11-02-1914 Freud à Ferenczi

454 F

Prof. Dr. Freud

Vienne, IX. Berggasse 19

le 11 février 1914

Cher Ami,

Hier, j’avais un dîner de rédaction et j’ai appris par Rank que vous aviez déjà rédigé la critique de la dernière manifestation de Jung. Votre causticité m’a fait très plaisir. Notre numéro de critique sera ainsi très riche de contenu, malheureusement, l’impression n’a toujours pas commencé.

Je ne peux qu’approuver, pour vous et pour la Hongrie, votre projet de discussion publique. Votre tempérament et votre esprit de repartie garan­tissent parfaitement son issue. L’intérêt du public pour la psycha décline sans doute aussi en Russie, Pologne, etc., où elle ne s’était pas convenablement

implantée pendant la première période d’invasion. Ce n’est pas comme en Allemagne et en Amérique.

Je serais très heureux si vous pouviez amener votre ami à faire un essai pour les deux dessins du Moïse. Ceux de Mlle Wolf (1) sont insatisfaisants. Le graveur Max Pollak, qui a « gravé au burin » mon portrait pour Heller (2), a maintenant promis de fournir aussi ces dessins. Mais cela ne doit pas vous retenir. Mes hésitations ne sont pas surmontées et j’empêcherai certaine­ment la publication si le dessinateur ne peut la soutenir efficacement, c’est- à-dire, en premier lieu, me convaincre.

J’écris, avec une grande ardeur, « l’Histoire du mouvement psycha ».J’espère avoir assez bien travaillé le Jung dimanche, et ainsi clos le chapitre. Dois- je vous envoyer le manuscrit d’abord? Il faudrait alors me le retourner avec vos remarques, pour qu’il puisse aller, via les Viennois, par Hitschmann, chez Abraham.

Santé et consultations vont bien en ce moment. A la maison, presque tout est à peu près en ordre. A la fin du mois, quand les travaux seront en route, vous devriez de nouveau nous rendre visite ici. Loe est beaucoup plus sage, au demeurant, elle a une pyélite gauche (3) confirmée, et sa part de véritable souffrance; un cas mixte, c’est toujours désagréable. La pré­sence de son nouveau Jones (4), qu’elle doit épouser en mai, lui fait du bien.

Cordiales salutations, à Madame G. aussi,

de votre Freud


(1)   Non identifiée.

(2)     Max Pollak (1886-?), célèbre peintre, et surtout dessinateur, viennois. La gravure à l’eau- forte qu’il fit de Freud (reproduite dans Sigmund Freud, lieux, visages, objets, éd. dirigée par Ernst Freud, Lucie Freud et lise Grubrich-Simitis, 1979, p. 202) fut décrite par Karl Kraus de la façon suivante : « Max Pollak a portraituré le chercheur, assis devant son bureau, dans son cabinet de travail. Le premier plan est étrangement peuplé par les figurines antiques et archaïques disposées sur son bureau. Devant le clair-obscur du cabinet de travail se détache nettement la tête profondément spirituelle du savant, avec ce regard pensif, dans une certaine mesure tourné vers l’intérieur, qui caractérise le travail intellectuel créatif concentré », Die Fackel, 28 III 1914, n°395. p, 57.

(3)    Inflammation du bassinet rénal gauche.

(4)    Loe Kann qui, depuis novembre de l’année précédente, était de nouveau en analyse chez Freud (Brome, Jones, p. 104), et Herbert Jones (voir 392 F, note 1) étaient invités à la séance du mercredi du 22 IV 1914 (Minutes, IV, p. 292) à laquelle Freud n’assistait pas, pour cause de maladie (voir 470 F). Freud se rendit à Budapest, début juin, pour leur mariage (voir 476 F).

Leave a Reply