[Lutecium-group] [Appel à Participation] Le bilan psychologique; Interpretations ;)
Natalia Milopolsky-Costiou
sirano at iname.com
Tue Sep 5 07:34:38 UTC 2006
Merci Yann Leroux pour cette mise-en-ligne de l'article de Geordes
Canguilhem.
N'étant pas sûre que ma "contribution" réponde à vos attentes, je vous
propose tout de même, ainsi qu'aux autres lutéciens, un petit extrait de
Joyce McDougall plus ou moins à propos:
« En cherchant comment introduire ce que je voudrais présenter ici, je me
suis amusée à imaginer comment les membres de différentes écoles de
pensée psychanalytique écouteraient une même personne dans un premier
entretien, et de là à imaginer le diagnostic du cas suivant leurs
différents axes théoriques - à partir de quoi chacun va INTERPRÉTER.
Je fais alors appel au cas dune patiente qui est bien connue de vous
tous. Elle sappelle Blanche-Neige ; cette pauvre jeune fille va raconter
en détail sa souffrance issue dune très mauvaise relation avec sa mère
qui, ajoute-t-elle, nest même pas sa vraie mère. Selon Blanche, cette
dernière est cruelle et cherche même à la faire disparaître. Son mobile,
toujours selon Blanche-Neige, cest que la mère est jalouse delle
puisquelle est trop jolie. Autrefois la mère a gagné tous les concours
de beauté féminine, mais maintenant elle passe des heures à interroger
son miroir, car elle nest plus si belle quauparavant.
Pour étayer ses dires sur les visées meurtrières de sa mère,
Blanche-Neige raconte que sa maman a essayé de la tuer en lui faisant
manger des pommes avariées. Les analystes, après avoir écouté lexposé du
cas, livrent leurs commentaires.
Le premier, un adepte de lEgo Psychology, dira quil sagit évidemment
dune problématique dipienne. Blanche-Neige est coupable de désirer son
père et de vouloir supprimer sa mère, donc elle imagine que la mère est
jalouse delle. Quant à ce roman familial que sa mère nest pas sa vraie
mère, et ce fantasme concernant la compote de pommes, non, cest
lhistoire classique dune hystérique. Il faut interpréter tout de suite
sa problématique dipienne et examiner en détail les défenses de son Moi
contre ses sentiments de culpabilité.
Un deuxième, kleinien celui-ci, déduira, au contraire, quil sagit dune
projection sur le bon sein maternel dun mauvais sein qui empoisonne le
bébé en Blanche-Neige. Cette fille cherche éternellement une bonne mère
car, au lieu davoir élaboré sa position dépressive, elle est restée
bloquée au niveau schizo-paranoïde. Cest à lintérieur de cette position
quelle projette le mauvais sein sur les pommes. Il faut interpréter son
avidité projetée sur le bon sein maternel qui lui fait craindre des
représailles venant de la mère interne.
Puis le kohutien prend la parole : « Mais voyez-vous, cette pauvre fille
est la victime dune mère sans aucune empathie ; elle fait de
Blanche-Neige son objet-soi. Dailleurs cette mère passe tout son temps
devant le miroir. Elle souffre dune psychopathologie narcissique. Cest
la mère qui devrait être prise en traitement. Il faut montrer à cette
fille malheureuse lempathie de lanalyste pour sa souffrance, pour
ensuite interpréter sa difficulté de se sentir heureuse à cause dun
idéal narcissique inatteignable, modelé daprès son image de la mère en
tant quobjet-soi. »
Puis cest le tour du lacanien qui dira à peu près ceci : Pomme !
Quest-ce quune pomme ? Ce signifiant révèle toute la structure à
laquelle est assujettie cette fille. La pomme, symbole mythologique
privilégié, est celle même quÈve, dans son manque à elle, a offerte à
Adam. Et elle restera, cette pomme, logée dans la gorge de lhomme pour
léternité. Que faut-il interpréter ? Il suffit dénoncer le mot
« pomme » et de clore la séance.
Quoi quil en soit du style interprétatif, quil parle ou quil se taise,
linterprétation est lactivité de lanalyste. De même, quil sagisse de
ses paroles ou de son silence, son activité est constamment interprétée
par lanalysant. Doù lanalyste trouve-t-il ses interprétations ? Parmi
dautres sources probables :
a) de sa formation analytique : son identification avec ses superviseurs
et les autres formateurs ;
b) des découvertes quil a faites concernant son propre monde interne à
travers son analyse personnelle ;
c) de ses théories préférées à lheure actuelle ;
d) de sa métapsychologie privée ;
e) et dans la mesure où tous ces facteurs le permettront, de sa tentative
consciente didentification étroite avec le vécu psychique de son
analysant.
Or, malgré notre reconnaissance de tous les facteurs mentionnés, il reste
vrai que nous ne saurons jamais à quoi sont dus les changements
psychiques observables ou vécus par le patient en cours de traitement. Ni
le rôle quont joué nos interprétations, ou nos silences, dans ce
changement.
