante de ce texte.
> J'en
>   cite déjà ce passage :
>
>   A propos du moi, il écrit : « cette forme se cristallisera en effet dans
> la
>   tension conflictuelle interne au sujet, qui détermine l'éveil de son 
> désir
>   pour l'objet du désir de l'autre : ici le concours primordial se 
> précipite
>   en concurrence agressive, et c'est d'elle que naît la triade de 
> l'autrui,
> du
>   moi et de l'objet. »
>
>   Ce que Lacan démontrera c'est que par la fonction du père, la fonction 
> de
> l'Odipe,
>   cette  agressivité peut et doit être surmontée.
>
>
>
>   Thèse V - C'est ce qui nous intéressera la plus, l'agressivité ainsi
>   replacée dans le contexte de l'expérience analytique donne un éclairage 
> de
>   son rôle « dans la névrose moderne et le malaise de la civilisation »
>
>
>
>   Ce sont ces deux dernières parties qui m'intéressent le plus par rapport 
> à
>   la violence dans les groupes humains ; Il y a un passage qui mériterait
>   quelques développements,  surtout en le reprenant dans le contexte 
> actuel,
>   de nos jours, en 2006, tandis que ce texte date de 1948 :
>
>   «  Bien plus pour abolir la polarité cosmique des principes mâle et
> femelle,
>   notre société connaît toutes les incidences propres au phénomène moderne
> dit
>   de la lutte des sexes.
>
>   « La lutte des sexes » Ce n'est pas rien. ! En quoi est-ce un phénomène
>   moderne ?
>
>
>
>
>
>   Mises en pièces agressives
>
>   2
>
>
>
>   Thèse II - « l'agressivité, dans l'expérience,  nous est donnée comme
>   intention d'agression  et comme image de dislocation corporelle, et 
> c'est
>   sous de tels modes qu'elle se démontre efficiente ».
>
>
>
>   Cette agressivité se manifeste dans les symptômes, dans ses lapsus et 
> ses
>   actes manqués,  « dans le finalité implicite de ses conduites et de ses
>   refus - dans les ratés de son action - dans l'aveu de ses fantasmes
>   privilégiés - dans les rébus de sa vie onirique. »
>
>   Puisque nous travaillons en ce moment l'Homme aux rats, on ne peut 
> trouver
>   mieux comme exemple : au moment où le « capitaine cruel » fit le récit 
> de
> ce
>   supplice des rats, pratiqués en orient, supplice qui consistait à
> introduire
>   deux rats affamés dans l'anus du supplicié, immédiatement lui vint à
> l'idée
>   cette représentation, ou plutôt nous dit Freud ce souhait, que sa Dame
>   vénérée subisse ce supplice des rats.
>
>
>
>   Mais elle est mise en acte, cette même agressivité « dans l'action
>   formatrice d'un individu sur les personnes de sa dépendance ».
>
>    « L'agressivité intentionnelle ronge, mine, désagrège, elle châtre ; 
> elle
>   conduit à la mort : « Et moi qui croyais que tu étais impuissant ! »
>   gémissait dans un cri de tigresse une mère à son fils qui venait de lui
>   avouer non sans peine, ses tendances homosexuelles. Et on pouvait voir 
> que
>   sa permanente agressivité de femme virile n'avait pas été sans effets »
>
>
>
>   A partir de cette  bien rude mise en garde, ne pourrait-on pas poser 
> cette
>   question à brûle-pourpoint : qu'en serait-il de ces intentions 
> agressives
>   dans les dites formations du psychanalyste ?
>
>   Ouf, une affirmation de Lacan nous sauve la mise : « Je n'ai jamais 
> parlé
> de
>   formation des psychanalystes mais de leurs formations de l'inconscient » 
> !
>   Nous voila au moins préservé de ces embûches mais est-ce bien sûr, ne se
>   manifesteraient-elles pas de façon sauvage dans toutes les formations en
>   groupe, y compris celle des psychanalystes ?
>
>
>
>   Pour rendre compte de ces intentions agressives qui se retournent
>   éventuellement sur le sujet lui-même, Lacan emprunte à la théorie
>   analytique, notamment à Mélanie Klein, ce « terme antique d'Imago ».  A
> mon
>   avis, c'est un terme proche du signifiant, il le définit comme un «
>   engramme », c'est-à-dire une marque qui a des effets à la fois 
> symbolique
> et
>   imaginaire. Parmi ces imagos, il en invente une à laquelle il donne le 
> nom
>
> d'imago
>   du corps morcelé ou encore, comme il l'écrit dans l'en-tête de cette 
> thèse
>   II, des images de dislocation corporelle. Le corps est littéralement mis
> en
>   morceau, déchiqueté sous l'effet du désir de destruction du sujet.
