[Lutecium-group] Re : RE : Imposture.

feiferj at free.fr feiferj at free.fr
Thu Jul 29 01:11:43 UTC 2010


Bonjour à tous,

Merci Mireille,

Je cherchais comment illustrer ce réel et l'illustration m'en semble 
donnée dans ce rêve princeps de l'injection faite à Irma. 
Ici ce rêve de l'injection faite à Irma - cf. Traumdeutung rêve des 23/24 
juillet 1895 - est interprété, théâtralisé en ombres chinoises, musique et 
paroles par des élèves de l'Ensad (Ecole nationale des arts déco). On a 
donc des extraits du texte du rêve et une sorte de réponse interprétative 
lapidaire en contrepoint du texte même du rêve de Freud par découpes et 
recoupes successives, recouvrement du texte initial. Et au final on a une 
leçon de psychanalyse donnée par des poètes. On peut dire que le poète 
manie les signifiants dans le réel. Le réel charrié par les mots, les 
signifiants de la langue comme le sculpteur ferait avec la pierre ou le 
métal. 

http://aii.ensad.fr/PRIV/projet.php?id=76

Cf aussi le texte de Liliane 
http://liliane.fainsilber.pagesperso-orange.fr/pages/immixtion.htm, où le 
réel est développé comme immixtion des sujets, le texte commence ici à 
propos du rêve de l'injection : 
"Il y a ce soir là grande réception chez les Freud : "Il y a foule"  " 

En fait cette foule est convoquée au tribunal de sa culpabilité. De ce 
rêve Freud sort disculpé et Otto (Fliess) condamné - l'intervention dans 
le réel et ses funestes conséquences, c'est donc lui, Fliess qui en porte 
l'entière responsabilité ; le sujet Freud s'en démarque symboliquement et 
opére en psychanalyste inventant la méthode de l'interprétation des rêves, 
découplant sentiments de culpabilité (imaginaires) et responsabilité 
(symbolique). Accomplissement de souhait réussi assurément :)) !
 
Pour les curieux ci-après la formule de la :
C3H9N :


Cordialement.
Jean-Pierre Feifer 

E-mail : feiferj at free.fr




From:   Mireille Ravinal <mipsy at orange.fr>
To:     Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne 
<lutecium-group at lutecium.org>
Date:   24/07/2010 11:01
Subject:        Re: [Lutecium-group] Re :  RE :  Imposture.
Sent by:        lutecium-group-bounces at lutecium.org



lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
---Bonjour Jean-Pierre, et à tous, 

cela pose d'ailleurs une question fondamentale: celle de la confrontation 
au réel dans une psychanalyse.

Cordialement.
Mireille



Le 24 juil. 10 à 03:38, feiferj at free.fr a écrit :

lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
---Bonjour, 
  
La question de l'interprétation analytique, de son fonctionnement, de sa 
position, de sa posture, est à l'oeuvre chez Jacques Lacan depuis 
toujours.. :Dans le discours de Rome 1953 par exemple : 
  
"Nous évoquons ici l?invective par où nous prenait à témoin du manque de 
retenue dont faisait preuve un certain travail (déjà trop cité par nous) 
dans son objectivation insensée du jeu des instincts dans l?analyse, 
quelqu?un, dont on reconnaîtra la dette à notre endroit par l?usage 
conforme qu?il y faisait du terme de réel. C?est en ces mots en effet 
qu?il « libérait », comme on dit, « son c?ur » : « Il est grand temps que 
finisse cette escroquerie qui tend à faire croire qu?il se passe dans le 
traitement quoi que ce soit de réel ». Laissons de côté ce qu?il en est 
advenu, car hélas ! si l?analyse n?a pas guéri le vice oral du chien dont 
parle l?Écriture, son état est pire qu?avant : c?est le vomissement des 
autres qu?il ravale. 
Mais si la question posée dans cette boutade, mieux inspirée que bien 
intentionnée, a bien son sens, nous croyons qu?il faut l?envisager dans la 
distinction fondamentale du symbolique, de l?imaginaire et du réel." 

En 74 "Alla scualla Freudiana" extrait du Pas Tout Lacan : "Si j?ai mis en 
avant la fonction de lalangue dans la pratique analytique, c?était 
simplement pour que? pour que l?analyse ne soit pas une escroquerie. Pour 
qu?elle ne soit pas une escroquerie, la moindre des choses à faire est de 
savoir avec quoi on opère". 

