[Lutecium-group] un film de Recanati, des années après Lacan... et Barthes

Loïc Toubel toubel.loic at neuf.fr
Tue Jan 19 22:06:12 UTC 2010


Bon, ça ne passe pas en pièce jointe, je fais un copier / coller ici:

 

ANNEXE

La psychanalyse de Mauron, celle de Barthes et celle de Lacan.

        Si l'on s'en tient à l'article de Philippe Dulac dans l'Encyclopaedia Universalis, Barthes a voulu avec Sur Racine expérimenter sur l'auteur de Phèdre « une lecture psychanalytique assez novatrice qui fera grincer des dents aux sorbonnards élevés dans la stricte méthode de Lanson - respect des vraisemblances historiques, biographiques, psychologiques. »

Roland Barthes ouvre effectivement son Sur Racine en disant qu'il doit beaucoup à Charles Mauron. Mais nous sommes en 1963, date charnière dans l'histoire de la psychanalyse, puisque J. Lacan est renvoyé de l'Ecole Normale Supérieure au moment où il est sur le point de pluraliser le signifiant du nom-du-père. Nous n'avons pas lu les ouvrages de M. Mauron, et cependant quelques recherches sur les travaux de ce dernier laissent aujourd'hui, en 2009, songeurs. Certes, depuis Freud, nous savons que l'artiste devance l'analyste, et que ce dernier lui emboîte le pas.Tout se complique avec Barthes, puisqu'il est à la fois critique et écrivain. Mais ce qui s'appelle psychocritique se base sur un mélange théorique vertigineux : les topiques freudiennes semblent ne pas être distinguées, désir, fantasmes et pulsions semblent être des termes allant de soi... Voici par exemple ce que nous livre un cours sur la psychocritique appliqué à Racine:

« Pour bien comprendre, il faut admettre que le schéma freudien des trois instances s'applique parfaitement ici : le Surmoi est incarné par le Père (Thésée), le principe de réalité par les confidents (Théramène, Oenone), le Ça par les pulsions, désirs et fantasmes [on remarque le sériel qui produit un effet de sérieux] qui animent les personnages principaux (Hippolyte, Phèdre). Le Moi, qui se débat entre ces trois forces, c'est par exemple le couple Phèdre-Oenone, car Racine a distribué sur deux personnages les pôles du débat intérieur. Le Moi conscient, c'est Oenone, toujours soucieuse d'adapter le désir à la réalité; le Moi inconscient, c'est Phèdre. Il en va de même pour le couple Hippolyte-Théramène. »

        Il faut bien le dire, c'est à couper le souffle en 2009, alors que certains chercheurs se demandent encore comment articuler les deux topiques freudiennes. Dans l'extrait cité, c'est la seconde topique qui est utilisée, avec des « morceaux » de l'ancienne. Cela manque de rigueur et risque de produire des effets de confusion dans la recherche.

        Il est difficile de savoir ce que savait Barthes de la psychanalyse à l'époque du Sur Racine, en 1963. Il avait certes lu Freud ; en témoignent les références à Totem et tabou, à Moïse et le monothéisme ; il avait certes lu Freud, mais dans quelle traduction ! On se souvient que les élèves non-germanistes de Lacan travaillaient avec l'édition anglaise de Strachey. Mais Barthes après le Sur Racine va de plus en plus travailler avec Lacan, il le cite déjà dans Critique et vérité en 1966, jusqu'aux séminaires sur le discours amoureux où il sera question de lui toutes les deux pages.

        Lacan a rejeté ce choix de la seconde topique, élue par la plupart des analystes de l'époque ; nous citerons ici un propos récent de Jacques-Alain Miller :

« Avant Lacan, on avait bien remarqué la différence entre la première et la seconde topique, on avait bien remarqué que Freud avait été amené à remanier ses conceptions initiales en présentant une autre configuration essentielle de sa théorie, donc une évolution, et le corps des psychanalystes avait choisi la seconde topique, avait choisi de considérer qu'elle représentait un progrès qui justifiait de négliger la première. Donc, déjà avant Lacan, on avait bien l'idée d'un clivage dans la théorie de Freud. D'une certaine façon, Lacan s'est avancé en faisant le choix inverse de tous les autres, au moins le choix inverse de la majorité de la communauté psychanalytique internationale, parce que, du fait qu'il privilégiait parole et langage, lui a privilégié la première topique, si l'on veut, au détriment de la seconde. Sauf que ce qui a donné la dynamique de son enseignement, tout le temps que ça a duré, c'est d'essayer - disons-le dans les termes que j'ai employés - de retraduire la seconde topique dans les termes de la première, de ne pas sacrifier la première topique au bénéfice de la seconde, de ne pas sacrifier la seconde au bénéfice de la première, mais de repenser la seconde à partir de la première, c'est-à-dire de  repenser la théorie des pulsions à partir du déchiffrage de l'inconscient. »[1]

        

Mais comme il est toujours préférable de s'en remettre à Dieu plutôt qu'à ses saints, voyons ce qu'en disait J. Lacan lui-même quelques mois avant de disparaître :

« C'est pourquoi je crois bienvenu de vous dire quelques mots du débat que je soutiens avec Freud, et pas d'aujourd'hui.

