[Lutecium-group] Modélisations et psychanalyses
Jean-francois Doucet
jeanfd at ulrik.uio.no
Fri Sep 22 12:54:41 UTC 2006
Merci de votre email que j'ouvre, bien sûr, avec grand intérêt puisque
dans la liste des interventions, vos emails sous le nom de Grandjean ont
déjà emporté mon adhésion.
Vous demandez :
(j'en ai fait une transcription écrite que je peux envoyer à qui serait
intéressé).
eh bien, je suis intéressé dans la mesure où j' ai fait moi-même un modèle
sur le processus créatif qui s' expose sur mon site ( en construction )
http://www.jf-doucet.com/approche/Processus/Createur/Model_OMM/Model_OMM.htm
et à partir duquel j' essaie de dialoguer, justement sur le même processus
modèlisés dans un espace de dialogue " Novus corpus "
http://www.jf-doucet.com/
réservé aux artistes, inventeurs et savants (je m' essaie au feminin :
artistes, inventeuses ou inventrices et savantes ?)
Ensuite vous écrivez :
Pour faire court, disons que, pour résoudre un problème, les sciences
empruntent de plus en plus les unes aux autres (par exemple, pour décrire
une plante, on
fera appel à la génétique, à l'embryologie, à la morphologie), créant pas
là même des "modèles", et que ceux-ci ne coïncident pas nécessairement
avec la théorie.
Là, lorsque je lis votre texte, j'éprouve un besoin de clarification. Les
Sciences empruntent de plus en plus les unes aux autres : oui et non !
Pour ce que j' en connais, les disciplines scientifiques sont établies en
corpus assez incompatibles entre elles et s'il y a "multidisciplinarité "
c' est que, à mon avis, le développement scientifique a été tel que les
vues des savants étaient bien trop partielles. Fini le temps où quelqu'un
pouvait embrasser les connaissances de son époque. Mais le besoin de vue
globale ( par exemple pour les plantes ) se fait sentir aujourd hui comme
hier : alors, on réunit de nos jours les équipes pluridisciplinaires sur
un objet donné et on en donne une approche morcelée dans l' espoir qu' en
réunissant le tout, on puisse atteindre à une connaissance globale.
Ce phénomène se trouve également dans le domaine religieux où les fidèles,
désertant les églises où le corpus de connaissances ou de croyances était
monolithique, se retrouvent à grapiller deci delà des bribes de vérités
pour se bricoler une conviction synchrétique dite " de super marché "
puisqu' en quête de nourriture spirituelle, le fidèle comme le
consommateur passe dans les rayons s'approvisionner en aliments de plus en
plus diversifiés. D'où cette impression de manque de repères. Le même
phénomène à mon avis se retrouve en art, où l'on assiste depuis le début
du XXième siècle à un éclatement des formes d' expressions
traditionnelles. Quant à appeler modèle, ce bric-à-brac, justement le
manque d' unité dans les connaissances de toutes sortes se fait
cruellement sentir.
Maintenant, le modèle dont vous parlez au sujet des plantes étudiées de
bien des points de vues traduit peut-être tout simplement l' impossibilité
de décrire des objets totalement ( à supposer qu' on puisse parler de
description objective )
Maintenant, je n' arrive pas tellement à saisir l' opposition que vous
faite entre théorie et modèle, peut-être trop marqué par la distinction
platonicienne entre l' idée d' un objet, celui qui le fait, et l'objet
lui-même. Peut-être aussi suis-je trop convaincu de la relation nécessaire
entre théorie et modèle. La théorie est nécessairement bâtie à partir d'
observations qui concourent à pouvoir énoncer des "vérités " consignées
dans un modèle qui, s' il se veut scientifique, doit pouvoir être
indépendant de l' observateur et de la situation d' observation. (Il doit
également être réfutable, mais c' est une autre question ). Il y a donc
écart entre théorie ( une idée que l on se fait d' un objet ) et modèle,
c' est à dire l' ensemble de ses caractéristiques et de son "
fonctionnement ". C' est d' ailleurs la raison pour laquelle on change de
modèle lorsque cette adéquation n' est plus suffisante. L' exemple le plus
probant est la théorie de la terre au centre de l' Univers et le modèle de
rotation des planètes avant N. Copernic. Lorsque quelque chose a commencé
à "clocher", que le modèle ne pouvait plus rendre compte de l'idée
théorique de la terre, que l' on a du renoncer au modèle en lancant une
autre théorie, celle de l' heliocentrisme.
En écrivant cela, je me demande si je comprends bien ce que vous voulez
dire en confondant le sens que j'attribue aux termes " Théories " et "
modèles " avec le sens que vous donnez à ces mots. Eh oui, attaché au sens
transmis , je suis tributaire des mots des miens comme des votres !
