[Lutecium-group] Le promeneur ironique

Violaine Clement violaine.clement at co-perolles.ch
Sat Jan 8 08:29:17 UTC 2011


Vous pouvez adresser un message de soutien pour l'excellent livre de  
Philippe Lacadée sur Walser, Le promeneur ironique, ou lire sur le  
site les commentaires des lecteurs. http://www.oedipe.org/fr/prixoedipe/2011/prixoedipecritiques2011
Voici le mien,

Philippe Lacadée ROBERT WALSER, Le promeneur ironique


Qu’est-ce qu’un psychanalyste peut apprendre d’un poète ? Philippe  
Lacadée, suivant ce que Jacques Lacan a fait résonner de James Joyce,   
fait résonner, pour nous autres, francophones, par une lecture précise  
et précieuse, l’invention de Robert Walser pour traiter son rapport  
singulier et traumatique à la langue.

Il ne s’agit donc pas d’une simple lecture, en traduction, ni d’un  
déchiffrement, mais d’une invitation à suivre, non seulement les  
traces écrites, mais encore celles qu’on ne peut pas voir, mais que  
l’on peut ouïr.

Pourquoi préférer le silence du crayon à la plume, ou la cachette dans  
la miniature ? À Philippe Lacadée qui pose ces questions, c’est la  
main même du poète qui répond en expliquant sa méth-ode, puisqu’on  
fait route en sa compagnie.

Cette invitation à nous promener avec lui dans ces bois que trace ce «  
roman du réel » éparpillé en mille morceaux  peut rebuter ceux que le  
grand loup de la folie effraie.  On comprend bien à travers ces lignes  
de Walser à quoi sert pour lui l’ironie féroce, à se défendre d’une  
jouissance plus féroce encore dont il est l’objet :  « C’est la plume  
qui prononce ce mot, non la bouche, mais la plume d’acier est la  
bouche silencieuse et sonore de l’écrivain. »(p.169)



Comme pour le Malentendu et l’Eveil, on lit dans un premier temps ce  
livre comme un conte de fées, avec Cendrillon, Blanche-Neige, et mille  
autres personnages féériques…. On a envie, en outre, de lire (ou de  
relire) tant d’autres poètes (Hölderlin, Joyce, Kaka, Musil…) Mais là  
surtout comme rarement, le psychanalyste, débutant ou pas, s’enrichira  
de cette analyse très fine du sinthome Walser, précieuse aussi bien à  
tous ceux pour qui Lacan est parfaitement inconnu, voire illisible. La  
singularité exemplaire du cas Walser sous le regard joyeux et  
affectueux de Lacadée ne vise pas à expliquer une théorie, mais nous  
engage à être attentifs au détail, aux énigmes, aux équivoques, à la  
lettre et à ses nouages.



Celui qui se nomme lui-même un ravissant zéro tout rond, un bouton  
qu’on va perdre, un solitaire mondain ne serait pas peu surpris, lui  
qui voulait être une servante, s’il savait combien il sert aujourd’hui  
à travers ses écrits à ceux qui se demandent chaque fois qu’ils  
rencontrent un être humain aux prises avec la langue comment il fait  
pour s’articuler à la langue lorsqu’il refuse tout discours établi.  
Avec Walser, comme Philippe Lacadée nous le montre en nous prenant par  
la main, nous apercevons une méthode, un style dont nous pourrions  
nous servir, même s’il est inimitable.



Bonne année aux Lutéciens,



Violaine Clément
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