[Lutecium-group] Re : RE : Imposture.

Mireille Ravinal mipsy at orange.fr
Sat Jul 24 09:01:26 UTC 2010


Bonjour Jean-Pierre, et à tous,

cela pose d'ailleurs une question fondamentale: celle de la  
confrontation au réel dans une psychanalyse.

Cordialement.
Mireille



Le 24 juil. 10 à 03:38, feiferj at free.fr a écrit :

lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
---Bonjour,

La question de l'interprétation analytique, de son fonctionnement, de  
sa position, de sa posture, est à l'oeuvre chez Jacques Lacan depuis  
toujours.. :Dans le discours de Rome 1953 par exemple :

"Nous évoquons ici l’invective par où nous prenait à témoin du  
manque de retenue dont faisait preuve un certain travail (déjà trop  
cité par nous) dans son objectivation insensée du jeu des instincts  
dans l’analyse, quelqu’un, dont on reconnaîtra la dette à notre  
endroit par l’usage conforme qu’il y faisait du terme de réel.  
C’est en ces mots en effet qu’il « libérait », comme on dit, «  
son cœur » : « Il est grand temps que finisse cette escroquerie qui  
tend à faire croire qu’il se passe dans le traitement quoi que ce  
soit de réel ». Laissons de côté ce qu’il en est advenu, car  
hélas ! si l’analyse n’a pas guéri le vice oral du chien dont  
parle l’Écriture, son état est pire qu’avant : c’est le  
vomissement des autres qu’il ravale.
Mais si la question posée dans cette boutade, mieux inspirée que bien  
intentionnée, a bien son sens, nous croyons qu’il faut l’envisager  
dans la distinction fondamentale du symbolique, de l’imaginaire et du  
réel."

En 74 "Alla scualla Freudiana" extrait du Pas Tout Lacan : "Si j’ai  
mis en avant la fonction de lalangue dans la pratique analytique,  
c’était simplement pour que… pour que l’analyse ne soit pas une  
escroquerie. Pour qu’elle ne soit pas une escroquerie, la moindre des  
choses à faire est de savoir avec quoi on opère".

En 77 Le dernier séminaire "Le moment de conclure" tourne autour de la  
même question :
Par exemple ici :
"La logique ne se supporte que de peu de choses. Si nous ne croyons  
pas d'une façon en somme gratuite que les mots font les choses, la  
logique n'a pas de raison d'être. Ce que j'ai appelé le rhéteur  
qu'il y a dans l'analyse - c'est l'analyste dont il s'agit - le  
rhéteur n'opère que par suggestion. ΙIl suggère, c'est le propre du  
rhéteur, il n'impose pas d'aucune façon quelque chose qui aurait  
consistance et c'est même pour cela que j'ai dési gné de l'ex ce qui  
se supporte, ce qui ne se supporte que d'ex-sister. Comment faut-il  
que l'analyste opère pour être un convenable rhéteur ? C'est bien  
là que nous arrivons à une ambiguïté.
L'inconscient, dit-on, ne connaît pas la contradiction, c'est bien en  
quoi il faut que l'analyste opère par quelque chose qui ne fasse pas  
fondement sur la contradiction. ΙIl n'est pas dit que ce dont il  
s'agisse soit vrai ou faux. Ce qui fait le vrai et ce qui fait le  
faux, c'est ce qu'on appelle le poids de l'analyste et c'est en cela  
que je dis qu'il est rhéteur."

Et pour ne pas tomber nous même dans l'imposture, il convient sans  
doutes de replacer ces extraits dans leur contexte sans refermer le  
questionnement. Sinon, on  procède comme François Roustang dans un  
très beau texte qui mériterait réponse qui s'appelle "Assez souvent"  
publié dans Cahiers numéro 1  printemps 1979 Confrontation -  
Imposture ou pas - chez  Aubier - qui confrontant Interprétation,  
"Construction dans l'analyse" et procès de vérité chez Freud tente  
très élégamment de  disloquer le discours freudien. Question de  
style sans doutes qui le mènera au statut d'hypnotiseur...  
Spécialiste donc du magnétisme animal et du Mesmerisme, il semble  
très en avance sur Onfray de quasiment plus de 30 ans mais avec une  
dialectique autrement plus redoutable !

