[Lutecium-group] Midrashin (pour Natalia Luxembourg et tous ceux qui voudront)

sven noordman sevensone at yahoo.com
Sun Jun 17 15:10:12 UTC 2007


sluiting = fermeure
  aansluiting = voie d'acces (a l'autre), correspondance, comprehension.
   
    
   L' "Enigme" du masochisme. Ce n'est donc pas un hazard si on retrouve un lien chez Freud entre cette "enigme du feminin" et cette autre enigme: "les mysterieuses tendances masochistes" (p.20).  
   Actif-Passif. Le premier couple d'organisation du moi est le couple actif-passif, celui de la phase anale, qui permet les premieres periodisations, les premiers tris et les premieres qualifications (p. 30).  
   Les processus en jeu dans la relation hysterique (p. 169).  
   La projection hysterique. Dans l'hysterie, dit encore Freud, le contre-investissement "se cramponne avec tenacite a un objet determine sans atteindre le niveau d'une disposition generale du moi" (ce qui caracterise la nevrose obsessionnelle) (p. 174).  
   Le "roc" du "refus du feminin". Freud designe le "refus du feminin" comme un"roc" sur lequel viennent buter tous les efforts therapeutiques (p. 16).  
   Dans l'hysterie de conversion. Le language du coprs s'effectue par un phenomene d'innervation dans le corps d'un conflit, par le biais d'un scenario fantasmatique entierement inconscient (p. 159).  
   Les trois masochismes et le quatrieme mousquetaire. Freud dans "Le probleme economique du masochisme", decrit trois masochismes: le masochisme primaire, erogene, le masochisme "feminin", qu'il attribue aux hommes, et le masochisme moral. J'en proposerai un quatrieme, le "masochisme erotique feminin" (p. 76).  
   Le feminin maternel. La Madone a l'Enfant (p. 136).  
   Mais qu'est-ce que la libido devennue? Freud, apres 1920, pour se "liberer de son obsession de l'economique" ne theorisa plus les grande quantites d'excitations que sous l'angle de la compulsion de repetition et de la pulsion de mort (p. 29).  
   Le theatre de la pulsion (p. 159).  
   Actif-passif et "feminin". On comprend des lors pourquoi, chez Freud, l'integration de la passivite lors de la phase phallique, active, sera mal toleree par l'homme, chez qui elle signifiera une dephallicisation, et, si son penis est modelise selon le fecal de la "verge d'excrement", une desorganisation anale du moi, un retour de la dependance infantile, ou une menace de poussee constante pulsionnelle (p.31).  
   "Horror feminae" ou Les deliaisons non dangeureuses. Monique et Jean Cornut, auteurs d'un important travail sur "La castration et le feminin dans les deux sexs" (Revue francaise de Psychanalyse, numero special Congres, Paris, PUF, 1993), nous on fait entendre une sonate a quatre mains, a deux voix, et en ont habilement developpe les harmoniques et les fugues. Ce terme de "fugue" n'est pas etranger a leur propos, a son axe principal: la primaute du phallus, le penis universel, le complexe de castration, le plus efficace contre-investissement, pour fuir, pour "contredire" (Freud) une representation aussi insupportable, si horrible qu'elle fait osciller les auteurs depuis l'ignorance ou la perte d'une "connaissance ancienne..." (Freud) jusqu'au caractere "d'irrepresentabilite", en pasant par toutes les formes de refoulement, deni, clivage, etc... (p. 123).  
   Phallique et chatree. Mais selon Serge Viderman (la construction de l'espace analytique II. Le celeste et le sublunaire, Paris, PUF, coll. Le fil rouge, 1977), ce qui constitue une menace pour le penis de Norbert, c'est que Gradiva soit a la fois phallique et chatree, ce qui va dans la logique de non-contradiction des processus primaires. La haine que Norbert voue aux mouches domestiques, evocation de la scene primitive insupportable, des couples d'amoureux, des troupes de becasses, semble s'adresser plus specifiquement a l'element feminin du couple: la becasse (p. 222).  
   Le "travail de feminin" de la femme. Le pulsionnel, le corps etranger interne ne lache jamias l'interieur feminin. La femme est soumise tout au long de son existence a des experience fortement energetiques aui echappent au controle anal de son moi: regles, defloraison, grossesse, accouchement, allaitement, menopose, etc., qui ponctuent sa psychosexualite, et provoquent des orages economiques non depourvu d'angoisses de feminin (p. 75).  
   Le "refus du feminin quand meme". Une enorme part du mystere du feminin vient de l'envie du penis melee au voeu d'etre possedee. Le "refus du feminin", defense narcissique, ne peut se que reveiller et reprendre ses droits apres la possession, apres la chute. Mais quel sera le reveil d'Hera? (p. 85).  
   La question du contre-investissement, l'emprunt. Si j'ai focalise mon interet sur les trois types de jeu de relation hysterique - dramatisation, seduction et jalousie - ainsi que sur l'identification hysterique, c'est en raison de leur convergence vers un meme but. A l'abri du corps et de la libido de l'autre, ou de leur representation, l'hysterique peut trouver un theatre pour mettre en scene son desir et sa defense, faire circuler ses affects d'un corps a l'autre, jouer et jouir de sa "belle innicence", tout en maintenant le refoulement. Mais que signifie ce corps a corps ou l'hysterique joue son ailleurs? Ce qui me semble convenir le mieux pour etayer cette reflexion, c'est le terme d'emprunt, que Freud utilise a propos de l'identification hysterique: "L'identification, dit-il, est... partielle, limitee, et n'emprunte qu'un seul trait a la personne objet". un emprunt, c'est autre chose au'une appropriation, qu'une captation L'hysterique ne prend rien, ne garde rien,
 il embrasse trop pour bien etreindre. Son defaut d'assimilation est le fait d'une difficulte d'introjection. La notion d'emprunt implique une dimension temporelle, et maintient en suspens le devenir de cq aui est emprunte, le destin de la dette (pp. 172-3).  
