[Lutecium-group] Asphaltisation " Je vous salis ma rue"
kika
mariadsouza at terra.com.br
Wed May 2 15:24:58 UTC 2007
oui Violaine, la vie est bien plus compliqué quand on décide de la vivre...
merci!
----- Original Message -----
From: "Violaine Clement" <violaine.clement at co-perolles.ch>
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
<lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Wednesday, May 02, 2007 12:04 PM
Subject: [Lutecium-group] Asphaltisation " Je vous salis ma rue"
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
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Connaissez-vous ce livre de Sylvie Quesemand Zucca "Je vous salis ma
rue" , publié chez Stock en 2007 ?
Ce titre terrible, emprunté à Prévert Fatra, 1996, est d'actualité pour
une description très clinique de l'"asphaltisation".
L'auteur est psychiatre et psychanalyste, et cite Hannah Arendt :
"Le danger est qu'une civilisation globale, coordonnée à l'échelle
universelle, se mette un jour à produire des barbares nés de son propre
sein, à force d'avoir imposé à des millions de gens des conditions de
vie qui, en dépit des apparences, sont les conditions de vie des
sauvages."
Elle parle de ces gens qui ne veulent plus être enfermés, qui ne savent
plus s'ils appartiennent ou non au corps social, et dont le corps se
fond peu à peu dans l'asphalte.. .
"Car lorsque le lien au corps social s'amenuise, c'est peu à peu le
lien de l'humain à son propre corps qui s'estompe à son tour. Et il n'y
a plus d'alerte, ni extérieure, ni interne. Et quand les signaux de la
douleur n'existent plus, la lésion, inexorablement, s'accentue. e
profile alors le risque d'une aggravation sans limites, qui peut
entraîner la mort. C'est dire si l'urgence est toujours d'aller vers
ceux qui ne bougent pas, car le temps du soin seul pourra s'opposer à
la mort physique mais aussi à la désagrégation totale de la
subjectivité.
Cela nous ramène vers ces bébés qui souffrent, avant le langage, et
qui, si aucune réponse ne vient les soulager, finissent par se
détourner de ce qui les entoure. (...)
Ainsi, l'ulcère de jambe de monsieur J., soigné depuis plus de dix ans,
rouvert probablement la nuit depuis autant d'années, sous les bandages
patiemment refaits chaque matin par les infirmières qui s'arrachent les
cheveux devant la pérennité des dégâts. Véritables Pénélope, ces
infirmières le sauvent, sinon de sa peau, au moins d'une mort certaine.
(...)
Le sourire énigmatique de cet homme pendant le soin de ses jambes,
auquel j'assistais un soir, m'évoquait celui, impénétrable et
surinterprété, de la Joconde, dont le mystère de de la signification
nous survivra sans doute à tout jamais. Bavardant, plaisantant,
indifférent aux odeurs fétides et aux pansements purulents que lui
ôtaient les soignantes, ne manifestant aucun signe de douleur, il
trônait là, deux bassines sous ses pieds : "Sa majesté le bébé", disait
Freud, évoquant le narcissisme primaire, représenté ici par la figure
de monsieur J., la cinquantaine d'années. Identifié par tous et par
lui-même à sa plaie monstrueuse, il est devenu sa plaie. L'effraction
de cette peau ouverte lui procure sans doute une jouissance
indéfinissable aussi impénétrable que son sourire enfantin. Il flirte
autant avec la mort qu'avec la toute-puissance par laquelle il règne
sur nos désirs de soins : preuve d'humanité s'il en est, réciprocité au
monde réduite é son plus petit dénominateur commun : " Je ne meurs pas
tant que vous me soignez, mais si vous me guérissez, je meurs à vous et
donc à moi, puisque je n'ai d'existence que par ce soin." Tel pourrait
être le sens de l'énigmatique sourire de monsieur J."
Violaine Clément
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