Cordialement.
Jean-Pierre Feifer

E-mail : feiferj at free.fr




From:        Nicolas-Spyridon SYNGUELAKIS <nikosynguel2 at yahoo.fr>
To:        Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne <lutecium-group at lutecium.org 
 >
Date:        23/07/2010 17:42
Subject:        [Lutecium-group] Re :  RE :  Imposture.
Sent by:        lutecium-group-bounces at lutecium.org



lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
---Bonjour,
si je peux me permettre, et en remerciant Eliane Lehman pour le  
document, pour peu qu'il soit juste, la phrase est incomplète, ce qui  
en change radicalement le sens. Voici la citation, extraite dudit  
document :

"Le réel est à l’opposé extrême de notre pratique. C’est une  
idée une idée limite de ce qui n’a pas de sens. Le sens est ce par  
quoi nous opérons dans notre pratique : l’interprétation. Le réel  
est ce point de fuite comme l’objet de la science (et non de la  
connaissance qui elle est plus que critiquable) le réel c’est  
l’objet de la science.

Notre pratique est une escroquerie, du moins considérée à partir du  
moment où nous partons de ce point de fuite. Notre pratique est une  
escroquerie..."

Pour l'anecdote, en parlant de citations incomplètes, j'aime beaucoup  
celle issues des toutes premières lignes du Discours de la Méthode,  
que je vous livre :

"Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée" que nous avons  
tous entendus, mais voici la citation complète :

"Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun  
pense en être si bien pourvu, [ 124 ]que ceux même qui sont les  
plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume  
d’en désirer plus qu’ils en ont."

Je vous laisse méditer.

Cordialement,

Nicolas-Spyridon SYNGUELAKIS

http://sandrinopolis.myminicity.com/


De : JP Bienvenu <jpbienvenu at orange.fr>
À : Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne <lutecium-group at lutecium.or 
g>
Envoyé le : Sam 17 juillet 2010, 10h 42min 35s
Objet : [Lutecium-group] RE : Imposture.

lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
---

Je profite du thème proposé à la discussion pour formuler — de  
biais — une demande et indiquer un article.


1) J’ai lu quelque part que Lacan aurait déclaré le 26 janvier  
1977 : "Notre pratique est une escroquerie. Bluffer, faire ciller les  
gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c’est quand  
même ce qu’on appelle d’habitude du chiqué… Du point de vue  
éthique, c’est intenable, notre profession… Il s’agit de savoir  
si oui ou non Freud est un événement historique. […] Je crois  
qu’il a raté son coup. C’est comme moi, dans très peu de temps,  
tout le monde s’en foutra de la psychanalyse."

Quelqu’un pourrait-il me donner des précisions sur la référence  
exacte de cette déclaration et sur son contexte ?


2) Pour info, cf. un article paru dans Libération le 16 juillet.


JP B

____________________


Libération, 16/07/2010 à 00h00

Encadrer la psychothérapie… au profit de qui ?


Par ELISABETH ROUDINESCO Historienne, directrice de recherches,  
université Diderot,

ROLAND GORI Psychanalyste et professeur émérite de l’université


L’encadrement législatif des pratiques professionnelles en  
psychiatrie et en psychologie clinique semble procéder aujourd’hui  
de choix idéologiques, sécuritaires et clientélistes, beaucoup plus  
que d’un souci authentique des patients. C’est ce dont témoigne,  
tel un symptôme, la nouvelle réglementation de l’usage du titre de  
psychothérapeute.