   Le masochisme primaire, erogene. Mais l'attente est une excitation douloureuse, et son investissement va mobiliser l'entree enscene du noyau d'organisation qu'est le masochisme primaire, erogene (p. 144).  
   Le lumbago d'Ariane. Ariane, une belle jeune femme de trante-cinq ans, mariee, me sit au cours d'une sceance, qu'elle a attrape un lumbago, la veille, en meme temps que ses "regles". Est-ce parce qu'elle est retournee chez son pere pour y faire des rangements fatigants (sa mere est mort il y a quelques mois)? Est-ce parce qu'elle doit partir en week-end avec son amant? Ce lumbago va l'en priver. Pourtant elle a l'impression de ne pas ressentir de culpabilite vis-s-vis de son mari avec qui elle ne s'entend plus tres bien. elle ajoute que sa fille (qui recemment a eu ses premieres regles) se conduit comme une vamp a l'egard de son pere, lequel, affole, s'enferme dans sa chambre. La gamine provoque sa mere en lui disant qu'elle va prendre la pilule "au cas ou elle aurait envie de faire l'amour avec un homme". Ariane est angoissee.  J'oserai avancer qu'Ariane s'est "fabrique" un lumbago, et que ce symptome a pour sens fantasmatique de priver sa fille - a travers son propre
 corps - d'une relation incestueuse, dont elle est la rivale exclue. En meme temps, elle realise, en s'en punissant - en se privant de son amant - une relation devenue, par association aux regles de sa fille, incestueuse par rapport a son propre pere. Etrange identification, ou le symptome d'Ariane n'est pas celui qu'elle emprunterait a sa fille pour etre a sa place (ce qui a d'autre moment s'est produit), mais celui qui, de par la communaute erotique, doit produire en fantasme ses effets dans le corps de sa fille. Ainsi elle realise un double desir de desir insatisfait: le sien, et celui de sa rivale oedipienne. Il se trouve en effet que cette fille occupe la meme place, dans la fratrie d'Ariane, qu'une soeur enviee, la preferee des parents, devenue, depuis la mort de la mere, la remplacante de celle-ci aupres de son pere. Cette sceance illustre bien l'identification hysterique. Il s'agit d'un processus intrapsychique, inconscient, qui reste dans les limites du moi et dans
 le jeu auto-erotique du sujet, afin de satisfaire ses fantasmes bisexuels. Autrui n'est utilise qu'en tant que rejeton de fantasmes, permettant l'expression pulsionnelle et son contre-investissement. (pp. 170-1).  
   L'identification hysterique primaire. La censure de l'amante. L'homosexualite primaire se transformera, toujours sur le corps de la mere, quand celle-ci redeviendra amante et qu'elle pourra lier les emois eprouves au contact du corps de son bebe a son desir sexuel pour son partenaire. Ce message, transmis et mediatise par le corps maternel vers l'enfant, designe un objet tiers seducteur. L'excitation ressentie par l'enfant du fait de l'absence de la mere est alors organisee vers cet objet, "investi quoique non percu". L'identification hysterique primaire qui se produit alrs chez l'enfant devient le prototype d'une trace mnesique inconsciente (pp. 142-3).  
   La construction du scenario. La chaleur d'un transfert oedipien cree les conditions d'unresurgissement de la scene traumatique, et va permettre son elaboration (p.206).  
   Le Christ au corps. Les "convulsionnaires". Au cours du XVIIe siecle, un dernier phenomene collectif vint mettre en difficulte tous les discours de l'epoque, tant juridiques, philosophiques, medicaux, que religieux - qu'ils soient isssus de la hierarchie catholique, des Jesuites ou des milieux jansenistes. Il s'agissait de miracles, de convulsions "guerissantes", de "secours meurtriers", de "crucifiements", le toutinaugure vers 1730 par une serie de guerisons miraculeuses sur la tombe du Diacre de Paris, dans le petit cimetiere clos de Saint-Medard. Bientot, non seulement les fervent convulsionnaires, mais des spectateurs douteux envahirent les abords du charnier. et le scandale monta, au point que Louis XV ordonna en 1732 la fermeture du cimetiere. Mais le phenomene se poursuivit par des reunions dans des appartements secrets. les femmes, parait-il, se surpassaient en se livrant a des incisions, des pietinement, s'enfonsant des epingle dans la tete sans ressentie aucun
 mal, allant jusqu'a se pendre a un clou a crochet, jusqu'a vouloir etre crucifiees... Le theme des epingles et du clou, encore et toujours... (p. 111-2).  
   Le deuxieme effracteur nourricier, coute que coute. Freud decrit cette epreuve de la decouverte de la diffence des sexes comme un traumatisme qui mobilise, chez le petit garcon comme chez la petite fille une intense energie d'investissement et de contre-investissement. "Le trone et l'autel sont en danger", dit-il. la perception de la difference anatomique "sur le corps de l'autre" mene a une "theorie infantile de la difference", par plus ou moins, par tout ou rien, qui constitue une negation de la difference. Tous les denis sont convoques, toutes les theories sexuelles infantiles, jusqu'au bouleversement qu'est le complexe d'OEdipe, lequel a un destin different selon le sexe de chacun (p. 45).  
