[Lutecium-group] Re : RE : Imposture.

Nicolas-Spyridon SYNGUELAKIS nikosynguel2 at yahoo.fr
Fri Jul 23 15:42:49 UTC 2010


Bonjour,
si je peux me permettre, et en remerciant Eliane Lehman pour le document, pour 
peu qu'il soit juste, la phrase est incomplète, ce qui en change radicalement le 
sens. Voici la citation, extraite dudit document :


"Le réel est à l’opposé extrême de notre pratique. C’est une idée une idée 
limite de ce qui n’a pas de sens. Le sens est ce par quoi nous opérons dans 
notre pratique : l’interprétation. Le réel est ce point de fuite comme l’objet 
de la science (et non de la connaissance qui elle est plus que critiquable) le 
réel c’est l’objet de la science.
 Notre pratique est une escroquerie, du moins considérée à partir du moment où 
nous partons de ce point de fuite. Notre pratique est une escroquerie..."

 
Pour l'anecdote, en parlant de citations incomplètes, j'aime beaucoup celle 
issues des toutes premières lignes du Discours de la Méthode, que je vous livre 
:

"Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée" que nous avons tous 
entendus, mais voici la citation complète :

"Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être 
si bien pourvu, [ 124 ]que  ceux même qui sont les plus difficiles à contenter 
en toute autre chose  n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont."

Je vous laisse méditer.

Cordialement,

Nicolas-Spyridon SYNGUELAKIS


http://sandrinopolis.myminicity.com/




________________________________
De : JP Bienvenu <jpbienvenu at orange.fr>
À : Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne 
<lutecium-group at lutecium.org>
Envoyé le : Sam 17 juillet 2010, 10h 42min 35s
Objet : [Lutecium-group] RE :  Imposture.

lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
---  
 
Je profite du thème proposé à la discussion pour formuler — de biais — une 
demande et indiquer un article. 

 
1) J’ai lu quelque part que Lacan aurait déclaré le 26 janvier 1977 : "Notre 
pratique est une escroquerie. Bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec 
des mots qui sont du chiqué, c’est quand même ce qu’on appelle d’habitude du 
chiqué… Du point de vue éthique, c’est intenable, notre profession… Il s’agit de 
savoir si oui ou non Freud est un événement historique. […] Je crois qu’il a 
raté son coup. C’est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s’en 
foutra de la psychanalyse."
Quelqu’un pourrait-il me donner des précisions sur la référence exacte de cette 
déclaration et sur son contexte ?
 
2) Pour info, cf. un article paru dans Libération le 16 juillet. 
 
JP B
____________________
 
Libération, 16/07/2010 à 00h00 
Encadrer la psychothérapie… au profit de qui ?
 
Par ELISABETH ROUDINESCO Historienne, directrice de recherches, université 
Diderot, 

ROLAND GORIPsychanalyste et professeur émérite de l’université 
 
L’encadrement législatif des pratiques professionnelles en psychiatrie et en 
psychologie clinique semble procéder aujourd’hui de choix idéologiques, 
sécuritaires et clientélistes, beaucoup plus que d’un souci authentique des 
patients. C’est ce dont témoigne, tel un symptôme, la nouvelle réglementation de 
l’usage du titre de psychothérapeute.
L’article 52 de la loi du 9 août 2004, réglementant l’usage du titre de 
psychothérapeute, affirmait la volonté de Bernard Accoyer (président de 
l’Assemblée nationale) de protéger le public des charlatans et des sectes en 
réservant l’accès au titre de psychothérapeute aux médecins, aux psychologues et 
aux psychanalystes régulièrement inscrits dans les annuaires de leurs 
associations. La loi exigeait une formation en psychopathologie clinique pour 
tous les professionnels voulant faire usage de ce titre. Outre la traditionnelle 
confusion dans la loi entre « formation à la pratique psychothérapique »et 
« psychopathologie », une seule annexe des récents décrets d’application (décret 
n° 2010-534 du 20 mai 2010 relatif à l’usage du titre de psychothérapeute) vient 
d’enterrer la volonté politique de son promoteur en créant dans le champ de la 
santé mentale une nouvelle profession à mi-chemin entre le psychologue clinicien 
et le psychiatre. Le président Accoyer ne semble pas avoir pris la mesure de 
l’instrumentalisation de son projet de loi par le ministère de la Santé 
lorsqu’il salue la parution des décrets d’application en précisant que « cette 
disposition ne concerne strictement en rien les psychiatres, les psychologues 
cliniciens, ni la psychanalyse »(AFP 25 mai 2010). C’est faux.
Cette annexe, petit codicille d’un long processus d’échanges, de débats et de 
négociations entre les pouvoirs publics et les professionnels, crée un nouveau 
métier de santé et établit une hiérarchie arbitraire des professionnels 
conduisant à une médicalisation abusive de la psychothérapie :la dispense totale 
des suppléments de formation n’étant accordée qu’au psychiatre, promus modèle 
idéal du psychothérapeute. En outre, le décret inscrit les conditions d’agrément 
et de formation à la psychopathologie clinique dans un dispositif sanitaire au 
sein duquel les présidents des agences régionales de santé auront un pouvoir 
exorbitant. Les psychologues risquent ainsi de se retrouver tôt ou tard 
paramédicalisés. Quant à la psychanalyse, elle se voit socialement dévalorisée 
puisque les psychanalystes se trouvent fort mal lotis dans la hiérarchie des 
dispenses en psychopathologie clinique. La formation universitaire des masters 
de psychopathologie clinique aussi, puisque les psychologues cliniciens devront 
obtenir des suppléments de formation nonobstant les stages cliniques, les 
supervisions et les enseignements de psychopathologie clinique qu’ils auront 
déjà reçus auparavant. D’où une dévalorisation de l’enseignement universitaire. 
De même, la loi de 1985 conditionnant l’accès à un titre unique de psychologue 
se trouve compromise par la subdivision qu’établit l’annexe du décret entre 
« psychologue clinicien »et « psychologue non clinicien ».
Pour légitime que soit cette subdivision, elle constitue une innovation 
administrative dont on peut se demander si elle n’excède pas le champ défini par 
la loi de 2004. Accorder une dispense totale aux seuls psychiatres en les posant 
en modèles de référence procède de l’ironie lorsqu’on connaît la normalisation 
sociale et épistémologique actuelle de leur formation :à quelques exceptions 
près, la formation hospitalo-universitaire en psychiatrie demeure sous l’ombre 
portée des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), des neurosciences et du 
complexe industriel formé par le manuel diagnostique et statistique des troubles 
mentaux (DSM) et les psychotropes. Tout se passe donc comme si l’État effectuait 
un choix partisan parmi les experts de la communauté psy en toute ignorance de 
cause. Dans ce contexte, les étudiants en psychologie et les psychologues au 
chômage, stressés par la pénurie des emplois, seront tentés par ces formations 
supplémentaires leur permettant d’obtenir le titre de psychothérapeute, lequel 
est d’ores et déjà retiré aux psychothérapeutes dont les écoles ont fleuri 
partout dans le monde et qui n’ont plus d’identité.
Les unités de formation et de recherche (UFR) de médecine reprendront sans doute 
la main dans cette affaire. La privatisation des formations universitaires et 
les frais d’inscription à ces nouveaux diplômes risquent de s’accroître. Les 
vrais perdants dans cette histoire seront alors les patients les plus 
vulnérables et les plus démunis que le président Accoyer voulait justement 
protéger. La médicalisation de la souffrance psychique vient de franchir une 
nouvelle étape. La prétendue « protection des patients »sûrement pas.


      
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