En 77 Le dernier séminaire "Le moment de conclure" tourne autour de la 
même question : 
Par exemple ici : 
"La logique ne se supporte que de peu de choses. Si nous ne croyons pas 
d'une façon en somme gratuite que les mots font les choses, la logique n'a 
pas de raison d'être. Ce que j'ai appelé le rhéteur qu'il y a dans 
l'analyse - c'est l'analyste dont il s'agit - le rhéteur n'opère que par 
suggestion. ?Il suggère, c'est le propre du rhéteur, il n'impose pas 
d'aucune façon quelque chose qui aurait consistance et c'est même pour 
cela que j'ai dési­gné de l'ex ce qui se supporte, ce qui ne se supporte 
que d'ex-sister. Comment faut-il que l'analyste opère pour être un 
convenable rhéteur ? C'est bien là que nous arrivons à une ambiguïté. 
L'inconscient, dit-on, ne connaît pas la contradiction, c'est bien en quoi 
il faut que l'analyste opère par quelque chose qui ne fasse pas fondement 
sur la contradiction. ?Il n'est pas dit que ce dont il s'agisse soit vrai 
ou faux. Ce qui fait le vrai et ce qui fait le faux, c'est ce qu'on 
appelle le poids de l'analyste et c'est en cela que je dis qu'il est 
rhéteur." 

Et pour ne pas tomber nous même dans l'imposture, il convient sans doutes 
de replacer ces extraits dans leur contexte sans refermer le 
questionnement. Sinon, on  procède comme François Roustang dans un très 
beau texte qui mériterait réponse qui s'appelle "Assez souvent" publié 
dans Cahiers numéro 1  printemps 1979 Confrontation - Imposture ou pas - 
chez  Aubier - qui confrontant Interprétation, "Construction dans 
l'analyse" et procès de vérité chez Freud tente très élégamment de 
disloquer le discours freudien. Question de style sans doutes qui le 
mènera au statut d'hypnotiseur... Spécialiste donc du magnétisme animal et 
du Mesmerisme, il semble très en avance sur Onfray de quasiment plus de 30 
ans mais avec une dialectique autrement plus redoutable !   

Cordialement.
Jean-Pierre Feifer 

E-mail : feiferj at free.fr




From:        Nicolas-Spyridon SYNGUELAKIS <nikosynguel2 at yahoo.fr> 
To:        Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne <
lutecium-group at lutecium.org> 
Date:        23/07/2010 17:42 
Subject:        [Lutecium-group] Re :  RE :  Imposture. 
Sent by:        lutecium-group-bounces at lutecium.org 



lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
---Bonjour,
si je peux me permettre, et en remerciant Eliane Lehman pour le document, 
pour peu qu'il soit juste, la phrase est incomplète, ce qui en change 
radicalement le sens. Voici la citation, extraite dudit document :

"Le réel est à l?opposé extrême de notre pratique. C?est une idée une idée 
limite de ce qui n?a pas de sens. Le sens est ce par quoi nous opérons 
dans notre pratique : l?interprétation. Le réel est ce point de fuite 
comme l?objet de la science (et non de la connaissance qui elle est plus 
que critiquable) le réel c?est l?objet de la science.
  
Notre pratique est une escroquerie, du moins considérée à partir du moment 
où nous partons de ce point de fuite. Notre pratique est une 
escroquerie..." 
 
Pour l'anecdote, en parlant de citations incomplètes, j'aime beaucoup 
celle issues des toutes premières lignes du Discours de la Méthode, que je 
vous livre :

"Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée" que nous avons tous 
entendus, mais voici la citation complète :

"Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en 
être si bien pourvu, [?124?]que ceux même qui sont les plus difficiles à 
contenter en toute autre chose n?ont point coutume d?en désirer plus 
qu?ils en ont."

Je vous laisse méditer.

Cordialement,

Nicolas-Spyridon SYNGUELAKIS

http://sandrinopolis.myminicity.com/ 


De : JP Bienvenu <jpbienvenu at orange.fr>
À : Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne <
lutecium-group at lutecium.org>
Envoyé le : Sam 17 juillet 2010, 10h 42min 35s
Objet : [Lutecium-group] RE : Imposture.

lutecium-group: Ceci est un document du  Groupe de Travail Lutecium.
--- 
 
Je profite du thème proposé à la discussion pour formuler ? de biais ? une 
demande et indiquer un article. 
 
1) J?ai lu quelque part que Lacan aurait déclaré le 26 janvier 1977 : 
"Notre pratique est une escroquerie. Bluffer, faire ciller les gens, les 
éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c?est quand même ce qu?on 
appelle d?habitude du chiqué? Du point de vue éthique, c?est intenable, 
notre profession? Il s?agit de savoir si oui ou non Freud est un événement 
historique. [?] Je crois qu?il a raté son coup. C?est comme moi, dans très 
peu de temps, tout le monde s?en foutra de la psychanalyse." 
Quelqu?un pourrait-il me donner des précisions sur la référence exacte de 
cette déclaration et sur son contexte ? 
 
2) Pour info, cf. un article paru dans Libération le 16 juillet. 
 
JP B 
____________________ 
 
Libération, 16/07/2010 à 00h00 
Encadrer la psychothérapie? au profit de qui ? 
 