   Le diable au corps. Les exorcistes. les persecutions furent tres importantes pendant les XVIe et XVIIe siecles, mais le XVIIIe siecle connut encore des episodes celebres, comme celui des Sorcieres de Salem, en Nouvelle-Angleterre, et celui du couvent de Wurzburg ou, en 1749, la jeune nonne Maria renata Spanger fut brulee vive en place publique. L'histoire est bien connue des "possedees de Loudun", et de l'hysterie collective des couventines qui, par contagion, s'empara de la passion nymphomane de Soeur jeanne des Anges, religieuse superieure du couvent. Son accusation de sorcellerie valut au cure Urbain Grandier, qu'elle ne connaissait que de reputation, mais qui n'avait pas repondu a sa flamme en acceptant d'etre le confesseur du couvent, la pire des condamnations a la torture et a la mort, renforce par les ennemis poitiques et religieux que celui-ci c'etait crees. Les exorcistes se livrerent a des pratiques d'un sadisme exacerbe, pietinant le ventre des femmes, les
 frappant, les brisant pour leur extirper le "corps etranger" demoniqaue qui les habitait. "La theorie medievale, ecrivait Freud a Fliess, soutenue par les tribunaux acclesiastiques, etait identique a notre theorie du "corps etranger" et de la dissociation du conscient". Cette furie conduisit Jeanne des Anges, dans son autobiographie (dictee(!) et publiee en 1886, deux cents ans plus tard), a raconter comment elle en etait arrivee a imaginer un autre "corps etranger" en elle : l'enfant de la possession demoniaque, l'enfant-monstre-demon fruit de ses desirs "coupables" qu'elle essaya, ou eu le fantasme de tenter d'extirper de son ventre, avec le meme sadisme que les exorcistes exercaient pour evacuer le demon. Rappelons-nous Breuer prenant la fuite apres une visite a sa malade, Anna O., laquelle, dans un etat confusionnel et se tordant dans des crampes abdominales, lui avait repondu : "C'est l'enfant que j'ai du Docteur Breuer aui arrive". "Breuer a ce moment la, ecrit
 Freud, avait en main la cle qui nous aurait ouvert "les porte de Meres". mais il l'a laisse tomber". Ne s'agissait-il que de la porte des Meres? breuer n'avait-il pas rencontre trop brutalement son "angoisse de feminin?" (pp. 110-1).  
   Le rubis a horreur du rouge. Relation et contre-investissement hysteriques. "Puisque ces mysteres nous depassent, feignons d'en etre les organisateurs" Jean Cocteau, Les maries de la Tour Eiffel. L'hysterie ne serait-elle plus ce qu'elle etait? D'emblee l'adjectif hysterique apparait plus dynamique, quasi heuristique. En effet, notre pratique nous confronte a des manifestations et des mouvement d'allure hysterique, utilises comme des mecanismes de defense a certains moments de la cure, chez des patients de diverses structures, dont les defenses prevalentes sont tout autres qu'hysteriques.Une question se pose alors: Qu'en est-il d'une "capacite hysterique" chez tous nos patients? L'adjectif mene au verbe, a celui quelque peu barbare d'hysteriser, ou sa forme reflechie, s'hysteriser. En effet, le cadre de la cure semble un terrain privilegiee - de par sa mobilisation pulsionnelle et son interdit au voir at a l'agir - pour la mise en scene hysterique. Sans qu'il s'agse
 d'amenernos patients a devenir des hysteriques, ne tentons-nous pas de donner a Eros le pas sur la compulsion de repetition? Et de permettre a ceux qui utilisent l'erotisation comme ecran et defense traumatique entre eux et l'objet, d'acceder a une hysterie "de bon aloi", "mieux temperee", utilisable dans la cure? La question devient alors: Y a-t-il suffisamment de capacite d'hysterisation pour permettre le travail analytique, ou bien y en a-t-il trop, au point de le compromettre? (p.155).  
   Le combat contre la Sphinge. Je deplacerai donc l'enigme du "refus du feminin" vers cet autre enigme : celle du combat par lequel l'homme vainc le conflit entre libido et analite dans la motricite de son propre penis et contre celui qui se livre dans le corps de la femme, pour acceder et la faire acceder a son "feminin" (p. 23).  
   La bisexualite. Dans le quatrieme couple, le "refus du feminin" se trouve confronte a la bisexualite, tousdeux communs aux deux sexes. Cependant, "la bisexualite est bien plus accentuee chez la femme que chez l'homme", affirme Freud, du fait que celle-ci possede des organes erotiques feminins et masculins, comme le clitoris. La bisexualite semble plus problematique pour l'homme, etant donne l'assimilation de feminin a "chatre". rappelons-nous Freud, disant a H.D. : "Je n'aime pas etre la mere dans un transfert. Cela me surprend et me choque toujours un peu. Je me sens tellement masculin". Freud effectue la un glissement du feminin au maternel, comme s'il lui etait difficile de se designer en tant que feminin face au masculin. On a coutume d'evoquer le feminin maternel de l'analyste, lequel est indispensable a la "contenance", au sens de Bion, des productions fantasmatiques du patient. Mais son feminin libidinal l'est egalement, au sens de la capacite d'acceuillir ce que
 la souffrance sexuelle du patient manifeste d'angoisse a la poussee constante pulsionnelle et a l'utilisation de sa libido dans l'exercice de sa sexualite. Le "masculin" de l'analyste, plus rarement evoque, doit pouvoir exercer egalement son pouvoir de penetration interpretative, et parfois dans une violance qui peut etre effractrice et nourriciere (pp 59-60).  