En effet, notre savoir se limite au constat que cette situation où deux
personnes se sont mises au travail au service de lune delles fournit
une forme de relation et contribue à la création dun cadre de travail
unique dans le monde des relations humaines : il met en branle un
processus dinteraction où deux espaces psychiques, deux mondes internes,
cherchent à se rencontrer.
Ainsi, il nous est souvent facile de démontrer que le processus
analytique évolue au fur et à mesure que les interprétations de
lanalyste, et leur élaboration par lanalysant, convergent,
sadditionnent et donnent sens à la douleur mentale et aux symptômes,
qui, auparavant, semblaient dénués de sens. Mais il est fort probable que
dautres interprétations auraient eu le même effet. Le pourquoi du
pouvoir transformateur de la situation analytique nous échappera
toujours. »
in Joyce McDougall, De lIndicible à lInterprétation paru dans Topiques
n° 47 en 1991.
Bonne journée,
Natalia
----- Original Message -----
From: "Yann Leroux"
To: psychologues at yahoogroupes.fr, "Groupe de travail pour la
psychanalyse lacanienne"
Subject: [Lutecium-group] [Appel à Participation] Le bilan
psychologique
Date: Sun, 03 Sep 2006 22:09:21 +0200
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Psyapsy.org appelle à contribution sur le bilan psychologique pour la
constitution d'un dossier sur la question.
Acte du psychologue, le bilan psychologique est ce par quoi nous
sommes
reconnus dans la cité et ce par quoi nous nous distinguons des autres
acteurs du champ psychologique. Il permet d'établir des compétances,
des
profils ou d'appréhender le fonctionnement d'un sujet qui en a fait
la
demande. Mêlant l'investigation médiée par des tests où des épreuves
et
l'entretien clinique, il cristallise les tensions qui sont au coeur
de
notre travail. A la clinique "à mains nues" prétenduement plus
respectueuse du sujet et de sa complexité s'opposerait la clinique
"armée" prétenduement plus précise dans l'observation et la
quantification des faits psychologiques.
Il faut dire qu'en France la profession de psychologue s'est pour une
grande part construite contre l'image du technicien-testeur et s'est
grandement nourrie du rêve lagachien d'une rencontre de la rigueur de
la
psychologie expérimentale avec l'humanisme de la psychanalyse
[LAGACHE
D., La psychologie clinique, 1948]. Certains voient dans l' usage des
tests une tentative de réduction voire de mise au pas de ce que
chacun
peut avoir d'irréductible et y ont renoncé. Le psychologue aurait il
horreur de son acte ? Il est vrai que pour beaucoup le portrait tendu
par G. Canguilhem en 1958 [CANGUILHEM G., Qu'est ce que la
psychologie ?
1958] a
été un réveil brutal. La psychologie ? une "philosophie sans rigueur,
parce qu'éclectique sous prétexte d'objectivité, une éthique sans
exigence, parce qu'associant des expériences sans jugement critique,
et
enfin une médecine sans contrôle". Le psychologue ? "faute de pouvoir
répondre exactement sur ce qu?il est, il lui est rendu bien difficile
de
répondre de ce qu?il fait". Pouvons nous sortir de l'alternative
terrible qu'il nous laisse entre une idéale montée vers les grands
hommes du panthéon et son image inversée d'une descente vers la
préfecture de police ?
Se voir désavoué si violemment par une figure éminente d'une des
filières sa filiation ne pouvait qu'être traumatique pour la
profession
qui s'est alors tournée vers la psychanalyse... qui lui a fait un
accueil pour le moins réservé. Les tests projectifs ont été le lieu
où
la rencontre entre les psychanalystes et les psychologues a pu se
faire.
L'école de Paris V (Nina RAUSH DE TRAUBENBERG, Didier ANZIEU,
Catherine
CHABERT & all) ont doté le bilan projectif d'une théorisation qui
prend
en compte à la fois la rencontre du sujet avec le matériel et la
situation clinique globale. D'un autre coté, les nouvelles
générations,
qui ont souvent opté pour d'autres théories de référence que la
psychanalyse, ne semblent pas avoir hérité de la méfiance de leurs
prédécesseurs vis à vis des tests. Les conditions sont réunies pour
un
abord à la fois décomplexé et raisonnée de ces outils
Quand et comment exerce-t-on un bilan psychologique ? Quelles en sont
les indications ? Comment en rendre compte ? A qui ? Quelle théorie
de
référence en sous-tend l'exercice ? psyapsy.org appelle à
contribution
sur ces questions et sur toute question traitant du bilan
psychologique,
qu'elle soit méthodologique, légale, clinique, théorique ou
historique.
Le but est de rendre compte, aussi précisément que possible, des
différents aspects du travail du psychologue
Les contributions sont à adresser à yann.leroux at laposte.net ou à
soumettre directement sur le portail à l'adresse
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