Quoiqu'il en soit, j' ai bien aimé votre intervention prélude à d' autres
échanges à la seule condition que les mots que nous utilisons pour
correspondre ait un sens sinon identique du moins voisin
Bien cordialement
Jean-francois Doucet
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Il y a eu hier après-midi, sur France Culture, une émission, "Sciences et
> conscience" (1), sur l'épistémologie des sciences, tout à fait étonnante
> (j'en ai fait une transcription écrite que je peux envoyer à qui serait
> intéressé). Y était interrogé le statut de la théorie en regard de ce que
> l'invité, Anne-Françoise Schmid, appelait les modélisations. Pour faire
> court, disons que, pour résoudre un problème, les sciences empruntent de
> plus en plus les unes aux autres (par exemple, pour décrire une plante, on
> fera appel à la génétique, à l'embryologie, à la morphologie), créant pas
> là même des "modèles", et que ceux-ci ne coïncident pas nécessairement
> avec la théorie. C'est donc, pour les sciences, une crise pour définir ce
> que sont les critères de scientificité si l'adéquation entre modèles et
> théorie n'y suffit plus. A titre d'exemple : on a en mécanique des fluides
> des modèles qui fonctionnent et l'on n'a pas de théorie complète leur
> correspondant. Parfois même, comme en biologie, les modélisations viennent
> contredire la théorie. Parfois encore, les modélisations sont à l'origine
> de théories nouvelles. Les modélisations ont permis une libération
> extraordinaire des disciplines scientifiques. Ces modélisations concernent
> non seulement les emprunts des sciences entre elles, mais aussi des
> sciences et du social, de l'économie, de l'éthique, etc...
> Cependant, le critère classique de scientificité disant qu'un modèle est
> une application d'une théorie, via une mathématisation sur un domaine
> d'objet donné, peut encore fonctionner mais n'est pas le seul critère à
> l'oeuvre dans les sciences. Tout peut aussi partir du modèle, et non plus
> de la théorie. Celle-ci garde néanmoins son rôle d'explicateur, fut-ce
> après coup. Mais elle y gagne un nouveau rôle, qui est celui de
> régulateur, au milieu de toutes ces sciences, et des modélisations qui
> empruntent les unes aux autres. Ce rôle de régulateur qui est celui de la
> théorie se substitue à son rôle classique qui était de surplomber la
> physique expérimentale du temps où tout pouvait se rapporter à la théorie
> mécanique. La théorie était alors le maître, et le modèle devait s'y
> conformer.
>
> Je suis encore sous le coup de ce que m'a fait découvrir cette émission et
> je me demande, sans parvenir pour l'heur à distiller un peu mon
> questionnement, si cela peut concerner les multiples approches de la
> psychanalyse et leur rapport à la clinique, et s'il y aurait autre chose
> qu'une simple analogie entre ces modélisations dans le champ de la science
> et la façon dont la psychanalyse élabore ces théories, à partir de cas
> donnés, à partir également du social, de l'économie, de l'éthique, de ce
> que chaque analysant en fait dans les solutions singulières qu'il élabore,
> et dans ce qui en retourne ensuite vers la théorie psychanalytique. Voilà
> pour le questionnement général.
> Pour tenter de resserrer ce questionnement, je suis allée relire un texte
> de Dominique Miller, intitulé "A chacun sa formule" (2), dans lequel elle
> interroge comment, "à l'époque de la suprématie du bien-être et de la
> prolifération des jouissances", le rôle de famille "pacifiante des
> pulsions" s'est trouvé inadéquat et comment chacun cherche désormais une
> solution familiale qui porte à la satisfaction. D'où une multiplicité
> d'agencements familiaux différents. Néanmoins, note-t-elle, ces
> agencements cherchent aussi leur reconnaissance par la collectivité, et ce
> besoin de reconnaissance témoignerait de la façon dont chacun a aussi
> "besoin du Père". Je me demandais si cette pluralité d'inventions de
> formes familiales ne jouaient pas de la même façon que les modélisations,
> invitant tantôt la théorie à se renouveler après-coup , la contredisant
> parfois, la confirmant dans d'autres occasions, et lui faisant finalement
> jouer un rôle de régulateur, propre à notre post-modernité, plutôt qu'un
> rôle d'universel fixe et surplombant la clinique.
> Je sens combien ce rapprochement est rapide, et pourtant, cette émission
> m'a semblé tellement en prise avec la réalité, qu'il m'a été indispensable
> de m'y arrêter.
>
> (2)http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/sciences_conscience/fiche.php?diffusion_id=45564
> (1)http://www.causefreudienne.net/archives/lettremensuelle_article.php?Arch_ID=85
>
>
> --
> Catherine
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