   Un homme est coite, fouette, souille. Le "masochisme feminin". Freud n'envisage le"masochisme feminin", dont il precise pourtant qu'il n'est que "l'expression de l'etre chez la femme", qu'en tant que perversion chez certains hommes qui utilisent, pour obtebir un plaisir orgasmique, certains fantasmes concernant le "feminin" et les souffrances qui peuvent lui ete infligees. Tout d'abord il s'agit du fantasme d'un feminin souffrant, celui de la vie sexuelle erotique ou maternelle : "subir le coit ou accoucher". Puis d'un feminin = chatre : "etre castra". egalement un feminin assimile a l'infantilite maltraite : "etre baillonne, attache, battu douloureusement, fouette, force a une obeissance inconditionnelle". On retrouve la le fantasme d' "Un enfant est battu", et son utilisation onaniste. Et enfin, un feminin "fecalise" : "etre souille, abaisse". De meme, quand Freud envisage le "refus du feminin" chez les hommes, c'est dans cette position de soumission a un homme, et il
 precise bien que cette soumission peut etre acceptee et meme recherchee aupres de femmes, donc qu'il ne s'agit pas de passivite. il est donc toujours question du refus d'un feminin = chatre et probablement egalement d'un feminin "fecalise". Il semble bien que ce qui soit erotise, chez les hommes, dans un retournement masochiste, porte davantage sur des fantasmes de masochisme moral chez les femmes. on peut en inferer ou bien que la theorie sexuelle adulte de la femme "chatree" est necessaire a la constitution sexuelle defensive de certains hommes, ou bien que le couple phallique-chatre, renforce par le modele anal ou fecal ne cede pas facilement place au couple masculin-feminin (p. 77).  
   Cooment s'en debarrasser? Au niveau du moi naissant, Freud postule tout d'abord un refoulement original, primaire, lequel opere les premiers contre-investissements economiques et, par son pouvoir attrcteur, initie la topique. Le "feminin" y est engage, sous l'aspect du refoulement primaire du vagin de la fillette. freud evoque egalement les precurseurs du refoulement que sont le double retournement, en son contraire et sur sa propre personne (p. 37).  
   Un theatre en quete d'auteur. La fonction de representation. Autre hypothese : si l'hysterique emprumte la libido de la personne haie et enviee, ce n'est pas uniquement pour les besoins du contre-investissement. S'il fait de l'autre le theatre de ses affects, c'est aussi pour en faire le lieu et l'agent de la representance de sa vie pulsionnelle. Donc pas uniquement pour des besoins pulsionnels et defensifs, mais pour des necessites de representation (p. 177).  
   Jensen et Freud. C'est en 1901, a quarante-cinq ans, que Freud parvient enfin, apres toutes les tergiversations que l'on connait, a visiter Rome, avec son frere AAlexander. L'annee suivante, en 1902, il visite Naples et Pompei, toujours avec Alexander. En 1903, parait le texte de Jensen, Gradiva, fantaisie pompeienne, signalee par Jung a Freud, qui le lit aussitot. Jensen est un ecrivain et noveliste de l'Allemagne du Nord, de vingt ans l'aine de Freud, qui mourra en 1911. L'annee suivante, en 1904, Freud fait son fameux voyage a Athemes, dont il ecrira bien des annees plus tard, en 1936, dans une lettre a Romain Rolland, "un trouble de memoire sur l'Acropole". Nous aurons l'occasion d'en reparler ci-apres. Et c'est en 1907, annee ou il rencontre Karl Abraham, qu'il redige son texte sur Gradiva a Lavarone (Trentino). Freud precise que son projet initial etait d'explorer par la methose analytique les deux ou trois reves epars dans le recit de Gradiva. Il s'etonne lui-meme
 de se voir entrine a scruter les processus psychiques des personnages, jusqu'a en oublier par moments qu'il s'agit de personnages de fiction. Mais Freud n'a-t-il pas egalement ete entrine a partir de l'interpretation des reves a concevoir une elaboration theorique de tout l'appareil psychique? (pp 218-9).  
   Masculin-feminin. Avec Freud, c'est a l'age de la puberte que nous rencontrons le troisieme couple : masculin-feminin, celui de l'organisation genitale adulte. Si l'actif-passif designe un couple d'opposes ou de polarites, le phallique-chatre un fonctionnement de tout ou rien, seul le couple masculin-feminin designe une veritable difference, la difference des sexes. Cependant, les formulations que Freud utilise expriment a quel point ce genital se detache difficilement des precurseurs genitaux. Le vagin est "loue a l'anus". Le penis est assimile a la "verge d'excrement". le sexe feminin se definit en fonction du penis, comme une annexe : "Le vagin prend valeur comme logis du penis". Et quand Freud parle de l'homme et de sa relation sexuelle, il en parle comme d'un "appendice du penis". Freud bute sur les intrusions pregenitales : envie du penis, passivation homosexuelle. Il ne dispose pas du concept d'introjection coute que coute qui specifie le "feminin" (p. 33).  
   Le penis, visible, erectile. Si pour la petite fille, le penis a aussi et quand meme valeur de symbolisation sexuelle et de completude narcissique, c'est bien parce que la representance d'une force pulsionnelle s'attache a la representation d'un organe capable d'etre visiblement erectile (Cf. Perron-Borelli M. : "Castration et organisation phallique", Dynamique et fantasme, Le fil rouge, Paris, PUF, 1997) (p. 53).  
   Les deliaisons non dangereuses. Alors, pourquoi est-ce le masochisme erotique qui permet la jouissance sexuelle de la femme? Parce que seul le masochisme peut permettre d'homologuer la poussee constante dans le moi, c'est-a-dire obtenir du moi qu'il puisse admettre de grandes quantites d'excitation non liees. loin d'etre mortifere, ce  masochisme permettraitque puisse se produire des deliaisons non dangereuses, des chaines de representations. Et je ferai l'hypothese qu'une telle regression tend a retrouver ce niveau de premiere liaison de l'excitation qu'est le masochisme primaire, erogne - defini pas Freud -, a condition que ce point de fixation ou ce noyau d'organisation qu'il represente ne soit pas defaillant. De bonnes conditions d'environnement sont necessaires pour que des capacites de passivite et de regression non dangereuses pour le moi puissent se manifester (M. Fain). Je pense qu'il en est de meme en ce qui concerne l'amant de la jouissance. Autant l'orgasme
 peut s'accommoder du "donjuanisme" feminin, fort pratique de nos jours, autant ce dernier ne peut aller qu'a l'encontre, au detriment de la decouverte de la jouissance de la femme. Celle-ci necessite la rencontre d'un homme unique et fiable (c'est-a-dire non captif d'un scenario pervers), capable de l'accompagner de plus en plus loin dans une telle aventure, ce qui peut conduire l'homme, lui aussi, par identification, a vivre la meme experience (p. 129).  