>
>   « Il n'est besoin que d'écouter la fabulation et les jeux des enfants,
>   isolés ou entre eux, entre deux et cinq ans pour savoir qu'arracher la
> tête
>   et crever le ventre sont des thèmes spontanés de leur imagination, que
> l'expérience
>   de la poupée démantibulée ne fait que combler ».
>
>
>
>   Il n'est besoin aussi que de se rappeler les rêves de morcellement que
> fait
>   tout analysant en cours d'analyse, rêves qui ne sont que le retournement
> sur
>   le corps propre de tous ces désirs de mort éprouvés vis-à-vis de ses
> objets
>   rivaux et notamment de ses frères et sours.
>
>   Ce qui m'avait frappé, à propos de ces rêves, c'est à quel point ils
>   surgissent toujours dans un contexte où se révèle avec acuité les
>   défaillances de la métaphore paternelle. Ils en sont le stigmate.
>
>
>
>
>
>   Action « salvatrice » de l'identification au père
>
>   3
>
>   Thèse IV. Lacan lui donne ce titre ou plutôt cet argument : «
> l'agressivité
>   est corrélative d'un mode d'identification que nous appelons
> narcissique. »
>
>
>
>   Lacan distingue l'intention agressive et la tendance à l'agression. Si
> j'ai
>   bien suivi cette intention agressive se révèle dans ce qu'on peut
> qualifier
>   comme états d'âme : craintes fantasmatiques, colère, tristesse active ou
>   fatigue psychasthénique tandis que « la tendance agressive se révèle
>   fondamentale dans une certaine série d'états significatifs de la
>   personnalité qui sont les psychoses paranoïdes et paranoïaques ».
>
>
>
>   Pour décrire en quoi cette tendance à l'agression est liée à la
> constitution
>   du moi dans son rapport à un objet rival, Lacan cite une fois de plus ce
>   passage des confessions de Saint Augustin où il décrit la jalousie d'un
>   enfant contemplant d'un regard empoisonné son petit frère de lait 
> appendu
> au
>   sein de sa nourrice.
>
>   Il fait également référence aux mauvais objets internes de Mélanie 
> Klein,
>>   elle décrit d'une part l'empire maternel  comme un champ clos, ou les
> frères
>   et sours réels ou virtuels se livrent une lutte sans merci, le père y
> étant
>   déjà présent, sous la forme de son pénis, un pénis mordant et 
> malfaisant,
> et
>   d'autre part, l'enceinte du corps propre livré par rétorsion aux mêmes
>   destructions, ce sont ces images de ce corps livré à des forces 
> maléfiques
>   qui châtrent, détruisent par poison et armes de toutes sortes ce corps 
> de
> l'enfant
>   que Lacan a nommé  « imago du corps morcelé », car mis en pièces par les
>   violences de l'agression.
>
>
>
>   Lacan écrit « la notion d'une agressivité comme tension corrélative de 
> la
>   structure narcissique dans le devenir du sujet permet de comprendre dans
> une
>   fonction très simplement formulée toutes sortes d'accidents et d'atypies
> de
>   ce devenir ».  Dans le fil de cette affirmation, peut-on considérer, par
>   exemple, que  la question des violences à l'école et dans la rue peuvent
>   être abordées dans ce registre-là, comme faisant partie de ces « 
> atypies »
>
> ?
>
>   Il me parait intéressant de les aborder en effet pas ce biais, car Lacan
> les
>   relie d'emblée à la question de la fonction de l'Odipe et donc à la
> fonction
>   du père, dans l'Odipe.
>
>   Voici en effet ce qu'il en avance dans les quelques lignes qui suivent :
>
>   « Nous indiquerons ici comment nous en concevons la liaison dialectique
> avec
>   la fonction du complexe d'Odipe. Celle-ci dans sa normalité est de
>   sublimation, qui désigne très précisément un remaniement identificatoire
> du
>   sujet . une identification secondaire par introjection de l'imago du
> parent
>   de même sexe. Mais il est clair que l'identification à l'objet rival ne 
> va
>   pas de soi. »
>
>
>
>   Mais là où la jonction se fait donc entre cette intense rivalité
> imaginaire
>   où on souhaite purement et simplement la disparition et la destruction 
> de
> l'autre
>   et cette identification symbolique à ses insignes, c'est justement là 
> que
> se
>   marque la fonction du père :
>
>   «  Freud en effet nous montre que le besoin d'une participation, qui
>   neutralise le conflit inscrit après le meurtre dans la situation de
> rivalité
>   avec les frères est le fondement de l'identification au Totem paternel.
