17-06-1914 Jones à Freud

17 juin 1914

69 Portland Court, Londres

Cher professeur Freud,

Votre lettre était impatiemment attendue et plus encore bienvenue que d’ordi­naire. Vos observations sur le mariage de Loe, etc., ont touché en moi une corde sen­sible. Vous confirmez l’appréciation dont je vous avais fait part à Weimar et qui, à l’époque, vous avait probablement paru exagérée. Qu’en dépit de tout ceci je puisse sincèrement dire que je suis ravi que nous nous soyons séparés et qu’elle en ait épousé un autre est la meilleure illustration de l’intolérable souffrance qu’elle m’a causée, et dont vous ne pouvez deviner qu’une partie relativement modeste. Aujourd’hui, je suis presque entièrement libéré d’elle sur le plan sentimental et mon attitude ne va guère au-delà du souhait fervent qu’elle soit heureuse.

Pour moi également, le plus remarquable de cette chaîne d’événements est la manière dont notre relation a plus que résisté à la tension — c’est même une question psychologiquement intéressante — et je ne puis qu’attribuer ceci, avec une profonde gratitude, [à votre (1)] au sens véritablement anglais de l’équité dont vous avez fait preuve tout du long et à votre bonté envers moi alors même que vous était présenté un tableau déformé de mes lacunes. Tout ceci a forgé un lien permanent dans mes sentiments envers vous.

Vos remarques sur Jung m’ont fait beaucoup de bien, et étaient évidemment nécessaires. Vous avez justement deviné que je me faisais trop de mauvais sang à son sujet, et votre lettre m’a rappelé à plus de sang-froid. La question de ma participation à ses conférences ne me paraît plus importante, et je prendrai ma décision plus tard, en fonction d’autres considérations.

Merci également de la traduction de Alltagsleben (2), qui en impose. Probablement marchera-t-elle bien. Fisher Unwin m’a demandé un livre, si bien que j’ai maintenant ici quatre éditeurs prêts à prendre des ouvrages de ψα.

J’ai été déçu par un point de votre lettre — vous devinerez aisément lequel. J’avais espéré que la conférence de Leyde aurait lieu plus tôt, en septembre, et que vous pourriez passer quelques temps à Londres avant d’aller à Dresde. Mais je vois que c’est impossible et doit donc attendre le plaisir d’une visite l’an prochain – alors qu’il nous faut organiser une rencontre régulière d’amis (? Ferenczi et Rank).

La lettre circulaire d’Abraham me paraît excellente, et à mon sens elle devrait donner quelque résultat.

Je suis occupé à corriger les épreuves du Jahrbuch. Les épreuves de votre Narzis- smus sont-elles déjà prêtes (3) ? J’ai hâte de le lire ; Sachs m’en a touché un mot.

Cette année, je ne prendrai pas de vacances, sauf à Dresde et – avec votre permis­sion — à Leyde, mais je vais à la campagne tous les dimanche, ce qui me fait grand plaisir. C’est merveilleux d’être de retour en Angleterre !

Bien affectueusement à vous

Jones.

1.   Rayé dans l’original.

2.  Brill (1914).

3.  Freud (1914 c).


 

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