   La "blessure" narcissique. Le feminin, des l'origine, porte donc le sceau de la "blessure narcissique", du prejudice et du sentiment d'inferiorite. Selon le choix que les femmes feront en fonction de l'un ou l'autre mode de vecu de leur "castration", selon la conformation et l'elaboration de leur propre complexe de castration, elles seront tirees vers l'humiliation ou vers le genital. Chez freud, l'effraction est forcee du cote negatif, dans le sens d'une "anatomie qui est le destin". la blessure narcissique est incontestable. Cependant, la petite fille n'est pas seulement cramponnee a ses contre-investissements et a son envie du penis. Au pole libidinal, non considere par Freud, son moi va se reveler capable d'elaborer, selon le principe de plaisir du moi, l'effraction incontestable de la realite "je suis fendue" (pp. 48-9).  
   Rites sexuels. le rite de la circoncision, assimile par Freud a un analogon de la castration, est, comme on le sait, ambigu. par contre, celui de la subincision, qui ne consiste plus a retrancher mais a pratiquer une ouverture le long du penis, assimile a un vagin, et d'y pratiquer periodiquement des saignements, assimiles a des regles, va dans le sens d'une "envie du feminin". Dans la subincision, l'identification de la blessure au sexe feminin se retrouve dans le language a tous les niveaux : vulve, grand trou, vagin, penis-matrice, et la reouverture periodique de la blessure est denommee "la menstruation de l'homme". S'agit-il, la aussi, d'abolir la difference des sexes? Ces rites de feminisation de l'homme, je les interprete egalement comme des tentatives d'amadouer l'horreur du feminin, celle de la jouissance feminine et la peur de la contamination. Il s'agit d'assimiler le feminin a des emblemes, a des inscriptions corporelles, a des symboles. La symbolisation par
 les rites c'est ce qui permet de mettre a distance, de maitriser, ce que peut avoir d'insupportable le cote irrepresentable et incontrolable de l'interieur feminin, lorsqu'il fait sien le voeu de la poussee constante (pp 62-3).  
   De la mere a la femme. Dans le type d'identification primaire, "a ces premieres origines", la question de la difference entre les sexes et entre investissement et identification ne se pose pas, pour l'enfant, il n'en va pas de meme du cote de la mere. Car celle-ci n'investit pas narcissiquement de la meme maniere un garcon ou une fille. tous deux vont satisfaire son plaisir erotique pregenital, et y participer, si tout se passe bien, a l'abri de bons contre-investissements. Le garcon satisfera davantage son narcissisme phallique blesse de petite fille et son erotisme envers le petit penis qu'elle reconnaitra comme instrument de plaisir. Tandis que la fille - de meme sex qu'elle et de meme sexe que sa propre mere - peut la renvoyer soit a la rivalite, soit a l'angoisse de la "castration" feminine, mais aussi a la representation substitutive que celle-ci contre-investit : A savoir l'angoisse de la jouissance feminine et celle de l'inceste. C'est dans ce contexte
 d'homosexualite primaire que la mere, pour redevenir femme, pratiquera la "censure de l'amante" en endormant son enfant. (pp 139-140).  
   L'antagonisme entre le feminin maternel et feminin erotique : la maman et la putain. La petite fille ne peut devenir femme que contre le feminin maternel de sa mere. Une fillette de neuf ans, qui jusque-la se laissait tapoter les fesses tendrement par sa mere, se retourne un jour brutalement contre elle, en la traitant de "gouine"...Ce qui designe en apres-coup la seduction maternelle, la relation pregenitale comme incestueuse. Le changement d'objet a donc lieu, tout d'abord, sur le corps de la mere, qui vire de la mere a la femme. on peut aller jusqu'a parler de "castration" du corps maternel. Se separer de la mere, la perdre, c'est la penser en tant que femme, c'est entrer dans l'oedipe. |La fille desormais se tourne vers le pere. Les jeux de mains avec la mere sont devenus des jeux de "vilaines" (p. 148).  
