[Lutecium-group] - Lettre d'(a)lpha à Xavier Bertrand

Violaine Clement violaine.clement at co-perolles.ch
Tue Feb 21 10:38:33 UTC 2006


Bonjour Frank,

Je ne suis pas sûre de savoir répondre à votre question, Liliane l'a 
fait ailleurs 
(http://perso.wanadoo.fr/liliane.fainsilber/pages/la%20passe%20I.htm) 
mais j'ai une réponse, la mienne, qui peut-être vous sera utile.

Il y a dans cette affaire de législation un désir de protéger l'être 
humain de lui-même. Ce désir-là est aussi celui de la religion, et on 
pourrait dire que tout groupe constitué sous ce modèle (armée, 
église,....) fonctionne de la même manière. C'est la haine qui unit, la 
haine de l'autre qui n'en fait pas partie. Et la psychanalyse, qui vise 
la différence la plus grande, ne peut évidemment pas se construire une 
école sur ce modèle. C'est bien le paradoxe auquel Lacan a été 
confronté et qui a valu la dissolution, et c'est aussi ce qui, dans 
l'école de la cause freudienne, est mis au travail, et qui est confié 
aux AE. C'est génial, cette idée de confier à ceux qui y entrent la 
tâche d'analyser l'école.... Si cette idée pouvait être reprise dans 
d'autres structures humaines, on verrait probablement changer bien des 
choses. Par exemple, si, à l'école (l'école de tout le monde), les 
enseignants écoutaient ce que leur disent leurs élèves, ceux qu'ils ont 
pour tâche d'élever, on verrait probablement l'école devenir ce "jeu de 
vie" dont parle Freud (Intervention sur le suicide).

Il y a aussi un texte dans les Ecrits de Lacan, qui, 50 ans plus tard, 
gagnerait â être relu par ceux qui croient toujours qu'on peut former, 
formater, diplômer des analystes. Situation de la psychanalyse et 
formation du psychanalyste en 1956

La psychanalyse ne peut qu'être laïque, et c'est contre cette nouvelle 
religion du bonheur garanti, ready-made, un pour tous (et tous pour 
quel Un ?), que la psychanalyse est , comme le dit Deffieux dans 
Psychanalyse : Contre-attaque, p.120 : "la seule poche de résistance 
contemporaine à l'écrasement subjectif. C'est une chance considérable 
offerte à qui veut s'y engager".

En revanche, la Santé mentale, le Bonheur, voilà les noms contemporains 
de la religion....Lacan, plus modestement, disait à Yale, en 1975, que 
la fin de la cure pouvait correspondre au moment où le sujet pense 
qu'il est heureux de vivre... C'est vrai que ça, seul l'analysant peut 
le mesurer...

Violaine Clément









Le 21 févr. 06, à 03:34, franck manuel a écrit :

> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---Bonjour
>
>   "" Votre responsabilité serait lourde s’il advenait que votre 
> gouvernement
> décidât de remettre aux mains d’experts de la « santé mentale » la
> souffrance psychique des sujets.  """
>
>   Pourquoi la psychanalyse ne peut elle etre rangée dans la catégorie 
> -santé mentale-  et si les psychanalystes ont " gain de cause  " , 
> réussissent a ne faire partie d'aucune legislation ?Je ne discute pas 
> ici de la loi ou pas  .Est-ce-qui-est écrit dans cette phrase ?
>
>
>   ***
>   « Le
> développement qui va croître en ce siècle des moyens d’agir sur le
> psychisme, un maniement concerté des images et des passions dont on a
> déjà
> fait usage avec succès contre notre jugement, notre résolution, notre
> unité
> morale, seront l’occasion de nouveaux abus de pouvoir. »
>
> Pourquoi la psychanalyse serait elle en dehors de tout systeme ?
>   Est ce que Jacques Lacan a dit  prevu , annoncé , que la passe est  
> un échec ?
>
>   Quels  psychanalystes sont OBLIGES  d' être inscrit dans une école 
> pour devenir psychanalyste ?
>   La passe dépend elle d'une école  ?  Laquelle ?
>   Comment deviennent psychanalyste , les psy qui ne sont pas " 
> lacaniens  " ; les appellenton " freudiens " ?
>
>   Peut on devenir psychanalyste avec  la bonne volonté et le savoir d' 
> un  analyste , le sien , qui vous reconnaitra ""casher ""  , avec  une 
> seule analyse faite avec un SEUL analyste qui se porte garant de votre 
> pratique a venir ?
>
>   Franck
>   PS : Quelqu'un saura , voudra ...répondre  .
>
>   Armelle Gaydon <Armelle.Gaydon at wanadoo.fr> a écrit :
>   lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
>
>
>
>
>
> Chers amis,
>
> Armelle Gaydon et moi-même, ainsi que Nathalie Georges, Alicia 
> Buckstein et
> Françoise Stark-Mornington, avons pensé qu'il était temps qu'(a)lpha 
> entre
> activement dans la mobilisation contre l'avant-projet de décret
> d'application de l'article 52, dont nous nous donnions écho jusqu'à
> aujourd'hui.
>
> J'ai, à ce titre, adressé ce jour, la lettre jointe à Xavier Bertrand,
> Ministre de la Santé et des Solidarités.
>
> Elle sera publiée sur le site d'(a)lpha dans les meilleurs délais et 
> nous
> rendrons publique la réponse que le Ministre lui réservera.
>
> Comptant sur votre mobilisation,
>
> Bien à vous,
>
>
>
> Benoit Drunat
>
>
>
> (a)lpha - Association pour la laïcité de la psychanalyse
> www.alpha-psychanalyse.org
>
>
>
> 5, rue de l'église - 41220 Saint Laurent-Nouan
>
> 02 54 87 24 88 - 06 24 93 29 70
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
> Saint Laurent – Nouan, le 6 février 2006
>
>
>
>
>
> Monsieur le Ministre,
>
>
>
> Le gouvernement auquel vous participez a fait le choix de développer 
> une
> politique de la « santé mentale » qui abolit le sujet de l’inconscient 
> et
> privilégie l’approche cognitivo-comportementale de la souffrance 
> psychique.
> Cette démarche témoigne au mieux d’une méconnaissance du psychisme, au 
> pire
> d’un désir de n’en rien vouloir savoir.
>
>
>
> Lorsque Bernard Accoyer a déposé, fin 2003, devant le Parlement, son 
> projet
> d’amendement, il a inauguré une série dont on a pu croire qu’elle 
> trouvait
> son issue dans le vote de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 sur la
> Politique de Santé Publique. C’était sans compter sur la farouche 
> volonté
> gouvernementale de mener à terme un projet qui se dessine dans de 
> nombreux
> rapports, de Piel-Roelandt à Cléry-Melin, de donner à ce texte de loi 
> les
> moyens de son application et sert ses visées sécuritaires.
>
>
>
> La dynamique instituée par les recommandations que développent ces 
> rapports
> tend à effacer la spécificité de la psychè humaine et à abolir la 
> dimension
> unique du sujet, au nom d’un projet orienté par le scientisme 
> renaissant qui
> ravale l’être humain à ses comportements, instituant le furor sanandi,
> condamné par Freud puis bien d’autres, en règle de gouvernement et
> brandissant la bible DSM-IV.
>
>
>
> Il apparaît aujourd’hui, notamment avec l’ouverture récente d’une
> concertation sur l’avant-projet de décret d’application de l’article 
> 52, que
> l’horizon est balisé de telle sorte qu’au bout du compte la dimension 
> la
> plus intime de l’être humain sera cernée par une prise en charge
> autoritaire.
>
>
>
> Dans cette hypothèse, c’est d’une course vers le pire que vous serez
> comptable.
>
>
>
> (a)lpha – association pour la laïcité de la psychanalyse travaille 
> depuis
> deux ans à développer une réflexion autour de la spécificité de la
> psychanalyse, énoncée par Freud dès 1926 dans La Question de l’Analyse
> profane et reprise par Jacques Lacan au fil de son enseignement, 
> spécificité
> selon laquelle faire une psychanalyse est le point d’ancrage premier 
> de la
> formation du psychanalyste, qui ne saurait par ailleurs être évaluée 
> par
> l’université mais connaît des procédures de reconnaissance internes à 
> chaque
> Ecole. C’est précisément parce que nous avons fait l’expérience de la 
> cure
> psychanalytique et que celle-ci a conduit beaucoup d’entre nous à 
> occuper la
> position du psychanalyste, que nous sommes en droit de dire qu’aucune
