24-04-1914 Freud à Ferenczi

470 F

Prof. Dr. Freud.

le 24 avril 1914 Vienne, IX. Berggasse 19

Cher Ami,

A Brioni, j’avais bien remarqué quelque chose comme une inhibition chez vous, et j’avais relié cela à la présence de Rank, mais je ne suis pas allé chercher plus loin, parce que je souffrais de retrait hypocondriaque de la libido. Depuis, s’est déclarée chez moi une grandiose trachéo-laryngite avec nette disparition des signes généraux prodromiques. Je n’ai pas arrêté le travail – par avarice et sens du devoir — mais j’ai manqué ce dernier mercredi et, aujourd’hui encore, je suis loin de me sentir bien, ni localement ni en général mais, avant tout, je suis incapable de penser.

La surprenante démission de Jung (1) nous a beaucoup allégé la tâche. Il semble pourtant être une partie de cette force qui… etc. (2). Ce qui se passe en lui, ce qu’il projette, on ne peut pas le deviner, on peut aussi bien s’en désintéresser. Peut-être a-t-il succombé à la salve de la Zeitschrift* et la bombe du Jahrbuch arrive trop tard. Tout de suite, je me suis senti comme un « comité de direction » et j’ai introduit une action dont vous et les autres amis devez être, ou êtes déjà, informés par une circulaire de Rank (3).

De la conquête du feu, il ne me reste rien du tout. L’histoire de la culture est muette. Mais je suis très curieux de voir ce que vous deux en sortirez de sérieux.

Le matériel pour le Jahrbuch doit, comme le dit Hitschmann, être limité! Rank et Sachs ont retiré leur contribution (4) pour cette raison. Vous voudrez donc bien mettre de côté votre exposé pour une autre fois, ou le laisser fermenter comme levain d’un nouveau travail.

Avec mes salutations cordiales à vous et à Madame G.,

Votre fidèle Freud

*    La critique de Ferenczi à propos de « Métamorphoses et symboles de la libido» de Jung (1913, 124, Psychanalyse, II, pp. 88-104), Zeitschrift, 1913, 1, 391-403, et les discussions critiques à propos de ses travaux par Abraham, Ferenczi et Jones, dans le volume suivant de la Zeitschrift (1914, 2, pp. 72-87).


(1)    Quatre jours auparavant, Jung avait écrit à Freud : « Très honoré Monsieur le Président! Je me suis laissé convaincre par les derniers événements que mes conceptions sont en opposition si abrupte avec les conceptions de la majorité des membres de notre Association que je ne peux plus me considérer comme une personnalité apte à la présidence. Aussi remets-je ma démission à la conférence des présidents, avec ma gratitude pour la confiance dont j’ai joui jusqu’ici. Avec l’expression de mon respect, Dr. C.G.jung. » Correspondance Freud-Jung, II, p. 334.

(2)    « … la force qui tantôt veut le mal et tantôt crée le bien » (voir 35 F, note 1).

(3)     Le 30 avril, Freud adressa des lettres identiques aux présidents des six groupes européens (Berlin, Budapest, Londres, Munich, Vienne et Zurich), en leur demandant « de nommer, parmi les six présidents des groupes locaux qui entrent en ligne de compte, la personne à laquelle vous voulez confier la direction de l’association jusqu’à l’élection d’un président ; vous n’êtes pas tenus d’exclure votre propre personne… Moi-même, j’incline à élire le Dr. Abraham, comme président provisoire de l’association, puisque c’est lui qui est le mieux placé pour effectuer, depuis son lieu de résidence, les démarches préliminaires pour le congrès qui se tiendra à Dresde » (lettre inédite). La proposition de Freud fut acceptée.

(4)    Contribution non identifée.

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