   Le tribunal du sexe : la chasse aux sorcieres.  Une succession d'epidemie et de famines au cours des IIe et IIIe siecles a favorise un retour du mysticisme et au sur anturel. L'ancienne croyance selon laquelle les demons apportaient la maladie et le desastre a refait surface et envahi la societe grecque. On se tourna a nouveau vers les temples d'Asclepios. Apres un premier temps de sacrifices, d'ablutions et de jeunes, le patient devait se coucher sur un divan (!), et on lui demandait de se reposer et de rever. Le dieu Asclepios, portant un baton et souvnet accompagne d'un gros serpent, devait lui apparaitre alors au cours d'un songe pour lui apporter la guerison. On se mit egalement a accuser les mauvais esprits. les conceptions chretiennes trouverent alors un acceuil favorable en s'intriquant avec les conceptions paiennes. Saint Augustin prona les vertus de l'abstinance, laquelle ne pouvait plus etre une cause de maladies fonctionneles, ou de l'hysterie, a en croire
 les medecins, et imposa l'idee d'une relation etroite entre peche et erotisme, melant la doctrine chretienne a l'existence d'etres surnaturels tels que les demons, sorcieres, incubes et succubes. Se reclamant , tout en les pervertissant, des textes de saint Augustin, les Inquisiteus, au Moyen Age, armes d'une haine feroce du feminin, se mirent, pendant des siecles, a traquer, a torturer et a assassiner des dizaines de milliers de personnes sous inculpation de sorcellerie. Tous les efforts qu'avait fait saint Augustin pour distinguer la maladie mentale de la possession demoniaque cesserent. Tout evenement ou catastrophe ne pouvait etre que l'oeuvre d'un sorcier ou sorciere, dont seuls les aveux et la mort parviendraient a defaire le sort. Les hysteriques devinrent les victimes de la hantise de la sorcellerie. un manuel de detection (que Freud s'etait procure), intitule Malleus Maleficarum (Le Marteau des sorcieres, 1486), exemplaire de misogynie, de haine de la femme,
 decrivait toutes les formes de luxure charnelle, et de dangerosite feminine. La femme y etait traitee d'ennemie de l'amitie, de chatiment, de mal necessaire, de tentation, de calamite, de danger domestique, de fleau, d'animal imparfait, ne pensant qu'au mal, a tromper et a "priver l'homme de son membre viril". Le caractere lascif et sadique du Malleus lui valut un immense succes, et sa diffusion dans toute l'Europe, favorisee par la recente decouverte de l'imprimerie, accrut les phenomenes de persecution. A cette epoque de la Renaissance, en pleine efflorescence de la science, des arts et de la litteraure, la superstition neanmoins faisit rage. Les femmes etaient la cible principale de la chasse aux sorcieres. "Pour un sorcier, dix milles sorcieres" (Michelet). tout plaisir charnel devenait le resultat d'un pacte avec le diable, et le plaisir de la femme ne pouvait provenir que d'une copulation satanique. La concupiscence, le blame retombaient inevitablement sur la femme.
 Des dizaines de milliers de personnes qui seraient aujour'hui traites pour maladie mentale subirent la torture et la mort "ad majorem dei gloram".En Allemagne, par exemple, il a ete compte une moyenne de 600 buchers de sorcieres par an, "soit deux par jour, si on excepte les dimanches" ! Des hysterique souffrant d'anesthesie partielle, de mutisme, de cecite, de convulsions et surtout de diverses insatisfactions sexuelles etaient des victimes toutes designees a la sorcellerie. Les hysteriques offrirent leur masochisme, avec passion, a toutes les accusations de seduction et de fornication avec le Diable. Leurs confessions devenaient d'autant plus lascives que les interrogatoires des inquisiteurs se faisaient plus cruels et pressants, et les tortures subies plus raffinees. (Pourquoi, s'interrogeait Freud, les aveux extorques par la torture ressemblent-ils tant aux recits de mes patients au cours du traitement psychologique?"(S.F.(1897), Lettre 56 a Wilhelm Fliess)(pp. 108-9).
  
   La messagere de l'attente : le masochisme erogene. Pour que la belle s'endorme en toute quietude, a l'abri du contre-investissement du vagin erogene, il faut qu'elle puisse investir l'attente. Si la mere, messagere de la castration, dit qu petit garcon qui fonce, tout penis en avant : "Fais bien attention, sinon il t'arrivera des ennui!", a la fille elle dira : "Attend, tu verras, un jour ton prince viendra!". La bonne mere est donc messagere de l'attente (p. 144).  
   Identification hysterique et identification projective (p. 184).  
   OEdipe. Si le complexe d'OEdipe offre des conditions d'acces a la difference des sexes - paradigme de la "difference" - ce sont celles de la perception de la difference anatomique, de l'angoise de castration et de la construction de theories sexuelles infantiles. Ce sont egalement celles de l'elaboration du fantasme de al scene primitive, concernant la difference des sexes des parents, et la difference des generations. Mais ce "genital infantile", selon freud, celui du complexe d'OEdipe, ne donne acces, a l'enfant lui-meme, qu'au couple "phallique-chatre", meme s'il existe une prescience, a travers les modalites identificatoires, de ce que sera le couple "masculin-feminin". L'OEdipe n'est qu'une des portes, mais la plus difficile a franchir. Elle designe des virtualites, la promesse d'un role a jouer en fonction de la difference des sexes. la premiere porte aura ete celle de l'ouverture du moi a la pulsion. le moi anal aura, plus tard, le controle de l'ouverture et de la
 fermeture. la puberte, c'est-a-dire l'entree en scene de la possibilite de realisation de l'acte sexuel, est une autre porte. Mais la derniere porte, celle du genital adulte, ne peut etre franchie que dans l'epreuve et l'experience de la relation sexuelle adulte, par effraction de la porte du "feminin" de la femme (p. 21).  
   Tabous. Larticle de Freud, "Le tabou de la virginite" designe un certain nombre de tabous, chez les hommes, lies a des terreurs ou horreurs du feminin de la femme. Le premiertabou, celui du sang de la femme, celui de la defloration et des regles, est correle avec l'interdit du meurtre, qui fait couler le sang. Il reunit le sexuel et la mort, donc les interdits oedipiens et les prohibitions culturelles de l'inceste maternel et du parricide. Ce tabou couvre donc les angoisses de feminin tout autant que de castration et de mort. Le deuxieme tabou de la virginite est celui du nouveau, de l'inattendu, du non-connu et du non-compris. On est proche de la definition du traumatique. Freud parle d' "angoisse des premises". On peut dire que le vagin, inconnu et inexistant pendant l'enfance des deux sexes, menace de faire effraction, lors du rapport sexuel, comme un etranger inquietant mais aussi etrangement familier du fait d'une possible levee de son refoulement primaire. Le
 troisieme tabou concerne directement la femme : c'est elle-meme aui est tabou. elle est, dit Freud, "autre que l'homme, incomprehensible, pleine de secrets, et pour cela ennemie. L'homme redoute d'etre affaibli, contamine par sa feminite et de se montrer alors incapable... Il existe reellement un danger", ajoute freud, sans y inferer aucune notion de projection. On ne peut mieux designer la menace du feminin vis-a-vis non pas du masculin, mais du phallique. Cependant, la dangerosite de l'homme pour la femme n'est pas pensee. (pp. 60-1).  