L’article 52 de la loi du 9 août 2004, réglementant l’usage du  
titre de psychothérapeute, affirmait la volonté de Bernard Accoyer  
(président de l’Assemblée nationale) de protéger le public des  
charlatans et des sectes en réservant l’accès au titre de  
psychothérapeute aux médecins, aux psychologues et aux psychanalystes  
régulièrement inscrits dans les annuaires de leurs associations. La  
loi exigeait une formation en psychopathologie clinique pour tous les  
professionnels voulant faire usage de ce titre. Outre la  
traditionnelle confusion dans la loi entre « formation à la pratique  
psychothérapique » et « psychopathologie », une seule annexe des  
récents décrets d’application (décret n° 2010-534 du 20 mai 2010  
relatif à l’usage du titre de psychothérapeute) vient d’enterrer  
la volonté politique de son promoteur en créant dans le champ de la  
santé mentale une nouvelle profession à mi-chemin entre le  
psychologue clinicien et le psychiatre. Le président Accoyer ne semble  
pas avoir pris la mesure de l’instrumentalisation de son projet de  
loi par le ministère de la Santé lorsqu’il salue la parution des  
décrets d’application en précisant que « cette disposition ne  
concerne strictement en rien les psychiatres, les psychologues  
cliniciens, ni la psychanalyse » (AFP 25 mai 2010). C’est faux.

Cette annexe, petit codicille d’un long processus d’échanges, de  
débats et de négociations entre les pouvoirs publics et les  
professionnels, crée un nouveau métier de santé et établit une  
hiérarchie arbitraire des professionnels conduisant à une  
médicalisation abusive de la psychothérapie : la dispense totale des  
suppléments de formation n’étant accordée qu’au psychiatre,  
promus modèle idéal du psychothérapeute. En outre, le décret  
inscrit les conditions d’agrément et de formation à la  
psychopathologie clinique dans un dispositif sanitaire au sein duquel  
les présidents des agences régionales de santé auront un pouvoir  
exorbitant. Les psychologues risquent ainsi de se retrouver tôt ou  
tard paramédicalisés. Quant à la psychanalyse, elle se voit  
socialement dévalorisée puisque les psychanalystes se trouvent fort  
mal lotis dans la hiérarchie des dispenses en psychopathologie  
clinique. La formation universitaire des masters de psychopathologie  
clinique aussi, puisque les psychologues cliniciens devront obtenir  
des suppléments de formation nonobstant les stages cliniques, les  
supervisions et les enseignements de psychopathologie clinique qu’ils  
auront déjà reçus auparavant. D’où une dévalorisation de  
l’enseignement universitaire. De même, la loi de 1985 conditionnant  
l’accès à un titre unique de psychologue se trouve compromise par  
la subdivision qu’établit l’annexe du décret entre « psychologue  
clinicien » et « psychologue non clinicien ».

Pour légitime que soit cette subdivision, elle constitue une  
innovation administrative dont on peut se demander si elle n’excède  
pas le champ défini par la loi de 2004. Accorder une dispense totale  
aux seuls psychiatres en les posant en modèles de référence procède  
de l’ironie lorsqu’on connaît la normalisation sociale et  
épistémologique actuelle de leur formation : à quelques exceptions  
près, la formation hospitalo-universitaire en psychiatrie demeure sous  
l’ombre portée des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), des  
neurosciences et du complexe industriel formé par le manuel  
diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) et les  
psychotropes. Tout se passe donc comme si l’État effectuait un choix  
partisan parmi les experts de la communauté psy en toute ignorance de  
cause. Dans ce contexte, les étudiants en psychologie et les  
psychologues au chômage, stressés par la pénurie des emplois, seront  
tentés par ces formations supplémentaires leur permettant d’obtenir  
le titre de psychothérapeute, lequel est d’ores et déjà retiré  
aux psychothérapeutes dont les écoles ont fleuri partout dans le  
monde et qui n’ont plus d’identité.

Les unités de formation et de recherche (UFR) de médecine reprendront  
sans doute la main dans cette affaire. La privatisation des formations  
universitaires et les frais d’inscription à ces nouveaux diplômes  
risquent de s’accroître. Les vrais perdants dans cette histoire  
seront alors les patients les plus vulnérables et les plus démunis  
que le président Accoyer voulait justement protéger. La  
médicalisation de la souffrance psychique vient de franchir une  
nouvelle étape. La prétendue « protection des patients » sûrement  
pas.


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