>   Ainsi l'identification oedipienne est celle par où le sujet transcende
> l'agressivité
>   constitutive de la première individuation subjective. Nous avons insisté
> sur
>   le pas qu'elle constitue dans l'instauration de cette distance, par 
> quoi,
>   avec les sentiments de l'ordre du respect, est réalisée toute une
> assomption
>   subjective du prochain.
>
>
>
>   Il me semble que cette fonction de l'Odipe et l'identification au père
> qu'implique
>   sa traversée peut d'emblée nous éclairer sur cette question de la 
> violence
>   dans la cité, nous indiquer quels chemins suivre pour l'aborder et
>   éventuellement pour y remédier. Ce dernier point étant bien sûr plus
> qu'hypothétique,
>   puisque les solutions ne pourraient être trouvées que pour chaque sujet.
>
>
>
>
>
>   Je vais arriver au point 4, celui qui est l'objet de cette lecture : le
> rôle
>   de l'agressivité « dans la névrose moderne et le malaise dans la
>   civilisation ». Ce malaise était celui de 1938. Nous sommes en 2006 et
>   depuis de l'eau a coulé sous les ponts et pour la névrose moderne et 
> pour
> ce
>   malaise de la civilisation.
>
>
>
>   L'exaltation et la valorisation de l'agressivité dans le champ social
>
>   au nom de la lutte pour la vie
>
>   4
>
>
>
>   Dans sa remarque au sujet de l'agressivité en psychanalyse que Lacan 
> nomme
>   thèse V, ( page 120 des Ecrits) il passe de la description de
> l'agressivité
>   mise en jeu dans sa constitution de sujet du désir au travers ses
> différents
>   objets de concurrence par rapport au désir de l'Autre ( cf. la 
> description
>   de Saint Augustin : l'enfant éprouvant une intense jalousie à la vue de
> son
>   petit frère de lait, appendu au sein de sa mère) qui marque donc les
>   différentes étapes de la constitution de ses identifications jusqu'à
> l'identification
>   symbolique au père, aux insignes du père, à l'agressivité telle qu'elle
> est
>   mise en acte mais surtout également valorisée dans le champ social.
>
>
>
>   Ici, dans ce passage, Lacan utilise un terme surprenant en tant qu'il
>   implique un jugement, un jugement de valeur sur ce qui est juste et
> injuste
>   :
>
>   Il l'annonce ainsi : nous ne voulons ici qu'ouvrir une perspective sur 
> les
>   verdicts que dans l'ordre social actuel nous permet notre expérience. La
>   prééminence de l'agressivité dans notre civilisation serait déjà
>   suffisamment démontrée par le fait qu'elle est habituellement confondue
> dans
>   la morale moyenne avec la vertu de la force. Très justement comprise 
> comme
>   significative d'un développement du moi, elle est tenue pour d'un usage
>   social indispensable et si communément reçue dans les mours qu'il faut,
> pour
>   en mesurer la particularité culturelle, se pénétrer du sens et des 
> vertus
>   efficaces d'une pratique comme celle du Jang dans la morale publique et
>   privée des chinois. »
>
>
>
>   (Lacan évoque à nouveau cette pratique du Jang dans le texte suivant, «
>   Fonctions de la psychanalyse en criminologie » il la décrit ainsi : «
>   cérémonial des refus que la politesse chinoise pose comme échelons à la
>   reconnaissance d'autrui »  S'agirait-il dans ce cas d'une sorte de
> processus
>   de dénégation portant sur l'importance que l'on est sensé accorder à son
>   propre moi au détriment de celui d'autrui ?
>
>   Cela me fait penser à une formule  que l'on répétait dans ma famille que
>   nous trouvions quelquefois amusante, quelque fois beaucoup moins, quand
> nous
>   étions visés, « tout ce qui est à toi est à moi et tout ce qui est à 
> moi,
> je
>   le garde ». Sous forme de plaisanterie c'était une soit un reproche
> déguisé,
>   soit une incitation à partager. Là, il semble que dans cette pratique
>   chinoise, ce soit le sujet lui-même qui minimise l'importance de son moi
>   comparé à celui de l'autre.