   L'identification hysterique. L'identification hysterique est un processus intrasubjectif, qui reste inclus dans les limites du moi, et dans l'autoerotisme du sujet (M.Fain), satisfaisant ses fantasmes bisexuels. Il n'y a pas de projection (voir infra 18) (p. 186).  
   La petite fille a l'ours. Une petite fille de deux ans designe a sa mere sur un album de photos tous les personnages qu'elle reconnait : son pere, sa mere, sa soeur, sa grand-mere. Elle se reconnait elle-meme avec la meme jubilation que dans le miroir, et s'y designe egalement du nom de bebe que continuent de lui donner ses parents, alors qu'en chair et en os, elle se designe de son reel prenom. Soudain, elle s'arrete sideree, prise d'angoise, se met a pleurer et court dans sa chambre chercher son nounours sur lequel elle arrache un "boulochon" de poils, son "objet transitionnel", pour s'en caresser la levre en sucant son pouce. Elle se balance, se calme et se rassure. Qu'a-t-elle vu sur la photo? Precisement l'ours en peluche. (p. 211).  
   Les Moires. dans "Le motif du choix des coffrets", Freud nous conte comment les trois Heures, deesses des sisons, de la pluie et de la rosee et gardiennes des lois de ls Nature, deviennent, en se transformant en Moires, les divinites du Destin. il nous indique comment une substitution s'est faite, dans le mythe, entre la deesse de la mort et celle de l'amour, "preparee, dit-il, par une longue ambivalence", ce aui cree un "sentiment d'inquietante etrangete di a cette double nature". et freud de terminer en evoquant les trois inevitables relations a la femme : la generatrice, la compagne et la destructrice, qui en fait ne sont que trois formes empruntees a la meme image, celle de la mere. "La mere elle-meme, amante que l'homme choisit a l'image de celle-ci, et finalement la Terre-mere qui le reprend a nouveau" (p. 231).  
   La demande sexuelle constante. Si l'hysterie a de tous temps defie la medecine et l'ordre social, c'est parce qu'elle touche au sexuel, a ce qui est le plus difficile a reconnaitre, a savoir la difference des sexes, et plus particulierement a ce qui est le plus difficile a admettre : l'ouverture du sexe feminin et la jouissance feminine (p. 105).  
   De la seduction narcissique a la seduction traumatique (quand la sirene rencontre le serpent). "La plus dangereuse de vos seductions est de n'en point employer" J.J. Rousseau (La Nouvelle Heloise). De certains etres narcissiques, qui nous donnent le sentiment de se suffire a eux-memes et d'etre inaccessibles, emane une attraction, un charme irresistible. Tel est le cas, nous dit Freud, d'une certaine beaute feminine, des chats et des grands animaux de proie, mais aussi des grands criminels et de humoristes... Cette fascination, ce charme, Freud l'evoque egalement a propos du plaisir que nous inspirent la contemplation de la beaute physique, la creation litteraire et l'audition du mot d'esprit. Le terme de Verlockung differancie alors ce type de seduction du terme de Verfuhrung qui en designe plutot la dimension sexuelle traumatique agie. Plutot que de solliciter une activite de recherche structurelle ou autre, certains patients eveillent en nous un sentiment d'enigme,
 parfois meme d' "inquietante etrangete", auxquel bien souvent le recours a un mode de figuration mythique, legendaire ou litteraire apporte un soulagement. Celui-ci, telle une creation poetique, nous ferait-il realiser ainsi une economie psychique? (p. 194).  
   Gradiva. Figures du feminin. "Sa majeste le Moi, heros de tous les reves diurnes, comme de tous les romans" S. Freud. ""Gradiva" est l'un des trois ouvrages de Freud auxquels peut le mieux s'appliquer le qualificatif de "ravissant", les deux autres etant a mon avis Leonard de Vinci et le travail sur les "Trois coffrets"", ecrit Jones. Freud juge lui-meme "gracieuse" son etude sur Gradiva, et ecrit a Jung en 1907 "qu'elle ne contient rien de nouveau, mais nous permet de nous rejouir de notre richesse" (p. 217).  
   Les trois "effracteurs nourriciers" coute que coute. La construction de la psychosexualite passe par trois effracteurs nourriciers, qui tiennent ce double caractere de la poussee constante libidinale. ils constituent trois epreuves de realite, majeures, inevitables, structurantes. il imposent une evidence : ce que le moi n'est vraiment "pas maitre en sa demeure". Ils ne negocient pas, et exigent coute que coute la soumission du moi a la pousse constante. la realite ne negocie pas. Et d'ailleurs le moi negocie quand meme. le prmier effracteur nourricier coute que coute est le "corps etranger interne" aue constitue la poussee constante de la libido, elle-meme extraite des poussees periodiques de l'instinct, qui met le petit moi immature en necessite d'etayage. En s'etayant, il va periodiser. Le deuxieme effracteur nourricier est l'epreuve de la difference des sexes, et ses exigences de realite. le troisieme effracteur nourricier est l'amant de la relation sexuelle de
 jouissance : celui qui cree le "feminin" de la femme, fraye par les deux precedentes epreuves, et qui reelabore en apres-coup toutes les figures anterieures de l'etranger effracteur et nourricier, pulsionnel et objectal (p. 18).  