> formation de type universitaire ne formera jamais des 
> psychothérapeutes ou
> des psychanalystes. A fortiori si elle est inscrite sous le chef de la 
> «
> santé mentale ».
>
>
>
> La psychanalyse se range du côté du un, pas du côté du tous, sans 
> standard,
> mais pas sans principes. Formater la formation du psychanalyste ou du
> psychothérapeute selon des critères scientifiques n’a pas de sens, à 
> moins
> de faire de la psychanalyse une science qu’elle n’est pas. La parole
> délivrée dans la cure ne répond à aucune règle pré-construite au 
> sujet, du
> fait qu’il y a de l’inconscient et que l’association libre est la 
> pierre
> angulaire du dispositif psychanalytique. On ne sait qu’après-coup quel
> parcours on a construit avec son psychanalyste. Et seul le sujet peut 
> rendre
> compte de l’expérience unique dans laquelle il a appris à connaître ce 
> qu’il
> en est de son désir.
>
>
>
> La psychanalyse est et demeurera, quoiqu’en veuille faire le 
> législateur,
> une expérience de la liberté dans le langage. « Il n’existera jamais là
> aucun livre de recettes » selon la formule récente de Jean-Pierre 
> Klotz,
> récemment encore Directeur de l’Ecole de la Cause freudienne. Pas même 
> si un
> projet politique érigeait en règle universelle de bonne conduite le 
> silence
> et la mort de la pulsion, par l’entremise de la prescription médicale, 
> de la
> posologie médicamenteuse et de la réadaptation comportementale. « 
> Seule la
> psychanalyse est à même d’amener le sujet à appréhender et à assumer 
> son
> style de vie au-delà de la conformité, du ready-made imposé et de la 
> voie
> prescrite. » ajoute Jean-Pierre Defieux.
>
>
>
> Aussi (a)lpha répète ici, à la suite de quelques autres, sa 
> désapprobation
> vis-à-vis du texte du texte de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 
> sur la
> Politique de Santé Publique et s’élève également contre l’avant-projet 
> de
> décret qui n’est rien d’autre qu’un dangereux non-sens.
>
>
>
> La prochaine réunion de concertation prévue au Ministère le 21 février
> prochain s’en tiendra à l’étude de l’avant-projet de décret sur le 
> titre de
> psychothérapeute. En ce sens, elle n’aura pas pour objectif de ruiner 
> les
> travaux de générations de praticiens de la chose psychique. Mais elle
> marquera une nouvelle étape dans cette tentative contre laquelle nous 
> nous
> élevons.
>
>
>
> Notre association attire de ce fait votre attention sur ce que Freud
> énonçait dans La Question de l’Analyse profane, repris par Lilia 
> Mahjoub,
> Présidente de l’Ecole de la Cause freudienne, le 04 février dernier, 
> lors de
> la journée de travail organisée par l’AFFOP et le SNPPsy : la question 
> n’est
> « pas de savoir si l'analyste est pourvu d'un diplôme médical, mais 
> s'il a
> acquis la formation spéciale qui est nécessaire à l'exercice de 
> l'analyse.
> On peut rattacher à cela la question qui a été discutée avant tant 
> d'ardeur
> par les confrères : quelle est la formation la plus appropriée pour un
> analyste ? Je pensais, et je soutiens encore aujourd'hui, que ce n'est 
> pas
> celle que l'université prescrit au futur médecin.», de sorte que les
> charlatans naguère stigmatisés se trouvent de fait du côté de ceux qui
> n’auraient pas fait l’épreuve de l’expérience psychanalytique et 
> produirait
> néanmoins la plaque que Monsieur Accoyer redoutait tant.
>
>
>
> Le titre ne fera pas le bon psy.
>
>
>
> Les Ecoles de Psychanalyse n’ont jamais cessé, au fil de leur histoire,
> d’être les organes de formation que vous appelez de vos vœux et seriez 
> bien
> inspiré d’entendre.
>
>
>
> Notre association vous demande donc de prendre le temps de faire toute 
> la
> place nécessaire aux représentants des Ecoles qui seraient en mesure 
> de vous
> éclairer sur la véritable nature de nos pratiques, de vous ranger à 
> l’avis
> de celles qui vous démontreront que ce projet de décret est inepte et 
> vous
> enjoint de prendre toute la mesure des choix que vous opérez.
>
>
>
> Votre responsabilité serait lourde s’il advenait que votre gouvernement
> décidât de remettre aux mains d’experts de la « santé mentale » la
> souffrance psychique des sujets. Le gouvernement donnerait alors 
> raison à
> Jacques Lacan qui écrivait, comme le rappelait dernièrement 
> Marie-Hélène
> Brousse, Présidente de l’Ecole Européenne de Psychanalyse : « Le
> développement qui va croître en ce siècle des moyens d’agir sur le
> psychisme, un maniement concerté des images et des passions dont on a 
> déjà
> fait usage avec succès contre notre jugement, notre résolution, notre 
> unité
> morale, seront l’occasion de nouveaux abus de pouvoir. »
>
>
>
> Je me tiens à votre disposition dans l’hypothèse où vous souhaiteriez
> accorder à (a)lpha une audience afin que nous développions devant 
> vous, tel
> ou tel point de cette lettre et vous prie de bien vouloir agréer, 
> Monsieur
> le Ministre, l’expression de ma haute considération.
>
>
>
>
>
>
>
> Pour (a)lpha, le Président,
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
> Benoit Drunat.
>
> www.alpha-psychanalyse.org
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
>
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