>
>
>
>   Enfin l'important c'est ce que Lacan souligne cette culture, cette
>   exaltation de la force et de la lutte pour la vie qui est valorisée et
>   érigée en règle de vie, dans notre champ social actuel.
>
>   Pour le démontrer Lacan fait appel à de très nombreuses références et
> c'est
>   là que j'ai eu beaucoup de difficultés à déchiffrer ce passage. Je ne 
> peux
>   donc là que cerner les articulations qu'il développe sans pouvoir 
> repérer
>   dans quel sens va son argumentation. Il y a deux pages qu'il consacre à
>   cette démonstration pages 121 et 122.
>
>   1 : Les prédations de la société victorienne
>
>    A propos des théories de Darwin et « le prestige de la lutte pour la
> vie »
>   il fait référence « aux prédations de la société victorienne et 
> l'euphorie
>   économique qui sanctionnait pour elle la dévastation sociale qu'elle
>   inaugurait à l'échelle de la planète, à ce qu'il les justifie par 
> l'image
> d'un
>   laisser faire des dévorants les plus forts dans leur concurrence pour 
> leur
>   proie naturelle »
>
>   Donc cette morale civilisée est celle du plus gros qui mange le petit.
>
>
>
>   2 - Il reprend aussi la dialectique du maître et de l'esclave de Hegel
> pour
>   contrer, pour critiquer, ce laisser faire des dévorants - c'est tout au
>   moins la façon dont j'essaie de l'interpréter : « Avant lui pourtant 
> Hegel
>   avait donné la théorie pour toujours de la fonction propre de
> l'agressivité
>   dans l'ontologie humaine, semblant prophétiser la loi de fer de notre
> temps.
>   C'est du conflit du maître et de l'esclave qui déduit tout le progrès
>   subjectif et objectif de notre histoire, faisant surgir de ces crises 
> les
>   synthèses qui représentent les formes les plus élevées du statut de la
>   personne en occident, du stoïcien au chrétien et jusqu'au citoyen futur 
> de
>
> l'Etat
>   universel »
>
>   (Je mets en note une présentation de cette dialectique hégélienne (1) et
> en
>   mettant quand même en filigrane cette question, où Lacan se situe-t-il 
>> ?
>   Il me semble qu'il décrit là une sorte de hors champ de la psychanalyse
> qui
>   serait celui du champ social ou du politique.
>
>
>
>   Et dans ce contexte - celui de la dialectique du maître et de 
> l'esclave -
>   surgit une évocation de la révolte des esclaves avec le nom de 
> Spartacus,
> au
>   temps de Rome mais aussi de ce mouvement spartakiste communiste qui 
> avait
>   pris naissance en Allemagne et dont Rosa Luxembourg était l'émouvante
>   égérie. Je ne comprends pas bien ce passage mais je vous en fait part 
> tel
>   quel «  On sait l'armature qu'a donnée cette doctrine profonde (celle de
>   Hegel) au spartacisme constructif de l'esclave recréé par la barbarie du
>   siècle darwinien ».
>
>   C'est ce terme « constructif » qui sollicite mon attention dans cette
>   phrase. Comme si ce spartacisme était source de progrès.
>
>
>
>   3 - Sur les raisons de cette barbarie, une référence maintenant aux 
> formes
>   culturelles que nous détruisons dans le monde donne une idée de ce qui
>   manque, ce qui fait désormais défaut à notre civilisation :
>
>   Lacan prend pour l'évoquer appui sur « La république de Platon » pour
> poser
>   que les passions de l'âme et de la cité sont les mêmes. (Est-ce à dire
> qu'elles
>   doivent subir les mêmes lois, et qu'à un moment donné, ces relations
>   imaginaires de conflit, de lutte à mort, doivent passer par la loi, 
> celle
> du
>   pacte entre les belligérants ?)
>
>
>
>   a-    « absence de saturations du surmoi et de l'idéal du moi »
>
>   Il indique que l'une des raisons de cette barbarie est liée à « 
> l'absence
>   croissante de toutes ces saturations du surmoi et de l'Idéal du moi, qui
>   sont réalisées dans toutes sortes de formes organiques de nos sociétés
>   traditionnelles, formes qui vont des rites de l'intimité quotidienne aux
>   fêtes périodiques où se manifeste la communauté. »
>
>
>
>   Le terme de saturation est un mot énigmatique en lui-même, faudrait-til 
> y
>   voir une sorte de manifestation exagérée, exaltée ?
