[Lutecium-group] Traduction: piste triadique

BdF bdf at deflorence.com
Thu Mar 20 15:17:02 UTC 2008


Dnas le cadre de nos discussions sur la traduction, je reproduis ici un
extrait d'un article de Michel Balat (L’actualité du representamen chez
Peirce, Cf. sur son site http://www.balat.fr/spip.php?article32)

===Début Extrait
En ce sens, l’énoncé du même proverbe dans deux langues différentes (cf.
5.138) peut être considéré comme le même representamen dans la mesure où (et
dans cette mesure seulement) il est triadiquement relié aux mêmes
représentations générales ou aux mêmes conduites hypothétiques, c’est-à-dire
constituant une et la même relation triadique. En ce sens-là encore, deux
homonymes ne sont pas le même representamen dans la mesure où les relations
triadiques dans lesquelles ils sont engagés ne sont pas semblables. Notons
en passant que si les representamens, ou les signes, sont répétables, les
sémioses ne le sont pas.

A ce propos, nous pourrions examiner la formule de Leibniz concernant
l’identité: “Eadem sunt, quae mutuo substitui possunt, salva veritate”
(“Sont les mêmes, ceux qui peuvent être substitués l’un à l’autre, la vérité
restant sauve”) (Cf. Gauchet & Gribomont 1990: 40/41) On sait que Russell,
dans On Denoting envisageait cette formule de la manière suivante :

Si a est identique à b, tout ce qui est vrai de l’un est vrai de l’autre et
ils peuvent être substitués l’un à l’autre dans n’importe quelle
proposition, sans altérer la vérité ou la fausseté de cette proposition.

Cette phrase est inconsistante, comme le font remarquer les auteurs du livre
cité, dans la mesure où a et b ne doivent pas être confondus avec les signes
qui les “dénotent”: le “ils” du “ils peuvent” désigne grammaticalement a et
b, alors qu’il devrait désigner leurs signes dans une proposition ou un
complexe de propositions. Nous pouvons avoir une interprétation de la phrase
de Leibniz plus large dans le cadre que nous nous sommes fixés en ne restant
pas trop étroitement tributaires de cette distinction objet/signe. Ce n’est
pas parce que “si deux objets sont identiques, les termes qui les désignent
sont interchangeables, la vérité restant sauve”  — auquel cas, c’est par
l’identité de l’objet désigné par “Socrate” et “Le maître de Platon” que
l’on peut substituer l’un à l’autre dans la phrase “Socrate a bu la ciguë” —
mais parce que la relation triadique dans laquelle le representamen est
engagé est la même dans toutes ses conséquences supposées.
===Fin Extrait

Ceci me semble une bonne piste pour ces discussions que nous avons engagées
sur la traduction. En effet, j'avais suggéré qu'en utilisant la sémiotique
de Peirce, traduire consisterait à trouver le "bon" representamen (dans la
langue cible) tel qu'il fasse surgir un interprétant équivalent/similaire.
Il fallait aller plus loin et prendre en compte la relation triadique qui
caractérise Objet, Representamen et Interprétant. C'est fait, merci à Michel
Balat et a son important travail sur Peirce.

D'autre part, la formule de Leibniz et le commentaire qu'en fait Balat me
rappèle une autre discussion de traduction (il y a plusieurs années), à
propos de la formule de Lacan "il n'y a pas de rapport sexuel". Je dirais
donc que quelque soit la formulation logique que l'on utilise pour illustrer
la sexuation, non seulement les termes "homme" et "femme" ne sont pas
interchangeables, mais en plus, ce que ces termes dénotent ne le sont pas
non plus. On peut s'en apercevoir en construisant une triade ORI pour chacun
d'entre eux et voir les "représentations générales" ou "conduites
hypothétiques" qui en résultent. Je propeserai donc que "il n'y a pas de
rapport sexuel" soit à traduire dans le sens de "on ne peut pas additioner
des pommes et des poires" ou bien "on ne peut pas additioner des kilomètres
et des centimètres", sauf à réduire l'un en terme de l'autre, ce qui dans le
cas de "homme" et "femme" est impossible. Aux traducteurs maintenant de
jouer.

Une dernière remarque: afin de ne pas tomber dans le type d'erreur faite par
Serge Leclaire, lorsqu'il a tenté de mathématiser la formule "S" barre "s"
en prenant le trait horizontal (la barre) pour le signe de la division (au
sens mathématique), bien vérifier que "la relation triadique dans laquelle
le representamen est engagé est la même dans toutes ses conséquences
supposées" après les opérations effectuées. :-)
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BdF
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