Par ELISABETH ROUDINESCO Historienne, directrice de recherches, université 
Diderot, 
ROLAND GORI Psychanalyste et professeur émérite de l?université 
 
L?encadrement législatif des pratiques professionnelles en psychiatrie et 
en psychologie clinique semble procéder aujourd?hui de choix idéologiques, 
sécuritaires et clientélistes, beaucoup plus que d?un souci authentique 
des patients. C?est ce dont témoigne, tel un symptôme, la nouvelle 
réglementation de l?usage du titre de psychothérapeute. 
L?article 52 de la loi du 9 août 2004, réglementant l?usage du titre de 
psychothérapeute, affirmait la volonté de Bernard Accoyer (président de l?
Assemblée nationale) de protéger le public des charlatans et des sectes en 
réservant l?accès au titre de psychothérapeute aux médecins, aux 
psychologues et aux psychanalystes régulièrement inscrits dans les 
annuaires de leurs associations. La loi exigeait une formation en 
psychopathologie clinique pour tous les professionnels voulant faire usage 
de ce titre. Outre la traditionnelle confusion dans la loi entre « 
formation à la pratique psychothérapique » et « psychopathologie », une 
seule annexe des récents décrets d?application (décret n° 2010-534 du 20 
mai 2010 relatif à l?usage du titre de psychothérapeute) vient d?enterrer 
la volonté politique de son promoteur en créant dans le champ de la santé 
mentale une nouvelle profession à mi-chemin entre le psychologue clinicien 
et le psychiatre. Le président Accoyer ne semble pas avoir pris la mesure 
de l?instrumentalisation de son projet de loi par le ministère de la Santé 
lorsqu?il salue la parution des décrets d?application en précisant que « 
cette disposition ne concerne strictement en rien les psychiatres, les 
psychologues cliniciens, ni la psychanalyse » (AFP 25 mai 2010). C?est 
faux. 
Cette annexe, petit codicille d?un long processus d?échanges, de débats et 
de négociations entre les pouvoirs publics et les professionnels, crée un 
nouveau métier de santé et établit une hiérarchie arbitraire des 
professionnels conduisant à une médicalisation abusive de la 
psychothérapie : la dispense totale des suppléments de formation n?étant 
accordée qu?au psychiatre, promus modèle idéal du psychothérapeute. En 
outre, le décret inscrit les conditions d?agrément et de formation à la 
psychopathologie clinique dans un dispositif sanitaire au sein duquel les 
présidents des agences régionales de santé auront un pouvoir exorbitant. 
Les psychologues risquent ainsi de se retrouver tôt ou tard 
paramédicalisés. Quant à la psychanalyse, elle se voit socialement 
dévalorisée puisque les psychanalystes se trouvent fort mal lotis dans la 
hiérarchie des dispenses en psychopathologie clinique. La formation 
universitaire des masters de psychopathologie clinique aussi, puisque les 
psychologues cliniciens devront obtenir des suppléments de formation 
nonobstant les stages cliniques, les supervisions et les enseignements de 
psychopathologie clinique qu?ils auront déjà reçus auparavant. D?où une 
dévalorisation de l?enseignement universitaire. De même, la loi de 1985 
conditionnant l?accès à un titre unique de psychologue se trouve 
compromise par la subdivision qu?établit l?annexe du décret entre « 
psychologue clinicien » et « psychologue non clinicien ». 
Pour légitime que soit cette subdivision, elle constitue une innovation 
administrative dont on peut se demander si elle n?excède pas le champ 
défini par la loi de 2004. Accorder une dispense totale aux seuls 
psychiatres en les posant en modèles de référence procède de l?ironie 
lorsqu?on connaît la normalisation sociale et épistémologique actuelle de 
leur formation : à quelques exceptions près, la formation 
hospitalo-universitaire en psychiatrie demeure sous l?ombre portée des 
thérapies cognitivo-comportementales (TCC), des neurosciences et du 
complexe industriel formé par le manuel diagnostique et statistique des 
troubles mentaux (DSM) et les psychotropes. Tout se passe donc comme si l
?État effectuait un choix partisan parmi les experts de la communauté psy 
en toute ignorance de cause. Dans ce contexte, les étudiants en 
psychologie et les psychologues au chômage, stressés par la pénurie des 
emplois, seront tentés par ces formations supplémentaires leur permettant 
d?obtenir le titre de psychothérapeute, lequel est d?ores et déjà retiré 
aux psychothérapeutes dont les écoles ont fleuri partout dans le monde et 
qui n?ont plus d?identité. 
Les unités de formation et de recherche (UFR) de médecine reprendront sans 
doute la main dans cette affaire. La privatisation des formations 
universitaires et les frais d?inscription à ces nouveaux diplômes risquent 
de s?accroître. Les vrais perdants dans cette histoire seront alors les 
patients les plus vulnérables et les plus démunis que le président Accoyer 
voulait justement protéger. La médicalisation de la souffrance psychique 
vient de franchir une nouvelle étape. La prétendue « protection des 
patients » sûrement pas. 
 
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