>
>
>
>   Là il me semble qu'il faudrait retrouver un peu tout ce que Freud 
> raconte
>   dans Totem et tabou et aussi dans les Moïse de ces fêtes commémoratives 
> de
>   la mort du père perpétré par les fils et ces festins cannibaliques où on
> se
>   propose de partager un petit bout de ce père, par où on s'identifie à 
> lui.
>
> C'est
>   donc par ces fêtes du groupe un rappel de cette commune loi que tous ont
>   accepté et qui met fin à la lutte sans merci, avec l'interdit non
> seulement
>   de l'inceste mais du meurtre.
>
>
>
>   b- la lutte des sexes
>
>   Une autre raison qu'il donne comme source de cette barbarie éveille à 
> elle
>   seule beaucoup de questions :
>
>   « Bien plus pour abolir la polarité cosmique des principes mâle et
> femelle,
>   notre société connaît toutes les incidences psychologiques propre au
>   phénomène moderne dit de la lutte des sexes.
>
>
>
>   En quoi est-ce un phénomène moderne ? Est-ce que c'est à cette lutte des
>   sexes qu'est liée, par des voies d'abord qui auraient besoin d'être
>   précisées, ce que Lacan n'hésite pas à nommer forclusion du nom du père
> dans
>   le champ social ; terme qu'il réserve pourtant au mécanisme de la
> psychose.
>
>
>
>    Je formule ma question telle qu'elle me vient sous une forme un peu 
> rude
> :
>   est-ce que ce ne serait pas cette « lutte des sexes » lutte des sexes 
> qui,
>   disons le mot, doit se faire autour de la possession ou non du phallus,
> d'un
>   phallus pris et maintenu au niveau de l'imaginaire, est-ce donc ceci qui
>   ferait obstacle au fait qu'une femme, par rapport à son enfant, ne
> pourrait
>   pas lui donner accès à cette parole du père, celle qui lui donnerait 
> accès
>
> à
>   son propre désir, même s'il ne peut suivre que les chemins du désir de
> l'Autre,
>   puis, à un certain moment, pouvoir en être coupé, en être libéré ?
>
>
>
>   Mais ce qui est difficile à saisir, c'est que c'est aussi de la façon 
> dont
>   la métaphore paternelle a pu entrer en jeu pour cette mère-là, que 
> dépend
> le
>   fait qu'elle peut ou non donner accès à son enfant à cette loi du père, 
> la
>   loi qui fait qu'elle se trouve manquante et donc désirante.
>
>
>
>   Questions à foison
>
>
>
>   1 - en quoi cette « dégénérescence catastrophique » de la fonction du 
> père
>   énoncée plus tardivement par Lacan en 1974,  interfère-t-elle dans ces
>   rapports pour le moins conflictuels entre les sexes ?
>
>
>
>   2 - Encore une autre question : qui est premier, est-ce ce qui concerne 
> le
>   champ social ou est-ce ce qui concerne le sujet ?  A propos de cette
>   question, Lacan utilise une très curieuse formule qui mériterait
> élucidation
>   : il évoque une « déhiscence du groupe familial au sein de la société ».
> Je
>   cite ce passage car il me paraît être la charnière, la goupille qui 
> permet
>   de passer du champ de la psychanalyse à celui du politique :
>
>   Toute son argumentation est centrée sur ce qu'en 1950 donc, il appelle «
> l'oedipisme
>    ».
>
>
>
>   « Les structures de la société sont symboliques ; l'individu en tant 
> q'uil
>   est normal s'en sert pour des conduites réelles ; en tant qu'il est
>   psychopathe, il les exprime par des conduites symboliques [.]
>
>
>
>   C'est en quoi le symbolisme, d'ores et déjà reconnu dans le premier 
> ordre
> de
>   délinquance, que la psychanalyse ait isolé comme psychopathologique ( je
>   pense qu'il s'agit des mises en actes de la violence) nous permettent de
>   préciser en extension comme en compréhension, la signification sociale 
> de
> l'oedipisme,
>   comme de critiquer la notion de surmoi pour l'ensemble des sciences de
> l'homme.
>   Or les effets psychopatohologiques en leur majeure partie, sinon en leur
>   totalité, où sont révélées les tensions de l'oedipisme. nous laissent à
>   penser qu'ils expriment une déhiscence du groupe familial au sein de la
>   société. »
>
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