Voilà : mes trois ne sont pas les siens. Mes trois sont le réel, le symbolique et l'imaginaire. J'en suis venu à les situer d'une topologie, celle du noud, dit borroméen. Le noud borroméen met en évidence la fonction de l'au-moins-trois. C'est celui qui noue les deux autres dénoués.

J'ai donné ça aux miens. Je leur ai donné ça pour qu'ils se retrouvent dans la pratique. Mais s'y retrouvent-ils mieux que de la topique léguée par Freud aux siens ?

Il faut le dire : ce que Freud a dessiné de sa topique, dite seconde, n'est pas sans maladresse. J'imagine que c'était pour se faire entendre sans doute des bornes de son temps.

Mais ne pouvons-nous pas plutôt tirer profit de ce qui figure là l'approche de mon noud ? »[2]

          Il serait bon, selon nous, de soumettre le Texte de Roland Barthes aux trois registres du réel, du symbolique et de l'imaginaire, afin d'y situer sa jouissance et son rapport aux signifiants majeurs de la psychanalyse d'aujourd'hui.

           



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[1] L'orientation lacanienne, Choses de finesse en psychanalyse, 11 mars 2009.

[2] 12 juillet 1980, Ouverture de la rencontre de Caracas.

  ----- Original Message ----- 
  From: Violaine Clement 
  To: Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne 
  Sent: Tuesday, January 19, 2010 10:43 PM
  Subject: Re: [Lutecium-group] un film de Recanati, des années après Lacan... et Barthes


  lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
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  Ce qui m'a le plus surprise dans cette vidéo, c'est d'entendre cet intellectuel parler de sa satisfaction : d'abord à parler lacanien sans comprendre, puis de trouver un système de pensée qui lui permette de comprendre ce qu'il dit, et enfin de l'entendre dire encore qu'il est blasé, parce qu'immergé dans un discours...
  C'est loin du souffle qui anime ces temps l'école de Miller. 
  C'est ainsi que je lis avec beaucoup de plaisir le feuilleton que nous adresse JRRabanel. Un nouveau signifiant s'y décline, l'urgence, avec tact, délicatesse, et inventivité. Rien de cette "terminologie saoûlante du lacanisme", seulement un souci de nous offrir des perles de culture.


  laliste at ri3.be


  Cordialement


  Violaine






  Le 19 janv. 10 à 21:22, Loïc Toubel a écrit :


    lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
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    Un grand merci à Liliane qui me permet de mieux comprendre qui était cet énigmatique F. Recanati dont on est frustré dans l'édition du Seuil d'Encore, car son exposé n'est pas transcrit.

    Il est aussi question de Barthes dans les films proposés en ligne: celui-ci, qui a la bouche pleine de Lacan dans son séminaire sur le discours amoureux de 1974-1976 et qui aboutira aux Fragments d'un discours amoureux en 1977, a rencontré Lacan en 1975 et a noté dans son "Journal amoureux", j'insiste bien sur "journal amoureux", et pas dans un simple agenda: "Première consultation avec Lacan." Il passe quelques séances avec lui, puis, à la surprise de ceux qui m'en ont parlé, Lacan ne le retient pas. Dès la rentrée, Barthes parle de "la terminologie saoûlante du lacanisme" et renvoie ses élèves de l'EPHE au cours de... Recanati !

    Que ceux qui ont des infos sur les rapports Barthes-Lacan veuillent bien m'en faire part, car je dois faire un travail universitaire sur ce qui s'est passé entre ces deux "passants considérables". J'en suis aujourd'hui à me demander (pour un simple exposé) ce que Barthes savait de la psychanlayse en 1963, date du Sur Racine inspiré par la psychocritique de Ch. Mauron, qui m'apparaît comme un amas de confusions. En 1966, il est déjà bien mieux informé (cf. Critique et vérité).

    Loïc.

      ----- Original Message -----
      From: Liliane Fainsilber
      To: Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne
      Sent: Tuesday, January 19, 2010 4:06 PM
      Subject: [Lutecium-group] un film de Recanati, des années après Lacan


      lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
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      Bonjour à tous,

      en recherchant ce que Recanati avait raconté sur Régine et Kierkegaard, je suis tombée par hasard sur une interview de lui concernant sa période lacanienne, il y énonce quelques vérités pas trop faciles à entendre mais au demeurant pas si mal vues.
      Cependant, il parle en phliosophe et non pas en analysant. Ce qu'il appelle opacité du discours lacanien mérite en effet d'être mesuré à l'aune de l'inconscient.
      Enfin je trouve ce petit film salubre même s'il ne fait pas trop plaisir.  Liliane.

      http://www.archivesaudiovisuelles.fr/FR/_video.asp?id=61&ress=345&video=87780&format=68



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