   Le scandale de l'hysterie de conversion. C'est la forme la plus spectaculaire de l'hysterie : la grande crise d'attaque hysterique, avec convulsion, et tous les symptomes de conversion qui l'accompagnent : paralysies, contractures, corps en arc de cercle, troubles de la vision, hallucinations, anesthesies, douleurs, etc. Le fait qu'on ne puisse trouver aucune lesion organique a l'origine de tous ces symptomes corporels, souvent fort graves, et qu'ils puissent disparaitre sans laisser de trace et aussi mysterieusement qu'ils sont advenus, a mene l'hysterie a representer une provocaiton, un defi a la science medicale, qu'elle met en echec. "L'hysterie et l'epilepsie, disait Charcot, s'offrent a nous comme autant de sphinx qui defient l'anatomie la plus penetrante". La sphinge et son enigme sont a nouveau reconvoquees. "La theorie, ajoutait-il, c'est bon, mais ca n'empeche pas d'exister" - "Si seulement, repondait Freud, on savait ce qui existe!" (p. 104).  
   Sous le corps de l'autre. le scandale du masochisme. C'est donc l'amant qui est le revelateur de la jouissance vaginale, du fait de la penetration, certes, mais essentiellement parce qu'il est le necessaire support et agent du fantasme inducteur de la jouissance feminine : celui d'etre l'objet d'une possession, d'une effraction, d'un abus de pouvoir. Bref, de la "defaite". Ce qui, bien entendu, serait insupportable pour le moi, sauf a se delecter de masochisme moral. J'irai jusqu'a dire, au risque de lever un coin du voile du "continent noir", que la jouissance sexuelle, chez la femme comme chez l'homme - a condition que son angoisse de castration et son "horror feminae" ne l'empeche pas d'emmener sa partenaire jusque-la et de s'y aventurer avec elle, par identification -, ne peut etre que d'essence fantasmatique masochique erotique. La jouissance de l'un ou de l'une ne peut advenir que de celle de l'autre, se confandant, dans une boucle ou douleur et jouissance sont
 contigues, sinon confondues (Catherine Couvreur utilise a ce sujet la representation du "baquet") (p. 127).  
   La "connaissance perdue".  Que dire, au moment de conclure, de cette "connaissance perdue", sur laquelle ont tellement insiste les auteurs? Comment ne pas faire appel a ce que Freud evoque dans "L'inquietante etrangete" : "l'entree de l'antique terre natale du petit d'homme", "l'antiquement familier d'autrefois". Pourquoi avoir horreur et terreur de ce paradis perdu, source de jouissance initiale, ou etre et avoir etaient confondus ("je suis le sein")? Il ne peut y avoir terreur et horreur que par rapport a un desir tres dangereux pour le moi, et pas la representation que ce desir pourrait etre insatisfait. Rappelons-nous : "On devrait envisager que quelque chose dans la nature meme de la pulsion sexuelle ne soit pas favorable a la realisation de la pleine satisfaction!" (p. 133).  
   Le jaune de l'amour. C'est un canari en cage, un oiseau jaune entre les bareaux qui amene Norbert a decider de son voyage en Italie. lorsque Gradiva apparait a Norbert, c'est entre deux colonnes peintes en jaune comme si elles avaient ete d'or, vetue elle-meme d'une robe d'un ton chaud qui tirait sur le jaune, chaussee de souliers jaunes. elle met en fuite un lezard d'or et de malachite. Tout ceci evoque un souvenir-ecran de Freud, dont il fait l'aveu par la bouche d'un autre (p. 224).  
   Comment la qualifier? Une fois que le petit moi a fait son choix dominant face a l'angoisse de pousse constante, schematiquement en introjection par extase, en rejet du "sein pourri", ou en negotiation par le sucotement auto-erotique ou la satisfaction hallucinatoire, le moi qui evolue selon ce triple destin va se decliner en deux formes d'appropriation de l'angoisse de poussee constante 1- par des angoisse qui ont trait au manque et a la perte ("per via di levare", oserai-je dire, selon la metaphore de Leonard de Vinci, citee par Freud). 2- par des angoisses d'entree, d'invasion du moi par la pulsion ou par l'objet, ou par son introject, mais aussi par des angoisses d'envahissement de l'objet ("per via di pore") (p. 41).  
   Le travail de l'analite. Dans le cadre d'un travail de negotiation, le trajet des elaborations des angoisses de perte en fonction des situations de danger est decrit par Freud dans Inhibition, symptome et angoisse. il parcourt un chemin qui va des angoisse de perte du tout vers les angoisses de pertes partielles. On peut considerer que ces pertes partielles sont le travail d'un moi, utilisant l'analite pour periodiser et fractionner le courant pulsionnel constant a grandes quantites. Il consiste a etaablir, au niveau de la difference des sexes, des equivalences entre les organes et entes les angoisses de perte, sur le mode d'une logique anale (p. 45).  
   Le reve de la prison d'Eloise. Eloise reve que sa mere l'emmene en prison, parce qu'elle a vole de la nourriture. elle ne pouvait plus danser. Elle a l'impression que sa mere veut l'empecher de danser. eloise, danceuse professionnelle, se sent en effet empechee de danser, parce qu'elle a trop grossi, a cause de ses acces de boulimie. Elle est egalement empechee de seduire, se trouve laide. La prison reprensente a la fois son corps emprisonne par la boulimie, et le corps de sa mere qui l'emprisonne dans une identification alienante (p. 94). 
  Jacqueline Schaeffer.
  Le refus du feminin.
  (La Sphinge et son ame en peine).
  Presse Universitaires de France.
  ISBN 2 13 048959 1
  1ere edition septembre 1997
  4eme ed.     novembre  2003.


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